PsychologieRegulation Emotionnelle

Témoignage : j’ai apprivoisé ma colère en 30 jours

Un parcours authentique vers l’apaisement.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Tu n’es pas venu ici par hasard. Peut-être que ce matin, tu as encore serré les dents au volant, ou que tu as ravalé une phrase qui aurait pu tout faire exploser. Peut-être que c’est au travail, face à un collègue qui parle trop fort, ou à la maison, quand tes enfants ne t’écoutent pas. Tu te dis : « Pourquoi je réagis comme ça ? » Et tu sens cette boule au ventre, cette chaleur qui monte, cette envie de crier ou de tout casser. Puis, après, la culpabilité. La fatigue. La honte, parfois.

Je vais te raconter l’histoire de quelqu’un qui aurait pu être toi. Appelons-le Julien. Il est venu me voir il y a quelques mois, parce qu’il en avait assez. Assez de cette colère qui lui gâchait la vie, assez de ces explosions qui blessaient ceux qu’il aimait, assez de cette impression d’être un étranger dans son propre corps. Il m’a dit : « Thierry, je veux arrêter d’être ce type. Mais je ne sais pas comment. »

Ce que je vais partager avec toi, ce n’est pas une méthode miracle. C’est un chemin que Julien a parcouru, et que tu peux parcourir toi aussi. Pas en 30 jours de discipline de fer, mais en 30 jours de présence à toi-même. Ça prend du temps, oui. Mais ça commence maintenant.

Pourquoi ta colère n’est pas ton ennemie (même si elle te pourrit la vie)

Quand Julien est arrivé dans mon cabinet, il pensait que sa colère était un défaut. Un truc à éliminer, comme une verrue. Il me disait : « Je suis trop colérique, c’est mon caractère. » Et je vois bien ce que ça te fait, à toi aussi, de penser ça. Ça te colle une étiquette, et tu te sens coincé dedans.

Pourtant, la colère n’est pas un défaut. C’est une émotion. Et comme toutes les émotions, elle a une fonction. La peur te protège du danger. La tristesse te permet de digérer une perte. La joie te connecte aux autres. Et la colère ? La colère est un signal. Elle te dit : « Il y a une limite qui a été franchie. Un besoin essentiel n’est pas respecté. »

Julien a mis du temps à comprendre ça. Un jour, je lui ai demandé : « Quand tu es en colère, qu’est-ce qui est en jeu ? » Il a réfléchi, et il a dit : « Je me sens impuissant. On ne m’écoute pas. On me manque de respect. » Et là, tu vois, la colère n’était plus un monstre. C’était un messager. Elle lui disait : « Tu as besoin d’être entendu. Tu as besoin de reconnaissance. »

Le problème, ce n’est pas la colère. Le problème, c’est ce que tu en fais. Parce que si tu l’écrases, elle revient plus fort, comme un couvercle qui saute sur une cocotte-minute. Et si tu l’exprimes en criant ou en cassant des choses, tu crées des dégâts. La solution, ce n’est pas de la tuer. C’est de l’apprivoiser. De l’écouter sans la laisser prendre le volant.

Julien a commencé à noter, chaque soir, ce qui avait déclenché sa colère. Pas pour juger, juste pour observer. Et il a vu des motifs. Le lundi, c’était souvent le matin, quand ses enfants traînaient. Le mercredi, c’était le chef qui lui donnait des ordres sans explication. Et le samedi, c’était sa femme qui lui faisait des remarques sur le ménage. Rien de nouveau, me diras-tu. Mais en notant, il a arrêté de se sentir victime. Il a commencé à voir sa colère comme une carte routière. Chaque point de tension était un panneau qui disait : « Ici, il y a un besoin non satisfait. »

La colère n’est pas une faiblesse. C’est un signal. Si tu l’écoutes sans la juger, elle te montre où poser tes limites.

Ce qui se cache vraiment sous ta colère (et que tu refuses de voir)

Tu crois peut-être que ta colère est une réaction directe à ce qui t’arrive. Quelqu’un te double sur la route ? Tu t’énerves. Ton patron te critique ? Tu bouillonnes. Mais si tu grattes un peu, tu découvres que la colère est souvent une couverture. Une couverture pour autre chose.

Avec Julien, on a exploré ça en hypnose. Je lui ai proposé de fermer les yeux et de revenir sur une situation où il avait explosé. Il a revu la scène : son fils de 8 ans qui renversait son verre de jus d’orange sur la table, et lui qui hurlait. Mais en restant avec l’émotion, sans la fuir, il a senti autre chose. D’abord, une vague de tristesse. Puis, une peur. La peur de ne pas être un bon père. La peur que son fils lui ressemble, qu’il soit maladroit, qu’il souffre.

Tu vois le truc ? La colère de Julien n’était pas contre le verre renversé. Elle était contre lui-même. Contre cette image de père parfait qu’il n’arrivait pas à incarner. Contre cette pression qu’il se mettait depuis des années. Et au fond, il était triste. Triste de ne pas se sentir à la hauteur.

C’est pareil pour toi. Quand tu t’énerves au travail, est-ce que c’est vraiment contre ce collègue lent ? Ou est-ce que c’est contre la peur d’être jugé, de ne pas être assez compétent ? Quand tu t’énerves dans les embouteillages, est-ce que c’est contre la voiture de devant ? Ou est-ce que c’est contre l’impuissance de ne pas maîtriser ton temps ?

L’hypnose ericksonienne, que j’utilise avec les personnes que j’accompagne, permet d’accéder à ces couches plus profondes sans forcer. Ce n’est pas une baguette magique. C’est un état de conscience modifié où ton inconscient peut te montrer ce que ta tête refuse de voir. Julien a découvert, au fil des séances, que sa colère était souvent une réaction de protection. Une partie de lui, que j’appelle un « manager » en IFS (Internal Family Systems), prenait le contrôle pour éviter qu’il ne soit submergé par la tristesse ou la honte.

Et toi, qu’est-ce que tu caches sous ta colère ? La prochaine fois que tu sens la moutarde te monter au nez, arrête-toi trois secondes. Respire. Et demande-toi : « Qu’est-ce que je ressens vraiment, juste en dessous ? » Peut-être que c’est de la peur. De la tristesse. De la fatigue. Un sentiment d’injustice. Et là, tu auras déjà fait un pas de géant.

Les 3 outils concrets qui ont changé la donne (et que tu peux utiliser ce soir)

Julien n’a pas tout changé du jour au lendemain. Mais il a mis en place trois choses simples, et ça a fait toute la différence. Je vais te les partager, parce qu’elles sont à ta portée. Pas besoin de matériel, pas besoin de 2 heures de méditation par jour. Juste un peu de régularité.

1. La pause des 5 secondes C’est le premier truc que je donne à tous ceux qui viennent pour la colère. Quand tu sens la montée – cette chaleur, ce serrement – tu ne fais rien. Tu comptes jusqu’à 5 dans ta tête. 1… 2… 3… 4… 5. Pendant ces 5 secondes, tu respires lentement. Tu regardes un point fixe. Tu ne parles pas, tu n’agis pas. Ça paraît ridicule tellement c’est simple, mais c’est incroyablement puissant. Pourquoi ? Parce que la colère, c’est un réflexe. Elle monte en quelques secondes. Si tu interromps ce réflexe, tu donnes à ton cerveau le temps de reprendre le contrôle. Julien faisait ça partout : dans la voiture, en réunion, avec ses enfants. Au début, il ratait parfois le coche. Mais au bout d’une semaine, il m’a dit : « Je n’ai pas crié une seule fois. » Pas parce qu’il n’était plus en colère, mais parce qu’il avait appris à faire une pause.

2. Le journal des déclencheurs Tu prends un carnet, ou même une note sur ton téléphone. Chaque fois que tu te sens en colère, tu notes trois choses rapidement : la situation (quoi, quand, avec qui), l’intensité (de 1 à 10), et ce que tu as fait (crier, te taire, marcher, etc.). Ne juge pas, ne cherche pas à comprendre tout de suite. Juste note. Au bout de quelques jours, tu vas voir des motifs apparaître. Julien a découvert que sa colère était maximum le lundi matin et le jeudi soir. Le lundi, parce qu’il stressait pour la semaine. Le jeudi, parce qu’il était fatigué. En voyant ça, il a pu anticiper. Le dimanche soir, il préparait ses affaires pour le lendemain. Le jeudi, il s’autorisait à se coucher plus tôt. Rien de révolutionnaire, mais ça a désamorcé des tonnes d’explosions.

3. Le « reset » corporel La colère, c’est aussi physique. Ta tension monte, ton cœur s’accélère, tes muscles se contractent. Tu ne peux pas calmer ton mental si ton corps est en alerte. Julien a appris un petit exercice tout simple : quand il sent la colère monter, il serre très fort ses poings pendant 5 secondes, puis il les relâche complètement. Il répète ça 3 fois. Ensuite, il pose une main sur son ventre et respire en gonflant le ventre, lentement, 5 fois. Ça paraît bête, mais ça active le système parasympathique – celui qui calme. En quelques minutes, la vague redescend. Pas complètement, mais assez pour qu’il puisse réfléchir.

Tu peux commencer ce soir. La prochaine fois que tu sens la colère pointer, fais la pause des 5 secondes. Juste ça. Et demain, note un déclencheur dans ton téléphone. C’est tout. Pas besoin de tout changer d’un coup.

Comment j’ai utilisé l’IFS pour parler à ma colère (et arrêter de la combattre)

Je vais te parler d’un truc qui a vraiment retourné Julien : l’IFS, ou Internal Family Systems. C’est un modèle qui dit que notre psyché est composée de différentes « parties », comme une famille intérieure. Tu as une partie qui veut tout contrôler, une autre qui a peur, une autre qui juge, et une autre encore qui est en colère. L’idée, ce n’est pas de se débarrasser de ces parties – elles sont toutes là pour nous protéger, même les plus bruyantes. C’est de les accueillir, de les comprendre, et de les apaiser.

Julien a nommé sa colère « le Rottweiler ». Parce que quand elle sortait, elle grognait, elle mordait, et elle faisait peur. Pendant des années, il avait essayé de l’enfermer, de la museler. Mais plus il la réprimait, plus elle devenait forte. En IFS, on fait l’inverse. On va vers la partie en colère, avec curiosité, sans jugement.

Je lui ai proposé un exercice en hypnose. Il a fermé les yeux, et il a imaginé sa colère comme une présence dans son corps. Il l’a sentie dans sa poitrine, comme une boule chaude. Puis, je lui ai demandé de lui parler mentalement, comme à un être à part. « Qu’est-ce que tu veux pour moi ? » Il a attendu, et une réponse est venue : « Je veux que tu sois respecté. Je veux que tu ne te laisses pas marcher sur les pieds. » Et là, il a compris. Sa colère n’était pas méchante. Elle était là pour le défendre, pour lui rappeler ses limites. Mais elle le faisait de façon brutale, comme un chien qui mord tout le monde parce qu’il a peur.

Alors, Julien a remercié sa colère. Il lui a dit : « Merci d’être là. Mais je peux gérer ça maintenant. Tu peux te reposer. » Et il a senti la boule se dissiper un peu. Pas disparaître, mais se détendre. Et ça, c’est énorme. Parce que quand tu arrêtes de combattre ta colère, elle arrête de combattre en retour.

Quand tu arrêtes de vouloir éliminer ta colère, elle commence à se calmer. Elle n’a plus besoin de hurler pour être entendue.

Ce que 30 jours ont changé dans sa vie (et ce qui n’a pas changé)

Au bout de 30 jours, Julien est revenu me voir. Il avait un sourire que je ne lui avais pas vu avant. Il m’a dit : « Je ne suis pas devenu un moine bouddhiste. Je suis encore en colère, parfois. Mais c’est différent. »

Concrètement, qu’est-ce qui a changé ? Il ne criait plus sur ses enfants. Il lui arrivait encore de s’énerver, mais il faisait la pause des 5 secondes, et il disait : « Papa a besoin d’un moment. Je reviens dans 2 minutes. » Et il allait dans sa chambre, il serrait ses poings, il respirait. Ses enfants ne le craignaient plus. Sa femme lui disait : « Je ne te reconnais pas, mais c’est agréable. »

Au travail, il avait eu une réunion tendue avec son chef. Avant, il serait sorti en claquant la porte ou en ruminant pendant des heures. Là, il avait senti la colère monter, il avait fait sa pause, et il avait dit : « Je comprends votre point de vue. Je propose qu’on en reparle demain, quand j’aurai eu le temps de réfléchir. » Le chef avait été surpris, mais le lendemain, ils avaient trouvé un accord. Julien avait gagné du respect sans perdre son calme.

Mais tout n’a pas changé. Il a encore des jours difficiles. Parfois, il replonge dans ses vieux réflexes, surtout quand il est fatigué ou stressé. Et ça, c’est normal. Parce que la colère ne disparaît pas. Elle s’apprivoise. C’est comme un animal sauvage : tu ne le domptes jamais complètement, mais tu apprends à vivre avec, à lire ses signaux, à l’apaiser avant qu’il ne morde.

Julien m’a dit une phrase qui m’a marqué : « Avant, j’étais un volcan. Maintenant, je suis une source chaude. Je suis encore chaud, mais je ne détruis plus rien autour de moi. » Et ça, c’est exactement le but. Pas de devenir froid ou passif. Juste d’être en relation avec sa colère, plutôt que d’être possédé par elle.

Et toi, par où commencer ce soir ?

Tu n’as pas besoin de t’inscrire à un programme de 30 jours ou de prendre rendez-vous tout de suite. Tu peux faire un premier pas, maintenant, ici.

Prends une feuille, ou ouvre une note. Écris cette phrase : « Ma colère me protège de quoi ? » Et laisse venir une réponse, sans réfléchir. Peut-être que c’est la peur d’être rejeté. Peut-être que c’est la peur d’être faible. Peut-être que c’est juste la fatigue. Ce n’est pas grave si la réponse est floue. L’important, c’est que tu poses la question.

Ensuite, prends l’engagement de faire la pause des 5 secondes demain, au moins une fois. Juste une fois. Si tu y arrives, tu auras gagné. Et si tu rates, ce n’est pas grave. Tu recommences le lendemain.

Et si tu sens que c’est plus profond, que ta colère est liée à des choses anciennes – une enfance difficile, des injustices, des trahisons – alors peut-être que tu as besoin d’un cadre pour ça. L’hypnose, l’IFS, l’intelligence relationnelle, ce sont des outils qui permettent d’aller creuser là où ça fait mal, en douceur, sans te brusquer. C’est ce que je propose aux personnes qui viennent me voir

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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