PsychologieRelations Et Communication

Le protocole en 4 étapes pour reconstruire la confiance

Une méthode concrète pour des liens solides.

TSThierry Sudan
26 avril 202612 min de lecture

Tu viens de vivre une situation qui te laisse un goût amer. Peut-être que quelqu’un a trahi ta confiance, ou que tu as toi-même fait une erreur qui a fissuré un lien précieux. Ou alors, c’est plus diffus : tu as l’impression de ne plus savoir à qui te fier, même envers toi-même. Cette sensation d’incertitude, de vide, tu la connais bien. Elle te pèse au quotidien, dans tes relations, dans ton travail, dans ta capacité à avancer sereinement.

Reconstruire la confiance, ce n’est pas un simple vœu pieux ou une injonction à « faire confiance ». C’est un processus concret, qui demande du temps et une méthode. J’accompagne depuis des années des adultes comme toi, à Saintes et ailleurs, qui traversent ces moments de doute. Et j’ai observé que derrière chaque rupture de confiance, il y a toujours un chemin possible. Pas pour revenir exactement comme avant, mais pour construire quelque chose de plus solide et de plus authentique.

Dans cet article, je vais te partager un protocole en quatre étapes que j’utilise régulièrement avec les personnes que je reçois. Il s’inspire de l’hypnose ericksonienne, de l’IFS (Internal Family Systems) et de l’intelligence relationnelle – des approches que je pratique au quotidien. Mais pas d’inquiétude : je vais te parler simplement, sans jargon, avec des exemples concrets. L’objectif est que tu puisses, dès aujourd’hui, poser un premier geste pour toi ou pour une relation que tu souhaites réparer.

Étape 1 : Accueillir la brèche sans la nier

La première réaction, quand la confiance est brisée, c’est souvent la sidération ou la colère. On veut tout de suite trouver une explication, un responsable, ou pire : faire comme si de rien n’était. « Ce n’est pas grave », « je passe à autre chose », « je suis fort·e ». Mais cette stratégie ne marche pas longtemps. La brèche reste là, comme une fissure invisible qui continue de s’élargir.

Je pense à ce coureur que j’ai suivi, un marathonien amateur. Il s’était blessé à cause d’un programme d’entraînement trop agressif que lui avait conseillé un ami. La confiance en cet ami était brisée, mais surtout, il avait perdu confiance en son propre corps. Il refusait d’écouter la douleur, continuait à courir en serrant les dents. Résultat : une tendinite chronique et une frustration immense. Dans nos séances, la première étape a été de reconnaître la brèche. Pas pour accuser l’ami, mais pour dire : « Oui, il y a eu une trahison, et elle a un impact sur moi. » Ce simple aveu a libéré une énergie qu’il utilisait à nier la réalité.

Alors, comment faire ? Prends un moment, seul·e, avec un carnet ou simplement en toi-même. Nomme ce qui s’est passé. Pas en mode procès, mais comme un constat : « À ce moment-là, j’ai ressenti [tristesse, colère, peur] parce que [situation précise]. » Tu n’as pas à juger si c’est juste ou injuste. Tu accueilles juste le fait que la confiance a été ébranlée. C’est le point de départ non négociable.

Le piège à éviter : Vouloir « passer à autre chose » trop vite. C’est comme recoller un vase sans enlever les éclats. La confiance ne se reconstruit pas sur un déni, mais sur une vérité reconnue.

Étape 2 : Distinguer la confiance en l’autre de la confiance en soi

Souvent, on mélange tout. La trahison d’un partenaire, d’un ami ou d’un collègue nous fait douter de notre propre jugement. « Comment ai-je pu être aussi naïf·ve ? », « Je ne suis pas capable de bien évaluer les gens », « Je ne peux plus me fier à mon instinct ». Ce glissement est toxique. Il transforme une blessure relationnelle en une blessure intérieure.

Un footballeur que j’accompagne a vécu ça. Son entraîneur, qu’il admirait, a changé brutalement d’attitude : il l’a laissé sur le banc sans explication, puis a critiqué publiquement son jeu. Mon client a commencé à douter de tout : de son niveau, de sa place dans l’équipe, de sa valeur en tant que joueur. Il ne s’agissait plus seulement de l’entraîneur, mais de lui-même. En séance, nous avons travaillé sur cette distinction : la perte de confiance en l’entraîneur était une chose, mais sa confiance en lui-même, en ses compétences, en son travail, était une autre couche. Et cette couche-là, il pouvait la soigner indépendamment.

Voici un exercice simple que je propose souvent. Prends une feuille et trace deux colonnes.

  • Colonne 1 : « Ce que j’ai perdu confiance en l’autre / en la situation ». Exemples : sa parole, sa fiabilité, sa bienveillance.
  • Colonne 2 : « Ce que j’ai perdu confiance en moi ». Exemples : mon jugement, ma capacité à dire non, ma force à encaisser.

Tu vas probablement voir que la colonne 1 est plus longue que la colonne 2, mais que la colonne 2 est plus douloureuse. Pourquoi ? Parce qu’elle touche à ton identité profonde. La bonne nouvelle, c’est que la confiance en soi se reconstruit plus vite que la confiance en l’autre, car elle dépend de toi seul·e.

Étape 3 : Négocier les conditions de la confiance (et non pas l’exiger)

C’est l’étape la plus délicate. On croit souvent que la confiance est un tout ou rien : soit on la donne aveuglément, soit on la refuse complètement. Mais en réalité, la confiance est un contrat tacite qui peut être renégocié. C’est un processus dynamique, pas un état figé.

J’ai reçu une femme, appelons-la Claire. Son conjoint avait eu une liaison numérique – des messages à caractère ambigu avec une collègue. Elle était dévastée. Pourtant, elle voulait reconstruire la relation, mais elle ne savait pas comment. Elle oscillait entre le contrôle (vérifier son téléphone toutes les heures) et l’abandon (« je ne veux plus rien savoir »). Les deux extrêmes étaient destructeurs. Avec l’IFS, nous avons exploré les « parties » d’elle-même : une partie méfiante qui voulait tout contrôler, une partie blessée qui voulait fuir, et une partie plus sage qui désirait vraiment une relation apaisée. Nous avons appris à négocier entre ces parties.

Le protocole ici est simple, mais exigeant. Si tu souhaites reconstruire la confiance avec quelqu’un, pose-toi ces questions :

  • Qu’est-ce que j’ai besoin de voir ou d’entendre pour commencer à faire confiance à nouveau ?
  • Quels sont les comportements inacceptables, et quels sont ceux que je peux tolérer avec du temps ?
  • Comment puis-je communiquer ces besoins sans accuser, mais en les formulant comme des demandes claires ?

Par exemple, au lieu de dire « Tu ne me respectes pas », tu peux dire : « Pour que je puisse recommencer à te faire confiance, j’ai besoin que tu m’informes à l’avance si tu changes nos plans. » C’est concret, c’est négociable. Et ça remet le pouvoir entre tes mains, car tu définis les conditions, au lieu de subir.

Étape 4 : Tester la confiance par de petits pas (le principe de la « preuve vivante »)

La confiance ne se décrète pas, elle se vérifie. Et elle se vérifie par des actes, pas par des promesses. C’est ce que j’appelle la « preuve vivante ». Tu ne peux pas exiger de quelqu’un qu’il te prouve sa fiabilité en un jour, mais tu peux lui demander de petits gestes répétés dans le temps.

C’est exactement ce que j’ai vécu avec un jeune couple que j’ai suivi. Lui, il avait menti sur ses dépenses. Elle, elle ne pouvait plus lui faire confiance sur l’argent. Nous avons mis en place un protocole simple : chaque semaine, il devait partager de manière transparente ses comptes, non pas par contrôle, mais comme un exercice de transparence. Au début, c’était difficile pour lui (honte) et pour elle (tension). Mais au bout de trois semaines, elle a senti une détente. Les petites preuves s’accumulaient. Ce n’était plus une promesse abstraite, mais une réalité.

Pour toi, ça peut être aussi simple que cela. Si tu veux reconstruire la confiance en toi-même, par exemple après une période de doute, fixe-toi un petit défi quotidien que tu peux tenir. Pas un grand projet, mais quelque chose de minuscule : écrire une phrase positive sur toi le matin, faire une promenade de 10 minutes sans distraction, respecter un horaire de sommeil. Chaque fois que tu tiens ce petit engagement, tu te prouves à toi-même que tu es fiable. La confiance en soi se nourrit de ces micro-victoires.

Si tu veux reconstruire la confiance avec une autre personne, propose-lui un « test » à petite échelle. Par exemple : « Peux-tu me rendre ce livre que tu as emprunté d’ici vendredi ? » ou « Peux-tu m’appeler à 18h comme convenu ? » Si la personne le fait, tu notes. Si elle ne le fait pas, tu ajustes ton niveau de confiance en conséquence. Ce n’est pas un piège, c’est une méthode. Tu passes de l’attente passive à l’observation active.

Un point crucial : La confiance ne se reconstruit jamais sur un mode binaire. Elle se reconstruit sur un spectre. Tu peux faire confiance à quelqu’un dans un domaine, mais pas dans un autre. Et c’est sain. Accepte cette nuance, elle te libère du tout-ou-rien.

Pourquoi ces quatre étapes marchent-elles ?

Elles marchent parce qu’elles s’appuient sur des mécanismes psychologiques profonds. L’hypnose ericksonienne m’a appris que le changement ne vient pas de la volonté, mais de l’accueil de ce qui est. L’IFS m’a montré que nous avons tous des « parties » qui veulent des choses différentes, et que les négocier entre elles est plus efficace que de les réprimer. L’intelligence relationnelle, enfin, m’a enseigné que les relations sont des systèmes vivants : elles se régénèrent par des boucles de feedback positif, pas par des injonctions.

Prenons un exemple sportif. Un coureur que j’ai suivi avait perdu confiance en son coach après une série de blessures mal gérées. Nous avons appliqué ce protocole. D’abord, il a accueilli sa colère et sa déception (étape 1). Ensuite, il a distingué sa confiance en son coach (ébranlée) de sa confiance en ses capacités de coureur (intacte, mais cachée sous la peur – étape 2). Puis, il a négocié des conditions claires avec son coach : des séances filmées, des retours précis, une progressivité dans les charges (étape 3). Enfin, ils ont testé cela sur un cycle d’entraînement de quatre semaines. Petit à petit, la confiance est revenue, non pas comme avant, mais plus solide, car fondée sur des preuves concrètes.

Les pièges à éviter absolument

Je vais être honnête avec toi : ce protocole n’est pas une baguette magique. Il y a des situations où la confiance ne peut pas être reconstruite. Si l’autre personne refuse de reconnaître sa part de responsabilité, si elle continue les comportements blessants, ou si toi-même tu n’es pas prêt·e à accueillir la brèche, alors il faudra peut-être accepter de laisser partir. Ce n’est pas un échec. C’est un acte de respect envers toi-même.

Un autre piège : vouloir que la confiance revienne exactement comme avant. Elle ne reviendra pas. Elle se transforme. Une relation après une trahison peut devenir plus profonde, plus authentique, ou au contraire, elle peut se dissoudre. Les deux sont possibles. L’important est que tu sois aligné·e avec toi-même.

Enfin, attention à la précipitation. Reconstruire la confiance prend du temps. J’ai vu des personnes essayer de brûler les étapes, pensant que « si j’oublie vite, c’est réglé ». Mais la confiance est comme un muscle : elle se renforce par des répétitions, pas par des mensonges à soi-même.

Un pas concret pour aujourd’hui

Je ne veux pas que tu quittes cet article avec seulement des concepts en tête. Je veux que tu poses une action, maintenant. Voici ce que je te propose :

  1. Choisis une relation ou un aspect de toi-même où la confiance est fissurée. Ça peut être une relation avec un proche, un collègue, ou avec toi-même sur un sujet précis (ton corps, ton travail, tes choix).
  2. Applique l’étape 1 : écris en une phrase ce qui s’est passé. Par exemple : « J’ai ressenti un vide quand mon ami n’est pas venu à mon rendez-vous sans me prévenir. »
  3. Ne fais rien d’autre aujourd’hui. Laisse cette phrase reposer en toi.

Si tu te sens prêt·e, tu peux passer à l’étape 2 demain. Mais l’important, c’est de commencer par l’accueil. Le reste viendra.

Et si tu as besoin d’un cadre plus personnalisé ?

Je sais que ces étapes peuvent sembler évidentes sur le papier, mais difficiles à mettre en œuvre quand on est au cœur de la tempête. Les émotions débordent, les doutes reviennent, et on a l’impression de tourner en rond. C’est normal. C’est pour ça que j’existe. Depuis 2014, à Saintes, j’accompagne des adultes comme toi, avec des outils comme l’hypnose, l’IFS et l’intelligence relationnelle, pour les aider à naviguer ces eaux troubles.

Si tu sens que ce protocole résonne en toi, mais que tu as besoin d’un guide pour l’appliquer, je suis là. Un premier échange n’engage à rien. On peut simplement discuter de ta situation, voir où tu en es, et décider ensemble si une séance pourrait t’aider. Pas de pression, pas de jugement. Juste une présence.

Prends soin de toi. Et souviens-toi : la confiance n’est pas un don, c’est une construction. Et tu as déjà les outils pour la rebâtir, pierre après pierre.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit