PsychologieRelations Et Communication

Les 3 questions à vous poser pour briser un jeu psychologique

Un outil pratique pour sortir immédiatement d’une dispute stérile.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Vous avez déjà vécu ça : une conversation anodine qui dérape soudainement, une remarque qui vous pique, une réaction qui vous échappe, et vous voilà embarqué dans une dispute dont vous ne vouliez pas. Vous vous dites après coup : « Mais comment j’ai atterri là ? ». Rassurez-vous, ce n’est pas de la malchance. C’est un schéma bien connu en psychologie : le jeu psychologique. Et si je vous disais qu’il existe un moyen simple, presque immédiat, de ne plus tomber dans ces pièges relationnels ?

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes. Dans mon cabinet, je vois des adultes intelligents, sensibles, qui répètent les mêmes disputes stériles avec leur conjoint, leur collègue ou leur parent. Ils en sortent vidés, sans avoir rien résolu. L’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle m’ont appris une chose : ces jeux ne sont pas une fatalité. Avec trois questions précises, vous pouvez les briser net. Pas de théorie abstraite ici, juste un outil concret, testé, qui marche. Suivez-moi.

Pourquoi les disputes stériles sont-elles toujours les mêmes ?

Observez une dispute typique. Elle commence par un déclencheur minuscule : un regard de travers, un « tu as oublié de… » ou un silence. Très vite, les rôles se fixent. L’un accuse, l’autre se défend. L’un se plaint, l’autre donne des conseils. L’un attaque, l’autre se victimise. Et rien n’avance. Vous avez l’impression de rejouer la même scène, avec les mêmes phrases, les mêmes frustrations.

Le psychologue Eric Berne, père de l’Analyse Transactionnelle, a nommé ces boucles : les jeux psychologiques. Ce sont des séquences répétitives de transactions entre deux personnes, qui aboutissent à une conclusion désagréable et prévisible. Le plus célèbre s’appelle « Oui, mais… ». Vous proposez une solution, l’autre répond « Oui, mais… » et trouve une objection. Vous insistez, il contre-attaque. Au bout de trois tours, vous êtes irrité, il est satisfait d’avoir « gagné » en restant coincé. Le jeu a servi son vrai but : confirmer une croyance négative sur soi ou sur l’autre (« Je ne suis pas écouté », « Les autres ne comprennent pas »).

Ces jeux ne sont pas anodins. Ils drainent votre énergie, abîment vos relations et vous laissent un goût amer. Mais pourquoi diable y joue-t-on ? Parce qu’ils sont familiers. Ils vous donnent une sensation de contrôle temporaire, une pause dans l’incertitude. Vous savez comment la scène va finir, même si c’est désagréable. L’inconnu fait plus peur que le connu douloureux.

Prenons un exemple concret. Marc, un cadre venu me voir, se disputait chaque semaine avec sa femme sur la répartition des tâches ménagères. La conversation partait toujours d’un « Tu n’as pas sorti les poubelles » et finissait par des reproches vieux de dix ans. Marc se sentait injustement attaqué, puis coupable, puis en colère. Sa femme, elle, se sentait invisible et épuisée. Le jeu était bien rodé : accusateur (elle), défenseur (lui), puis accusateur (lui, en retour), victime (elle). Résultat : deux personnes épuisées, et les poubelles toujours là.

Le problème, c’est que tant que vous restez dans le jeu, vous en respectez les règles implicites. Vous répondez sur le même ton, vous défendez votre position, vous cherchez à avoir raison. Et le jeu continue. Pour en sortir, il faut changer de registre. Pas en fuyant, mais en posant des questions qui décalent le cadre. Les trois questions que je vais vous donner sont comme des coupe-circuits. Elles désamorcent la mécanique.

Question n°1 : « Qu’est-ce que je ressens vraiment, là, tout de suite ? »

Quand une dispute démarre, votre corps réagit avant votre cerveau. Le cœur s’accélère, les épaules se tendent, la mâchoire se serre. Vous êtes en mode survie. Dans cet état, vous êtes incapable de réfléchir clairement. Votre cortex préfrontal, la partie rationnelle, est court-circuité par l’amygdale, le centre de l’alerte. Vous répondez par des réflexes appris : attaque, fuite, ou paralysie.

La première question à vous poser est donc sensorielle et émotionnelle. Pas pour analyser, mais pour constater. « Qu’est-ce que je ressens vraiment, là, tout de suite ? » Cela vous oblige à sortir de la tête et à entrer dans le corps. Vous pouvez répondre par une sensation : « une boule dans le ventre », « une chaleur dans la poitrine », « des picotements dans les mains ». Ou par une émotion simple : « de la peur », « de la colère », « de la honte ». Pas de jugement. Juste une observation.

Ce geste a deux effets immédiats. D’abord, il vous sort de la réaction automatique. En nommant votre état, vous créez un espace entre le stimulus et votre réponse. Ensuite, il vous reconnecte à votre besoin sous-jacent. Derrière la colère, il y a souvent une frustration ou un besoin non entendu. Derrière la peur, un besoin de sécurité. Derrière la honte, un besoin de reconnaissance.

Prenons un autre exemple. Sophie, une entrepreneure, se disputait régulièrement avec son associé sur des décisions stratégiques. À chaque désaccord, elle montait dans les tours, haussait le ton, et finissait par claquer la porte. Après coup, elle culpabilisait. Je lui ai appris à s’arrêter et à se poser cette question. Lors d’une séance, elle a identifié que, sous sa colère, elle ressentait une peur intense d’être jugée incompétente. Cette peur venait de son enfance, où elle devait être parfaite pour être aimée. En prenant conscience de ça, elle a pu dire à son associé : « Là, je sens que j’ai peur. J’ai besoin d’un temps pour respirer. » La dispute s’est arrêtée net.

« Le jeu psychologique est une danse apprise. La première question vous fait sortir de la piste. »

Cette question n’est pas magique. Elle ne résout pas le conflit. Elle vous remet en contact avec vous-même. Et c’est le seul endroit d’où vous pouvez agir librement. Sans elle, vous êtes un pantin tiré par les ficelles du passé. Avec elle, vous reprenez le fil de votre propre histoire.

Question n°2 : « Quel est mon vrai besoin, ici ? »

Une fois que vous avez identifié votre ressenti, vous pouvez descendre d’un cran. Les émotions sont des messagères. Elles indiquent qu’un besoin fondamental est insatisfait. La colère signale qu’une limite a été franchie. La tristesse, une perte ou un manque. La peur, un danger ou une insécurité. La honte, une menace sur l’appartenance.

La deuxième question est : « Quel est mon vrai besoin, ici ? » Pas le besoin de surface (« qu’il arrête de m’interrompre »), mais le besoin profond (« être respecté », « être écouté », « me sentir en sécurité »). Ce besoin est universel et souvent simple. Vous le reconnaissez parce qu’il vous apaise juste à le nommer.

Attention : ne confondez pas besoin et stratégie. « J’ai besoin qu’il fasse les courses » est une stratégie. Le vrai besoin pourrait être « j’ai besoin de sentir que je ne porte pas tout tout seul » ou « j’ai besoin de repos ». La stratégie est négociable, le besoin ne l’est pas. Si vous demandez à l’autre de satisfaire votre besoin d’une manière précise, vous créez une dépendance. Si vous exprimez votre besoin nu, vous ouvrez un espace de dialogue.

Faites le test. La prochaine fois que vous sentez monter l’agacement dans une conversation, arrêtez-vous. Demandez-vous : « Qu’est-ce que je veux vraiment ? » Pas ce que vous voulez que l’autre fasse, mais ce que vous voulez pour vous. Par exemple, lors d’une réunion où l’on vous coupe la parole, votre besoin pourrait être « être vu et entendu ». Pas « qu’il se taise ». Formuler le besoin ainsi change tout. Vous pouvez alors dire : « J’ai besoin de finir ma phrase, ensuite je t’écoute. »

J’ai accompagné un couple où la femme se plaignait que son mari ne l’aidait jamais à la maison. Chaque conversation finissait en reproches. Quand elle s’est posé la question du besoin profond, elle a découvert qu’elle avait besoin de « se sentir soutenue et en équipe ». Pas que les torchons soient pliés d’une certaine manière. En exprimant ça à son mari, il a pu entendre le besoin sans se sentir attaqué. Il a proposé une autre stratégie : ils feraient le ménage ensemble le samedi matin, en musique. Le conflit s’est transformé en coopération.

Cette question est puissante parce qu’elle vous déplace de l’autre vers vous. Dans un jeu psychologique, vous êtes focalisé sur l’autre : ce qu’il a fait, ce qu’il aurait dû faire, ce qu’il est. Vous êtes dans la plainte ou l’accusation. Revenir à votre besoin vous remet au centre de votre propre vie. Vous passez de victime à acteur.

Question n°3 : « Quelle est ma part de responsabilité dans ce qui se joue ? »

C’est la question la plus inconfortable, et la plus libératrice. Dans une dispute, il est tentant de pointer du doigt. L’autre a mal parlé, mal agi, mal réagi. Mais un jeu psychologique est toujours une co-création. Même si vous n’avez pas déclenché la scène, vous avez accepté d’y jouer un rôle. Peut-être en vous taisant alors que vous auriez dû parler. Peut-être en répondant sur le même ton. Peut-être en attendant que l’autre devine vos besoins.

Cette question ne vise pas la culpabilité, mais la responsabilité. C’est une nuance essentielle. La culpabilité vous enferme dans le passé et la honte. La responsabilité vous ouvre le futur et l’action. « Quelle est ma part de responsabilité dans ce qui se joue ? » signifie : qu’est-ce que j’ai apporté à cette situation ? Qu’est-ce que j’ai fait (ou pas fait) qui a permis au jeu de continuer ?

Voici des exemples de parts de responsabilité possibles :

  • Je n’ai pas exprimé clairement mon besoin.
  • J’ai réagi de façon disproportionnée parce que j’étais fatigué.
  • J’ai interprété ses paroles sans vérifier.
  • J’ai gardé le silence par peur du conflit.
  • J’ai attendu qu’il/elle change sans bouger moi-même.

Vous reconnaître votre part n’est pas une faiblesse. C’est un acte de pouvoir. Parce que ce sur quoi vous avez du pouvoir, c’est vous-même. Pas l’autre. En acceptant votre responsabilité, vous cessez d’attendre que l’autre change pour que vous alliez mieux. Vous reprenez les commandes.

Un patient, Paul, était en conflit permanent avec son frère. Chaque appel téléphonique dégénérait. Paul se plaignait que son frère était toujours critique et condescendant. Je lui ai demandé : « Quelle est ta part ? » Après un long silence, il a dit : « Je ne lui dis jamais que ses remarques me blessent. Je fais comme si de rien n’était, puis j’accumule et j’explose. » Sa part, c’était de ne pas poser de limite tôt. Il a appris à dire, calmement : « Quand tu dis ça, je me sens blessé. Peux-tu reformuler ? » Son frère a été surpris, mais la relation a changé.

Cette question vous permet aussi de voir le jeu sous un angle neuf. Si vous êtes souvent dans la victime, votre responsabilité est peut-être de ne pas demander ce dont vous avez besoin. Si vous êtes dans le sauveur, votre responsabilité est peut-être de faire à la place des autres. Si vous êtes dans le persécuteur, votre responsabilité est peut-être d’exiger trop. Chaque rôle a sa zone de responsabilité. La reconnaître, c’est sortir du rôle.

Comment ces trois questions brisent-elles concrètement le jeu ?

Vous avez les trois questions. Mais les connaître ne suffit pas. Il faut les utiliser dans le vif de l’action, quand le jeu est déjà en train de se jouer. Voici une feuille de route concrète.

D’abord, repérez les signes avant-coureurs. Le jeu commence souvent par un changement physique : voix qui monte, mâchoire qui se serre, respiration qui s’accélère. Ou par une phrase déclencheuse : « Tu es toujours… », « Tu ne fais jamais… », « De toute façon… ». Dès que vous sentez ce signal, stoppez-vous. Vous n’êtes pas obligé de répondre immédiatement.

Ensuite, posez-vous la première question en silence ou à voix haute. Si vous êtes en confiance, vous pouvez la verbaliser : « Là, je sens que je suis en colère. J’ai besoin d’un instant. » Cela désamorce souvent la tension. L’autre se sent entendu dans votre sincérité. Si vous êtes seul, écrivez-la sur un coin de table mental.

Puis, enchaînez avec la deuxième question. Quel est votre vrai besoin ? Pas la stratégie, le besoin nu. Exprimez-le simplement : « J’ai besoin de me sentir respecté. » ou « J’ai besoin de savoir qu’on est une équipe. » Vous verrez, le simple fait de le dire change la qualité de l’échange.

Enfin, la troisième question, la plus courageuse. Quelle est votre part ? Cela peut être fait après coup, mais plus vous le faites tôt, plus vous coupez le jeu. Un exemple : « Je réalise que je n’ai pas dit ce que je voulais clairement. Je suis désolé. Je peux reformuler ? » L’autre est souvent désarmé par cette honnêteté. Le jeu s’effondre.

J’ai vu des résultats spectaculaires avec cette méthode. Une mère et sa fille adolescente qui se disputaient tous les jours. La mère a appris à s’arrêter et à dire : « Là, j’ai peur que tu t’éloignes. J’ai besoin de savoir que tu vas bien. » La fille a fondu en larmes et a dit : « Moi, j’ai besoin que tu me fasses confiance. » Le jeu s’est arrêté. Elles ont pu vraiment se parler.

Ces trois questions ne sont pas une baguette magique. Elles ne feront pas disparaître les désaccords ni les différences. Elles ne transformeront pas une relation toxique du jour au lendemain. Mais elles vous donnent un outil pour ne plus être le jouet de vos automatismes. Elles vous permettent de choisir votre réponse, au lieu de la subir. Et ça, c’est immense.

Et si vous commenciez dès maintenant ?

Vous n’avez pas besoin d’attendre la prochaine dispute pour vous entraîner. Prenez une situation récente où vous êtes resté avec un goût amer. Un conflit au travail, une tension avec votre partenaire, un agacement avec un ami. Repassez-la mentalement avec les trois questions.

  1. Qu’est-ce que je ressentais vraiment à ce moment-là ? (Sensation physique, émotion)
  2. Quel était mon vrai besoin ? (Pas la stratégie, le besoin profond)
  3. Quelle était ma part de responsabilité ? (Ce que j’ai fait ou pas fait)

Notez vos réponses. Vous verrez, un éclairage nouveau apparaît. Vous comprendrez pourquoi vous avez réagi ainsi. Et la prochaine fois, vous aurez une chance de faire autrement.

Si cet outil résonne avec vous, sachez que je l’utilise dans mon cabinet à Saintes, en complément de l’hypnose ericksonienne et de l’IFS. L’hypnose vous aide à accéder à vos ressources intérieures pour ancrer ces nouveaux réflexes. L’IFS vous permet de dialoguer avec les parties de vous qui déclenchent ces jeux. L’Intelligence Relationnelle affine votre capacité à communiquer vos besoins sans agressivité.

Mais vous pouvez déjà commencer seul. Imprimez ces trois questions sur un post-it. Collez-le sur votre frigo ou votre écran d’ordinateur. La prochaine fois que vous sentez une dispute monter, respirez, et posez-vous la première. Vous verrez, le monde ne s’arrête pas. Au contraire, il s’ouvre.

Les jeux psychologiques

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit