3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Un chemin pas à pas pour se reconstruire.
Tu n’imagines pas le nombre de personnes qui franchissent la porte de mon cabinet en s’excusant presque d’être là. « Désolé, je devrais peut-être déjà avoir tourné la page. » « C’est juste une tristesse, ça va passer, non ? » Comme si la tristesse après une perte était un défaut de fabrication, un bug qu’il faudrait corriger au plus vite.
Pourtant, cette tristesse est l’un des signes les plus sains que ton système nerveux puisse produire. Elle te dit que tu as perdu quelque chose d’important : un être cher, une relation, un emploi, une version de toi-même. Elle n’est pas l’ennemie. Elle est la boussole qui indique encore où se trouve ce qui comptait.
Je vois Laurent, 52 ans, venu pour « une fatigue qui ne passe pas ». Il avait perdu son poste de manager six mois plus tôt, un travail qui était toute son identité depuis vingt ans. Tout le monde lui disait : « Rebondis, tu vas retrouver du travail. » Sauf que lui ne cherchait pas du travail. Il cherchait une raison de se lever le matin. Sa tristesse n’était pas un symptôme à éliminer. C’était le signal que quelque chose en lui n’avait pas été entendu.
Alors non, je ne vais pas te proposer de « faire le deuil en cinq leçons » ou de « positiver à tout prix ». Je vais te proposer trois étapes concrètes, testées sur le terrain, pour que tu puisses traverser cette tristesse sans t’y noyer, et retrouver un équilibre qui t’appartient vraiment.
La première chose que la plupart des gens font face à une tristesse intense, c’est la combattre. Ils se disent : « Il faut que je sois fort », « Je n’ai pas le temps d’être triste », « Les autres comptent sur moi ». Alors ils serrent les dents, ils remplissent leur agenda, ils regardent des séries, ils boivent un verre de plus. Et la tristesse, elle, ne disparaît pas. Elle se tasse, elle s’enfouit, elle se transforme en fatigue chronique, en irritabilité, en douleurs dans le dos ou la nuque.
Je te propose l’inverse : au lieu de la combattre, donne-lui une pièce dans ta maison intérieure. Pas tout l’étage, pas le salon. Juste une pièce, avec une porte, où tu peux entrer et sortir volontairement.
Concrètement, ça donne quoi ? Chaque jour, tu prends un moment — cinq à dix minutes maximum — pour t’asseoir, seul, sans distraction. Tu fermes les yeux, tu poses une main sur ton cœur ou ton ventre, et tu dis intérieurement : « Je reconnais que je suis triste. » Pas « J’essaie de ne pas l’être ». Pas « Pourquoi je suis encore triste ? ». Juste un constat : « Je suis triste en ce moment. »
Tu peux même poser une question à cette tristesse, comme si elle était une présence dans la pièce : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » Tu n’auras peut-être pas de réponse tout de suite. Parfois, la tristesse veut juste être vue. Comme un enfant qui pleure et qui a besoin qu’on lui dise : « Je te vois, tu es triste, c’est normal. »
Je me souviens de Claire, 38 ans, qui venait de perdre sa mère. Elle faisait tout pour rester active : sport, sorties, travail. Un soir, elle s’est effondrée en larmes dans sa cuisine sans savoir pourquoi. Elle avait refoulé sa tristesse pendant trois mois. Quand elle a commencé à lui donner ne serait-ce que cinq minutes par jour, elle m’a dit : « C’est bizarre, je pleure moins longtemps maintenant. Avant, je passais des soirées entières à pleurer sans comprendre. Maintenant, je pleure cinq minutes, et je peux me remettre à cuisiner. »
C’est exactement ça : la tristesse, quand tu lui donnes un espace dédié, n’a plus besoin de tout envahir. Elle sait qu’elle aura son rendez-vous demain. Elle peut patienter.
« Donner un espace à la tristesse, ce n’est pas s’y abandonner. C’est lui fixer une heure de visite, pour qu’elle ne devienne pas squatteuse. »
Si tu te sens submergé dès que tu commences, c’est que la tristesse est trop massive pour être accueillie seule. Dans ce cas, tu peux l’accompagner d’une image : imagine qu’elle est un nuage gris dans un ciel immense. Tu observes ce nuage, tu le regardes, tu ne le juges pas. Mais tu restes le ciel. Le nuage passe. Toi, tu restes.
Voici le piège numéro un dans lequel presque tout le monde tombe : on croit que la perte est uniquement extérieure. « J’ai perdu mon conjoint », « J’ai perdu mon travail », « J’ai perdu mon chien ». Et c’est vrai, objectivement. Mais ce qui fait vraiment mal, ce n’est pas seulement l’objet perdu. C’est ce que cette perte a cassé à l’intérieur de toi.
Un exemple très courant : un licenciement. Extérieurement, tu perds un salaire et un statut. Mais intérieurement, tu perds peut-être le sentiment d’être compétent, la reconnaissance de tes collègues, une routine rassurante, une identité professionnelle. Si tu ne travailles que sur la perte extérieure — retrouver un emploi — tu risques de reproduire les mêmes schémas et de retomber dans la même fragilité.
Je te propose un exercice simple mais puissant. Prends une feuille et trace une ligne verticale au milieu. À gauche, écris : « Ce que j’ai perdu à l’extérieur ». À droite : « Ce que j’ai perdu à l’intérieur de moi ».
Sois honnête. Pour la perte extérieure, c’est factuel. Pour la perte intérieure, c’est émotionnel et symbolique. Parfois, ce qui est à droite est beaucoup plus vaste que ce qui est à gauche.
Prenons le cas de Marc, un footballeur amateur que j’accompagne. Il s’est blessé gravement au genou et ne peut plus jouer pendant un an. Perte extérieure : le football, les matchs, l’entraînement. Perte intérieure : la sensation d’appartenir à un groupe, la fierté d’être performant, l’évacuation du stress, le sentiment d’être « un homme fort » qui ne s’arrête jamais.
Quand on a nommé ces pertes intérieures, on a pu travailler sur chacune d’elles séparément. Comment retrouver un sentiment d’appartenance sans le foot ? Comment se sentir fier autrement ? Comment évacuer le stress autrement ? Comment accepter la vulnérabilité sans perdre son estime de soi ?
C’est ce travail de différenciation qui permet de ne pas rester bloqué. Parce que souvent, tu ne peux pas récupérer la perte extérieure. Mais tu peux reconstruire ce qu’elle a abîmé à l’intérieur.
Je te conseille de faire cet exercice plusieurs fois, à quelques jours d’intervalle. Les premières fois, tu risques de rester dans le factuel. La deuxième ou troisième fois, ton inconscient va lâcher des choses plus profondes. Sois patient. La tristesse se dévoile rarement au premier rendez-vous.
La dernière étape est souvent la plus mal comprise. Beaucoup de personnes pensent que pour « aller mieux », il faut « tourner la page ». Comme si la perte était un livre qu’on referme définitivement. Mais c’est une illusion. Les pertes significatives ne disparaissent jamais complètement. Elles deviennent une partie de ton histoire, de ta carte intérieure.
L’équilibre ne vient pas de l’oubli. Il vient de la capacité à intégrer la perte dans ta vie présente, sans qu’elle prenne toute la place. C’est un peu comme apprendre à marcher avec un caillou dans la chaussure. Tu ne peux pas l’enlever. Mais tu peux apprendre à poser le pied différemment pour que ça fasse moins mal, et même pour que ça devienne une sensation familière.
Concrètement, comment on fait ? On ancre de nouvelles routines, mais en lien avec ce qui a été perdu.
Voici quelques pistes, adaptées selon toi :
1. Crée un rituel de transition. Chaque matin, avant de commencer ta journée, tu peux allumer une bougie ou poser ta main sur un objet qui représente ta perte. Tu lui dis : « Je t’emmène avec moi aujourd’hui, mais je ne te laisse pas conduire. » Ce n’est pas un adieu. C’est une place.
2. Remplace, ne supprime pas. Si tu avais l’habitude d’appeler ta sœur tous les soirs après le travail et qu’elle n’est plus là, ne supprime pas ce créneau. Garde ce moment pour toi : écris-lui une lettre que tu ne lui enverras pas, écoute une musique qui vous reliait, ou parle à voix haute comme si elle était là. Tu maintiens la connexion sans t’accrocher à l’absence.
3. Trouve une action symbolique. Une personne que j’ai accompagnée, qui avait perdu son père, a décidé de planter un arbre dans son jardin. Chaque fois qu’elle s’en occupait, elle se sentait reliée à lui. Un autre a commencé à courir, parce que son meilleur ami courait. Il ne courait pas pour le remplacer, mais pour honorer ce lien. Tu peux faire quelque chose de petit, mais régulier, qui honore ce que tu as perdu.
4. Rééquilibre ton système nerveux. La tristesse prolongée met ton corps en état d’alerte. Tu passes en mode « survie » : sommeil perturbé, appétit changé, tensions musculaires. Pour retrouver un équilibre, tu as besoin de moments de régulation. Une respiration lente (inspire 4 secondes, expire 6 secondes) pendant deux minutes, trois fois par jour. Un auto-massage des tempes ou du cou. Une marche lente sans musique, juste en observant les arbres. Ce n’est pas du « bien-être » optionnel. C’est la base pour que ton cerveau sorte du mode urgence et puisse commencer à intégrer la perte.
5. Accepte que cela prenne du temps. Et je ne parle pas de jours ou de semaines. Les pertes majeures se travaillent sur plusieurs mois, parfois plusieurs années. Ce n’est pas linéaire. Tu vas avoir des jours où tout va bien, et d’autres où tu te réveilles avec la même douleur qu’au premier jour. C’est normal. C’est le processus. La guérison n’est pas une ligne droite, c’est une spirale. Tu passes par les mêmes émotions, mais à chaque tour, tu es un peu plus haut, un peu plus solide.
Je pense à Sophie, que j’ai suivie après la mort de son mari. Pendant six mois, elle a tenu un journal de gratitude, de « bonnes nouvelles » du jour. Au début, elle ne trouvait rien. Puis un rayon de soleil. Puis un sourire d’un inconnu. Puis une conversation agréable. Petit à petit, son cerveau s’est ré-entraîné à capter des signaux positifs sans nier sa tristesse. Elle ne disait pas « je suis heureuse ». Elle disait « aujourd’hui, j’ai vu une fleur, et ça m’a fait du bien ». C’est ça, l’équilibre : un pas de côté, pas un grand saut.
Tu es peut-être en train de lire cet article en te disant : « C’est bien beau, mais je suis trop fatigué pour faire tout ça. » Je t’entends. La tristesse prend de l’énergie. Alors je vais te proposer quelque chose de minuscule, mais de concret.
Prends une feuille, ou ton téléphone. Écris juste une phrase : « Aujourd’hui, je suis triste à cause de ____. » Pas besoin de développer. Juste le fait de nommer la cause, c’est déjà un acte de reconnaissance. Ensuite, pose ta main sur ton cœur, ferme les yeux, et respire lentement trois fois. C’est tout. C’est le premier pas.
Demain, tu pourras ajouter un des exercices que j’ai décrits. Mais pas besoin de tout changer aujourd’hui. La tristesse se soigne par petites touches, comme on repeint un mur : couche après couche, en prenant le temps que chaque couche sèche.
Il y a une différence entre une tristesse qui fait partie du processus et une dépression qui vous enferme. Si tu remarves que :
Alors oui, il est temps de consulter. Pas parce que tu es faible. Parce que tu es humain, et que parfois, on a besoin d’un guide pour traverser une zone de brouillard.
Je reçois des personnes qui ont perdu un enfant, un conjoint, un parent, mais aussi des personnes qui ont perdu leur santé, leur rêve, leur sécurité. Chaque perte a sa propre couleur, son propre rythme. Mon rôle n’est pas de te dire « comment guérir ». Mon rôle est de t’accompagner pour que tu trouves ton propre chemin.
Si tu sens que cet article résonne avec ce que tu vis, et que tu as besoin d’un espace pour poser tout ça, je suis là. Tu peux me contacter pour un premier échange, sans engagement. Juste pour parler, pour voir si on peut cheminer ensemble.
Prends soin de toi. La tristesse n’est pas une ennemie. C’est une messagère. Et parfois, l’écouter, c’est déjà commencer à retrouver l’équilibre.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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