PsychologieRelations Et Communication

Les erreurs classiques en CNV qui font tout rater

Évitez ces pièges pour que vos échanges restent constructifs.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Tu as sans doute déjà entendu parler de la Communication NonViolente (CNV). Peut-être même que tu as essayé de l’appliquer, avec des mots soigneusement choisis, en espérant désamorcer une dispute ou exprimer un besoin. Et pourtant, au lieu d’une conversation apaisée, tu as eu droit à un regard vide, une moue agacée, ou pire, une nouvelle dispute.

Je vois ça régulièrement dans mon cabinet à Saintes. Des personnes viennent me voir, frustrées, en me disant : « J’ai fait exactement ce que dit le livre, mais ça n’a pas marché. » Et souvent, ce n’est pas la CNV qui est en cause, mais la façon dont on l’emploie. On croit bien faire, mais on tombe dans des pièges subtils qui transforment un outil de connexion en une arme de reproche déguisée.

Dans cet article, je vais te montrer les erreurs les plus fréquentes que je vois, que ce soit dans mes consultations ou dans ma pratique de préparateur mental sportif. Parce que la communication, que ce soit avec un partenaire, un collègue ou un athlète, repose sur les mêmes mécanismes. Et une fois que tu auras repéré ces pièges, tu pourras les éviter et rendre tes échanges vraiment constructifs.

Pourquoi la CNV est si dure à appliquer dans le feu de l’action ?

La première chose à comprendre, c’est que la CNV n’est pas une formule magique. Ce n’est pas une recette de cuisine où tu suis les étapes 1, 2, 3 et tu obtiens un plat parfait. C’est un entraînement, une posture intérieure. Et dans le vif d’une émotion, notre cerveau reptilien prend le dessus. Tu es en conflit, tu es frustré, tu veux avoir raison. Et là, sortir un « Quand tu fais X, je me sens Y parce que j’ai besoin de Z » peut sonner faux, mécanique, voire manipulateur.

L’erreur classique, c’est de croire que la CNV est une technique de communication. En réalité, c’est d’abord une façon d’écouter et de se connecter à soi-même. Si tu n’es pas en contact avec ce que tu ressens vraiment, tes mots seront creux. Et ton interlocuteur le sentira. Il ne réagira pas au contenu de ta phrase, mais à l’énergie qui la porte.

Je me souviens d’un coureur que j’accompagnais en préparation mentale. Il était en conflit avec son entraîneur. Il avait essayé de lui dire : « Quand tu modifies mon programme sans me prévenir, je me sens frustré parce que j’ai besoin de stabilité. » Résultat ? L’entraîneur s’est braqué, lui a répondu qu’il était trop sensible. Pourquoi ? Parce que le coureur avait raison sur le fond, mais il avait oublié de vérifier une chose : l’état émotionnel de l’autre. Il avait appliqué la CNV comme un outil de revendication, pas comme une invitation au dialogue.

La CNV ne sert pas à avoir raison. Elle sert à être entendu. Et pour être entendu, il faut d’abord être prêt à entendre.

Alors oui, c’est difficile. Mais en repérant les erreurs classiques, tu vas gagner un temps fou. Voici les six pièges les plus fréquents que je vois en consultation.

Erreur n°1 : Confondre observation et jugement déguisé

C’est la base de la CNV : distinguer l’observation du jugement. Mais dans la pratique, c’est là que tout dérape. Tu crois faire une observation neutre, mais tu glisses insidieusement une évaluation. Par exemple : « Tu es toujours en retard. » Tu penses décrire un fait, mais « toujours » est une généralisation abusive. Et « en retard » est une interprétation de ton cadre de référence. Pour toi, 5 minutes, c’est du retard. Pour l’autre, c’est dans la norme.

L’observation, en CNV, c’est factuel, spécifique, temporel. Exemple : « À notre rendez-vous de 14h, tu es arrivé à 14h20. » C’est tout. Pas de « tu n’es jamais à l’heure », pas de « tu ne respectes pas mon temps ». Juste les faits.

Le problème, c’est que notre cerveau est paresseux. Il aime les généralités. Et quand tu es frustré, tu as tendance à en rajouter. Tu veux prouver que tu as raison, donc tu accumules les preuves. Mais ce faisant, tu attaques l’autre. Et l’autre, il se défend. Il ne t’entend plus.

Je vois ça souvent dans les couples. Une dame me dit : « Je lui ai dit que je me sentais seule. » Je lui demande : « Qu’as-tu dit exactement ? » Elle répond : « Je lui ai dit : Tu ne fais jamais attention à moi. » Ce n’est pas une observation, c’est une accusation. Résultat : lui se sent injustement critiqué, il se ferme, et elle se sent encore plus seule.

Que faire à la place ? Prends le temps de formuler ton observation sans jugement. Si tu n’y arrives pas, pose-toi la question : « Qu’est-ce que j’ai vu ou entendu exactement ? » Pas ce que tu as interprété. Ce que tu as perçu avec tes sens. Une image, un son. Et si tu sens que ça part en jugement, respire et reformule.

Erreur n°2 : Utiliser le « je me sens » comme un reproche

La CNV t’invite à exprimer tes sentiments. Mais attention, il y a une subtilité énorme : certains mots qui ressemblent à des sentiments sont en réalité des pensées déguisées. Par exemple : « Je me sens trahi », « Je me sens ignoré », « Je me sens attaqué ». Ce ne sont pas des sentiments purs. Ce sont des interprétations de l’intention de l’autre. Tu attribues à l’autre une action négative.

Quand tu dis « Je me sens trahi », tu ne dis pas ce que tu ressens vraiment. Tu dis que l’autre a fait quelque chose de mal. Et ça, c’est une attaque. L’autre va se défendre : « Mais non, je ne t’ai pas trahi ! Tu exagères ! » Et la conversation part en vrille.

Un sentiment authentique, c’est quelque chose qui se passe dans ton corps, indépendamment de l’autre. Exemples : triste, en colère, frustré, joyeux, serein, anxieux. Ce sont des états internes. « Trahi », c’est une accusation. « Ignoré », c’est un jugement sur le comportement de l’autre.

Je l’ai vu avec un footballeur que j’accompagnais. Il était fâché contre son coéquipier qui ne lui avait pas passé le ballon. Il me dit : « Je me sens exclu. » Je lui demande : « Qu’est-ce que tu ressens dans ton corps ? » Il réfléchit et dit : « De la colère, et un peu de tristesse. » Voilà. « Exclu », c’est une pensée. « Colère et tristesse », ce sont des sentiments. Et une fois qu’il a nommé ça, il a pu exprimer son besoin : « J’ai besoin de collaboration, de me sentir utile dans l’équipe. » L’autre a pu l’entendre, parce que ce n’était plus une accusation.

Que faire à la place ? Quand tu veux exprimer un sentiment, vérifie si tu peux remplacer ce mot par une émotion de base. Si tu dis « Je me sens rejeté », demande-toi : « Est-ce que je me sens triste ? En colère ? Peur ? » Et exprime ça. Tu verras, la conversation devient plus fluide.

Erreur n°3 : Confondre besoin et stratégie

C’est l’erreur la plus subtile, et pourtant la plus fréquente. En CNV, on distingue le besoin (universel, non lié à une personne ou une action spécifique) de la stratégie (la façon concrète de satisfaire ce besoin). Mais dans le feu de l’action, on confond les deux.

Exemple : « J’ai besoin que tu ranges tes chaussures. » Non. Ce n’est pas un besoin. C’est une stratégie. Le besoin, c’est peut-être l’ordre, le confort, le respect de l’espace commun. « Que tu ranges tes chaussures » est une solution particulière. Et si tu imposes ta stratégie, l’autre peut se sentir contrôlé. Il va résister.

Je vois ça en consultation avec des parents et des adolescents. Un père me dit : « J’ai besoin que mon fils soit à la maison à 22h. » Encore une stratégie. Le besoin, c’est la sécurité, la tranquillité d’esprit, la confiance. Si le père exprime son besoin de sécurité, le fils peut proposer une autre stratégie : « Je peux t’envoyer un message à 22h, et rentrer à 23h. » Le besoin est satisfait, même si la stratégie change.

Quand tu imposes ta stratégie, tu coupes la possibilité de collaboration. Tu dis à l’autre : « Il n’y a qu’une seule bonne façon de faire. » Et ça, ça crée de la résistance. En revanche, quand tu exprimes ton besoin universel, tu ouvres un espace de dialogue. L’autre peut se sentir entendu dans son propre besoin, et ensemble vous trouvez une solution qui fonctionne pour les deux.

Que faire à la place ? Pose-toi la question : « Quel est le besoin universel derrière ma demande ? » Besoin de repos, d’ordre, de connexion, de sécurité, d’autonomie ? Si ta phrase contient « que tu fasses X », c’est probablement une stratégie. Reformule-la en besoin pur. Et ensuite, demande à l’autre : « Est-ce que tu as une idée de comment on pourrait satisfaire ce besoin tous les deux ? »

Erreur n°4 : Demander sans être prêt à recevoir un non

La demande, en CNV, est cruciale. C’est le moment où tu passes de l’expression à l’action. Mais beaucoup de gens font une demande tout en s’attendant à ce que l’autre dise oui. Ils ne sont pas vraiment ouverts à un refus. Et ça, l’autre le sent. Il se sent piégé.

Exemple : « Est-ce que tu peux faire la vaisselle ce soir ? » Tu dis ça, mais dans ta tête, tu penses : « Il devrait le faire, c’est son tour. » Si l’autre dit non, tu es frustré, et tu passes à l’attaque. Ce n’est pas une vraie demande, c’est une exigence déguisée.

La demande authentique, c’est une invitation. Tu exprimes ton besoin, et tu laisses à l’autre la liberté de dire oui ou non. Et s’il dit non, tu accueilles son refus, tu explores ce qui se cache derrière. Peut-être qu’il a un besoin différent, par exemple de repos, ou de terminer son travail. Et là, vous pouvez négocier.

Je l’ai vécu avec un couple en consultation. Elle lui demande : « Est-ce que tu peux m’écouter ce soir ? » Il dit non. Elle se ferme. Je lui demande : « Qu’est-ce qui s’est passé pour toi quand tu as entendu non ? » Elle dit : « Il ne m’aime pas. » En réalité, lui avait besoin de décompresser après une journée difficile. Si elle avait accueilli son non, elle aurait pu proposer : « D’accord, et si on se parle dans 30 minutes ? » Mais elle n’a pas pu, parce que sa demande était en fait une exigence.

Que faire à la place ? Avant de faire une demande, vérifie ton intention : est-ce que tu es prêt à entendre un non ? Si non, ne fais pas la demande maintenant. Exprime d’abord ton besoin, et demande à l’autre s’il est disponible pour en parler. Et si tu reçois un non, ne le prends pas personnellement. C’est juste une information sur le besoin de l’autre à ce moment-là.

Erreur n°5 : Oublier l’écoute empathique

La CNV, ce n’est pas seulement parler. C’est surtout écouter. Mais dans la pratique, on est tellement concentré sur ce qu’on va dire qu’on oublie d’écouter vraiment. Tu prépares ta phrase CNV pendant que l’autre parle. Et au moment où tu la sors, tu es déconnecté de lui.

L’écoute empathique, c’est être pleinement présent à ce que l’autre vit, sans chercher à le réparer, le conseiller ou le contredire. C’est juste être là, avec lui. Et ça, c’est difficile. Parce que notre ego veut intervenir, donner son avis, prouver qu’on a compris.

Je vois ça en préparation mentale avec des sportifs. Un athlète me dit : « Je suis nul, j’ai raté mon match. » Mon réflexe, c’est de le rassurer : « Mais non, tu as bien joué, tu as juste fait quelques erreurs. » Erreur. Je ne l’écoute pas, je le contredis. L’empathie, c’est plutôt : « Tu te sens déçu, tu aurais voulu mieux faire. » Et là, il se sent entendu. Il peut ensuite lâcher son émotion.

Dans la CNV, l’écoute empathique est la clé. Si tu n’écoutes pas, tes mots sont vides. L’autre ne se sentira pas en sécurité, et il ne pourra pas s’ouvrir. Alors, avant de parler, écoute. Vraiment. Pose-toi la question : « Qu’est-ce qu’il vit en ce moment ? Quels sont ses sentiments et ses besoins ? » Et reflète-lui ça, sans jugement.

L’écoute n’est pas une technique. C’est un cadeau que tu fais à l’autre : celui d’exister pleinement à ses côtés.

Erreur n°6 : Vouloir résoudre le problème trop vite

La dernière erreur, et pas des moindres, c’est de vouloir passer directement à la solution. Tu as identifié l’observation, les sentiments, les besoins, la demande. Tu penses que c’est bon. Mais non. Parce que l’autre n’est pas prêt. Il a besoin d’être entendu d’abord.

Imagine : ton partenaire revient du travail, stressé. Il te dit : « J’ai eu une journée horrible. » Toi, tu sors ta CNV : « Quand tu dis ça, je me sens inquiet parce que j’ai besoin de soutien. Est-ce que tu peux me raconter ? » C’est bien intentionné, mais c’est trop tôt. Lui a besoin d’abord d’être accueilli dans son stress. Il a besoin que tu l’écoutes, sans rien attendre en retour.

Dans mon cabinet, je vois souvent des personnes qui veulent « appliquer la CNV » comme une méthode de résolution de conflit. Mais la résolution vient après la connexion. Si tu forces la résolution, tu court-circuites la connexion. Et sans connexion, la solution est fragile.

Alors, prends le temps. Avant de faire une demande, vérifie si l’autre est disponible. Parfois, il suffit de dire : « Je vois que tu es fatigué. Est-ce que tu veux qu’on en parle maintenant, ou plus tard ? » Et respecte son besoin. La CNV, ce n’est pas une course. C’est une danse.

Que faire à la place ? Quand tu sens que la conversation s’emballe, ralentis. Respire. Demande à l’autre : « Qu’est-ce qui est important pour toi en ce moment ? » Et écoute la réponse. La solution viendra d’elle-même quand la connexion sera établie.

Comment éviter ces pièges au quotidien ?

Maintenant que tu as repéré ces six erreurs, tu te demandes peut-être comment faire concrètement. Voici quelques pistes simples à mettre en place dès aujourd’hui.

D’abord, entraîne-toi à l’observation. Chaque jour, prends une situation et décris-la comme une caméra. Pas d’interprétation. « Mon collègue a envoyé un message à 18h. » C’est tout. Pas de « Il est toujours en retard ». Ça te paraît simple, mais c’est un muscle à développer.

Ensuite, vérifie tes sentiments. Quand tu es frustré, arrête-toi et demande-toi : « Qu’est-ce que je ressens dans mon corps ? » Pas dans ta tête. Dans ton corps. Une boule au ventre ? Une tension dans les épaules ? Nomme cette sensation. C’est ton sentiment.

Puis, distingue besoin et stratégie. Quand tu fais une demande, demande-toi : « Est-ce que je propose une solution unique, ou est-ce que j’exprime un besoin universel ? » Si tu entends « que tu fasses », c’est une stratég

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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