3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
L'histoire vraie d'une personne qui a appris à identifier ses émotions.
« Avant, quand on me demandait comment je me sentais, je répondais toujours pareil : “Bien, merci. Et toi ?” »
C’est par ces mots qu’Émilie a commencé notre premier rendez-vous. Elle avait 38 ans, un poste de responsable RH dans une collectivité, deux enfants, un mari, une maison. Sur le papier, tout allait bien. Dans la réalité, elle se réveillait chaque matin avec une boule dans le ventre, une fatigue qui n’en finissait pas, et l’impression que sa vie lui glissait entre les doigts sans qu’elle sache pourquoi.
« Je consulte parce que mon médecin traitant m’a dit que j’étais en burn-out, mais moi, je n’ai pas l’impression d’être triste ou stressée. Je ne sais même pas ce que je ressens. C’est ça le problème. »
Ce témoignage, je l’entends presque chaque semaine dans mon cabinet. Des adultes brillants, compétents, qui fonctionnent parfaitement dans leur vie professionnelle et sociale, mais qui ont perdu le contact avec leur monde intérieur. Ils ne savent pas identifier leurs émotions, les nommer, les accueillir. Ils les ressentent dans leur corps — tensions, fatigue, migraines, insomnies — mais le lien entre ce qu’ils vivent et ce qu’ils éprouvent est rompu.
Émilie a accepté que je raconte son histoire, anonymement, pour que d’autres puissent s’y reconnaître. Voici comment elle a appris, semaine après semaine, à redécouvrir ce qu’elle ressentait vraiment.
Avant de plonger dans le parcours d’Émilie, il faut comprendre un mécanisme que j’observe chez beaucoup de personnes : la déconnexion émotionnelle n’est pas un défaut de personnalité. C’est souvent une stratégie de survie, apprise très tôt, et qui a fonctionné pendant des années.
Émilie avait grandi dans une famille où les émotions fortes n’étaient pas les bienvenues. « Quand j’étais triste, ma mère me disait d’arrêter de pleurer parce que ça la rendait nerveuse. Quand j’étais en colère, mon père me mettait au coin en disant que je faisais un caprice. Alors très vite, j’ai appris à ne rien montrer. Puis à ne rien ressentir. »
Ce phénomène a un nom : l’alexithymie. Ce n’est pas une maladie, mais une difficulté à identifier et à décrire ses émotions. Certaines études estiment qu’environ 10 à 15 % de la population générale en souffre à des degrés divers. Et ce chiffre grimpe chez les personnes qui consultent pour des troubles anxieux, dépressifs ou des douleurs chroniques.
Notre cerveau, pour nous protéger, peut couper le signal émotionnel. C’est comme si vous débranchiez une alarme incendie parce qu’elle sonne trop fort et trop souvent. Le problème, c’est qu’ensuite, quand un vrai feu se déclare, vous ne le savez plus.
Émilie avait débranché son alarme depuis longtemps. Elle vivait dans un monde où tout était « bien », « pas grave », « ça va aller ». Mais son corps, lui, n’avait pas cessé d’enregistrer les signaux. Il les accumulait, les stockait, jusqu’à saturation.
À notre deuxième séance, Émilie est arrivée avec un carnet. Elle avait essayé de noter ses émotions pendant la semaine, comme je le lui avais suggéré. « C’était nul, m’a-t-elle dit. Je n’ai rien écrit parce que je ne ressentais rien. Juste un peu de fatigue le soir. »
Je lui ai demandé de décrire sa fatigue. Où dans son corps ? À quel moment de la journée ? Qu’est-ce qui se passait juste avant ?
Elle a réfléchi. « En fait, c’est surtout après les réunions avec mon directeur. Il me coupe la parole, il dévalorise mon travail, et je me sens… je ne sais pas. Vide. Après, j’ai mal à la nuque et je bâille sans arrêt. »
Ce « vide » qu’elle décrivait, ce n’était pas une absence d’émotion. C’était une émotion non reconnue. Dans son cas, il s’agissait d’un mélange de colère rentrée et de tristesse. Mais comme elle n’avait pas appris à les distinguer, son cerveau les avait transformées en sensation physique : fatigue et tension cervicale.
C’est un phénomène bien connu en régulation émotionnelle. Quand nous ne pouvons pas ou n’osons pas exprimer une émotion, elle ne disparaît pas. Elle se déplace. Elle s’incarne. Elle devient un mal de dos, une migraine, une boule dans la gorge, une oppression thoracique.
Les personnes qui consultent pour des douleurs chroniques inexpliquées ont souvent, derrière, une histoire émotionnelle complexe. Et ce n’est pas une façon de dire que « tout est dans la tête ». C’est une réalité neurophysiologique : le système limbique (le centre émotionnel du cerveau) et le système nerveux autonome (qui contrôle la digestion, le rythme cardiaque, la tension musculaire) sont connectés. Quand l’un s’emballe, l’autre suit.
Émilie a commencé à tenir un journal non pas de ses émotions (elle n’y arrivait pas), mais de ses sensations physiques. « À 10h, épaules remontées. À 14h, mâchoire serrée. À 17h, envie de pleurer sans raison. » Ce simple exercice a été le premier pas.
« Je ne savais pas que mon corps m’envoyait des messages. Je pensais que c’était juste le stress normal de la vie. En fait, c’était ma colère qui cherchait une sortie. » — Émilie, lors de notre quatrième séance.
Un obstacle majeur est apparu rapidement : la honte. Émilie avait honte de ne pas savoir ce qu’elle ressentait. « J’ai 38 ans, je suis cadre, je gère des équipes de vingt personnes, et je suis incapable de dire si je suis triste ou en colère. C’est ridicule. »
Cette honte est très fréquente. Elle est renforcée par notre culture, qui valorise la connaissance de soi, l’intelligence émotionnelle, la capacité à « gérer » ses sentiments. Quand on n’y arrive pas, on se sent déficient, immature, anormal.
Mais la vérité, c’est que personne ne nous a appris. À l’école, on nous enseigne les maths, le français, l’histoire. On ne nous apprend pas à distinguer la tristesse de la déception, la colère de la frustration, la peur de l’anxiété. On ne nous montre pas comment accueillir une émotion sans la juger ni la fuir. On nous dit juste « calme-toi », « arrête de pleurer », « ce n’est pas grave ».
Alors on grandit avec une boîte à outils émotionnelle réduite à trois options : « je vais bien », « je suis stressé », « je suis fatigué ». Et on essaie de faire tenir toute la complexité de notre vie intérieure dans ces trois cases.
Émilie a eu besoin de plusieurs séances pour dépasser cette honte. Je lui ai proposé un outil simple : une roue des émotions. Elle avait vu ça sur Internet mais n’avait jamais osé l’utiliser. « Ça me semblait trop basique, trop enfantin. » Pourtant, c’est exactement ce dont elle avait besoin : un vocabulaire.
Elle a commencé par repérer les émotions de base : joie, tristesse, colère, peur, dégoût, surprise. Puis, progressivement, elle a appris à les nuancer : l’irritation, la frustration, la rancune pour la colère ; la mélancolie, la nostalgie, le chagrin pour la tristesse ; l’inquiétude, l’appréhension, la terreur pour la peur.
« Le plus dur, m’a-t-elle confié, c’est d’accepter que je n’ai pas à être parfaite. Que je peux ressentir des choses contradictoires. Être en colère contre mon mari ET l’aimer. Être triste de vieillir ET heureuse de voir mes enfants grandir. »
C’est à ce moment que l’hypnose ericksonienne est devenue un levier important dans son parcours. Émilie avait du mal à accéder à ses émotions par la parole seule. Elle intellectualisait tout, analysait, cherchait des causes, des explications. Mais elle ne ressentait pas.
L’hypnose permet de contourner ce filtre analytique. Elle plonge la personne dans un état de conscience modifié, où le cerveau critique ralentit et où l’accès aux sensations, aux images, aux souvenirs émotionnels devient plus direct.
Lors d’une séance, je lui ai proposé une induction simple : se concentrer sur sa respiration, puis sur les sensations dans ses mains, ses pieds, son ventre. Progressivement, elle a laissé venir une image : une petite fille assise seule dans une cour d’école, qui regardait les autres jouer sans oser les rejoindre.
« C’était moi à 7 ans, a-t-elle dit en pleurant. Je me souviens. Je voulais jouer avec les autres, mais j’avais trop peur d’être rejetée. Alors je restais sur le banc, le ventre noué, à faire semblant de lire. »
Cette scène, son corps s’en souvenait. Il avait gardé la trace de cette peur, de cette solitude, de cette stratégie d’effacement. Et cette trace influençait encore sa vie d’adulte : dans les réunions, face à son directeur autoritaire, elle retrouvait la même posture — silencieuse, immobile, le ventre serré.
L’hypnose ne fait pas disparaître les souvenirs. Elle permet de les revisiter avec un regard d’adulte, avec les ressources d’aujourd’hui. Émilie a pu, en état hypnotique, dire à cette petite fille : « Tu n’es plus seule. Tu peux parler. Tu as le droit d’exister et de ressentir. »
Après cette séance, elle m’a dit : « C’est étrange. Je sais que c’était juste mon imagination, mais j’ai vraiment senti un poids se lever. Comme si je respirais mieux. »
L’hypnose a ouvert une porte. Mais pour qu’Émilie puisse maintenir cette connexion émotionnelle dans sa vie quotidienne, nous avons utilisé un autre cadre : l’IFS (Internal Family Systems), ou Système Familial Intérieur.
L’IFS part d’une idée simple : notre psychisme est composé de différentes « parts » ou sous-personnalités, chacune avec son rôle, ses croyances, ses émotions. Il n’y a pas de « mauvaises » parts. Même celles qui semblent dysfonctionnelles (l’anxiété, la colère, l’évitement) ont une intention positive : nous protéger.
Émilie a rapidement identifié plusieurs parts en elle.
La première, elle l’a appelée « La Manager ». C’était celle qui organisait tout, qui anticipait, qui contrôlait. Elle lui disait : « Si tu montres tes émotions, tu vas perdre le contrôle. Si tu perds le contrôle, tout va s’effondrer. » Cette part était hyperactive depuis son enfance. Elle avait bien fonctionné : Émilie avait réussi professionnellement, elle était fiable, respectée.
Mais cette part épuisait Émilie. Elle la maintenait dans une vigilance constante, sans jamais lui permettre de se détendre. Et elle étouffait toutes les émotions jugées « dangereuses » : la tristesse, la colère, la peur.
La deuxième part, c’était « La Petite Fille Sage ». Celle qui avait appris à ne pas déranger, à ne pas pleurer, à dire « oui » quand elle pensait « non ». Cette part était encore active : dans son couple, elle cédait souvent pour éviter les conflits. Au travail, elle acceptait des tâches supplémentaires sans oser négocier.
La troisième part était plus inattendue : « La Rebelle ». Émilie l’a découverte tardivement. C’était une part adolescente, pleine de colère rentrée, qui se manifestait par des crises silencieuses : bouderies, sarcasmes, ou au contraire des excès alimentaires le soir devant Netflix. « Je croyais que c’était de la fatigue, m’a-t-elle dit. En fait, c’était ma rébellion qui s’exprimait de travers. »
L’IFS ne cherche pas à éliminer ces parts. Il cherche à les comprendre, à les remercier pour leur protection, et à libérer l’accès à ce que la méthode appelle le Self : cette partie centrale de nous qui est calme, curieuse, confiante, compatissante.
Émilie a appris à dialoguer avec ses parts. Quand la Manager s’affolait avant une réunion, elle lui disait intérieurement : « Merci de vouloir me protéger. Je sais que tu as peur que je sois jugée. Mais aujourd’hui, je peux gérer. Tu peux te reposer. » C’est un processus qui prend du temps, mais il transforme profondément le rapport à soi.
Au fil des semaines, Émilie a intégré plusieurs pratiques simples dans sa vie. Je les partage ici parce qu’elles ont été décisives pour elle, et qu’elles peuvent l’être pour d’autres personnes qui peinent à identifier leurs émotions.
Le check-in sensoriel. Trois fois par jour, elle s’arrêtait une minute. Elle fermait les yeux, posait une main sur son ventre, et se demandait : « Qu’est-ce que je ressens dans mon corps, là, maintenant ? » Sans jugement. Sans chercher à changer quoi que ce soit. Juste observer.
La fenêtre des 90 secondes. Un concept popularisé par la neuroscientifique Jill Bolte Taylor : une émotion, une fois déclenchée, a une durée chimique d’environ 90 secondes dans le corps. Après, c’est notre mental qui la maintient en vie en la ruminant. Émilie a appris à accueillir une vague émotionnelle sans la nourrir de pensées. « Je sens la colère monter dans ma poitrine. Je respire. Je la laisse passer. Elle redescend. »
Le journal des émotions nuancées. Au lieu d’écrire « j’ai passé une mauvaise journée », elle notait : « Ce matin, déception (mon collègue n’a pas respecté son engagement). À midi, irritation (le déjeuner était froid). Ce soir, tristesse douce (ma fille m’a dit qu’elle préférait son père). » Ce simple exercice a affiné son vocabulaire émotionnel.
La question magique. Quand elle se sentait submergée sans savoir pourquoi, elle se demandait : « Si je pouvais exprimer une émotion sans conséquence, laquelle serait-ce ? » La réponse, souvent, surgissait immédiatement. « De la colère. » Ou « De la peur. » Ou « De l’impuissance. »
« La clé, ça a été d’arrêter de vouloir avoir raison sur ce que je ressens. Avant, je me jugeais : “Tu n’as pas le droit d’être en colère pour ça, c’est idiot.” Maintenant, j’accueille. “Je ressens de la colère. OK. Qu’est-ce qu’elle me dit ?” Et souvent, elle me dit quelque chose d’important. » — Émilie, lors de notre dernière séance.
La dernière brique du travail d’Émilie a été l’Intelligence Relationnelle (IR). Cette approche, développée par des psychologues et des coachs, vise à améliorer la qualité de nos relations en comprenant mieux nos besoins et nos modes de communication.
Émilie s’est rendu compte que sa difficulté à identifier ses émotions avait un impact direct sur ses relations. Avec son mari, elle accumulait des non-dits jusqu’à exploser pour des broutilles. Avec ses enfants, elle était parfois distante sans comprendre pourquoi. Avec son équipe au travail, elle évitait les feedbacks négatifs, ce qui créait des tensions.
L’IR lui a appris plusieurs choses essentielles.
D’abord, que chaque émotion est un signal. La colère indique qu’une limite a été franchie. La tristesse signale une perte ou un besoin de réconfort. La peur alerte sur un danger réel ou imaginaire. L’anxiété, souvent, est une peur sans objet précis, qui nous dit qu’
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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