PsychologieRegulation Emotionnelle

Témoignage : J'ai vécu 10 ans sans pleurer, voici comment j'ai retrouvé mes larmes

Histoire vraie d'une reconnexion émotionnelle pas à pas.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Tu es assis en face de moi dans le cabinet. Tu me dis : « Je ne pleure plus. Ou plutôt, je ne peux plus pleurer. » Ta voix est calme, presque mécanique. Tu ajoutes : « La dernière fois que j’ai pleuré, c’était il y a dix ans, à l’enterrement de mon grand-père. Depuis, rien. Pas une larme. Même quand ma femme m’a annoncé qu’elle partait, même quand mon chien est mort. Rien. Une boule dans la gorge, une oppression dans la poitrine, mais les yeux secs. »

Je te comprends. Je t’écoute. Et je sais que ce n’est pas un simple blocage mécanique. C’est une histoire. Celle d’un chemin que tu as emprunté, sans le savoir, pour survivre. Le problème, c’est que ce chemin t’a mené dans un désert émotionnel. Tu y as trouvé la sécurité, mais tu as perdu la vie.

Cet article, c’est l’histoire vraie d’un homme que j’appellerai Julien. Il est venu me voir il y a deux ans, dans exactement la même situation. Il avait 38 ans, un poste à responsabilités, une vie bien rangée, et une cuirasse invisible mais solide. Pendant dix ans, il n’avait pas pleuré. Pas une fois. Et il pensait que c’était une force. Il a découvert que c’était une prison.

Je vais te raconter son parcours, pas à pas. Non pas pour te donner une recette magique, mais pour que tu reconnaisses peut-être des fragments de ta propre histoire. Parce que si tu lis ces lignes, il y a des chances que tu saches, au fond de toi, de quoi je parle.

Pourquoi ne plus pleurer est un signal d’alarme, pas une victoire

Julien est arrivé dans mon cabinet pour un motif qui n’avait rien à voir avec les larmes. Il venait pour des insomnies, des tensions musculaires chroniques, et une sensation de « déréalisation » – comme s’il regardait sa vie de l’extérieur, à travers une vitre. Il était performant au travail, présent en famille, mais il se sentait « en pilotage automatique ».

Quand je lui ai demandé depuis combien de temps il ressentait cette déconnexion, il a eu un temps d’arrêt. Puis il a dit : « Depuis que j’ai arrêté de pleurer. » Il ne faisait pas le lien, mais moi, je l’entendais.

Le mécanisme est simple, mais il faut le comprendre pour le défaire. Pleurer n’est pas un signe de faiblesse. C’est un processus neurobiologique essentiel. Les larmes d’émotion contiennent des hormones de stress comme le cortisol et la prolactine. Quand tu pleures, tu évacues physiquement ces substances de ton corps. C’est une détox émotionnelle. Sans cela, le stress s’accumule dans tes tissus, dans tes fascias, dans ton système nerveux.

Pendant dix ans, Julien avait appris à couper ses larmes à la source. À chaque fois qu’une émotion montait – tristesse, colère, frustration, même joie intense – il serrait les dents, il contractait sa mâchoire, il bloquait sa respiration. Il se disait : « Ressaisis-toi. C’est pas le moment. Sois fort. » Et ça marchait. Les larmes ne venaient pas. Mais le cortisol, lui, restait.

Son corps encaissait. Ses épaules étaient remontées en permanence, son diaphragme verrouillé, son thorax rigide. Il respirait par petites goulées superficielles. Il ne le savait pas, mais il vivait en état d’alerte permanent. Son système nerveux était en mode survie, 24 heures sur 24. Et dans ce mode-là, il n’y a pas de place pour les larmes. Il n’y a de place que pour la lutte, la fuite, ou l’immobilisation.

Julien avait choisi l’immobilisation. Il s’était figé.

« Pleurer, ce n’est pas s’effondrer. C’est laisser le corps dire ce que les mots ne peuvent pas porter. Quand tu arrêtes de pleurer, tu n’es pas plus fort. Tu es juste plus silencieux. »

Le jour où il a craqué : la fissure dans la cuirasse

Un déclic s’est produit un mardi soir, après une réunion difficile. Julien était dans sa voiture, garé sur le parking de son entreprise. Il venait de passer trois heures à encaisser des critiques de son supérieur. Il avait souri, il avait acquiescé, il avait pris des notes. Tout allait bien. Mais en s’asseyant au volant, il a senti une pression énorme dans sa poitrine. Une boule, dure, chaude, qui montait dans sa gorge. Il a voulu l’avaler, comme d’habitude. Mais cette fois, elle ne descendait pas.

Il a serré le volant. Il a serré les dents. Il a retenu sa respiration. Et là, quelque chose a craqué. Pas un sanglot. Pas des larmes. Un bruit. Un son rauque, venu du fond de son ventre, comme un gémissement animal. Il a eu peur. Il s’est dit : « Je perds le contrôle. » Il a ouvert la portière, il est sorti de la voiture, il a marché vite, les poings serrés, jusqu’à ce que le souffle lui revienne.

Le lendemain, il a pris rendez-vous. Il m’a dit : « Je ne sais pas ce qui m’arrive. J’ai cru que j’allais exploser. » Je lui ai répondu : « Tu es en train d’exploser, Julien. Mais pas dans le sens où tu le crois. Tu es en train d’ouvrir une porte que tu avais cadenassée depuis dix ans. »

Ce moment, je le connais bien. C’est le moment où la cuirasse se fissure. Où le corps dit stop. Où le système nerveux, fatigué de porter le poids de toutes les émotions non exprimées, lâche prise, même contre ta volonté. Ce n’est pas agréable. C’est même effrayant. Mais c’est le début du chemin.

Julien avait peur de pleurer. Il associait les larmes à la honte, à la vulnérabilité, à l’effondrement. Il pensait que s’il commençait, il ne s’arrêterait jamais. Que le barrage allait céder et qu’il serait noyé. Cette peur est légitime. Mais elle repose sur un malentendu. Pleurer n’est pas une inondation. C’est une libération. Et elle a un début et une fin.

Les premières larmes : un chemin de reconstruction pas à pas

On n’a pas commencé par « faire pleurer Julien ». On a commencé par l’écouter. Par lui apprendre à reconnaître les signaux de son corps. Quand la boule revenait dans sa gorge, on ne la repoussait pas. On s’asseyait avec elle. On la décrivait : sa taille, sa texture, sa température. On la laissait être là, sans la juger, sans la fuir.

C’est le premier pas de l’IFS (Internal Family Systems) : accueillir la partie de toi qui a construit cette cuirasse. Cette partie n’est pas ton ennemie. Elle a été créée pour te protéger. Julien avait une partie « le soldat », qui veillait, qui contrôlait, qui empêchait toute émotion de sortir. Elle avait fait un boulot incroyable pendant des années. Mais elle était épuisée.

On a remercié le soldat. On lui a dit : « Merci d’avoir protégé Julien. Maintenant, tu peux te reposer. On va apprendre à faire autrement. »

Ensuite, on a travaillé sur la respiration. Pas une technique sophistiquée. Juste poser sa main sur son ventre, et laisser l’air descendre. À chaque expiration, on imaginait relâcher un peu la mâchoire, un peu les épaules. Julien a mis trois semaines à réussir à respirer profondément sans que sa gorge se serre. Trois semaines. C’est long quand on est pressé de guérir, mais c’est le temps qu’il faut.

Puis on a abordé les souvenirs. Pas les traumatismes. Juste des moments de sa vie où il aurait voulu pleurer et ne l’avait pas fait. On a revisité la mort de son grand-père. Il m’a raconté l’enterrement, le cercueil, la main de sa mère. Il a parlé de la honte qu’il avait ressentie quand une larme avait coulé sur sa joue, à 14 ans. Son père lui avait dit : « Les hommes ne pleurent pas. » Il avait serré les dents. Il n’avait plus jamais pleuré.

À ce moment-là, dans mon cabinet, ses yeux sont devenus rouges. Il a cligné plusieurs fois. Il a dit : « Ça picote. » Puis : « Je sens une chaleur derrière mes yeux. » Il a eu peur. Il a voulu se lever. Je lui ai dit : « Reste. Laisse venir. Tu es en sécurité ici. »

Et là, une larme a coulé. Une seule. Sur sa joue droite. Il l’a regardée, étonné, comme s’il découvrait une chose inconnue. Il a pleuré en silence pendant quelques secondes. Puis il a souri. Un sourire fatigué, mais sincère. Il a dit : « Ça fait bizarre. Mais c’est bon. »

Cette première larme, ce n’était pas un effondrement. C’était une renaissance.

L’hypnose et l’IFS : les outils qui ont permis la reconnexion

Tu te demandes peut-être comment on est passé de « je ne peux pas pleurer » à « une larme a coulé ». Je vais être honnête : ce n’est pas un tour de magie. L’hypnose ericksonienne n’est pas un interrupteur qu’on actionne. C’est un langage. Un langage qui parle directement à ton inconscient, à cette partie de toi qui sait, qui a enregistré tous les moments où tu t’es interdit de ressentir.

Avec Julien, on a utilisé l’hypnose pour créer un espace de sécurité intérieure. Un lieu imaginaire où il pouvait déposer ses défenses. On a construit une « salle des larmes » dans son esprit. Un endroit calme, avec une lumière douce, où il pouvait pleurer sans danger, sans jugement, sans que personne ne le voie.

Chaque semaine, on y retournait. Parfois il pleurait. Parfois non. Parfois il ressentait juste une tension qui se relâchait. L’important n’était pas le résultat, mais le processus. Le fait de s’autoriser à être vulnérable, même quelques minutes par semaine, dans un cadre sécurisé.

L’IFS, de son côté, nous a permis d’identifier les parties de Julien qui résistaient. Il y avait « le soldat », bien sûr. Mais aussi « le juge », qui lui disait : « Pleurer, c’est pour les faibles. » Et « l’enfant », qui avait besoin de pleurer mais qui avait été réduit au silence. On a dialogué avec ces parties. On leur a demandé ce dont elles avaient besoin. Le soldat avait besoin de repos. Le juge avait besoin de preuves que pleurer ne détruirait pas Julien. L’enfant avait besoin de permission.

On a donné à l’enfant ce dont il avait besoin. On a dit à l’enfant : « Tu peux pleurer, maintenant. Je suis là. Je te protège. » Et l’enfant a pleuré. Pas en une fois. Par petites vagues, au fil des semaines. Chaque fois, Julien repartait un peu plus léger.

« Les larmes ne sont pas une faiblesse. Elles sont la preuve que tu as assez de force pour laisser sortir ce qui doit sortir. »

Ce que pleurer a changé dans sa vie (et ce que ça pourrait changer dans la tienne)

Après quatre mois de travail, Julien a pleuré pour la première fois chez lui, en regardant un film. Il était seul, dans son canapé. Une scène l’a touché. Il a senti la chaleur monter. Il n’a pas résisté. Il a laissé les larmes couler. Dix minutes. Puis il s’est endormi, profondément, pour la première fois depuis des années.

Il m’a raconté ça avec un mélange de fierté et d’incrédulité. « Je n’ai pas eu peur, Thierry. J’ai juste pleuré. C’était comme retrouver un muscle que j’avais oublié. »

Les changements ne se sont pas arrêtés là. Ses insomnies ont disparu. Ses tensions musculaires ont diminué. Il s’est senti plus présent avec ses enfants, plus patient. Il a même osé dire à son supérieur que certaines choses ne lui convenaient pas, sans s’effondrer. Il a découvert que la vulnérabilité n’était pas une faiblesse, mais une force relationnelle. Les gens autour de lui ont commencé à le trouver plus humain, plus accessible.

Est-ce que tout est devenu parfait ? Non. Julien a toujours des moments difficiles. Il a toujours des jours où la cuirasse veut se refermer. Mais maintenant, il sait comment l’ouvrir. Il a appris à reconnaître les signes : la mâchoire qui se serre, la respiration qui devient courte, la boule dans la gorge. Il sait que ce sont des invitations à s’arrêter, à respirer, à laisser venir.

Il pleure encore. Pas tous les jours. Mais régulièrement. Pas des torrents. Juste ce qu’il faut pour évacuer. Il me dit parfois : « Je n’ai plus peur de pleurer. J’ai peur de ne pas pleurer quand j’en ai besoin. »

Ce que tu peux faire maintenant, seul, pour commencer à te reconnecter

Si tu te reconnais dans l’histoire de Julien, si tu sens que tes larmes sont bloquées, que ta cuirasse est épaisse, je ne vais pas te dire de tout lâcher demain. Ce serait irréaliste et potentiellement violent. Mais tu peux commencer par de petits gestes, dès aujourd’hui.

Voici une pratique simple, que tu peux faire chez toi, en sécurité :

  1. Trouve un moment calme, où tu ne seras pas dérangé pendant 10 minutes. Assieds-toi confortablement, les pieds au sol, les mains sur les cuisses.
  2. Pose une main sur ton ventre, juste sous le nombril. Ferme les yeux. Prends trois respirations lentes, en laissant ton ventre se gonfler à l’inspiration et se dégonfler à l’expiration. Ne force pas. Laisse l’air venir.
  3. Amène ton attention sur ta gorge. Sens-tu une tension ? Une boule ? Une oppression ? Ne cherche pas à la faire disparaître. Reste avec elle. Respire doucement, en imaginant que ton souffle traverse cette zone.
  4. Pose-toi une question : « Si cette tension pouvait parler, que dirait-elle ? » N’essaie pas de répondre avec ta tête. Laisse venir une image, un mot, une sensation. Peut-être rien. C’est ok.
  5. Si une émotion monte (tristesse, colère, peur), ne la repousse pas. Dis-toi : « Je peux ressentir ça. Je suis en sécurité. » Si des larmes viennent, laisse-les couler. Si elles ne viennent pas, ce n’est pas grave. Tu as déjà fait un pas immense en t’arrêtant pour ressentir.

Répète cela trois fois par semaine. Pas plus. Le but n’est pas de forcer les larmes, mais de rétablir le dialogue avec ton corps. De lui montrer que tu es prêt à l’écouter.

Et si tu sens que tu as besoin d’un cadre plus solide, d’un espace où déposer ce qui est trop lourd à porter seul, je suis là. Mon cabinet à Saintes est ouvert, et je reçois aussi en visio. On peut commencer par un premier échange, sans engagement, juste pour voir si le chemin te parle.

Parce que tu n’es pas brisé. Tu es juste protégé. Et il n’est jamais trop tard pour apprendre à pleurer.

Si cet article a résonné en toi, si tu te reconnais dans l’histoire de Julien, sache que tu n’es pas obligé de traverser ça seul. Je reçois à Saintes et en visio. Un premier contact, c’est juste une conversation. Pas de pression. Juste une porte qui s’ouvre.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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