3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Comment ces approches peuvent apaiser vos blessures profondes.
Vous les reconnaissez ? Ces nuits où votre cerveau tourne en boucle, rejouant chaque scène, chaque mot, chaque silence. Le matin, vous vous réveillez plus fatiguée qu’en vous couchant. Vous avez l’impression d’avoir couru un marathon en restant couchée. Et cette question qui revient, lancinante : « Pourquoi je n’arrive pas à m’en remettre ? »
Je vois régulièrement des personnes comme vous dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes qui ont survécu à une relation avec un manipulateur narcissique. Ils arrivent épuisés, vidés, avec une estime d’eux-mêmes en miettes. Souvent, ils ont déjà tout essayé : parler, lire des livres, consulter un psy, changer de travail, couper les ponts. Mais la douleur reste là, comme une ombre collée à leur peau.
Ce n’est pas votre faute. Vous n’êtes pas faible, ni naïve, ni stupide. Ce qui s’est passé est bien plus profond qu’une simple « mauvaise relation ». C’est une blessure qui touche les fondations mêmes de qui vous êtes. Et pour guérir ces fondations, il faut des outils qui parlent à votre inconscient, pas seulement à votre raison.
Aujourd’hui, je veux vous parler de deux approches qui changent la donne : l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems). Je les utilise ensemble dans mon accompagnement, et je vois chaque semaine des personnes reprendre pied, retrouver leur sourire, et surtout, se retrouver elles-mêmes.
Avant de parler des solutions, il faut comprendre ce qui s’est passé. Vous n’avez pas juste vécu une rupture douloureuse. Vous avez été prise dans un système de manipulation qui a littéralement remodelé votre cerveau et votre système nerveux.
Le manipulateur narcissique ne fonctionne pas comme une personne « normale ». Il ne cherche pas une relation basée sur l’échange, le respect ou l’amour. Il cherche une source d’approvisionnement émotionnel. Et vous, avec votre cœur grand ouvert, votre capacité d’empathie, votre désir sincère de faire fonctionner la relation, vous étiez une cible parfaite.
Au début, tout est merveilleux. C’est la phase d’idéalisation. Il vous couvre d’attention, de compliments, de déclarations. Vous vous sentez enfin vue, comprise, aimée comme jamais. C’est une drogue puissante. Votre cerveau libère de la dopamine, de l’ocytocine, toutes ces hormones du bonheur et de l’attachement. Vous êtes accro, sans le savoir.
Puis, insensiblement, ça bascule. Les critiques arrivent. Les dévalorisations. Les silences punitifs. Les comparaisons. Les mensonges. Vous marchez sur des œufs. Vous vous demandez ce que vous avez fait de mal. Vous vous excusez sans cesse. Vous vous oubliez pour essayer de retrouver cette personne merveilleuse du début.
C’est là que le piège se referme. Vous ne luttez pas contre une personne, vous luttez contre un mécanisme de dépendance émotionnelle et de manipulation cognitive. Votre cerveau est pris dans un cycle de récompense aléatoire : parfois il est gentil, parfois violent, parfois indifférent. Vous devenez comme un rat de laboratoire qui appuie frénétiquement sur un levier, espérant la prochaine récompense.
Quand enfin vous partez, ou quand il vous quitte, votre cerveau est en état de manque. Littéralement. Les mêmes circuits neuronaux que ceux d’une dépendance à une substance sont activés. Vous ressentez un vide abyssal, une confusion totale, une perte de repères. Vous ne savez plus qui vous êtes, ce que vous valez, ce qui est réel.
« Ce n’est pas une rupture que vous vivez, c’est un sevrage. Votre cerveau a été reprogrammé pour dépendre de quelqu’un qui vous détruit. »
Voilà pourquoi les conseils habituels (« secoue-toi », « passe à autre chose », « c’était un connard ») ne marchent pas. Votre inconscient est verrouillé dans un pattern de survie. Et c’est là que l’hypnose et l’IFS deviennent des alliés précieux.
L’hypnose que je pratique n’a rien à voir avec les shows télévisés ou les pendules qui balancent. L’hypnose ericksonienne, c’est un état de conscience modifié, parfaitement naturel, que vous vivez déjà plusieurs fois par jour : quand vous êtes absorbé dans un film, quand vous conduisez sans vous souvenir du trajet, quand vous rêvassez.
Dans cet état, votre esprit critique, votre « mental analytique », se met en retrait. Votre inconscient devient plus réceptif aux suggestions. C’est comme si on ouvrait une porte dérobée vers vos ressources profondes, celles que votre stress chronique a verrouillées.
Pour une personne qui sort d’une relation toxique, l’hypnose agit sur plusieurs niveaux.
D’abord, elle calme le système nerveux. Vous savez, cette sensation d’être en alerte permanente, comme si un danger imminent planait toujours ? C’est votre amygdale, le centre de la peur dans votre cerveau, qui est en hyperactivité. L’hypnose permet de redescendre en mode parasympathique, le mode « repos et digestion ». Vous pouvez enfin respirer, lâcher prise, retrouver un sommeil réparateur.
Ensuite, l’hypnose permet de retraiter les souvenirs traumatiques. Vous n’avez pas besoin de raconter toute votre histoire en détail. Votre inconscient sait ce qu’il doit traiter. En état hypnotique, je peux suggérer à votre esprit de « reconditionner » les souvenirs douloureux, de les ranger différemment, de leur enlever leur charge émotionnelle explosive. Le souvenir reste, mais il ne vous fait plus souffrir.
Prenons un exemple. Une cliente que j’appellerai Sophie venait de quitter son compagnon manipulateur après cinq ans de relation. Elle ne pouvait plus entendre une chanson qu’ils aimaient sans fondre en larmes. Chaque fois, c’était le même scénario : flashback, douleur dans la poitrine, sentiment de vide. En hypnose, nous avons travaillé sur cette chanson. Je lui ai suggéré de la visualiser comme un vieux film sur un écran, avec des couleurs délavées, et de tourner le volume doucement vers le bas. Progressivement, la chanson a perdu son pouvoir. Elle peut aujourd’hui l’écouter sans souffrir. Le souvenir est là, mais il ne la contrôle plus.
L’hypnose vous redonne aussi accès à vos ressources oubliées. Le manipulateur vous a fait croire que vous n’étiez pas assez bien, pas assez intelligente, pas assez forte. Ces croyances sont ancrées dans votre inconscient. En hypnose, nous pouvons réactiver des souvenirs de compétence, de force, de joie. Nous pouvons « planter » de nouvelles suggestions positives : « Je suis capable », « Je mérite le respect », « Je peux faire confiance à mon intuition ».
Mais attention : l’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne va pas effacer votre histoire ni vous transformer en quelqu’un d’autre. Elle va vous aider à déverrouiller des portes, à calmer le bruit, à retrouver un chemin vers vous-même. C’est un outil puissant, mais c’est vous qui faites le travail. Je suis juste un guide.
L’IFS, ou Internal Family Systems, est une approche qui a révolutionné ma pratique. Elle a été développée par Richard Schwartz dans les années 1980. Le postulat de base est simple et profond : votre esprit n’est pas une entité unique et cohérente. Il est composé de plusieurs « parties », chacune avec sa propre personnalité, ses émotions, ses croyances, et même sa propre voix intérieure.
Vous avez déjà vécu ça, non ? Une partie de vous veut absolument tourner la page, sortir, rencontrer quelqu’un de nouveau. Une autre partie reste terrifiée à l’idée de refaire confiance. Une troisième partie vous critique sans cesse : « T’es trop naïve, tu l’as bien cherché ». Et une quatrième partie, peut-être très jeune, pleure encore dans un coin, se sentant abandonnée et sans valeur.
Ces parties ne sont pas des ennemis. Ce sont des protecteurs qui ont pris leur poste à un moment donné pour vous aider à survivre. Le problème, c’est qu’elles continuent à appliquer des stratégies qui ne sont plus adaptées. Elles sont bloquées dans le passé.
Dans une relation avec un narcissique, plusieurs parties typiques émergent.
Il y a la partie « pompier », qui cherche à éteindre la douleur à tout prix : alcool, nourriture, achats compulsifs, scroll infini sur les réseaux, ou au contraire une hyperactivité frénétique. Elle veut juste que la souffrance cesse, et elle utilise n’importe quel moyen.
Il y a la partie « manager », qui essaie de contrôler absolument tout pour éviter de revivre la même chose. Elle vous fait analyser chaque interaction sociale, douter de vos perceptions, vous préparer au pire. Elle est épuisante, mais elle croit sincèrement vous protéger.
Il y a la partie « critique intérieur », qui reprend la voix du manipulateur. « T’es nulle. Tu mérites ce qui t’arrive. Tu aurais dû voir les signes. » Cette partie est souvent la plus dure à affronter, car elle semble être votre pire ennemie.
Et puis, il y a la partie « exilée », la plus jeune, la plus vulnérable. C’est celle qui porte la blessure originelle : la honte, la peur de l’abandon, le sentiment de ne pas être aimable. Cette partie est souvent cachée, car trop douloureuse. Les autres parties passent leur temps à la protéger, à l’empêcher de refaire surface.
L’IFS ne cherche pas à se débarrasser de ces parties. Il cherche à établir un dialogue avec elles, avec curiosité et compassion. Vous apprenez à reconnaître chaque partie, à comprendre son rôle, à la remercier pour son service, et à lui montrer qu’elle peut lâcher prise. Le but ultime est de libérer votre « Self », votre noyau essentiel, cette partie de vous qui est naturellement calme, confiante, créative et connectée.
« En IFS, on ne guérit pas en combattant ses parties, mais en devenant le leader compatissant de sa propre famille intérieure. »
Prenons un autre exemple. Marc venait me voir pour une anxiété sociale paralysante après une relation avec une femme narcissique. Il ne supportait plus d’être en groupe, avait peur du jugement, et se sentait transparent. En explorant avec l’IFS, nous avons rencontré une partie de lui, très jeune, âgée d’environ 7 ans. Cette partie se souvenait d’avoir été humiliée par son père devant toute la classe. La relation avec la femme narcissique avait réactivé exactement cette blessure. En accueillant cette partie avec douceur, en la rassurant, en lui montrant qu’elle n’était plus en danger, Marc a progressivement retrouvé sa confiance. L’anxiété n’a pas disparu du jour au lendemain, mais elle a cessé de le contrôler.
L’IFS est particulièrement puissant après une relation toxique car il vous redonne de l’agentivité. Vous n’êtes plus une victime passive de vos émotions. Vous devenez le chef d’orchestre de votre monde intérieur. Vous apprenez à distinguer la voix du manipulateur intériorisée de votre propre voix. Et surtout, vous découvrez que la partie de vous qui a cru mériter ce traitement n’est pas la vérité sur vous. C’est juste une partie blessée qui a besoin de guérison.
Dans mon cabinet, j’utilise ces deux approches en synergie. Et ce n’est pas un hasard. Elles se complètent parfaitement.
L’hypnose crée un état de sécurité et de réceptivité. Elle calme le système nerveux, ce qui permet aux parties les plus craintives de s’apaiser et de se montrer. Quand vous êtes en hypervigilance, vos parties protectrices sont en alerte maximale. Elles ne laisseront jamais les parties exilées vulnérables s’approcher. L’hypnose permet de baisser la garde.
Ensuite, l’état hypnotique facilite l’accès direct aux parties. En IFS classique, on dialogue avec les parties en état de conscience ordinaire. C’est très efficace, mais parfois les parties les plus verrouillées résistent. En hypnose, on peut entrer en contact avec elles plus facilement, comme si on prenait un ascenseur direct vers les étages profonds de l’immeuble.
Inversement, l’IFS donne un cadre et une carte à l’hypnose. Sans la compréhension du système de parties, l’hypnose risque de faire des suggestions génériques qui ne collent pas à votre réalité. Une suggestion comme « vous allez vous sentir en confiance » peut être rejetée par une partie qui a de bonnes raisons de ne pas faire confiance. L’IFS permet de savoir à quelle partie s’adresser, et comment.
Concrètement, une séance typique peut se dérouler ainsi. Nous commençons par un temps d’échange pour identifier ce qui est présent pour vous aujourd’hui. Puis je vous guide dans une induction hypnotique douce. Une fois que vous êtes en état modifié, je vous invite à porter votre attention à l’intérieur. « Est-ce qu’il y a une partie de vous qui est présente en ce moment ? » Vous pouvez ressentir une tension dans le ventre, une image, une voix, une émotion. Nous accueillons cette partie. Nous lui demandons ce qu’elle veut que vous sachiez. Nous la remercions. Nous voyons ce dont elle a besoin pour se sentir en sécurité. Parfois, je fais des suggestions hypnotiques directement à cette partie pour l’aider à se détendre, à lâcher un fardeau qu’elle porte depuis trop longtemps.
Ce qui est beau, c’est que vous n’avez pas besoin de « croire » en l’hypnose ou l’IFS pour que ça marche. Vous n’avez pas besoin d’être un bon sujet hypnotique. Tout le monde peut entrer en état hypnotique, à condition de se sentir en sécurité et de ne pas résister activement. Et l’IFS, c’est juste une façon de dialoguer avec vous-même que vous pratiquez déjà sans le savoir.
Je veux être honnête avec vous. Ces outils sont puissants, mais ils ne sont pas une solution miracle. Voici ce que vous pouvez raisonnablement attendre.
Ce qu’ils peuvent faire :
Ce qu’ils ne feront pas :
La guérison après un narcissique est un chemin. Il y a des jours avec, des jours sans. Parfois, vous aurez l’impression de régresser. C’est normal. Les parties blessées ont besoin de temps pour apprendre à faire confiance. Ce n’est pas un échec, c’est le processus.
« Guérir d’un narcissique, ce n’est pas oublier. C’est retrouver suffisamment de force pour que son ombre ne définisse plus qui vous êtes. »
Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour commencer. Voici quelques choses que vous pouvez faire dès aujourd’hui pour amorcer le mouvement.
D’abord, apprenez à reconnaître vos parties. Quand vous sentez une émotion forte monter (colère, tristesse, honte, peur), posez-vous la question : « Quelle partie de moi est là en ce moment
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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