3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Les mots qui réparent, pas ceux qui blessent.
Tu viens de vivre une dispute. Pas une simple friction sur qui va sortir les poubelles, non. Une vraie tempête. Des mots qui ont dépassé ta pensée, des silences qui pesaient des tonnes, peut-être même une porte claquée. Le calme est revenu, mais l’air est encore chargé d’électricité. Tu te sens mal, tu sais que tu as dépassé les bornes, ou que l’autre a dépassé les siennes, et maintenant, il y a ce vide entre vous. Tu voudrais recoller les morceaux, mais par où commencer ? Le fameux « pardon » semble à la fois trop gros et trop petit. Trop gros parce qu’il engage tout, trop petit parce qu’il ne dit rien de ce que tu ressens vraiment.
Je vois ça presque chaque semaine dans mon cabinet à Saintes. Des adultes intelligents, sensibles, qui se retrouvent coincés après une dispute, non pas parce qu’ils ne veulent pas réparer, mais parce qu’ils ne savent pas comment. Ils répètent les mêmes erreurs : s’excuser trop vite pour éviter la tension, ou ne pas s’excuser du tout par peur de perdre la face. Résultat : la plaie reste ouverte, et la prochaine dispute sera plus violente. Alors, comment s’excuser vraiment ? Pas pour « en finir », mais pour réparer ?
Dans cet article, je vais te montrer la différence entre une excuse qui enfonce et une excuse qui soigne. On va voir pourquoi le fameux « je suis désolé » est souvent un piège, comment naviguer dans tes propres émotions avant de parler à l’autre, et surtout, comment construire une réparation qui tienne la route. Je vais m’appuyer sur des cas concrets, des mécanismes que j’observe dans mon travail avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (le modèle des parties), et des principes d’intelligence relationnelle.
Prêt à poser les armes ? Commençons.
Je vais être direct avec toi : la plupart des excuses qu’on reçoit ou qu’on donne après une dispute sont des contre-excuses. Elles visent à éteindre l’incendie sans regarder ce qui brûle. Tu as déjà entendu ou dit ça ?
Si tu prononces ces phrases, tu ne t’excuses pas. Tu justifies, tu accuses, ou tu clôtures. Et ça, l’autre le sent immédiatement. Pourquoi ? Parce que notre cerveau émotionnel est une antenne très sensible. Il capte l’intention derrière les mots. Si tu dis « désolé » avec un ton qui signifie « j’en ai marre, passons à autre chose », ton partenaire, ton ami, ton collègue, ne se sentira pas réparé. Il se sentira écrasé ou invisible.
Un exemple que je vois souvent en préparation mentale sportive, chez les footballeurs ou les coureurs, c’est l’excuse après une erreur sur le terrain. Le joueur qui rate une passe décisive et qui dit « ouais désolé » en regardant ses chaussures. L’équipe ne se sent pas rassurée. Ça crée de la méfiance. Pareil dans un couple : une excuse mécanique, c’est comme un sparadrap sur une plaie qui s’infecte.
Le problème, c’est que la plupart d’entre nous n’ont jamais appris à s’excuser. On a appris à dire « pardon » à 5 ans parce que maman nous y forçait, mais on n’a jamais appris ce que ça signifiait vraiment. Alors, à l’âge adulte, on reproduit ce schéma : l’excuse est un rituel social pour éviter la punition, pas un acte de réparation.
« Une excuse qui commence par “mais” n’est pas une excuse. C’est une accusation déguisée. »
Si tu veux vraiment réparer, il faut d’abord arrêter de vouloir « gagner » la dispute. L’excuse, ce n’est pas une faiblesse. C’est un acte de courage et de clarté. Mais pour ça, il faut accepter une vérité inconfortable : tu n’es pas obligé d’avoir raison pour t’excuser. Tu peux t’excuser de l’impact de tes paroles, même si tu penses que l’autre a commencé. C’est ça, la clé.
Il y a une règle d’or que j’enseigne à mes patients et aux sportifs que je suis : ne jamais négocier ou s’excuser sous le coup d’une émotion chaude. Quand l’adrénaline est encore dans le sang, quand ton cœur bat vite, quand tu as encore les poings serrés (même mentalement), ton cerveau est en mode survie. C’est le système limbique qui pilote, pas ton cortex préfrontal. Résultat : tu vas dire des choses que tu regretteras, ou tu vas t’excuser de manière à te protéger toi, pas à soigner l’autre.
Je pense à un patient, on va l’appeler Marc. Marc est un cadre commercial, plutôt posé, mais avec sa femme, il y a un point sensible : l’argent. Après une dispute sur un achat impulsif, il a immédiatement dit « je suis désolé » pour calmer le jeu. Mais sa femme n’a pas accepté. Pourquoi ? Parce qu’elle sentait que Marc s’excusait pour arrêter la conversation, pas pour l’entendre. Résultat : elle s’est sentie encore plus frustrée, et Marc s’est retrouvé avec un sentiment d’injustice. « Mais je me suis excusé, qu’est-ce qu’elle veut de plus ? »
Ce que Marc n’avait pas vu, c’est qu’il s’excusait d’avoir acheté un objet, mais pas de la manière dont il avait répondu à sa femme quand elle avait posé la question. Il s’excusait du contenu, pas du processus. Et surtout, il le faisait encore sous l’émotion de la honte. La honte est une émotion sournoise : elle nous pousse à nous excuser vite pour disparaître, mais cette excuse rapide ne répare rien. Elle enterre juste le problème.
Alors, que faire à la place ? Prends un temps mort. Pas un silence boudeur, mais un temps conscient. Tu peux dire : « J’ai besoin de quelques minutes pour respirer. Je veux te répondre, mais pas maintenant. On se reparle dans 20 minutes ? » Si l’autre est trop en colère, propose un délai plus long : une heure, ou même le lendemain matin.
J’utilise souvent une technique d’hypnose ericksonienne simple pour ça : la respiration en carré. Inspire 4 secondes, bloque 4 secondes, expire 4 secondes, bloque 4 secondes. 5 cycles suffisent généralement à faire redescendre l’activation du système nerveux. Ce n’est pas magique, c’est de la physiologie. Une fois calme, tu pourras t’excuser avec sincérité, parce que tu auras reconnecté avec ton intention profonde : réparer, pas survivre.
Dans mon travail avec l’IFS (Internal Family Systems), on considère que chaque comportement, même le plus agressif, est une tentative de protection d’une partie vulnérable de nous. Après une dispute, la partie en colère ou blessée est en première ligne. Pour qu’une excuse soit reçue, il faut d’abord calmer cette partie chez l’autre, mais aussi chez soi.
Voici les quatre ingrédients que j’ai identifiés comme essentiels. Si tu en rates un, l’excuse sonnera creux. Si tu les assembles, tu crées une véritable réparation.
1. La reconnaissance de l’impact, pas de l’intention Ne dis pas « je n’ai pas voulu te blesser ». C’est une défense. Dis plutôt : « Quand j’ai dit ça, je réalise que tu as entendu que je ne te respectais pas. Je vois l’effet que ça a eu sur toi. » Tu ne juges pas si l’interprétation est « juste » ou non. Tu reconnais que l’impact est réel. C’est un acte de validation puissant.
2. La responsabilité sans le « mais » Assume ton geste ou ta parole. « J’ai haussé le ton. Je le regrette. » Point. Pas de « mais tu m’as poussé ». Si tu ajoutes un « mais », tu annules tout ce que tu viens de dire. La responsabilité, c’est dire : « C’est moi qui ai fait ça. » L’autre n’a pas à porter le poids de ta justification.
3. L’empathie pour la souffrance de l’autre Ce n’est pas de la sympathie (« je suis triste pour toi »), c’est de l’empathie (« je perds un peu de ce que tu ressens »). Tu peux dire : « Je comprends que ça t’ait fait mal. Si j’étais à ta place, je me serais senti rejeté aussi. » Attention : ne vole pas sa souffrance. Ne dis pas « je sais exactement ce que tu ressens », car c’est faux. Dis plutôt : « J’imagine que ça doit être très dur. »
4. La réparation concrète C’est l’étape que tout le monde oublie. Une excuse sans réparation, c’est du vent. Que proposes-tu pour réparer ? Parfois, c’est une action : « Je vais faire attention à ne plus couper la parole. » Parfois, c’est une présence : « Je suis là maintenant, on peut en parler si tu veux. » Parfois, c’est un geste symbolique : un café, une lettre, un câlin si l’autre est d’accord. La réparation doit être négociée, pas imposée.
Je me souviens d’une patiente, Sophie, qui s’était violemment emportée contre sa mère âgée. Après la dispute, elle est venue me voir, dévastée. On a travaillé ces quatre étapes. Elle est repartie, a appelé sa mère et a dit : « Maman, je réalise que mes mots t’ont fait pleurer. Je suis désolée de t’avoir parlé comme ça. Je comprends que tu te sois sentie humiliée. Est-ce que je peux venir demain et on se fait un thé ? » Sa mère a fondu en larmes, mais cette fois, des larmes de soulagement. La réparation avait eu lieu.
Tu as fait tout ça. Tu t’es calmé, tu as reconnu l’impact, tu t’es excusé sans « mais », tu as proposé une réparation. Et l’autre te dit : « Je ne t’accepte pas. » Ou pire : « Tu es toujours pareil. » Ça fait mal, hein ? Très mal. À ce moment-là, une partie de toi veut se défendre, se justifier, ou se refermer comme une huître.
C’est normal. Cette partie est blessée. Elle a fait un effort énorme (s’excuser) et elle se heurte à un mur. Mais voici ce que je te propose : ne transforme pas le refus de l’autre en preuve que tu es nul.
Dans l’IFS, on dirait que ta partie « victime » ou « justicier » est activée. Elle veut que l’autre reconnaisse ton effort. Mais l’autre est peut-être encore submergé par sa propre émotion. Il a besoin de temps. Le refus de l’excuse n’est pas un refus de toi. C’est un signe que la blessure est encore trop vive pour être touchée.
Alors, que faire ?
Un coureur que j’accompagne avait blessé son coéquipier par une remarque après une course. Il s’est excusé sincèrement, mais le coéquipier a mis trois jours à répondre. Pendant ces trois jours, mon client a dû gérer son anxiété. On a travaillé sur le fait que son excuse était complète, qu’il avait fait sa part. La suite appartenait à l’autre. Finalement, le coéquipier est revenu, et leur relation en est sortie plus solide. Parce que la patience avait été au rendez-vous.
Tu te demandes peut-être pourquoi s’excuser est si difficile, même quand on veut bien faire. La réponse est simple : parce qu’à l’intérieur de toi, il y a plusieurs parties qui ne sont pas d’accord. Une partie veut réparer, une autre veut se protéger, une autre encore veut avoir raison. C’est le chaos intérieur.
L’IFS (Internal Family Systems) est un modèle qui m’aide énormément dans mon cabinet. Il considère que nous avons tous des « parties » (des sous-personnalités) qui portent des croyances et des émotions. Après une dispute, c’est souvent une partie qui a été activée : la partie « en colère », la partie « honteuse », la partie « petite fille qui a peur d’être abandonnée ».
Quand tu t’excuses, si c’est la partie « honteuse » qui parle, elle va s’excuser en rampant, en se dévalorisant. « Je suis nul, je mérite que tu me quittes. » Ce n’est pas une excuse saine. C’est une auto-flagellation. Et l’autre, au lieu de se sentir réparé, va se sentir mal à l’aise, ou même coupable.
À l’inverse, si c’est une partie « justicière » qui s’excuse, elle va le faire froidement, comme une transaction. « Bon, j’ai dit ce que j’avais à dire, maintenant on passe à autre chose. » L’autre se sentira ignoré.
Le travail, c’est d’identifier quelle partie est aux commandes quand tu t’excuses. Et si possible, de laisser le Self (ton centre calme et curieux) prendre le relais. Le Self ne se dévalorise pas, ne se justifie pas. Il voit la situation avec clarté et compassion.
« S’excuser depuis le Self, ce n’est pas s’écraser. C’est tendre la main sans lâcher ta propre dignité. »
Comment faire concrètement ? Avant de t’excuser, prends un moment pour toi. Pose-toi la question : « Quelle partie de moi veut s’excuser maintenant ? Est-ce que c’est la partie qui a peur qu’on m’aime moins ? Est-ce que c’est la partie qui veut en finir vite ? » Si tu sens une tension dans le ventre ou une boule dans la gorge, c’est qu’une partie est active. Respire, et dis-lui : « Je te vois, je te remercie, mais pour l’instant, je vais parler depuis mon centre. » C’est un petit rituel, mais il change tout.
S’excuser vraiment, ce n’est pas un acte de faiblesse. C’est un acte de souveraineté. C’est reconnaître que tu as le pouvoir de blesser, mais aussi celui de réparer. C’est accepter que la relation est plus importante que d’avoir raison. Et c’est aussi, parfois, un chemin vers une meilleure connaissance de toi-même.
Après une grosse dispute, la tentation est grande de laisser la poussière retomber et de faire comme si de rien n’était. Mais tu sais au fond de toi que ça ne marche pas. Les non-dits s’accumulent, et la prochaine explosion sera plus violente. Al
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.