3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Observation, sentiment, besoin, demande : mode d'emploi clair.
Je ne sais pas pour vous, mais moi, au début, la Communication NonViolente (CNV) me faisait peur. Je voyais des gens parler avec une voix trop douce, des mots trop précis, et j’imaginais que c’était réservé aux moines bouddhistes ou aux couples qui ne se disputent jamais. La réalité est tout autre. La CNV, c’est un outil pratique, presque mécanique, pour sortir des conflits quotidiens. Et si on la décompose, elle tient en 4 étapes simples. Tellement simples qu’un enfant de 10 ans pourrait les comprendre.
Alors, oublions le jargon de psychologue. Je vais vous prendre par la main, comme si on était autour d’une table de cuisine, et je vais vous montrer comment appliquer ces 4 étapes dans votre vie de tous les jours. Que ce soit avec votre conjoint, votre ado, votre collègue ou votre belle-mère.
Avant de plonger dans les étapes, il faut comprendre pourquoi on échoue souvent. Ce n’est pas parce que la méthode est compliquée. C’est parce que notre cerveau est programmé pour se défendre. Quand quelqu’un nous critique, notre première réaction, c’est l’attaque ou la fuite. On se justifie, on contre-attaque, ou on se ferme.
Je reçois des adultes en consultation qui me disent : « J’ai essayé la CNV, mais ça n’a pas marché. J’ai dit “Je ressens de la tristesse quand tu arrives en retard”, et l’autre m’a répondu “Arrête de faire ta victime”. » Ça vous parle ? Ce n’est pas un échec de la CNV. C’est une incompréhension sur ce qu’elle est vraiment.
La CNV n’est pas une formule magique pour que l’autre change. C’est un langage pour exprimer ce qui se passe en vous, sans accuser l’autre. Le problème, c’est qu’on confond souvent « exprimer un sentiment » et « faire un reproche ». Quand je dis « Je ressens de la tristesse quand tu arrives en retard », l’autre entend souvent « Tu es un irresponsable qui me fait de la peine ». Et là, la défense s’active.
La clé, c’est de comprendre que les 4 étapes sont un entraînement. Ce n’est pas naturel. On a appris à parler en jugeant, en étiquetant, en accusant. La CNV nous demande de désapprendre ça. Mais une fois qu’on a compris le mécanisme, ça devient un réflexe. Alors, allons-y.
La première étape, c’est d’observer. Mais pas n’importe comment. Il s’agit de décrire la situation comme le ferait une caméra de surveillance. Pas d’interprétation, pas d’étiquette, pas de généralisation. Juste les faits.
Quand je dis « Tu es toujours en retard », ce n’est pas une observation. C’est un jugement. Un enfant de 10 ans vous dirait : « Ce n’est pas vrai, je n’étais pas en retard mardi dernier. » Il a raison. Le mot « toujours » est une exagération qui déclenche la défense.
Une observation, ce serait : « Cette semaine, tu es arrivé après l’heure convenue lundi, mercredi et vendredi. » C’est factuel. C’est vérifiable. L’autre ne peut pas dire « C’est faux », parce que c’est vrai. Il peut seulement dire « Oui, c’est vrai, mais j’avais des excuses ». Et c’est là que la communication peut commencer.
Pourquoi est-ce si difficile ? Parce que notre cerveau aime les généralités. « Tu es égoïste », « Tu ne m’écoutes jamais », « Tu fais toujours pareil ». Ces phrases sont des raccourcis pratiques, mais elles sont toxiques pour la relation. Elles enferment l’autre dans une identité, et il va se battre pour s’en sortir.
Prenons un exemple concret. Imaginez votre ado qui laisse ses chaussures au milieu du couloir. La phrase classique : « Tu es un porc, tu ne ranges jamais rien. » Observation : « Ce matin, j’ai vu tes baskets devant la porte d’entrée. » Vous voyez la différence ? La première phrase attaque la personne. La deuxième décrit un fait. Et c’est beaucoup plus facile pour l’ado de dire « Ah oui, désolé, je les enlève » que de se sentir insulté.
Point clé : L’observation sans jugement, c’est comme regarder une photo. Vous décrivez ce que vous voyez, pas ce que vous pensez de ce que vous voyez. La caméra ne dit pas « Cette montagne est triste », elle montre une montagne sous la pluie.
Dans la pratique, je conseille à mes patients de s’entraîner seuls. Pendant une journée, essayez de reformuler mentalement toutes vos critiques en observations. « Ce collègue est nul » devient « Il n’a pas rendu son rapport à l’heure ». « Ma femme est froide » devient « Elle ne m’a pas embrassé ce matin ». C’est un exercice de précision, et ça change tout.
Une fois que vous avez observé les faits, il faut identifier ce que vous ressentez. Et là, attention au piège. La plupart des gens confondent « sentiment » et « jugement déguisé ». Par exemple, dire « Je me sens trahi » n’est pas un sentiment. C’est une interprétation de l’action de l’autre. « Trahi » implique que l’autre a mal agi. Un vrai sentiment, c’est quelque chose qui se passe dans votre corps, dans votre cœur, sans accuser l’autre.
Voici la différence : « Je me sens trahi » vs « Je ressens de la tristesse et de la déception ». La deuxième formulation est plus vulnérable, plus vraie. Elle ne dit pas « Tu es un traître », elle dit « Je suis triste ». Et ça, c’est désarmant pour l’autre.
Les sentiments purs sont souvent simples : joie, tristesse, colère, peur, honte, gratitude. Mais on a appris à les complexifier avec des mots qui portent un jugement. « Je me sens abandonné », « Je me sens rejeté », « Je me sens humilié ». Ce sont des sentiments mélangés à une interprétation. Essayez de les réduire à leur essence. « Abandonné » peut devenir « peur de la solitude ». « Rejeté » peut devenir « tristesse ». « Humilié » peut devenir « colère contre l’injustice ».
Prenons un exemple de mon cabinet. Un patient, appelons-le Marc, me dit : « Je me sens nul quand ma femme me critique. » Je lui demande : « Qu’est-ce que tu ressens vraiment ? » Il réfléchit et dit : « De la honte. » C’est plus précis. La honte, c’est un sentiment. « Nul », c’est un jugement sur soi-même. Et ce jugement le bloque. Quand il dit « Je ressens de la honte », il peut commencer à travailler sur cette émotion, sans se définir comme un nul.
Pour les enfants de 10 ans, je dis : « Les sentiments, c’est comme une couleur. Tu ne dis pas “Je me sens violet”, tu dis “Je me sens en colère” ou “Je me sens joyeux”. » C’est simple, mais c’est puissant.
Dans la vie quotidienne, quand vous êtes en conflit, prenez une seconde pour identifier le sentiment brut. Pas de « Je me sens attaqué », mais « J’ai peur ». Pas de « Je me sens incompris », mais « Je suis triste ». Ça change la conversation.
Maintenant, vous avez observé les faits et identifié votre sentiment. L’étape suivante, c’est de comprendre quel besoin est à l’origine de ce sentiment. Parce que les sentiments ne sont pas des accidents. Ils sont des signaux. Quand vous êtes triste, c’est peut-être parce que vous avez besoin de connexion. Quand vous êtes en colère, c’est peut-être parce que vous avez besoin de respect ou d’autonomie. Quand vous avez peur, c’est peut-être parce que vous avez besoin de sécurité.
Les besoins sont universels. Tout le monde a besoin de sécurité, de reconnaissance, de repos, de plaisir, de compréhension, de soutien, etc. Mais on les exprime rarement. On dit plutôt : « Tu devrais faire ça », « Tu n’es pas gentil », « Tu es égoïste ». Derrière ces accusations, il y a un besoin non satisfait.
Reprenons l’exemple des chaussures au milieu du couloir. L’observation : « Ce matin, j’ai vu tes baskets devant la porte d’entrée. » Le sentiment : « Je ressens de l’agacement. » Le besoin : « J’ai besoin de sécurité (ne pas tomber) et d’ordre dans mon espace. » Vous voyez ? Ce n’est pas « Tu es un porc », c’est « J’ai besoin de sécurité et d’ordre ». L’autre peut comprendre ça. Il peut même se sentir concerné, parce que la sécurité, c’est un besoin qu’il partage.
Point clé : Les besoins ne sont pas des stratégies. Un besoin, c’est universel. Une stratégie, c’est comment vous voulez le satisfaire. « J’ai besoin que tu ranges tes chaussures » n’est pas un besoin. C’est une stratégie. Le besoin, c’est « sécurité » ou « ordre ». La stratégie, c’est « ranger les chaussures ». En distinguant les deux, vous ouvrez la porte à d’autres solutions. Peut-être que l’autre peut mettre les chaussures dans un panier, ou les laisser dans l’entrée mais pas par terre. Vous négociez sur la stratégie, pas sur le besoin.
Dans mon travail avec les sportifs, je vois souvent des footballeurs qui disent « J’ai besoin de gagner ». Non. Gagner, c’est une stratégie. Le besoin, c’est « reconnaissance », « sentiment de compétence », ou « sécurité financière ». Quand ils comprennent ça, ils peuvent trouver d’autres moyens de satisfaire ce besoin, et la pression diminue.
Pour vous, quand vous êtes en conflit, demandez-vous : « Qu’est-ce qui est important pour moi là, maintenant ? » Pas « Qu’est-ce que je veux que l’autre fasse ? » Mais « Quel est mon besoin universel ? » C’est un changement de perspective radical.
Vous avez observé, vous avez senti, vous avez identifié votre besoin. Maintenant, il faut faire une demande. Mais pas n’importe comment. Une demande, ce n’est pas une exigence. C’est une invitation. Et elle doit être claire, réalisable, et ouverte à la négociation.
Beaucoup de gens font l’erreur de faire des demandes négatives. « Tu pourrais arrêter de laisser tes chaussures ? » C’est une demande, mais elle est centrée sur ce que l’autre ne doit pas faire. Le cerveau humain a du mal avec les négations. Dites à un enfant « Ne cours pas », et il court. Dites-lui « Marche », et il marche. C’est pareil pour les adultes.
Une demande positive, ce serait : « Pourrais-tu mettre tes chaussures dans le placard de l’entrée en arrivant ? » C’est précis, c’est positif, c’est réalisable. L’autre peut répondre « Oui » ou « Non, je préfère les laisser dans le garage ». Et là, la négociation commence.
La demande doit aussi être ouverte. Si vous dites « Tu dois ranger tes chaussures », ce n’est pas une demande, c’est un ordre. Et l’ordre déclenche la résistance. Une vraie demande, c’est : « Serais-tu d’accord pour… ? » ou « Est-ce que ça te conviendrait de… ? » L’autre a le droit de dire non. Et si vous n’acceptez pas le non, ce n’est pas une demande, c’est une manipulation.
Dans la pratique, la demande est souvent la partie la plus difficile. Parce qu’on a peur d’être vulnérable. On a peur que l’autre refuse. Mais c’est justement cette vulnérabilité qui crée la connexion. Quand vous dites « J’ai besoin de sécurité, pourrais-tu m’aider à trouver une solution pour les chaussures ? », vous montrez que vous êtes humain, que vous avez des besoins, et que vous faites confiance à l’autre pour co-créer une solution.
Je me souviens d’une patiente, Sophie, qui était en conflit avec son mari sur les tâches ménagères. Elle avait passé des années à dire « Tu ne fais jamais rien ». Ça ne marchait pas. Un jour, elle a utilisé la CNV. Observation : « Cette semaine, j’ai fait la vaisselle tous les soirs. » Sentiment : « Je ressens de la fatigue et de la frustration. » Besoin : « J’ai besoin de soutien et d’équité. » Demande : « Serais-tu d’accord pour faire la vaisselle deux soirs par semaine, par exemple le mardi et le jeudi ? » Le mari a dit oui. Pourquoi ? Parce qu’elle n’a pas attaqué son identité (il n’est pas un paresseux), elle a parlé de son besoin, et elle a proposé une solution concrète.
Vous allez me dire : « Thierry, c’est beau sur le papier, mais mon conjoint, mon ado, mon patron ne connaissent pas la CNV. Ils continuent à m’attaquer. Comment je fais ? » C’est une excellente question. La CNV, ce n’est pas un contrat à deux. C’est un outil que vous utilisez, même si l’autre ne change pas.
Quand l’autre vous attaque, vous pouvez utiliser les 4 étapes en miroir. Par exemple, votre collègue vous dit : « Tu es toujours en retard, tu es irresponsable. » Au lieu de vous défendre, vous pouvez dire : « Quand tu dis que je suis toujours en retard, tu observes que je suis arrivé après l’heure convenue ce matin ? » (Observation). « Tu ressens de la frustration ? » (Sentiment). « Parce que tu as besoin de fiabilité ? » (Besoin). « Est-ce que tu voudrais qu’on fixe une heure précise pour les prochaines réunions ? » (Demande). Vous ne vous justifiez pas, vous ne contre-attaquez pas, vous accueillez son message et vous le reformulez.
C’est désarmant. L’autre se sent entendu, et souvent, il se calme. Il peut même dire « Oui, c’est ça ». Et là, vous pouvez enfin avoir une vraie conversation.
Point clé : La CNV n’est pas une faiblesse. C’est une force. Elle demande de la discipline, de l’empathie et du courage. Le courage de ne pas se défendre, le courage d’être vulnérable, le courage de faire confiance à l’autre.
Je l’ai vu dans mon cabinet avec des couples au bord de la rupture. L’un des partenaires commence à utiliser la CNV, et petit à petit, l’autre s’y met aussi. Parce que ça fait du bien. Ça fait du bien de ne pas être attaqué. Ça fait du bien de comprendre ce qui se passe dans la tête de l’autre. Ça fait du bien de trouver des solutions ensemble.
Même avec les meilleures intentions, on peut se tromper. Voici les erreurs que je vois le plus souvent.
Erreur 1 : Sauter une étape. On veut aller trop vite. On observe, mais on ne vérifie pas le sentiment. On sent, mais on ne cherche pas le besoin. On demande, mais sans avoir posé les bases. Chaque étape est importante. Prenez le temps.
Erreur 2 : Utiliser la CNV pour manipuler. Certains utilisent la CNV comme une technique pour obtenir ce qu’ils veulent. « Je ressens de la tristesse, j’ai besoin de reconnaissance, pourrais-tu me faire un compliment ? » Si l’autre sent que c’est forcé, il va se braquer. La CNV, c’est une expression authentique, pas une recette de cuisine.
Erreur 3 : Confondre sentiment et pensée. « Je ressens que tu ne m’écoutes pas. » Ce n’est pas un sentiment, c’est une pensée. Reformulez : « Je ressens de la frustration quand je vois que tu regardes ton téléphone pendant que je parle. »
Erreur 4 : Faire des demandes trop vagues. « J’
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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