3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Une histoire vécue sur la régulation émotionnelle au quotidien.
Je ne vais pas vous dire que j’ai une baguette magique. Mais je vais vous raconter l’histoire de Claire.
Claire est arrivée dans mon cabinet un mardi de novembre. La cinquantaine, cadre dans une collectivité territoriale à Saintes. Elle s’est assise au bord du fauteuil, les mains serrées l’une contre l’autre, et elle m’a dit : « Thierry, je n’en peux plus. J’ai l’impression de vivre avec une alarme qui se déclenche sans raison. »
Elle m’a décrit ses crises d’angoisse comme une décharge électrique qui partait de la gorge et descendait jusqu’au ventre. Ça lui arrivait au supermarché, en réunion, parfois même le dimanche matin en épluchant les légumes. Elle ne comprenait pas pourquoi. Elle se sentait ridicule, honteuse, épuisée.
Claire avait déjà essayé des choses. La respiration. Des applications de méditation. Un arrêt maladie de quinze jours. Mais à chaque fois, la crise revenait, un peu plus forte, un peu plus sournoise.
Trois mois plus tard, elle est revenue me voir. Elle n’a pas fait de pirouette. Elle n’a pas dit « je suis guérie ». Elle m’a dit : « Je ne suis plus terrorisée par mes émotions. Je sais quoi faire quand ça monte. »
Ce jour-là, j’ai eu envie d’écrire cet article. Pour vous dire que oui, on peut apprivoiser ses crises d’angoisse. Pas les faire disparaître comme par magie. Mais apprendre à les accueillir, à les comprendre, à les réduire. Et que ça prend du temps, de la douceur, et une méthode qui tient la route.
Voici comment Claire a fait. Et comment vous pouvez, vous aussi, commencer à faire.
La première chose que Claire m’a dite, c’est : « On m’a appris à respirer. Mais quand la crise est là, je n’arrive même plus à penser à respirer. »
C’est le problème numéro un avec les techniques de relaxation classiques. Elles supposent que vous êtes déjà dans un état calme pour les appliquer. Mais une crise d’angoisse, c’est exactement l’inverse. C’est un orage neurologique. Votre système nerveux passe en mode « survie » en moins de trente secondes. Le cortex préfrontal, la partie rationnelle de votre cerveau, se met en veille. Vous ne pouvez plus réfléchir. Vous ne pouvez plus compter vos respirations.
Alors, qu’est-ce qui marche ? Ce qui marche, c’est de travailler en amont et en aval de la crise. Pas pendant.
Claire a appris à repérer les signaux faibles. Pas l’alarme qui sonne à fond. Mais le tout début. Une légère oppression dans la poitrine. Une sensation de chaleur. Une pensée qui tourne en boucle : « Et si je perds le contrôle ? »
À ce stade, le cerveau n’est pas encore en mode survie. Il est en mode vigilance. C’est là qu’on peut intervenir.
« Le moment le plus important pour réguler une crise d’angoisse, ce n’est pas pendant la tempête. C’est juste avant qu’elle n’éclate. »
Avec l’hypnose ericksonienne, on apprend à créer des ancrages. Un mot, une image, une sensation qui rappelle un état de sécurité. Claire a choisi le mot « ancre ». Et elle s’est entraînée, dix fois par jour, à associer ce mot à une sensation de calme dans sa main droite. Pas quand elle allait mal. Quand elle allait bien. Le matin, au café. Le soir, en regardant un film.
Résultat : au bout de trois semaines, quand elle sentait le début de la montée, elle pouvait poser sa main droite sur sa poitrine, dire « ancre » dans sa tête, et le calme revenait en quelques secondes. Pas miracle. Juste de la neuroplasticité bien utilisée.
Ce que vous pouvez faire maintenant : prenez une sensation agréable, un souvenir où vous étiez bien. Fermez les yeux. Revivez-le pleinement pendant 30 secondes. Puis touchez votre poignet gauche avec votre main droite. Répétez cinq fois par jour pendant une semaine. Vous créez un ancrage.
Quand Claire est arrivée, elle voulait une seule chose : que ses crises disparaissent. C’est normal. C’est insupportable, une crise d’angoisse. On veut que ça s’arrête, tout de suite, pour toujours.
Mais il y a un paradoxe : plus on veut supprimer une émotion, plus elle résiste. C’est ce que les chercheurs appellent le paradoxe de l’évitement expérientiel. Si vous dites à votre cerveau « ne pense pas à un ours blanc », vous allez penser à un ours blanc. Si vous dites à votre système nerveux « ne panique pas », il panique encore plus.
Pourquoi ? Parce que votre cerveau interprète la lutte comme un signe de danger. « Si je dois lutter si fort contre cette sensation, c’est qu’elle est vraiment dangereuse. » Et il active encore plus le système d’alarme.
Avec Claire, on a fait le contraire. On a utilisé l’IFS (Internal Family Systems), une approche qui considère que nos émotions ne sont pas des ennemies, mais des parties de nous-mêmes qui essaient de nous protéger.
On a accueilli son angoisse. Littéralement. Je lui ai demandé : « Si cette angoisse était une partie de toi, à quel âge elle aurait ? Quelle émotion elle essaie de t’éviter ? »
Claire a fermé les yeux. Elle a vu une petite fille de huit ans, terrorisée à l’idée que ses parents se disputent encore. Cette petite fille avait appris à être hypervigilante, à scruter les moindres signes de tension dans l’air. Pour se protéger. Elle ne voulait pas faire de mal à Claire. Elle voulait l’avertir.
Quand Claire a compris ça, quelque chose a changé. Elle n’était plus en guerre contre elle-même. Elle était en dialogue.
« L’angoisse n’est pas votre ennemie. C’est une partie de vous qui a appris à crier parce qu’elle ne savait pas parler doucement. »
Ce que vous pouvez faire maintenant : la prochaine fois que vous sentez l’angoisse monter, arrêtez-vous. Dites-lui : « Je te vois. Je sais que tu essaies de me protéger. Merci. Mais je suis en sécurité maintenant. » Ça paraît simple. C’est puissant. Votre cerveau n’entend plus un ordre de combat. Il entend une voix apaisante.
Claire faisait ses crises principalement dans deux situations : en réunion avec son chef, et le dimanche après-midi chez elle. Deux contextes très différents. Mais un point commun : une sensation d’impuissance.
En réunion, son chef la coupait systématiquement. Elle se sentait invisible, rabaissée. Le dimanche, c’était le vide après une semaine surchargée. Elle ne savait plus quoi faire d’elle-même sans la pression du travail.
Les crises d’angoisse ne tombent jamais au hasard. Elles sont toujours liées à un contexte émotionnel récurrent. Un besoin non satisfait. Une blessure ancienne qui se réactive.
Avec l’Intelligence Relationnelle, on a travaillé sur les deux plans :
Le plan externe : Claire a appris à poser un cadre en réunion. À dire « je termine ma phrase, ensuite je vous écoute ». Pas agressif. Clair. Elle a aussi appris à structurer ses dimanches : un moment pour elle le matin, une activité sociale l’après-midi, un rituel de fermeture le soir.
Le plan interne : On a identifié la blessure sous-jacente. La petite fille qui avait besoin d’être vue, entendue, reconnue. Et on a commencé à nourrir ce besoin autrement. Pas en attendant que son chef change. Mais en apprenant à se voir elle-même, à se reconnaître de la valeur.
Les crises ont commencé à s’espacer. Pas parce que le chef était devenu sympa du jour au lendemain. Mais parce que Claire n’était plus en état de manque affectif permanent. Elle avait une ressource intérieure.
Ce que vous pouvez faire maintenant : prenez un carnet. Notez les trois dernières crises. Où étiez-vous ? Avec qui ? Quelle émotion juste avant ? Cherchez le besoin non satisfait. Être vu ? Être en contrôle ? Être en sécurité ? Une fois identifié, demandez-vous : « Comment je peux nourrir ce besoin, même un tout petit peu, aujourd’hui ? »
Quand Claire m’a dit qu’elle voulait aller mieux en trois mois, j’ai souri. Pas parce que c’était trop court. Parce que c’était réaliste.
La régulation émotionnelle, ce n’est pas une pilule. C’est un réapprentissage. Votre système nerveux a passé des années, parfois des décennies, à apprendre à réagir par la panique. Il ne va pas se reprogrammer en une semaine.
Voici comment on a structuré les trois mois de Claire :
Mois 1 : La prise de conscience et les outils de base Identifier les signaux faibles. Créer des ancrages. Apprendre à accueillir l’émotion sans la combattre. Claire a tenu un journal de bord quotidien : « Aujourd’hui, j’ai ressenti de l’angoisse à 6/10. Le déclencheur : un mail de mon chef. Ce que j’ai fait : j’ai posé ma main, j’ai dit “ancre”, et je suis descendue à 4/10 en deux minutes. »
Mois 2 : Le travail en profondeur avec l’IFS et l’hypnose Explorer les parties protectrices. Dialoguer avec la partie angoissée. Comprendre son histoire. Faire des séances d’hypnose pour désactiver les automatismes de panique. Claire a commencé à ressentir des moments de calme inattendus. Pas tout le temps. Mais de plus en plus souvent.
Mois 3 : L’intégration dans la vie quotidienne et la prévention Claire a appris à anticiper les situations à risque. À préparer son système nerveux avant une réunion difficile. À se donner des permissions : « Si je sens la montée, je peux sortir deux minutes. » Elle a aussi commencé à courir, pas pour se défouler, mais pour apprendre à rester dans la difficulté sans paniquer.
À la fin du troisième mois, Claire avait encore des moments d’angoisse. Mais ils duraient cinq minutes au lieu de deux heures. Et surtout, elle n’avait plus peur d’avoir peur. C’est ça, la clé.
« Guérir des crises d’angoisse, ce n’est pas ne plus jamais en avoir. C’est ne plus être terrorisé à l’idée qu’elles reviennent. »
Ce que vous pouvez faire maintenant : arrêtez de vouloir guérir en une semaine. Donnez-vous trois mois. Pas pour être parfait. Pour apprendre. Notez un petit progrès chaque jour. Même une seconde de calme en plus, c’est une victoire.
Claire était une perfectionniste. Elle voulait que tout soit sous contrôle : son travail, sa maison, ses émotions. Et c’était exactement ça qui alimentait ses crises.
Quand elle sentait une émotion négative, elle se disait : « Je n’ai pas le droit de ressentir ça. Je devrais être plus forte. Je devrais gérer. » Et cette auto-critique ajoutait une couche de stress sur l’émotion initiale. Ce que les psychologues appellent la détresse secondaire.
Une émotion désagréable, c’est comme une vague. Elle monte, elle culmine, elle redescend. En moyenne, une vague émotionnelle dure 90 secondes. Mais si vous ajoutez la honte, la colère contre vous-même, la peur de la peur, vous pouvez rester dans la vague pendant des heures.
Avec l’Intelligence Relationnelle, on a travaillé sur l’auto-compassion. Pas la compassion « bisounours ». La compassion concrète. Claire a appris à se parler comme elle parlerait à une amie.
Au lieu de dire « je suis nulle, je fais encore une crise », elle a appris à dire : « Là, je suis en train de vivre un moment difficile. C’est normal. Je ne suis pas en danger. Je vais respirer un grand coup, poser ma main sur mon cœur, et laisser passer. »
Cette simple reformulation a changé la donne. Parce que quand vous vous parlez avec douceur, votre système nerveux reçoit un signal de sécurité. La vague redescend plus vite.
Ce que vous pouvez faire maintenant : la prochaine fois que vous vous surprenez à vous critiquer parce que vous avez une émotion, arrêtez-vous. Mettez votre main sur votre cœur. Dites-vous : « C’est difficile en ce moment. Et c’est humain. » Pas de jugement. Juste de la présence.
Je travaille avec des coureurs et des footballeurs. Et j’ai découvert un truc fascinant : les crises d’angoisse et le trac sportif, c’est presque la même chose.
Quand un footballeur rate un penalty, ce n’est pas technique. C’est mental. Son système nerveux s’emballe. Sa respiration s’accélère. Ses muscles se tendent. Il perd la fluidité.
Les meilleurs sportifs ne suppriment pas le stress. Ils l’utilisent. Ils le transforment en excitation, en concentration, en puissance.
Claire n’était pas sportive. Mais on a utilisé les mêmes principes. On a travaillé sur :
La routine de préparation : avant une réunion difficile, Claire avait une routine de cinq minutes. Elle fermait la porte, elle posait sa main sur son ventre, elle visualisait un endroit calme. Pas pour se relaxer. Pour se centrer.
L’ancrage corporel : on a créé un geste simple. Elle touchait son pouce et son index ensemble, et elle se disait « stable ». Elle faisait ça vingt fois par jour. Au bout d’une semaine, ce geste suffisait à ramener un peu de calme.
La respiration en carré : inspirez 4 secondes, bloquez 4 secondes, expirez 4 secondes, bloquez 4 secondes. Ça force le système nerveux à ralentir. Claire faisait ça trois fois de suite quand elle sentait la montée.
La désensibilisation : on a imaginé les situations angoissantes, par petits morceaux. D’abord en sécurité dans mon cabinet. Puis en imagination. Puis dans la réalité. Petite dose par petite dose. Jusqu’à ce que le cerveau apprenne que ce n’est pas un danger.
Ce que vous pouvez faire maintenant : choisissez un geste simple. Toucher votre pouce et votre index. Ou poser votre main sur votre ventre. Faites-le dix fois aujourd’hui, dans des moments calmes. Associez-le à une respiration lente. Vous créez un réflexe de sécurité.
Claire est venue me voir pendant trois mois, une séance toutes les deux semaines. Puis on a espacé. Aujourd’hui, elle revient une fois par trimestre, comme un check-up.
Mais le vrai travail, elle le fait seule. Chaque jour.
Voici ce qu’elle a mis en place :
Elle a aussi appris à repérer les rechutes. Parce que oui, ça arrive. Une période de stress intense, un conflit familial, et l’angoisse peut revenir. Mais maintenant, elle ne panique pas. Elle dit : « Tiens, c’
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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