3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
L'histoire d'une personne qui a retrouvé calme et confiance en elle.
Je ne sais pas si vous vous reconnaîtrez dans cette histoire. Elle m’a été confiée par un homme que j’appellerai Julien. La quarantaine, responsable commercial dans une entreprise de taille moyenne, il était venu me voir pour une raison précise : il n’en pouvait plus d’être « le type qui stresse pour tout ».
Julien n’avait pas de gros traumatismes apparents dans sa vie. Pas d’accident grave, pas de deuil récent, pas de licenciement brutal. Mais il vivait avec une peur diffuse, permanente, qui lui pourrissait le quotidien. Peur de décevoir son chef. Peur de ne pas être à la hauteur lors des réunions. Peur que ses collègues le jugent. Peur de prendre la parole. Peur de mal faire. Peur d’être en retard. Peur que sa femme s’éloigne parce qu’il était trop souvent tendu. Peur même de ressentir cette peur, ce qui créait une boucle infernale.
Il avait essayé pas mal de choses. La méditation, mais il n’arrivait pas à rester assis cinq minutes sans que son esprit s’emballe. Le sport, mais il se blessait à force d’y aller comme un forcené pour « évacuer ». La lecture de livres de développement personnel, mais ça restait théorique. Il avait même consulté une première fois un psychologue, il y a quelques années, pour parler de son enfance et de son père exigeant. Ça l’avait aidé à comprendre d’où venaient ses peurs. Mais comprendre ne les avait pas fait disparaître.
Quand il est arrivé dans mon cabinet, il m’a dit une phrase qui m’a marqué : « Je sais que je devrais pas avoir peur. Je sais que ça vient de mon passé. Mais mon corps, lui, il s’en fiche de ce que je sais. Il continue à paniquer. »
C’est là que nous avons commencé à travailler sur ce que j’appelle la régulation émotionnelle. Pas pour supprimer ses peurs. Pour les apprivoiser.
Julien était un garçon intelligent, cultivé, capable d’analyse fine. Il avait déjà fait le lien entre son besoin de perfection et les attentes de son père. Il savait que sa tendance à anticiper le pire était une stratégie de survie apprise dans l’enfance. Il comprenait intellectuellement que ses collègues n’étaient pas des juges impitoyables. Mais le soir, en rentrant chez lui, son cœur battait encore la chamade après une simple réunion d’équipe.
Pourquoi ? Parce que la peur n’est pas une idée. C’est une sensation corporelle. Un programme neurologique qui s’active avant même que notre cortex préfrontal (la partie « pensante » du cerveau) ait eu le temps de dire « ouf, c’est bon, on est en sécurité ». Le système nerveux autonome, qui gère nos réactions de survie, ne parle pas le langage des mots. Il parle le langage des sensations : accélération du rythme cardiaque, respiration courte, tensions musculaires, sueurs, boule au ventre, poings serrés.
Quand Julien se répétait « je n’ai aucune raison d’avoir peur », il essayait de raisonner une partie de lui-même qui ne comprend pas le raisonnement. C’est comme si vous essayiez d’expliquer les règles des échecs à un chat pour qu’il arrête de griffer le canapé. Le chat n’a pas le logiciel pour ça. Le système nerveux non plus.
Il existe une métaphore que j’utilise souvent avec les personnes que j’accompagne : imaginez que vous avez en vous un détecteur de fumée ultra-sensible. Il a été réglé, dans votre histoire, pour sonner au moindre échauffement. Un toast qui brunit un peu ? Le détecteur hurle. Un voisin qui fume une cigarette dehors ? Alerte générale. Vous pouvez passer votre temps à lui expliquer que ce n’est pas un vrai incendie. Il continuera à sonner, parce que son réglage n’a pas changé.
La régulation émotionnelle, c’est le processus qui permet de recalibrer ce détecteur. Pas de le jeter à la poubelle, parce qu’il peut être utile en cas de vrai danger. Mais de lui apprendre à faire la différence entre une menace réelle et une simple activation. Et ça, ça ne se fait pas avec des mots. Ça se fait avec le corps.
« Comprendre ses peurs, c’est comme lire la notice d’un appareil qui clignote rouge. Ça vous dit pourquoi il clignote, mais ça ne l’éteint pas. Pour éteindre l’alarme, il faut appuyer sur le bon bouton. Et ce bouton est dans le corps, pas dans la tête. »
Pendant plusieurs semaines, nous avons travaillé ensemble. Je ne vais pas vous raconter chaque séance, mais je peux vous décrire les trois grandes étapes que Julien a traversées. Elles sont assez universelles, et je les retrouve chez la plupart des personnes qui viennent pour des peurs, des angoisses, ou ce sentiment d’être « submergé » par leurs émotions.
Étape 1 : Cartographier le territoire de la peur
Avant de réguler quoi que ce soit, Julien devait d’abord apprendre à reconnaître quand sa peur était là. Pas avec sa tête, mais avec ses sensations. Ça parait simple dit comme ça, mais c’est en réalité un apprentissage fondamental. Beaucoup de gens passent leur vie à fuir, combattre ou ignorer leurs sensations désagréables sans jamais les avoir vraiment rencontrées.
Je lui ai proposé un exercice simple : pendant une semaine, sans chercher à changer quoi que ce soit, il devait juste noter, trois fois par jour, ce qu’il ressentait dans son corps. Pas d’analyse. Pas de « c’est parce que mon chef m’a regardé bizarrement ». Juste : « Mâchoire serrée, épaules hautes, respiration courte », ou « Ventre noué, mains froides, envie de bouger ».
Au début, Julien a trouvé ça étrange. Il avait l’impression de ne rien ressentir. Puis, au bout de deux jours, il a commencé à capter des choses. Il s’est rendu compte que sa mâchoire était presque tout le temps serrée. Que ses épaules remontaient vers ses oreilles dès qu’il ouvrait ses emails. Que sa respiration devenait saccadée chaque fois qu’il pensait à son chef.
Il a aussi découvert que sa peur n’était pas un bloc monolithique. Elle avait des nuances. Il y avait la peur « froide » (mains glacées, sensation de vide dans le ventre) et la peur « chaude » (visage qui rougit, cœur qui cogne). Il y avait la peur qui le figeait (jambes lourdes, immobilité) et celle qui l’agitait (besoin de se lever, de marcher, de faire les cent pas).
Cartographier, c’est donner un nom à ce qui était jusque-là un brouillard informe. C’est poser des repères. C’est faire passer l’émotion du statut de « phénomène qui me submerge » à « phénomène que j’observe ». Et dans ce simple déplacement, il y a déjà un premier pas vers la régulation.
Étape 2 : Trouver la fenêtre de tolérance
Le concept clé que nous avons exploré ensuite, c’est ce que les spécialistes appellent la « fenêtre de tolérance ». C’est cette zone dans laquelle notre système nerveux peut accueillir des émotions et des sensations sans être débordé. Quand on est dans cette fenêtre, on peut penser, réfléchir, choisir sa réponse. On est flexible.
Quand on en sort, deux options : soit on part en hyperactivation (panique, rage, agitation, crises d’angoisse), soit on part en hypoactivation (engourdissement, fatigue, dissociation, effondrement, « je n’ai plus de force »). Julien, lui, basculait très vite en hyperactivation. Un simple email un peu sec de son chef, et hop, il était hors de sa fenêtre, en mode « alerte rouge ».
Le travail a consisté à l’aider à repérer les signes de sortie de fenêtre. Ce sont des signaux d’alarme précoces. Pour Julien, c’était une petite tension dans le plexus solaire, une inspiration qui devenait plus courte, et une sensation de chaleur dans la nuque. À ce stade, il était encore temps de faire quelque chose. S’il attendait que le cœur s’emballe et que la pensée catastrophique s’installe, il avait déjà perdu la main.
Nous avons ensuite construit ensemble une boîte à outils de « régulateurs ». Ces régulateurs sont des actions simples, corporelles, qui aident le système nerveux à revenir dans sa fenêtre de tolérance. Ce ne sont pas des techniques miracles, mais des points d’ancrage. Pour Julien, voici ce qui a fonctionné :
Julien a testé ces régulateurs dans des situations de stress modéré, pas pendant les grosses crises. Il s’est entraîné, comme on s’entraîne pour un sport. Et progressivement, il a appris à repérer plus tôt les signes de sortie de fenêtre, et à intervenir avant que la tempête ne se déchaîne.
Étape 3 : Dialoguer avec la partie qui a peur
La régulation émotionnelle ne s’arrête pas à la gestion des symptômes corporels. Une fois que Julien avait retrouvé un peu de calme dans son corps, nous avons pu entamer un dialogue différent avec sa peur. C’est là que l’IFS (Internal Family Systems) a pris le relais.
Dans l’IFS, on considère que nous sommes tous composés de différentes « parties ». Il y a la partie qui veut tout contrôler, la partie qui critique, la partie qui se replie, la partie qui cherche à plaire… et la partie qui a peur. Ces parties ne sont pas des ennemis. Ce sont des stratégies de protection qui ont été développées, souvent dans l’enfance, pour nous aider à survivre.
La peur de Julien n’était pas un problème à éradiquer. C’était une partie de lui qui avait pris un rôle très lourd : essayer de le protéger en anticipant tous les dangers possibles. Cette partie était épuisée. Elle travaillait 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans jamais prendre de congés. Et elle était persuadée que si elle baissait la garde une seconde, il arriverait une catastrophe.
Quand Julien a pu, depuis un état corporel plus calme, se tourner vers cette partie avec curiosité plutôt qu’avec rejet, quelque chose a changé. Il a pu lui demander : « Qu’est-ce que tu crains vraiment ? Qu’est-ce qui se passerait si tu arrêtais de me faire peur ? » La réponse l’a surpris : la partie avait peur qu’il devienne « arrogant », qu’il ne fasse plus attention aux autres, qu’il se mette en danger en étant trop confiant. Elle le protégeait en fait d’un risque d’humiliation ou de rejet.
Ce dialogue n’a pas fait disparaître la peur du jour au lendemain. Mais il a changé la relation que Julien entretenait avec elle. Au lieu de vivre sa peur comme une ennemie intérieure, il a commencé à la voir comme une sentinelle un peu trop zélée, mais bien intentionnée. Il a pu la remercier pour son travail, et lui proposer de prendre un peu de repos. « Je suis adulte maintenant, je peux gérer. Tu peux lâcher un peu. »
« Le plus grand changement n’a pas été de ne plus avoir peur. Ça n’existe pas, une vie sans peur. Le plus grand changement, ça a été d’arrêter d’avoir peur d’avoir peur. Avant, la peur déclenchait une panique en chaîne. Maintenant, c’est juste une sensation qui passe. »
Après quelques mois de travail, Julien a commencé à observer des changements concrets. Pas des changements spectaculaires du jour au lendemain, mais des petits décalages, des micro-victoires qui, mises bout à bout, ont transformé sa vie.
Le premier changement, c’est qu’il a arrêté de raser les murs. Avant, il évitait systématiquement les situations qui pouvaient déclencher sa peur : refuser une réunion, ne pas poser de question en public, laisser son collègue prendre la parole à sa place. Il avait construit une vie professionnelle en mode « survie », en esquivant les risques. Après le travail, il a commencé à oser. Pas tout d’un coup. Mais il a levé la main en réunion pour dire : « J’ai une question. » La première fois, son cœur battait fort. Mais il a utilisé ses régulateurs (respiration, pieds au sol), et il a parlé. Rien de grave ne s’est produit. La terre n’a pas tremblé. Il a même eu une réponse intéressante de son chef.
Le deuxième changement, c’est qu’il a retrouvé une forme de spontanéité. Avant, tout était calculé, anticipé, pesé. Il ne disait rien sans l’avoir répété mentalement trois fois. Il ne prenait aucune décision sans avoir envisagé le pire scénario possible. Cette hyper-vigilance était épuisante. En apprenant à réguler sa peur, il a libéré de l’énergie mentale. Il a pu être plus présent dans les conversations, plus réactif, plus créatif. Sa femme lui a dit un jour : « Ça fait longtemps que je ne t’avais pas vu rire comme ça. »
Le troisième changement, plus profond, c’est qu’il a cessé de se juger pour ses peurs. Avant, il se traitait de « faible », de « trouillard », de « pas à la hauteur ». Il ajoutait de la honte sur la peur, ce qui ne faisait qu’empirer les choses. En comprenant le mécanisme de son système nerveux, en dialoguant avec la partie qui avait peur, il a développé une forme de compassion pour lui-même. Il a pu se dire : « Ce n’est pas de ma faute si mon système est réglé comme ça. Mais je peux apprendre à le régler différemment. »
Et vous savez quoi ? Cette auto-compassion a eu un effet direct sur ses relations. Moins dur avec lui-même, il est devenu moins dur avec les autres. Il a arrêté de projeter sur ses collègues des jugements qu’il portait en réalité sur lui-même. Il a été plus ouvert, plus à l’écoute. Son responsable a même remarqué un changement et lui a confié un projet important, ce qui l’aurait terrifié six mois plus tôt.
Si vous lisez cet article et que vous reconnaissez quelque chose de Julien en vous, je ne vais pas vous promettre que tout va changer en un claquement de doigts. La régulation émotionnelle, c’est un apprentissage. Ça prend du temps, de la pratique, et parfois un accompagnement. Mais vous pouvez commencer tout de suite, ici, avec une chose très simple.
Prenez une minute. Juste une minute. Posez votre téléphone ou fermez cet onglet. Installez-vous confortablement, les pieds à plat sur le sol. Et portez votre attention sur votre respiration. Ne cherchez pas à la modifier. Juste à la sentir. L’air qui entre. L’air qui sort. Peut-être que vous sentez l’air plus frais qui entre par les narines, plus chaud qui sort. Peut-être que vous sentez votre ventre qui se soulève doucement. Peut-être que vous ne sentez rien, et c’est OK.
Restez là, trente secondes, une minute. Sans objectif. Sans chercher à vous relaxer. Juste en étant présent à ce qui est là, dans votre corps, maintenant.
Ce n’est pas
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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