3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Un rituel quotidien pour éviter l'escalade.
Vous êtes là, tous les deux dans la cuisine. Il est 19h30, la journée a été longue. Vous avez à peine posé vos sacs que déjà, une remarque fuse. Sur le lait oublié, sur le planning du week-end, sur la façon dont vous avez répondu au téléphone. Vous sentez la moutarde vous monter au nez. Vous voulez répondre, vous défendre, expliquer. Et en trois échanges, c’est parti : le ton monte, les vieux dossiers ressortent, la soirée est fichue. Vous vous retrouvez seuls, chacun dans votre coin, à ruminer. « Pourquoi ça recommence toujours ? » « Il/elle ne comprend décidément rien. »
Si cette scène vous parle, sachez que vous n’êtes pas un cas désespéré. C’est mécanique, presque prévisible. Un engrenage que des milliers de couples connaissent. Mais il existe un levier simple, un petit rituel quotidien qui peut tout changer. Je ne parle pas d’une thérapie lourde ou de techniques de communication complexes. Je parle de cinq minutes. Cinq minutes qui, si vous les installez, peuvent désamorcer 80 % des escalades inutiles.
Je m’appelle Thierry Sudan, je suis praticien à Saintes depuis 2014, et je reçois régulièrement des couples ou des individus qui souffrent de ces répétitions. Dans mon cabinet, je vois souvent la même chose : des personnes intelligentes, aimantes, qui s’épuisent à se heurter sur des détails. L’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) m’ont appris une chose fondamentale : les conflits ne naissent pas du sujet apparent, mais de ce qui est déjà tendu en dessous. Et si on pouvait agir sur ce « en dessous » avant qu’il n’explose ?
Regardez vos disputes récurrentes. C’est rarement sur le fond. Ce n’est pas vraiment le lait oublié, ni la playlist de la soirée, ni le fait que l’autre ait pris trop de place dans le lit. Ce qui blesse, c’est la sensation de ne pas être vu, entendu, respecté. Le conflit est le symptôme, pas la cause.
En IFS, on dirait que des « parties » de vous sont activées. Une partie protectrice qui se sent menacée, une partie critique qui juge, une partie enfant qui a besoin de réassurance. Quand votre partenaire dit « Tu n’as pas sorti les poubelles », votre oreille n’entend pas un fait, elle entend un reproche. Et cette partie en vous, celle qui a déjà été critiquée mille fois, se lève comme un soldat. Elle répond. Elle attaque ou se défend. Le conflit est lancé.
Ce mécanisme, je l’observe tous les jours. Un patient me raconte : « Je sais que c’est débile, mais dès qu’elle me dit ça, je deviens fou. » Ce n’est pas débile, c’est neurologique. Votre cerveau a appris une association : ce ton, ce regard, ce mot = danger. Avant même que vous ayez conscience de quoi que ce soit, votre système nerveux s’emballe. Le cortex préfrontal, celui qui permet la réflexion et la régulation, se met en veille. Vous êtes en mode survie. Et en mode survie, on ne dialogue pas, on combat ou on fuit.
Le problème, c’est que ce mode survie est devenu un réflexe dans votre couple. Vous avez construit une autoroute neuronale qui mène directement à la dispute. Chaque jour qui passe, vous l’empruntez, vous l’asphaltez un peu plus. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut en construire une autre. Une petite route de campagne qui prend cinq minutes.
« Ce n’est pas le sujet de la dispute qui compte. C’est l’état intérieur de chacun au moment où elle commence. »
Voici le rituel que je propose à mes patients. Il s’appelle le « Retour au port ». L’idée est simple : avant de pouvoir naviguer ensemble, il faut que chacun amarre son propre bateau. Vous ne pouvez pas communiquer calmement si l’un de vous est encore en pleine tempête intérieure.
Le rituel se déroule à un moment fixe de la journée. Le meilleur créneau : les cinq minutes qui suivent les retrouvailles. Vous rentrez du travail, vous posez vos affaires. Avant de parler de la journée, avant de demander quoi que ce soit, vous prenez cinq minutes. Chacun dans votre coin, ou assis côte àôte sans se parler. Et vous faites ceci :
Étape 1 : Le scan corporel (1 minute)
Fermez les yeux. Portez votre attention sur votre corps. Où sont les tensions ? Mâchoire serrée ? Épaules hautes ? Ventre noué ? Vous ne cherchez pas à les changer, juste à les constater. « Ah, tiens, j’ai la mâchoire serrée. » C’est tout.
Étape 2 : Le baromètre émotionnel (1 minute)
Demandez-vous : « Quelle est mon humeur dominante, là, maintenant ? » Fatigué ? Irrité ? Triste ? Pressé ? Soulagé ? Ne jugez pas. Un mot suffit. « Fatigué. » « Stressé. » Si vous avez du mal, utilisez une couleur : rouge, bleu, gris.
Étape 3 : La phrase de décharge (2 minutes)
Si vous en ressentez le besoin, vous pouvez dire une phrase à votre partenaire. Mais attention, une phrase uniquement. Pas un récit. Pas une accusation. Par exemple : « J’ai eu une journée super chargée, j’ai besoin de souffler. » Ou : « Je suis un peu à cran, ce n’est pas contre toi. » Ou : « J’ai besoin d’un câlin sans parler. » Le but n’est pas de raconter, c’est de signaler votre état.
Étape 4 : La respiration commune (1 minute)
Enfin, vous vous prenez la main ou vous posez une main sur le cœur. Et vous faites trois respirations profondes ensemble. Inspirez par le nez, expirez par la bouche. Lentement. Synchronisez-vous. C’est le geste qui dit : « Je suis là. Nous sommes ensemble. »
Cinq minutes. Montre en main. Pas plus. Au début, ça vous semblera artificiel, voire ridicule. C’est normal. Vous allez avoir envie de sauter cette étape, de parler directement. Résistez. Pendant les premières semaines, c’est un peu comme mettre un casque de chantier : ça gêne, ça serre, mais ça protège.
Je me souviens d’un couple, appelons-les Marc et Sophie. Marc rentrait du travail et commençait immédiatement à parler des problèmes de ses collègues ou des embouteillages. Sophie, elle, avait besoin de cinq minutes de silence avant d’être disponible. Résultat : elle se sentait agressée par ce flot de paroles, il se sentait ignoré. Le rituel a changé leur seuil d’entrée. Aujourd’hui, ils le font sans même y penser. « C’est devenu notre petit sas », m’a dit Sophie.
Commençons par un constat : vous n’êtes pas en conflit avec votre partenaire. Vous êtes en conflit avec l’état de votre partenaire. Et cet état, il est souvent le reflet du vôtre.
Le cerveau humain est doté de ce qu’on appelle des neurones miroirs. Quand vous voyez quelqu’un stressé, votre cerveau active les mêmes zones que si vous l’étiez vous-même. C’est un mécanisme d’empathie, mais c’est aussi un piège. Si l’un de vous arrive tendu, l’autre capte cette tension et monte en pression à son tour. En quelques secondes, vous êtes deux personnes en état d’alerte, sans même savoir pourquoi.
Le rituel des 5 minutes agit comme un frein à main. Il interrompt la cascade physiologique du stress. Le scan corporel vous ramène dans le présent. Le baromètre émotionnel vous oblige à nommer ce que vous ressentez, ce qui active le cortex préfrontal (la partie réfléchie du cerveau). La phrase de décharge communique votre état sans accuser. La respiration synchronisée calme le système nerveux parasympathique.
En IFS, on dirait que vous donnez de l’espace à vos parties. Au lieu de laisser une partie protectrice prendre le micro et crier, vous l’écoutez. Vous lui dites : « Je te vois, je sais que tu es tendu, je m’occupe de toi. » Et cette partie peut se calmer. Elle n’a plus besoin de déclencher une dispute pour être entendue.
Les neurosciences confirment ce que les pratiques ancestrales savent depuis longtemps : un rythme cardiaque élevé bloque la communication. Le Dr John Gottman, célèbre chercheur sur les couples, a montré que lorsque la fréquence cardiaque dépasse 100 battements par minute, la capacité d’écoute et d’empathie s’effondre. On devient sourd à l’autre. Le rituel abaisse ce rythme. Il vous remet dans une fenêtre de tolérance où le dialogue est possible.
« Avant de vouloir être compris, il faut d’abord se comprendre soi-même. Avant de demander à l’autre de se calmer, calmez-vous d’abord. »
Vous allez essayer ce rituel. Et vous allez buter sur des obstacles. C’est normal. Voici les trois plus fréquents, et comment les contourner.
Piège n°1 : « On n’a pas le temps. »
C’est le plus courant. Vous êtes débordés, les enfants crient, le dîner attend. Je vous entends. Mais posez-vous cette question : combien de temps perdez-vous dans une dispute qui dure 30 minutes, 1 heure, parfois toute la soirée ? Cinq minutes de prévention valent mieux qu’une heure de réparation. Si vous êtes vraiment pris, réduisez le rituel à une seule respiration commune. Trente secondes. Mais faites-le. La régularité compte plus que la durée.
Piège n°2 : « Mon/ma partenaire ne veut pas. »
Vous ne pouvez pas forcer l’autre. Si vous êtes le seul à initier le rituel, commencez par vous-même. Faites le scan seul. Dites votre phrase de décharge. Respirez seul. Votre changement d’état influencera l’autre. Les neurones miroirs fonctionnent dans les deux sens. Si vous vous calmez, l’autre aura plus de chances de se calmer. Et un jour, il/elle vous rejoindra peut-être. Ne faites pas de ce rituel un nouveau sujet de conflit. « Tu ne fais jamais le rituel ! » – c’est exactement ce qu’on veut éviter.
Piège n°3 : « On a essayé, ça n’a pas marché. »
Un rituel, ça s’installe. Ce n’est pas magique. Les premières fois, vous allez oublier. Vous allez vous lancer dans une conversation et vous rendre compte dix minutes plus tard que vous avez sauté l’étape. Ce n’est pas grave. Recommencez. L’important, c’est la répétition. Votre cerveau a besoin de répéter un nouveau chemin une trentaine de fois avant qu’il devienne un automatisme. Tenez au moins trois semaines. Notez-le dans votre téléphone si nécessaire.
Un patient m’a dit un jour : « On a essayé, mais dès qu’on pose les pieds dans l’entrée, c’est trop tard. » Solution : faites le rituel avant d’entrer. Asseyez-vous dans la voiture garée, ou sur le banc devant la porte. Changez le contexte pour changer le réflexe.
Si vous tenez ce rituel pendant un mois, voici ce que vous allez observer.
D’abord, une baisse notable des disputes. Pas leur disparition complète, mais leur intensité et leur fréquence diminuent. Vous allez remarquer que les sujets qui déclenchaient une tempête deviennent de simples discussions. « Ah, tu n’as pas sorti les poubelles ? Bon, je le fais maintenant, pas grave. » Ce n’est pas de la résignation, c’est de la régulation. Vous savez que ce n’est pas une attaque, c’est juste un fait.
Ensuite, une amélioration de votre connexion émotionnelle. Le fait de partager votre état chaque jour crée une intimité nouvelle. Vous apprenez à connaître les humeurs de l’autre sans qu’elles soient filtrées par un conflit. Vous savez que quand votre partenaire dit « je suis fatigué », ce n’est pas une excuse, c’est une information. Vous pouvez répondre « ok, je gère le dîner ce soir » au lieu de « tu es toujours fatigué, tu ne m’aides jamais ».
Enfin, une plus grande conscience de vous-même. Le scan corporel et le baromètre émotionnel sont des exercices de pleine conscience. Avec le temps, vous devenez plus habile à détecter vos propres tensions avant qu’elles ne débordent. Vous apprenez à vous connaître. C’est le premier pas vers une régulation émotionnelle durable.
Un de mes patients, coureur de fond, m’a dit : « C’est comme l’échauffement avant une course. Si je ne le fais pas, je me blesse. Maintenant, avant chaque conversation importante, je fais mon échauffement émotionnel. » Il a raison. L’échauffement n’est pas une perte de temps, c’est un investissement.
Parfois, vous lisez cet article alors que vous êtes déjà en plein conflit. Les mots ont fusé, les portes ont claqué. Que faire ?
La variante d’urgence s’appelle le « Time-out conscient ». Le principe : vous vous arrêtez, vous dites à voix haute : « J’ai besoin d’une pause. Cinq minutes. Je reviens. » Et vous quittez la pièce. Pas pour fuir, pour revenir plus calme.
Pendant ces cinq minutes, vous ne ruminez pas. Vous ne préparez pas votre prochaine réplique. Vous faites exactement le même rituel : scan, baromètre, phrase intérieure, respiration. Vous pouvez même écrire sur un papier ce que vous ressentez. « Je me sens invisible. » « J’ai peur qu’on ne s’en sorte pas. » « Je suis juste fatigué. »
Quand vous revenez, vous dites : « Je suis prêt à reparler, mais j’ai besoin qu’on parle doucement. » Ce n’est pas un signe de faiblesse. C’est un signe de maturité. Vous montrez que vous tenez à la relation plus qu’à avoir raison.
« Dans un conflit, la personne la plus forte n’est pas celle qui crie le plus fort, mais celle qui sait s’arrêter pour revenir plus lucide. »
Ne remettez pas à demain. Le rituel est simple, il ne demande aucun matériel. Voici ce que je vous propose :
Vous allez peut-être vous sentir maladroit. C’est normal. La première fois que j’ai proposé ce rituel à un couple, ils ont ri. « On va faire comme à la maternelle ? » m’a dit Marc. « Oui, exactement », ai-je répondu. Parce que parfois, il faut revenir à des gestes simples pour désapprendre les complications que l’on s’est construites.
Ce rituel n’est pas une solution miracle. Il ne résoudra pas les problèmes profonds de votre couple, les désaccords fondamentaux sur l’éducation des enfants, l’argent, ou les projets de vie. Mais il crée un espace de sécurité où ces sujets peuvent être abordés sans que tout explose. Il pose une fondation. Sur une fondation solide, on peut construire des choses durables.
Si vous sentez que ce rituel ne suffit pas, si les conflits restent violents ou rép
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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