3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Un mini-protocole à appliquer partout, même stressé.
Tu arrives chez toi après une journée où tout est allé de travers. Ton chef a encore critiqué ton dossier devant l’équipe, un collègue t’a coupé la parole en réunion, et ton conjoint t’a envoyé un message sec pour te demander de passer prendre le pain. Tu sens la mâchoire serrée, les épaules remontées vers les oreilles. Et là, tu te dis : « Si je parle maintenant, je vais exploser. »
Ce moment, je le connais bien. Dans mon cabinet à Saintes, je vois des personnes comme toi, qui viennent parce qu’elles en ont assez de ces réactions en boucle. Assez de dire des choses qu’elles regrettent, assez de se taire et de ruminer, assez de cette sensation d’être prisonnières de leurs émotions. Elles ont essayé de se calmer, de compter jusqu’à dix, de respirer. Mais sur le coup, rien n’y fait.
Pourtant, il existe une solution que j’utilise depuis des années, avec mes patients en hypnose ericksonienne et en IFS (Internal Family Systems). Une approche qui n’a rien de magique, mais qui repose sur un principe simple : la Communication NonViolente (CNV). Tu en as peut-être entendu parler. Beaucoup la voient comme une méthode idéaliste, réservée aux couples parfaits ou aux managers formés. En réalité, c’est un outil de survie pour les jours où tout te semble insurmontable.
Et la bonne nouvelle ? Tu peux l’utiliser en moins de cinq minutes, même quand tu es submergé par le stress. Pas besoin d’être calme, pas besoin d’avoir une heure devant toi. Juste un mini-protocole que je vais te détailler ici.
Ce que la CNV ne fait pas : elle ne supprime pas ta colère, ta tristesse ou ta frustration. Elle ne transforme pas les autres en personnes aimables. Elle te donne juste une rampe pour ne pas tomber dans le vide quand tout s’effondre autour de toi.
Quand tu es stressé, ton cerveau passe en mode survie. L’amygdale, cette petite zone qui détecte les menaces, prend le contrôle. Tu n’as plus accès à ton cortex préfrontal, celui qui te permet de réfléchir, de choisir tes mots, de prendre du recul. Résultat : tu réagis comme un animal acculé. Tu attaques, tu fuis ou tu te figes.
La CNV ne va pas désactiver ton amygdale d’un claquement de doigts. Mais elle te donne une séquence d’actions concrètes, presque mécaniques, qui peuvent court-circuiter tes réactions automatiques. C’est comme un programme d’urgence que tu installes dans ton cerveau. Au lieu de laisser la panique décider, tu suis les étapes.
Je te propose un mini-protocole en quatre étapes. Il s’inspire du modèle classique de Marshall Rosenberg (observation, sentiment, besoin, demande), mais adapté aux situations où tu as moins de cinq minutes et où tu es submergé par l’émotion. L’objectif n’est pas de résoudre le conflit sur le moment, mais de ne pas l’aggraver et de te reconnecter à toi-même.
La première chose à faire, c’est de stopper la machine. Quand tu sens que la tension monte, que ta voix devient plus aiguë, que tes poings se serrent, ou que tu as envie de claquer la porte, tu dis STOP. Dans ta tête, à voix basse, ou même à haute voix si tu es seul.
Ensuite, tu observes ce qui se passe autour de toi, mais sans interpréter. C’est le plus difficile. Notre cerveau adore raconter des histoires : « Il est nul, il ne m’écoute jamais », « Elle fait exprès de me provoquer », « Je suis nul, je n’aurais jamais dû dire ça ». Tout ça, ce sont des jugements. L’observation, c’est juste les faits bruts.
Exemple : « Mon collègue a parlé pendant que je présentais mon idée. » Pas : « Il m’a coupé la parole parce qu’il me méprise. » Tu vois la différence ? La première phrase est une caméra. La seconde est un film d’horreur que ton esprit a monté.
Si tu es avec quelqu’un, tu peux même le dire à voix haute : « J’ai besoin d’une minute. » Tu poses un cadre. Les gens respectent souvent ça, surtout si tu le dis calmement. Et si ce n’est pas possible, fais-le intérieurement.
Maintenant que tu es arrêté, tu identifies ton émotion. Pas besoin d’un vocabulaire sophistiqué. Les mots simples marchent : colère, tristesse, peur, frustration, honte, déception. Évite les mots comme « je me sens attaqué » ou « je me sens rejeté », parce que ce sont des interprétations, pas des sentiments. Une émotion, ça se ressent dans le corps.
Où est-elle ? Dans la poitrine ? La gorge ? Le ventre ? Est-ce une boule, une pression, une chaleur ? Décris-la comme si tu parlais à un enfant. « J’ai une grosse boule dans la gorge et ça serre fort. » Ça peut sembler ridicule, mais nommer l’émotion avec précision calme le système nerveux. Des études en neurosciences montrent que le simple fait d’étiqueter une émotion réduit l’activité de l’amygdale.
Si tu es en plein conflit, tu peux dire à l’autre : « Là, je sens de la colère monter. » Pas pour l’accuser, mais pour t’ancrer. La plupart du temps, l’autre personne se calme aussi, parce que tu ne l’attaques pas. Tu deviens vulnérable, et ça désamorce.
C’est l’étape la plus puissante, et celle qu’on oublie le plus souvent. Derrière chaque émotion, il y a un besoin non satisfait. La colère cache souvent un besoin de respect, de considération ou de justice. La tristesse cache un besoin de connexion, de compréhension ou de soutien. La peur cache un besoin de sécurité, de contrôle ou de prévisibilité.
Tu te demandes : « Qu’est-ce que j’aurais aimé qui se passe à la place ? » Pas pour blâmer l’autre, mais pour identifier ce qui est important pour toi. Exemple : « J’aurais aimé qu’on m’écoute jusqu’au bout. » → Besoin d’être entendu, de reconnaissance. « J’aurais aimé qu’on me prévienne avant de changer le planning. » → Besoin de prévisibilité, de respect.
Tu peux même le dire à voix haute, seul ou avec l’autre : « Ce dont j’ai besoin, c’est de me sentir respecté dans ce que je dis. » Ça n’engage personne d’autre que toi. C’est juste une déclaration de ce qui est vivant en toi.
Dernière étape, mais attention : la demande n’est pas une exigence. Tu ne dis pas « Tu dois t’excuser » ou « Arrête de faire ça ». Tu formules une action concrète, positive, réalisable dans l’instant. Quelque chose que l’autre peut faire, et pas seulement ce qu’il devrait arrêter de faire.
Exemples :
Si tu es seul (par exemple, après une journée pourrie, en rentrant chez toi), tu peux faire la demande à toi-même : « Qu’est-ce que j’ai besoin de faire pour prendre soin de moi maintenant ? » Peut-être t’asseoir cinq minutes, boire un verre d’eau, ou simplement inspirer profondément trois fois.
Le piège à éviter : ne saute pas directement à la demande sans avoir fait les étapes précédentes. Si tu demandes quelque chose alors que tu es encore dans l’émotion brute, ça sonnera comme une attaque ou une plainte. Les étapes 1 à 3 sont là pour te poser, toi, avant de tendre la main vers l’autre.
Imaginons que tu arrives chez toi après cette journée difficile. Ton conjoint est dans la cuisine, en train de préparer le dîner. Il te dit, sur un ton que tu perçois comme agacé : « T’as pris le pain ? » Tu sens l’irritation monter. Tu as envie de répondre : « Non, j’ai eu une journée de merde, tu pourrais penser à autre chose qu’au pain ? »
Mais tu te souviens du protocole. Tu t’arrêtes (étape 1). Tu observes : « Il m’a demandé si j’avais pris le pain. » Pas : « Il me reproche d’avoir oublié. » Tu nommes ce que tu ressens : « Là, j’ai une grosse colère dans le ventre, ça chauffe. » (étape 2). Tu te connectes au besoin : « J’ai besoin de me sentir accueilli, pas jugé. » (étape 3). Puis tu formules une demande : « Est-ce que tu peux me laisser poser mon sac et souffler une minute avant qu’on parle du pain ? » (étape 4).
Résultat : au lieu d’une engueulade, tu obtiens un espace. Ton conjoint comprend que tu as besoin d’un temps. Et toi, tu ne t’es pas enfermé dans une dispute stérile.
Je sais que dans certains contextes, même ces quatre étapes te semblent impossibles. Quand tu es en pleine crise d’angoisse, ou que l’autre personne est agressive, ou que tu es dans un environnement bruyant. Là, tu réduis encore.
Version express (30 secondes) : Tu fais juste l’étape 1 (STOP) et l’étape 2 (nommer l’émotion). Rien de plus. Tu dis intérieurement : « Je suis en colère, j’ai peur, ça va passer. » Ça te reconnecte à toi.
Version pour quand l’autre est explosif : Tu utilises l’étape 4 inversée. Tu demandes à l’autre : « Qu’est-ce que tu as besoin que je fasse maintenant ? » Parfois, désamorcer l’autre est plus urgent que de t’exprimer toi. Tu reviendras à tes besoins plus tard.
Version pour quand tu es seul(e) : Tu appliques le protocole en écrivant. Prends ton téléphone, ouvre une note, et écris : observation, sentiment, besoin, demande. Le simple fait d’écrire active ton cortex préfrontal et calme l’amygdale.
Tu te demandes peut-être pourquoi je parle de ça, moi qui suis hypnotherapeute et praticien IFS. Parce que la CNV, c’est un outil de conscience. Et la conscience, c’est la clé de tout changement.
En hypnose ericksonienne, on apprend à observer sans juger, à être dans l’instant présent, à accepter ce qui est sans vouloir le contrôler. La CNV fait exactement ça : elle te force à regarder la réalité telle qu’elle est, pas telle que tu la crains ou la désires.
En IFS (Internal Family Systems), on travaille avec les différentes parties de toi : celle qui s’énerve, celle qui a peur, celle qui veut fuir. La CNV permet de dialoguer avec ces parties sans les rejeter. Quand tu nommes ton émotion (étape 2), tu donnes une voix à cette partie. Quand tu identifies ton besoin (étape 3), tu lui offres ce qu’elle demande vraiment.
Beaucoup de mes patients à Saintes me disent : « Je n’arrive pas à faire la CNV, c’est trop dur sur le moment. » Et c’est vrai. Personne n’y arrive du premier coup. Mais avec l’entraînement, ça devient un réflexe. Comme apprendre à faire du vélo : au début, tu tombes, tu te crispes, tu pédales dans le vide. Puis un jour, tu ne réfléchis plus.
Je ne vais pas te vendre du rêve. Ce mini-protocole ne fonctionne pas si :
Mais pour les jours difficiles, les petites tensions du quotidien, les moments où tu sens que tu vas perdre pied, ce protocole est une bouée. Pas une solution miracle, juste un point d’appui.
Tu n’as pas besoin d’attendre d’être calme pour commencer. Prends une situation récente qui t’a énervé ou attristé. Pas la plus grosse, juste une petite contrariété. Par exemple, ce matin, quelqu’un t’a coupé la parole dans la file d’attente du café. Ou ton enfant a renversé son verre.
Applique les quatre étapes, dans ta tête ou sur un papier :
Fais-le maintenant. Ça prend trois minutes. Tu verras, tu te sentiras déjà plus léger. Pas parce que le problème est résolu, mais parce que tu as repris le contrôle de ton attention.
Et si tu veux aller plus loin, je t’invite à venir me rencontrer, en consultation à Saintes ou en visio. On pourra travailler ensemble sur ces réflexes, les ancrer avec l’hypnose ou l’IFS, pour qu’ils deviennent une seconde nature. Parce qu’au fond, la CNV, ce n’est pas une technique de communication. C’est une manière de vivre avec soi-même et avec les autres, plus douce, plus lucide.
Prends soin de toi. Et la prochaine fois que la tension monte, souviens-toi : tu as déjà tout ce qu’il faut pour traverser ce moment. Il suffit de t’arrêter, de respirer, et de nommer ce qui est là.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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