3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Les blocages fréquents et les astuces pour ne pas abandonner.
Tu as peut-être déjà vécu cette scène : tu es en pleine discussion avec ton conjoint ou un collègue, les mots s’enveniment, et tu te souviens soudain des principes de la Communication NonViolente (CNV). Tu inspires un grand coup, tu reformules : « Quand tu dis ça, je me sens… » Et là, l’autre te regarde comme si tu parlais une langue étrangère, ou pire, il se braque. La conversation dérape encore plus.
Je vois régulièrement ce phénomène dans mon cabinet. Des personnes intelligentes, bien intentionnées, qui ont lu des livres sur la CNV, qui ont suivi des formations, et qui se retrouvent bloquées dès qu’elles essaient de l’appliquer dans la vraie vie. Elles se disent : « Je suis nul. Je n’y arriverai jamais. » Et elles abandonnent.
Pourtant, la CNV est un outil puissant. Je l’utilise moi-même au quotidien, que ce soit en hypnose, en préparation mentale avec des sportifs, ou simplement avec mes proches. Mais je suis honnête : au début, c’est un vrai calvaire. C’est comme apprendre à jouer d’un instrument : les premiers accords sont faux, les doigts ne répondent pas, et on a envie de tout laisser tomber.
Dans cet article, je vais te montrer pourquoi la CNV est si difficile à intégrer, et surtout, comment ne pas abandonner. Je vais te partager des astuces concrètes, issues de mon expérience d’accompagnement, pour que tu puisses persévérer sans te mettre la pression.
Quand on découvre la CNV, on a l’impression d’apprendre une nouvelle langue. Mais pas n’importe laquelle : une langue qui va à l’encontre de nos réflexes les plus ancrés.
Notre cerveau est programmé pour répondre rapidement aux situations sociales. Depuis des millénaires, nous avons développé des automatismes de survie : quand quelqu’un nous attaque, on se défend. Quand quelqu’un nous critique, on justifie ou on contre-attaque. C’est ce que les neurosciences appellent le « circuit de la menace » : dès qu’on perçoit un danger relationnel, notre amygdale s’active et on bascule en mode combat, fuite ou figement.
La CNV, elle, propose l’inverse : au lieu de réagir, on observe. Au lieu de juger, on décrit. Au lieu d’accuser, on exprime nos besoins. C’est un changement de paradigme complet.
Je me souviens d’un client, Marc, un cadre de 45 ans, très compétent dans son travail. Il était venu me voir pour des tensions récurrentes avec son équipe. Il avait suivi un stage de CNV trois mois plus tôt. « Sur le papier, c’est parfait, m’avait-il dit. Mais dans le feu de l’action, je n’y arrive pas. Je retombe dans mes vieux réflexes. » Il se sentait comme un imposteur.
Et c’est normal. Notre cerveau n’aime pas l’effort. Il préfère les raccourcis. La CNV, c’est comme apprendre à faire du vélo à 30 ans : tes jambes savent marcher, mais le mouvement du pédalier te semble étranger. Au début, tu tombes, tu te frottes les genoux, et tu as envie de laisser tomber le vélo.
Le premier blocage de la CNV, c’est qu’elle nous demande de ralentir dans un monde qui nous pousse à accélérer.
Pourtant, ce ralentissement est précisément ce qui permet de sortir des cycles de conflit. Mais pour y arriver, il faut accepter d’être maladroit, de bégayer, de faire des erreurs. Et ça, c’est difficile pour nous, les humains, qui détestons paraître incompétents.
Un autre écueil fréquent, c’est de croire que la CNV se résume à une formule magique. Tu sais, ce fameux schéma : « Quand tu fais X, je me sens Y, parce que j’ai besoin de Z. Est-ce que tu veux bien W ? »
Beaucoup de débutants s’accrochent à cette structure comme à une bouée. Ils la répètent mécaniquement, en espérant que ça marche. Mais le résultat est souvent désastreux. L’autre sent le côté artificiel, la formule toute faite, et il se braque encore plus.
Je pense à Sophie, une jeune maman que j’ai suivie. Elle essayait d’appliquer la CNV avec son mari à propos des tâches ménagères. Elle lui disait : « Quand tu ne ranges pas tes chaussures dans l’entrée, je me sens frustrée parce que j’ai besoin d’ordre. Est-ce que tu veux bien les ranger ? » Et son mari répondait : « Tu me parles comme à un gamin. »
Pourquoi ça ne marchait pas ? Parce que Sophie n’était pas vraiment en contact avec ce qu’elle ressentait. Elle récitait une leçon, mais son ton de voix, sa posture, son regard trahissaient une accusation sous-jacente. La communication non violente, ce n’est pas une technique de manipulation déguisée. C’est une posture intérieure.
Le vrai défi, ce n’est pas de trouver les bons mots. C’est d’être authentique dans ce qu’on exprime. Et ça, ça demande un travail sur soi. Il faut apprendre à identifier ses propres émotions, ses besoins profonds, sans les confondre avec des jugements ou des stratégies.
La CNV ne marche que si tu es sincère. Si tu l’utilises comme un outil pour obtenir ce que tu veux, elle se retourne contre toi.
Alors, comment faire ? D’abord, arrête de vouloir être parfait. Accepte que tes premières tentatives soient bancales. Au lieu de viser la formule idéale, concentre-toi sur une seule chose : exprimer ce qui se passe en toi, sans blâmer l’autre. Même si c’est maladroit, même si tu butes sur les mots. L’authenticité désarme plus que la perfection.
C’est un point crucial, et probablement le plus difficile à intégrer. Quand on est submergé par une émotion forte – colère, tristesse, peur – notre capacité à raisonner s’effondre. C’est ce que les neurosciences appellent le « détournement émotionnel » (emotional hijack). Le cortex préfrontal, siège de la réflexion et de la régulation, est mis hors jeu par l’amygdale. On devient incapable de formuler une phrase CNV, même si on la connaît par cœur.
Je l’ai vécu moi-même, il y a quelques années, avec un ami proche. Il avait dit quelque chose qui m’avait profondément blessé. Dans ma tête, je savais que j’aurais dû dire : « Quand tu as dit ça, je me suis senti humilié, parce que j’ai besoin de respect. » Mais sur le moment, ma gorge s’est serrée, les mots ne sortaient pas. J’ai balbutié quelque chose d’agaçant, puis je me suis tu. J’ai ruminé pendant trois jours.
Ce n’est pas un échec de la CNV. C’est un fonctionnement humain normal. La CNV n’est pas une technique de contrôle émotionnel. Elle ne va pas faire disparaître ta colère ou ta tristesse comme par magie. Elle t’apprend à les accueillir, à les nommer, puis à choisir comment réagir.
Le piège, c’est de croire qu’on doit être calme pour pratiquer la CNV. En réalité, on peut exprimer sa colère avec des mots CNV. Par exemple : « Je suis en colère parce que mon besoin de considération n’est pas respecté. » C’est une colère exprimée clairement, sans accuser l’autre. Mais pour arriver à ça, il faut d’abord apprendre à reconnaître sa colère sans se laisser submerger.
La CNV ne supprime pas les émotions, elle leur donne un langage.
Dans mon cabinet, je propose souvent des exercices de respiration ou de recentrage avant d’aborder un conflit. Parfois, je demande à la personne de prendre une minute pour simplement ressentir la colère dans son corps : où est-elle ? Comment est-elle ? Et seulement ensuite, on cherche les mots. C’est un apprentissage progressif. On ne passe pas de zéro à cent en un jour.
Il y a une idée reçue tenace : pour bien pratiquer la CNV, il faudrait être neutre, objectif, presque détaché. Comme un observateur extérieur. Je pense que c’est une erreur, et même un piège dangereux.
J’ai vu des personnes, surtout des hommes, utiliser la CNV comme une armure. Ils disaient : « Quand tu fais ça, je ressens ça », mais avec un ton monocorde, un visage fermé. Leur message était clair : « Je maîtrise mes émotions, toi tu es le problème. » Résultat : l’autre se sentait encore plus incompris.
La CNV n’est pas une technique de distanciation. C’est une invitation à la connexion. Et la connexion passe par la vulnérabilité. Si tu exprimes un besoin sans montrer que tu es touché, l’autre ne te croira pas.
Prenons un exemple. Un footballeur que j’accompagne en préparation mentale avait du mal avec un coéquipier qui critiquait sans cesse ses passes. Il avait appris la CNV et me disait : « Je lui ai dit : Quand tu critiques mes passes, je me sens frustré parce que j’ai besoin de soutien. » Et l’autre avait répondu : « Ben oui, et alors ? »
Pourquoi ça n’a pas marché ? Parce que mon client avait parlé avec un ton de « coach », pas avec son cœur. Il avait masqué sa vraie émotion : la tristesse de se sentir rejeté, la peur de ne pas être à la hauteur. En voulant appliquer la CNV à la lettre, il avait perdu l’essentiel : l’authenticité.
La CNV n’est pas une recette de cuisine. C’est une danse. Et dans une danse, ce qui compte, ce n’est pas la chorégraphie parfaite, c’est la connexion entre les partenaires.
Alors, comment faire ? Accepte d’être imparfait, tremblant, maladroit. Si tu es en colère, laisse ta voix trembler un peu. Si tu es triste, laisse une larme couler. La CNV ne demande pas de supprimer tes émotions, mais de les exprimer sans accuser. Et ça, c’est un équilibre subtil qui s’apprend avec le temps.
C’est souvent le moment de vérité. Tu as pris ton courage à deux mains, tu as formulé une phrase CNV, et l’autre… ne réagit pas comme prévu. Parfois, il se braque. Parfois, il rigole. Parfois, il te dit : « Arrête de me faire la leçon. »
Ce genre de réaction peut être très décourageant. Tu as l’impression d’avoir fait un effort énorme, et en retour, tu reçois une claque. C’est là que beaucoup abandonnent.
Mais il faut comprendre quelque chose : la CNV est un outil, pas une garantie. Elle ne contrôle pas la réaction de l’autre. Elle te donne simplement une chance de créer un espace de dialogue. Si l’autre est dans une position défensive, il peut refuser d’y entrer.
Je me souviens d’un client, Julien, qui essayait d’améliorer sa relation avec son père. Un jour, il lui a dit : « Papa, quand tu critiques mon choix de carrière, je me sens triste parce que j’ai besoin de ton soutien. » Son père a répondu : « Tu es trop sensible, dans la vie, il faut être solide. » Julien était anéanti.
Ce qui s’est passé ensuite est intéressant. Julien a eu envie de tout laisser tomber. Mais je lui ai proposé de ne pas voir ça comme un échec. Son père n’était pas prêt à entendre la CNV. Peut-être qu’il était lui-même en souffrance, incapable de répondre autrement.
La CNV ne change pas l’autre. Elle change ta manière d’être en relation. Et parfois, ça suffit pour que l’autre, à son tour, s’ouvre.
Alors, que faire si l’autre réagit mal ? D’abord, ne te culpabilise pas. Tu n’as pas échoué. Ensuite, tu peux essayer de reformuler, mais pas en insistant. Parfois, le mieux est de dire : « Ce n’est pas facile pour moi de dire ça. Je comprends si ça te surprend. » Et tu laisses un silence. Parfois, le silence est plus puissant que les mots.
Si la personne reste fermée, accepte-le. La CNV n’est pas une baguette magique. Elle te permet de poser une pierre, même si l’autre ne la ramasse pas. Avec le temps, et avec de la persévérance, tu créeras peut-être un espace de confiance.
Un des plus grands obstacles à la persévérance, c’est de vouloir apprendre seul. La CNV, c’est comme un sport d’équipe : tu as besoin de partenaires pour t’entraîner.
Quand tu pratiques seul, tu tombes dans des boucles de pensée. Tu te dis : « Je n’y arriverai jamais », « Je suis nul », « L’autre ne comprend rien ». Tu n’as personne pour te donner un feedback, pour te rassurer, pour te montrer une autre perspective.
Dans mon cabinet, je vois des personnes qui ont lu tous les livres de Marshall Rosenberg, qui ont écouté des podcasts, mais qui n’ont jamais osé pratiquer en situation réelle. Elles ont une connaissance théorique, mais pas d’expérience incarnée. Et quand elles essaient, elles se heurtent à un mur.
La CNV ne s’apprend pas dans les livres. Elle s’apprend dans la relation, avec ses échecs et ses réussites.
Je te conseille vivement de rejoindre un groupe de pratique. Il en existe en ligne et en présentiel. Dans ces groupes, tu peux faire des exercices en sécurité, avec des personnes qui comprennent les difficultés. Tu peux recevoir des retours bienveillants. Et surtout, tu vois que les autres galèrent aussi. C’est rassurant.
Si tu as les moyens, un accompagnement individuel peut aussi être très utile. Un coach ou un thérapeute formé à la CNV peut t’aider à identifier tes blocages spécifiques. Par exemple, certains ont du mal à exprimer leurs besoins, d’autres à écouter sans jugement. Un professionnel peut te donner des clés adaptées à ta situation.
Moi-même, je continue à pratiquer régulièrement. Je participe à des cercles de CNV, je fais des exercices avec des collègues. Parce que c’est un apprentissage permanent. On n’est jamais arrivé.
La clé de la persévérance, c’est de ne pas se fixer des objectifs trop ambitieux. Beaucoup de débutants veulent appliquer la CNV à toutes leurs interactions, tout le temps. Résultat : ils s’épuisent et abandonnent.
Je te propose une approche plus progressive. Commence par un seul contexte. Par exemple, avec ton conjoint, ou avec un collègue spécifique. Choisis une relation où tu as un peu de marge de manœuvre, où l’autre est bienveillant. Et entraîne-toi sur des petites choses.
Par exemple, au lieu de vouloir résoudre un gros conflit, commence par exprimer un besoin simple : « J’ai besoin de cinq minutes de silence après le travail avant de parler. » Ou : « J’ai besoin que tu me préviennes si tu rentres tard. » Des petites victoires construisent la confiance.
Ensuite, utilise la CNV d’abord pour toi-même. Avant de l’appliquer à l’autre, fais l’exercice en interne. Quand tu te sens frustré, pose-toi la question : « Qu’est-ce que je ressens exactement ? Quel est mon besoin ? » C’est un premier pas. Tu peux même écrire sur un carnet. Ça t’aide à clarifier.
La CNV commence par l’auto-empathie. Si tu ne sais pas ce qui se passe en toi, tu ne pourras pas le communiquer aux autres.
Enfin, accepte les rechutes. Tu auras des jours où tu retomberas dans tes vieux réflex
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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