PsychologieRelations Et Communication

5 signes que votre communication est violente (sans le savoir)

Des habitudes quotidiennes qui blessent vos proches.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Vous ne criez pas, vous n’insultez personne, vous ne claquez pas les portes. Pourtant, quand vous repensez à cette conversation d’hier soir, un malaise persiste. Votre conjoint a dit « tu me fais culpabiliser », votre collègue a cessé de vous regarder, votre adolescent a haussé les épaules et est monté dans sa chambre. Vous vous êtes dit : « Mais qu’est-ce que j’ai dit de mal ? »

C’est la question qui revient le plus souvent dans mon cabinet, à Saintes, depuis 2014. Des hommes et des femmes viennent me voir, parfois avec un sentiment d’injustice, parfois avec une vraie inquiétude : « Thierry, je pense être quelqu’un de bien, mais mes relations s’abîment. On me dit que je suis dur, ou froid, ou que je prends trop de place. Je ne comprends pas. »

Souvent, ce n’est pas une question de méchanceté. C’est une question d’automatismes. Nous avons tous appris, dans nos familles, à l’école, dans les médias, une certaine manière de parler. Une manière qui, sans que nous le voulions, blesse, éloigne, ou enferme l’autre. On appelle cela la communication violente. Pas la violence des coups, mais celle des mots, des silences, des sous-entendus.

L’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’intelligence relationnelle m’ont appris une chose : la violence verbale est presque toujours le symptôme d’une partie de nous-mêmes qui souffre ou qui a peur. Mais avant de guérir cette partie, il faut d’abord reconnaître les signes.

Voici cinq signes que votre communication est violente, sans que vous en ayez conscience.

1. Vous utilisez le « tu » accusateur comme outil de diagnostic

Vous rentrez du travail. Votre partenaire est dans le canapé, son téléphone à la main. Vous dites : « Tu es toujours sur ce téléphone, tu ne fais jamais rien dans cette maison. »

Ce n’est pas une question. Ce n’est pas un constat. C’est un diagnostic. Vous venez de poser un jugement définitif sur son comportement, et par extension, sur sa personne. Dans l’intelligence relationnelle, on appelle cela une « disqualification ». Vous ne parlez pas de ce qui s’est passé aujourd’hui, vous parlez de ce qu’il ou elle est : « Tu es toujours… », « Tu ne fais jamais… », « Tu es quelqu’un qui… ».

Le problème ? L’autre se sent attaqué dans son identité. Il ne peut pas se défendre sans se justifier, et la justification devient une escalade. La conversation dérape : « Mais si, j’ai rangé la cuisine ! » – « Non, tu l’as à moitié rangée, et tu as laissé le torchon sur la table ! » – « Tu vois, tu es jamais contente ! »

Je reçois souvent des couples où l’un des deux dit : « Je lui ai simplement dit ce que je voyais, c’est la réalité. » Mais la réalité n’a pas besoin d’être dite avec un « tu » qui écrase. La réalité, c’est que vous êtes fatigué, que vous avez besoin d’aide, ou que vous aimeriez passer du temps ensemble.

Comment reconnaître ce signe ? Après avoir parlé, demandez-vous : « Ai-je décrit un fait ou ai-je étiqueté la personne ? » Si vous avez utilisé « tu es », « tu fais toujours », « tu ne jamais », vous êtes probablement dans le jugement.

« Le ‘tu’ accusateur n’est pas une description de l’autre, c’est une photographie de votre propre douleur que vous lui collez sur le front. » — Un patient, après plusieurs séances d’IFS, en comprenant que son agressivité cachait une peur de l’abandon.

2. Vous posez des questions dont vous connaissez déjà la réponse

C’est un classique dans les relations parent-enfant, mais aussi entre adultes. Votre ado rentre à 22h alors que le couvre-feu était à 21h. Vous l’accueillez avec : « Et alors, tu as eu une bonne soirée ? » avec une voix qui suinte le sarcasme. Ou vous dites à votre conjoint : « Tu as vraiment pensé que c’était une bonne idée de sortir ça maintenant ? »

Ces questions ne cherchent pas une information. Vous savez très bien qu’il est tard, que vous êtes en colère. Vous cherchez à faire sentir à l’autre qu’il a fait une erreur, à le coincer. En communication non violente, on appelle cela une « question piège ». Elle est violente parce qu’elle place l’autre en position d’accusé sans lui laisser de porte de sortie honorable. Il doit soit se justifier (et perdre la face), soit mentir (et se sentir mal), soit s’excuser platement (et se sentir humilié).

Je vois souvent des adultes qui reproduisent ce schéma avec leurs collègues. « Tu as vraiment relu le rapport ? » en sachant très bien qu’il y a une erreur à la page 3. La personne visée se sent stupide, même si elle a fait 95% du travail correctement. La question piège ne corrige pas l’erreur, elle humilie.

L’hypnose ericksonienne m’a appris que ce type de communication vient souvent d’une partie de nous qui a elle-même été humiliée, et qui reproduit le schéma pour ne plus être la victime. Mais le prix à payer est élevé : vous gagnez une bataille de pouvoir, mais vous perdez la confiance.

Comment reconnaître ce signe ? Si la question que vous vous apprêtez à poser commence par « Est-ce que tu as vraiment… ? », « Tu as pensé à… ? », ou « Tu es sûr que… ? », et que vous connaissez déjà la réponse, arrêtez-vous. Demandez-vous : « Qu’est-ce que je veux vraiment ? Obtenir une info, ou lui faire mal ? »

3. Vous utilisez le silence comme un châtiment

Le silence n’est pas toujours violent. Parfois, il est nécessaire pour se calmer, pour réfléchir. Mais il y a une différence entre « je prends un temps pour moi » et « je te fais payer en ne te parlant pas ». La violence silencieuse est l’une des plus sournoises, car elle est invisible, mais elle laisse des traces profondes. On l’appelle aussi la « punition par le retrait ».

Vous êtes en désaccord. Vous vous sentez blessé. Au lieu de dire « je suis en colère » ou « j’ai besoin de temps », vous serrez les mâchoires, vous tournez le dos, vous répondez par monosyllabes pendant des heures, voire des jours. Vous faites peser sur l’autre une atmosphère glaciale. Il ou elle marche sur des œufs, essaie de deviner ce qui ne va pas, s’excuse sans savoir de quoi.

Je reçois régulièrement des personnes qui disent : « Mais je ne dis rien, je ne fais pas de scène, c’est lui/elle qui est trop sensible. » C’est une erreur. Le silence actif est une forme de violence psychologique. Il nie l’existence de l’autre, il le rend invisible. Dans l’IFS, on dirait que c’est une « partie exile » qui a peur d’être submergée par la colère, et qui choisit le contrôle absolu plutôt que le risque d’une confrontation. Mais ce contrôle est une prison pour les deux.

Un patient m’a raconté : « Mon père n’a jamais levé la main sur moi. Mais quand il était fâché, il pouvait passer une semaine sans m’adresser la parole. J’aurais préféré qu’il crie. Au moins, je savais où j’en étais. » Ce témoignage montre à quel point le silence peut être plus destructeur qu’un mot dur. Parce qu’il laisse l’autre imaginer le pire.

Comment reconnaître ce signe ? Observez vos silences. Sont-ils réparateurs (vous respirez, vous vous recentrez) ou sont-ils des armes (vous attendez que l’autre craque) ? Si vous utilisez le silence pour faire payer, c’est violent. Si vous en avez besoin pour ne pas exploser, dites-le : « J’ai besoin de 20 minutes pour me calmer, je reviens te parler. » C’est la différence entre une pause et une punition.

4. Vous comparez votre interlocuteur à quelqu’un d’autre

« Pourquoi tu n’es pas comme Paul ? Lui, il sait prendre des initiatives. » « Ma mère, elle, elle faisait toujours le ménage le samedi. » « À ton âge, j’avais déjà mon permis et un travail. »

La comparaison est un poison lent. Vous croyez peut-être que cela motive l’autre, que cela lui donne un modèle. En réalité, cela lui envoie le message : « Tu n’es pas assez bien. Tu devrais être quelqu’un d’autre. » C’est une attaque contre son identité fondamentale.

Je travaille souvent avec des sportifs, des coureurs et des footballeurs. Un jeune footballeur m’a dit un jour : « Mon entraîneur me compare toujours à mon frère. Il dit qu’il était plus rapide, plus technique. Maintenant, je déteste jouer au foot. » La comparaison n’a pas amélioré son jeu, elle a tué son plaisir. Et sans plaisir, pas de progression durable.

Dans les relations de couple, c’est dévastateur. « Mon ex, lui, il m’écoutait au moins. » Même si vous le dites dans un moment de frustration, vous venez de planter un couteau dans la relation. L’autre se sent dévalué, remplaçable. Il ne se battra plus pour vous, il se battra pour être à la hauteur d’un fantôme. Et personne ne peut gagner contre un fantôme.

La violence de la comparaison vient du fait qu’elle nie la singularité. Vous ne demandez pas à l’autre d’être lui-même, vous lui demandez d’être une version améliorée de quelqu’un d’autre. Dans l’intelligence relationnelle, on sait que la reconnaissance est un besoin fondamental. La comparaison est l’inverse de la reconnaissance. Elle est un rejet.

Comment reconnaître ce signe ? Quand vous avez envie de dire « comme… », « à la place de… », « lui/elle, il/elle… », arrêtez-vous. Demandez-vous : « Qu’est-ce que je veux vraiment ? De l’aide ? De l’attention ? De la fiabilité ? » Exprimez ce besoin directement, sans passer par le miroir d’un tiers.

5. Vous utilisez le « on » pour diluer votre responsabilité

« On ne fait pas ça ici. » « On ne dit pas ça à table. » « On ne se comporte pas comme ça dans une famille comme la nôtre. »

Qui est ce « on » magique ? C’est vous. Mais vous ne voulez pas le dire. Vous utilisez le « on » pour donner l’impression que vous parlez au nom d’une autorité supérieure : la tradition, la morale, la famille, la société. C’est une manière de ne pas vous exposer, de ne pas dire « je ». Et c’est extrêmement violent pour l’autre.

Pourquoi ? Parce que l’autre ne peut pas discuter avec un « on ». Il ne peut pas vous dire en face : « Je ne suis pas d’accord avec toi. » Il doit se battre contre une entité floue, une règle invisible. C’est une forme de manipulation passive. Vous vous cachez derrière une pseudo-objectivité pour imposer votre point de vue.

Je vois cela souvent dans les relations parents-enfants, mais aussi dans les équipes de travail. Un manager qui dit « On ne remet pas en cause les décisions de la direction » au lieu de dire « Je ne suis pas d’accord avec ta proposition et voici pourquoi ». Le « on » empêche le dialogue. Il ferme la porte.

Dans un couple, c’est tout aussi toxique. « On ne se parle pas sur ce ton » est une phrase qui peut être dite avec douceur, mais elle est souvent utilisée pour imposer un rapport de force. L’autre se sent infantilisé, comme s’il devait obéir à une règle extérieure, et non négocier avec vous.

L’hypnose ericksonienne m’a appris que le langage est un outil de création de réalité. Le « on » crée une réalité où vous n’êtes pas responsable, où la règle est absolue. C’est une illusion. Vous êtes toujours responsable de ce que vous dites. Cacher votre « je » derrière un « on », c’est refuser de vous engager dans la relation.

Comment reconnaître ce signe ? Écoutez-vous. Combien de fois par jour dites-vous « on » alors que vous parlez de vous ? Essayez de remplacer « on » par « je » pendant une journée. « Je ne suis pas d’accord. » « Je préfère qu’on parle calmement. » « Je trouve que ce n’est pas respectueux. » Vous verrez, c’est plus vulnérable, mais c’est aussi plus vrai. Et la vérité, même si elle est inconfortable, est toujours moins violente qu’un mensonge poli.

Conclusion : La violence n’est pas une fatalité, c’est un signal

Si vous avez reconnu certains de ces signes en vous, ne culpabilisez pas. La culpabilité est une impasse. Ce qui compte, c’est la conscience. Vous avez probablement appris ces schémas très tôt, dans votre famille, à l’école, dans vos premières relations. Ce ne sont pas des défauts irréversibles, ce sont des habitudes. Et les habitudes peuvent se changer.

L’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’intelligence relationnelle ne sont pas des outils pour devenir parfait. Ils sont des outils pour devenir plus conscient, plus libre. Vous n’arrêterez pas du jour au lendemain de dire « tu es toujours… » ou de faire des comparaisons. Mais vous pouvez commencer par un petit geste.

Voici ce que vous pouvez faire maintenant, tout de suite, en lisant ces lignes :

  1. Choisissez une relation qui vous tient à cœur mais qui est tendue.
  2. Identifiez un seul signe parmi les cinq que vous utilisez le plus souvent.
  3. Préparez une phrase alternative, une phrase en « je », qui dit votre besoin sans accuser. Par exemple, au lieu de « Tu ne m’écoutes jamais », dites : « J’ai besoin de sentir que tu m’entends, est-ce qu’on peut se parler cinq minutes sans téléphone ? »
  4. Testez-la dans les prochaines 48 heures. Pas pour gagner, pour essayer. Juste pour voir ce qui se passe.

Et si vous sentez que ces schémas sont trop profonds, trop ancrés, sachez que vous n’êtes pas seul à les porter. Je reçois des adultes à Saintes depuis plus de dix ans pour cela. Pas pour les « guérir » d’un défaut, mais pour les aider à rencontrer les parties d’eux-mêmes qui ont appris à communiquer ainsi. Souvent, derrière une phrase violente, il y a un enfant intérieur qui a eu peur, qui a été blessé, et qui cherche juste à être protégé.

Si vous avez envie d’explorer cela, sans jugement, sans pression, vous pouvez me contacter. Je ne promets pas de transformer votre communication en discours de bouddha en trois séances. Mais je peux vous aider à poser des mots sur ce qui se joue, à faire baisser la tension, à retrouver une forme de douceur avec vous-même et avec les autres.

Prenez soin de vous. Et de vos mots.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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