PsychologieRegulation Emotionnelle

Témoignage : « J’ai arrêté de fuir mes émotions grâce à l’IFS »

Comment les parties de soi apaisent les tempêtes intérieures.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

C’est un matin ordinaire. Thomas, 42 ans, chef d’équipe dans une entreprise de logistique, pousse la porte de mon cabinet à Saintes. Il s’assoit, les épaules nouées, le regard fuyant. « Je n’en peux plus », lâche-t-il. « Je passe mon temps à m’énerver pour des broutilles, à rentrer du travail lessivé, à me coucher en ruminant. Ma femme dit que je suis sur les nerfs tout le temps. Mes collègues me regardent de travers. Et moi, au fond, je sais que ça ne vient pas d’eux. Ça vient de l’intérieur. Mais je ne sais pas quoi faire. »

Thomas n’est pas venu chercher une baguette magique. Il est venu parce qu’il a compris qu’il ne pouvait plus continuer à fuir ce qui bouillonnait en lui. Et c’est là que l’IFS – l’Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur – a commencé à faire son chemin. Lui qui avait passé des années à essayer d’étouffer ses émotions avec du sport intense, des nuits blanches sur des dossiers, ou des verres avec les copains, a découvert qu’au lieu de les chasser, il pouvait les accueillir. Et ça a tout changé.

Je vais te raconter comment ça se passe concrètement. Pas avec des concepts flottants, mais avec des histoires comme la tienne, des mécanismes simples, et des gestes que tu peux essayer dès aujourd’hui.

Pourquoi on passe notre temps à fuir nos émotions (et pourquoi ça ne marche pas)

On ne naît pas en ayant peur de nos émotions. On l’apprend. Petit, quand tu pleurais, on te disait « arrête de pleurer, c’est pas grave ». Quand tu étais en colère, on te répondait « calme-toi, tu exagères ». Quand tu étais triste, on changeait de sujet pour « te changer les idées ». Sans le savoir, on t’a appris que certaines émotions sont dangereuses, gênantes, ou inacceptables.

Alors, tu as développé des stratégies. Des « parties protectrices », comme on dit en IFS. Des comportements automatiques qui ont pour mission de t’éloigner de ce qui fait mal. Pour Thomas, c’était le travail à outrance. « Si je suis occupé 14 heures par jour, je n’ai pas le temps de penser à ce qui cloche », disait-il. Pour d’autres, c’est la nourriture, les écrans, la perfection, le contrôle, le jugement des autres, ou même le sport à haute dose.

Ces stratégies fonctionnent… sur le moment. Mais elles ont un coût. Tu passes ta vie à courir après une paix intérieure qui ne vient jamais vraiment. Et plus tu fuis, plus les émotions s’accumulent. Elles frappent plus fort, plus souvent, sous forme d’anxiété, d’irritabilité, de fatigue chronique, ou de cette sensation d’être débordé sans raison claire.

« Ce que tu combats persiste, ce que tu accueilles se transforme. » – Carl Jung (et tellement vrai dans l’IFS)

L’IFS propose une autre voie : arrêter de lutter contre ces parties de toi, et commencer à les écouter. Parce qu’elles ne sont pas tes ennemies. Elles sont juste des soldats fatigués qui essaient de te protéger avec les moyens du bord. Mais pour ça, il faut d’abord reconnaître que ce ne sont pas « toi ».

Comment j’ai découvert que j’étais peuplé de plusieurs « moi »

La première séance avec Thomas, je lui ai posé une question simple : « Quand tu sens cette colère monter au travail, qu’est-ce qui se passe à l’intérieur de toi ? » Il a froncé les sourcils. « Ben… je m’énerve, quoi. » J’ai insisté : « Oui, mais est-ce que tu pourrais décrire la sensation ? Où est-ce que tu la ressens dans ton corps ? Est-ce qu’elle a une voix ? Une image ? »

Il a fermé les yeux, un peu gêné. « C’est comme une boule chaude dans la poitrine. Et il y a une voix qui dit “ils se foutent de toi, montre-leur qui commande”. » Je lui ai demandé : « Et toi, là-dedans, comment tu te sens par rapport à cette partie ? » Il a répondu : « Je la déteste. Elle me rend con. Je voudrais qu’elle disparaisse. »

C’est le point de départ. En IFS, on distingue deux choses : la partie qui s’énerve (on l’appelle une « protectrice »), et le « Soi » – cette part de toi qui observe, qui est curieuse, calme, compatissante. Le problème, c’est qu’on est souvent complètement identifié à nos parties. On ne dit pas « une partie de moi est en colère », on dit « je suis en colère ». Et quand on est noyé dedans, on ne peut pas les voir clairement.

Thomas a commencé à comprendre qu’il n’était pas sa colère. Il était celui qui pouvait l’observer. Et ça, c’est une révolution silencieuse. Ça ne veut pas dire que la colère disparaît. Ça veut dire que tu arrêtes de te confondre avec elle. Tu passes de « je suis en colère, je vais exploser » à « une partie de moi est en colère, et je peux l’écouter sans agir sous son emprise ».

Le jour où j’ai rencontré ma partie protectrice (et ce qu’elle m’a révélé)

Après quelques séances, Thomas a accepté de dialoguer avec cette partie colérique. Pas pour la combattre, mais pour la connaître. Je l’ai guidé : « Si tu pouvais lui poser une question, qu’est-ce que tu lui demanderais ? » Il a répondu, la voix hésitante : « Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu m’obliges à m’énerver tout le temps ? »

Et là, il a eu une réponse inattendue. Pas en mots, mais en sensations. « Elle me dit qu’elle me protège. Que si je ne m’énerve pas, les autres vont me marcher dessus. Que je vais me faire écraser comme quand j’étais gamin. » Ses yeux se sont embués. Il venait de toucher du doigt l’origine de cette colère : une vieille blessure d’enfant, celle de s’être senti invisible, impuissant, piétiné.

Les parties protectrices ne sont pas méchantes. Elles sont souvent fatiguées, surmenées, et elles portent des fardeaux très lourds. Elles ont pris le relais à un moment où tu n’avais pas les ressources pour gérer une situation difficile. Et depuis, elles n’ont jamais lâché le poste. Mais elles ne savent pas que tu as grandi, que tu as des ressources nouvelles, que tu n’es plus cet enfant vulnérable.

En IFS, on ne demande pas à la protectrice de partir. On la remercie. On valide son intention. Et on lui propose de se reposer un peu, parce que le Soi peut prendre le relais. Pour Thomas, ça a été un choc : « Je ne pensais pas que ma colère était là pour m’aider. Je la croyais mon ennemie. » Et c’est là que la tempête intérieure commence vraiment à s’apaiser.

Les vraies tempêtes intérieures : quand les parties exilées refont surface

Mais les protectrices ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Dessous, il y a ce qu’on appelle en IFS les « parties exilées ». Ce sont des émotions brutes, souvent très jeunes, qui portent la douleur d’un moment où tu t’es senti rejeté, humilié, abandonné, ou terrifié. On les exile parce qu’elles sont trop douloureuses à ressentir. Mais elles ne disparaissent jamais. Elles attendent.

Quand Thomas a commencé à baisser la garde de sa protectrice, une immense tristesse est remontée. Il s’est souvenu d’un épisode de son enfance : à 8 ans, il avait préparé un dessin pour son père, qui était rentré tard, fatigué, et qui l’avait à peine regardé. « Il a dit “c’est bien, va jouer”, et il a tourné la page du journal. Je me suis senti tout petit. Invisible. » Cette partie exilée, ce petit garçon, était restée coincée là, avec une croyance : « Je ne compte pas, je ne mérite pas qu’on s’intéresse à moi. »

Quand on touche à ces exilés, c’est bouleversant. On peut pleurer, trembler, sentir une vague de chaleur ou de froid. Mais c’est aussi le moment clé de la guérison. Parce qu’on ne fuit plus. On reste avec. Et le Soi – cette présence calme et bienveillante – peut enfin entrer en contact avec cette partie blessée, la consoler, lui dire ce qu’elle aurait eu besoin d’entendre à l’époque.

« Les émotions ne sont pas des problèmes à résoudre, mais des messagers à écouter. » – Thierry Sudan

Pour Thomas, ce moment a été un tournant. Il a arrêté de se juger d’être triste. Il a arrêté de se forcer à « aller bien ». Il a appris à dire : « Je vois que tu es triste, mon petit. Je suis là maintenant. Tu n’es plus seul. » Et cette simple présence a désamorcé la tempête. La colère du quotidien a commencé à s’effacer, parce qu’elle n’avait plus besoin de protéger ce petit garçon invisible.

Ce qui change vraiment dans la vie quotidienne quand on arrête de fuir

Tu te demandes peut-être : concrètement, ça donne quoi dans le métro, au bureau, à la maison ? Parce que c’est bien beau de parler de parties et de Soi, mais le lundi matin à 8h, quand ton chef te met la pression, il faut que ça tienne la route.

Voici ce que Thomas a observé après quelques mois de travail :

  1. Moins de réactions à chaud. Avant, un commentaire anodin le faisait sortir de ses gonds. Maintenant, il sent la montée de la colère, mais il peut faire une pause. Il respire. Il se dit : « Tiens, une partie de moi est en train de s’activer. Qu’est-ce qu’elle essaie de me dire ? » Parfois, il va aux toilettes 30 secondes pour se recentrer. Résultat : il ne dit plus des choses qu’il regrette.

  2. Moins de fatigue chronique. Fuir ses émotions, c’est épuisant. C’est comme tenir une porte fermée contre un ouragan. Quand tu arrêtes de lutter, l’énergie revient. Thomas a arrêté de rentrer lessivé. Il a même repris le sport, mais pour le plaisir, pas pour s’anesthésier.

  3. Des relations plus authentiques. Sa femme lui a dit, au bout de quelques semaines : « Je ne sais pas ce que tu fais, mais tu es plus présent. Tu m’écoutes. Tu ne te braques plus. » Et lui, il a réalisé qu’il n’avait plus besoin de jouer un rôle. Il pouvait être vulnérable, dire « je suis fatigué » ou « j’ai besoin d’un câlin », sans avoir peur de paraître faible.

  4. Une meilleure capacité à prendre du recul. Les pensées négatives (« je suis nul », « je vais me faire virer », « personne ne m’aime ») ne sont plus des vérités absolues. Il peut les observer comme des nuages qui passent. Il sait que ce sont des parties de lui, pas la réalité.

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Il a encore des jours difficiles. Mais il ne se noie plus. Il a appris à nager dans ses émotions.

Un exercice simple pour commencer à écouter tes parties (avant même de prendre rendez-vous)

Tu n’as pas besoin d’être en thérapie pour commencer à expérimenter l’IFS. Voici un petit exercice que tu peux faire chez toi, tranquille, en 5 minutes. Il s’appelle le « check-in intérieur ».

Étape 1 : Installe-toi confortablement. Assis ou allongé, ferme les yeux. Prends trois respirations profondes. Laisse ton corps se poser.

Étape 2 : Pose-toi la question : « Qu’est-ce qui est vivant en moi en ce moment ? » Ne cherche pas à répondre avec ta tête. Sens plutôt. Est-ce qu’il y a une tension dans la mâchoire ? Une boule dans le ventre ? Une agitation dans la poitrine ? Une fatigue dans les épaules ? Accueille ce qui est là, sans jugement.

Étape 3 : Donne-lui un nom ou une image. Si cette sensation était une partie de toi, comment l’appellerais-tu ? « La stressée », « L’énervée », « La tristoune », « La contrôleuse » ? Ou peut-être qu’elle a une forme, une couleur, un âge. Laisse venir ce qui vient.

Étape 4 : Demande-lui : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » Ne force pas la réponse. Reste dans l’écoute. Tu peux sentir une phrase, une image, un souvenir, ou juste une sensation qui change. Peut-être qu’elle te dit : « J’ai peur », « Je suis fatiguée », « J’ai besoin de repos ». Accueille ça avec bienveillance.

Étape 5 : Remercie-la. Dis-lui simplement merci d’être là, de t’avoir protégé. Tu n’as rien à résoudre. Juste à reconnaître sa présence.

Tu peux faire ça tous les jours. C’est un petit geste, mais il change la relation avec toi-même. Tu passes d’une relation de combat à une relation de curiosité. Et c’est le début de tout.

Pourquoi l’IFS n’est pas une baguette magique (et ce qu’elle peut vraiment t’apporter)

Je vais être honnête avec toi. L’IFS ne va pas faire disparaître toutes tes difficultés du jour au lendemain. Tu ne vas pas te réveiller un matin en étant « guéri » de ton anxiété, de ta colère ou de ta tristesse. Ce n’est pas une méthode pour devenir parfait, ni pour ne plus jamais souffrir.

Ce qu’elle fait, c’est autre chose. Elle te donne une carte pour naviguer dans ta propre psyché. Elle t’apprend à ne plus avoir peur de ce qui se passe à l’intérieur. Elle te montre que tu n’es pas un chaos ingouvernable, mais un système vivant, avec des parties qui ont du sens, même les plus douloureuses.

Et surtout, elle te permet de retrouver ton « Soi » – cette essence calme, confiante, créative, connectée. Tu sais, cette version de toi qui existait avant que les blessures ne s’accumulent, avant que les protectrices ne prennent le pouvoir. Cette version de toi n’a jamais disparu. Elle était juste cachée sous des couches de protection.

L’IFS, c’est comme dégager les décombres après un tremblement de terre. Ça prend du temps, ça demande de la patience, et parfois on trouve des choses douloureuses. Mais à la fin, on retrouve la lumière.

Et si tu arrêtais de fuir, toi aussi ?

Je ne sais pas où tu en es, toi qui lis ces lignes. Peut-être que tu reconnais Thomas. Peut-être que tu vis avec une boule au ventre, une irritabilité chronique, ou une fatigue qui ne passe pas. Peut-être que tu as essayé des livres, des applis de méditation, des coachings, et que ça n’a pas suffi. Ou peut-être que tu n’as jamais osé franchir le pas.

Ce que je peux te dire, c’est que l’IFS est une des approches les plus douces et les plus profondes que j’ai rencontrées en 10 ans de pratique. Elle ne te demande pas de devenir quelqu’un d’autre. Elle te demande juste de devenir plus toi-même. Et ça, c’est à la fois terrifiant et magnifique.

Si tu sens que le moment est venu d’arrêter de fuir, si tu veux comprendre ce qui se cache derrière tes tempêtes intérieures, je suis là. On peut en parler, sans engagement, juste pour voir si cette approche résonne avec ce que tu vis. Un appel, une séance, une question. Parfois, il suffit d’un premier pas pour que le chemin s’éclaire.

Prends soin de toi. Et souviens-toi : tu n’es pas tes tempêtes. Tu es celui

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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