3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
L'histoire vraie de Sarah, qui a retrouvé son équilibre.
Je n’ai pas vu Sarah depuis un mois. Quand elle pousse la porte de mon cabinet ce matin-là, je la reconnais à peine. Elle a troqué ses éternels pulls oversize gris contre un chemisier clair. Ses épaules sont droites, son regard posé. Avant, elle entrait en baissant la tête, les bras serrés contre elle, comme pour contenir quelque chose qui menaçait d’exploser. « Je crois que ça y est », me dit-elle en s’asseyant. « Je n’ai pas fait de crise depuis trois semaines. Et celle d’avant, c’était il y a deux mois. »
Deux mois. C’est le temps qu’il lui a fallu pour passer de l’impression de vivre sous une chape de plomb à une légèreté qu’elle n’espérait plus. Sarah n’est pas un cas isolé. Dans mon cabinet, je vois des hommes et des femmes de tous âges arriver avec ce même sentiment : celui d’être prisonnier de son propre corps, de son propre souffle. Celui de devoir lutter chaque jour contre une peur qui n’a pas d’objet précis, mais qui occupe tout l’espace.
Aujourd’hui, je veux vous raconter son histoire. Pas pour vous vendre une méthode miracle — ça n’existe pas. Mais parce que son parcours illustre quelque chose de précieux : on peut apprendre à ne plus subir ses crises d’angoisse. On peut les dompter, pas en les combattant, mais en changeant de rapport avec elles.
Voici comment Sarah a fait.
Sarah est arrivée pour la première fois il y a quatre mois. Cadre commerciale dans une entreprise de logistique, 34 ans, mariée, un enfant. « Je n’ai aucune raison d’aller mal », m’avait-elle dit d’entrée, comme pour s’excuser. C’est une phrase que j’entends presque chaque jour. Comme si la souffrance psychologique devait mériter un motif valable pour exister.
Ses crises avaient commencé six mois plus tôt. D’abord discrètes : une sensation d’oppression dans la poitrine en réunion, un souffle qui s’accélère dans les embouteillages. Puis elles s’étaient intensifiées. Jusqu’à ce fameux soir où elle avait dû quitter le supermarché en courant, son caddie abandonné au milieu du rayon, le cœur cognant si fort qu’elle avait cru faire un infarctus. Depuis, elle évitait les courses, puis les magasins, puis les lieux bondés. Sa vie rétrécissait comme une peau de chagrin.
Quand elle m’a décrit ses crises, j’ai reconnu ce que je vois chez beaucoup de personnes : un mécanisme de survie qui s’emballe. Notre cerveau possède un système d’alarme archaïque. Il scanne en permanence notre environnement pour détecter un danger. Quand il repère quelque chose — un bruit soudain, une foule, une sensation physique inhabituelle — il déclenche une réaction de stress. C’est normal. C’est même utile pour traverser une route ou fuir un danger réel.
Le problème, c’est quand ce système devient hyperactif. Quand il se déclenche pour une simple montée d’adrénaline, une pensée intrusive, ou même… pour rien. La personne vit alors une peur intense sans en comprendre l’origine. C’est ça, la crise d’angoisse : une alarme qui sonne alors qu’il n’y a pas d’incendie.
Ce qui a changé pour Sarah, c’est quand elle a compris que sa peur n’était pas le problème. Ce qui la maintenait prisonnière, c’était la peur de la peur. Elle avait tellement peur de faire une crise qu’elle finissait par en provoquer une. C’est un cercle vicieux classique : plus on redoute les symptômes, plus on les amplifie.
« Le problème n’est pas l’angoisse elle-même, mais ce que vous faites avec. Vous pouvez passer votre vie à la fuir, ou apprendre à la traverser. »
Sarah avait consulté son médecin traitant, puis un cardiologue, puis fait des examens. Tout allait bien. « C’est dans votre tête », lui avait-on dit. Et elle était repartie avec cette phrase comme un couperet. Comme si une souffrance « dans la tête » était moins légitime.
Pourtant, son corps ne mentait pas. Ses mains moites, son cœur qui s’emballait, cette boule dans la gorge, cette sensation d’étouffer — tout ça était bien réel. Ce qui était trompeur, c’était l’interprétation qu’elle en faisait. À chaque accélération du rythme cardiaque, son cerveau disait : « Danger, je vais mourir. » Alors son corps répondait en produisant encore plus d’adrénaline. Et ainsi de suite.
L’hypnose ericksonienne m’a permis de lui montrer quelque chose de simple, mais qui a tout changé : son corps n’était pas son ennemi. Il essayait juste de la protéger, avec des moyens un peu dépassés.
Lors d’une séance, je lui ai proposé une petite expérience. Je lui ai demandé de fermer les yeux et de se concentrer sur sa respiration. Pas pour la contrôler, juste pour l’observer. Au bout de quelques secondes, sa main droite s’est mise à trembler légèrement. Elle a voulu la bloquer. « Laisse faire », lui ai-je dit. Le tremblement a duré un moment, puis s’est arrêté. Ensuite, elle a senti une chaleur monter dans son ventre. « J’ai l’impression que quelque chose se dénoue », a-t-elle murmuré.
Ce qu’elle a découvert ce jour-là, c’est que son corps lui envoyait des signaux en permanence. Mais elle les avait appris à les ignorer, à les étouffer, à les combattre. Résultat : quand ils devenaient trop forts, ils explosait sous forme de crise.
L’hypnose ne fait pas disparaître ces signaux. Elle vous apprend à les entendre autrement. À reconnaître la différence entre une accélération cardiaque banale (après un café, une montée d’escalier) et une montée d’angoisse. À accueillir la tension sans la juger. À dire à son corps : « Je t’entends, je suis là, tu peux lâcher prise. »
Un des tournants pour Sarah a été quand je lui ai présenté l’IFS — le modèle des parties du moi. L’idée est simple, mais elle bouscule tout ce qu’on croit savoir sur soi-même.
On a tous l’impression d’être une seule personne, cohérente. Pourtant, si vous observez bien, vous verrez qu’en vous cohabitent plusieurs voix. Une partie qui veut tout contrôler, une autre qui veut lâcher prise. Une qui veut fuir, une autre qui veut se battre. Une qui vous juge sévèrement, une autre qui vous console.
Sarah avait une partie qu’elle appelait « la sentinelle ». C’était une veilleuse infatigable, toujours aux aguets, prête à détecter le moindre signe de danger. Cette partie était épuisée, mais elle ne pouvait pas s’arrêter. Elle avait pris son rôle tellement à cœur qu’elle voyait des menaces partout.
En IFS, on ne cherche pas à faire taire cette sentinelle. On la remercie. On lui dit : « Je sais que tu fais ça pour me protéger. Tu as fait un travail incroyable pendant toutes ces années. Mais maintenant, tu peux peut-être te reposer un peu. Je suis là. Je peux gérer. »
Sarah a eu une séance particulièrement marquante. Elle a visualisé sa sentinelle comme un petit soldat de plomb, debout sur un mur, les yeux grands ouverts, fatigué mais ne pouvant pas fermer les paupières. En hypnose, elle est allée vers lui. Elle l’a pris dans ses mains. Elle lui a dit : « Tu peux dormir, maintenant. Je monte la garde à ta place. »
Quand elle a ouvert les yeux, elle pleurait. Mais pas de tristesse. De soulagement. Pour la première fois depuis des mois, elle sentait qu’elle n’était pas seule face à son angoisse. Elle avait une partie d’elle-même qui pouvait accueillir la peur, sans se laisser submerger.
« Votre anxiété n’est pas un défaut de fabrication. C’est une partie de vous qui a pris trop de place, parce qu’elle a dû vous protéger seule trop longtemps. »
Sarah avait fini par s’isoler. Elle annulait les sorties entre amis, prétextant une fatigue. Elle évitait les dîners de famille. Même avec son mari, elle se sentait déconnectée. « Il ne peut pas comprendre », me disait-elle. « Il n’a jamais vécu ça. »
C’est là que l’intelligence relationnelle est entrée en jeu. Ce n’est pas un concept compliqué : c’est la capacité à naviguer dans ses relations avec les autres, mais aussi avec soi-même. Sarah avait perdu cette boussole.
On a travaillé sur sa communication. Pas pour qu’elle apprenne à « gérer » ses proches, mais pour qu’elle ose dire ce qu’elle vivait, sans honte. Un soir, elle a dit à son mari : « J’ai peur. Pas de toi, pas de nous. J’ai peur d’avoir peur. » Il l’a regardée, a posé sa main sur la sienne et a dit : « Je ne comprends pas tout, mais je suis là. »
Ce simple échange a changé quelque chose. En verbalisant sa peur, elle la sortait de l’intérieur de son corps pour la poser entre eux deux. Elle n’était plus seule à la porter.
L’intelligence relationnelle, c’est aussi apprendre à dire non. Sarah disait oui à tout par peur de décevoir. Au travail, elle accumulait les dossiers. En famille, elle gérait tout. Son corps encaissait jusqu’à saturation. On a travaillé sur des phrases simples : « Là, j’ai besoin de souffler. » « Non, je ne peux pas prendre ça maintenant. » « J’ai besoin de cinq minutes pour moi. »
Au début, elle avait l’impression d’être égoïste. Puis elle a constaté que les autres ne s’effondraient pas quand elle posait une limite. Au contraire, ses relations devenaient plus authentiques. Moins de surface, plus de profondeur.
Sarah n’a pas seulement travaillé en séance. Elle a mis en place des petites choses, jour après jour. Rien de spectaculaire, mais tout a compté.
D’abord, elle a appris à respirer. Pas la respiration ventrale qu’on trouve partout sur YouTube, mais quelque chose de plus précis. Je lui ai donné un exercice simple : inspirer en comptant jusqu’à quatre, bloquer deux secondes, expirer en comptant jusqu’à six. Pas pour se calmer, mais pour envoyer un signal à son système nerveux : « Tout va bien, tu peux ralentir. » Elle faisait ça trois fois par jour, à des moments fixes. Pas en pleine crise — trop tard — mais en prévention.
Ensuite, elle a tenu un petit carnet. Pas un journal intime long, juste quelques lignes chaque soir : « Aujourd’hui, j’ai ressenti de l’angoisse à 15h, dans la salle de réunion. Je l’ai accueillie, elle est montée, puis redescendue en 7 minutes. Je n’ai pas fui. » Ce simple fait de mettre des mots sur l’expérience l’aidait à reprendre le contrôle. Elle voyait que les crises ne duraient pas éternellement. Qu’elles passaient, toujours.
Elle a aussi arrêté de lutter contre l’insomnie. Avant, elle passait des heures à tourner dans son lit, furieuse de ne pas dormir, ce qui aggravait son anxiété. Je lui ai proposé un deal : si elle ne dormait pas au bout de 20 minutes, elle se levait, buvait un verre d’eau, lisait quelques pages d’un roman léger, puis se recouchait sans exigence. Le simple fait de lâcher l’obligation de dormir a souvent suffi à endormir son angoisse.
Enfin, elle a instauré un rituel le matin. Avant de toucher son téléphone, elle restait cinq minutes au bord du lit, les pieds au sol, et elle posait son attention sur trois choses : un son (le chant des oiseaux, le frigo qui ronronne), une sensation (le contact de ses pieds sur le carrelage), une pensée (une intention pour la journée, simple : « aujourd’hui, je vais être douce avec moi »).
Ces gestes paraissent anodins. Pourtant, ils ont recâblé son cerveau. Ils lui ont redonné un sentiment d’ancrage. Son système nerveux a appris qu’il pouvait se réguler tout seul, sans avoir besoin de fuir ou de combattre.
Deux mois après notre première séance, Sarah n’est plus la même. Pas parce qu’elle ne ressent plus jamais d’angoisse. Elle en ressent encore, parfois. Mais elle ne la subit plus.
Quand elle sent les premiers signes — une légère oppression, un souffle qui s’accélère — elle ne panique plus. Elle se dit : « Ah, te revoilà. Bonjour. Je sais ce que tu es. Tu vas passer. » Et elle continue ce qu’elle est en train de faire. Elle ne fuit plus. Elle ne lutte plus. Elle traverse.
Elle a repris les courses. Elle va au supermarché le samedi matin, comme tout le monde. Parfois, elle sent une boule dans le ventre. Elle pose sa main dessus, respire une fois, deux fois, et elle reste dans la file d’attente. Elle ne s’enfuit plus.
Elle a aussi accepté une promotion au travail. Un poste avec plus de responsabilités, plus de réunions, plus de monde. Avant, elle aurait refusé par peur. Maintenant, elle sait qu’elle a des ressources. Elle sait que son corps peut lui jouer des tours, mais qu’elle peut lui répondre.
Ce qui a changé, ce n’est pas son environnement. C’est son rapport à elle-même. Elle a cessé de se considérer comme une personne fragile, victime de son anxiété. Elle s’est découverte comme quelqu’un qui peut accueillir ses émotions, les traverser, et continuer d’avancer.
« Dompter une crise d’angoisse, ce n’est pas la faire disparaître. C’est arrêter d’en avoir peur. C’est redevenir le pilote de sa propre vie. »
Si vous lisez ces lignes et que vous vous reconnaissez dans le parcours de Sarah, je voudrais vous dire une chose : vous n’êtes pas seul. Et ce n’est pas une fatalité.
Vous pouvez commencer par un geste tout simple. Aujourd’hui, pas demain, pas quand vous aurez le temps. Aujourd’hui, prenez une feuille ou ouvrez une note dans votre téléphone. Écrivez une phrase : « Si je pouvais dire à mon angoisse quelque chose, ce serait… » Ne réfléchissez pas. Laissez venir. C’est le début d’un dialogue avec vous-même.
Ensuite, observez une chose : quand vous sentez monter une tension, où est-elle dans votre corps ? Dans la poitrine ? Dans la gorge ? Dans le ventre ? Posez juste votre main à cet endroit, sans vouloir changer quoi que ce soit. Restez une minute. C’est tout.
Ces petits gestes, répétés chaque jour, sont les briques d’un nouveau rapport à vous-même. Ce n’est pas une thérapie complète, mais c’est une porte d’entrée.
Si vous sentez que vous avez besoin d’être accompagné, je suis là. Mon cabinet à Saintes est ouvert à tous ceux qui veulent comprendre leur angoisse, l’apprivoiser, et retrouver une vie qui leur ressemble. Pas une vie sans peur — une vie où la peur n’a plus le dernier mot.
Sarah m’a dit, avant de partir : « J’ai l’impression de m’être réconciliée avec moi-même. » C’est tout ce que je souhaite pour vous. Si vous voulez faire le premier pas, contactez-moi. On commencera par parler, simplement, sans engagement. Parce que la première étape, c’est juste d’oser dire : « Je veux que
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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