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Pourquoi la codépendance et la perte de soi vont de pair

Retrouvez votre identité quand vous êtes trop centré sur l'autre.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Tu arrives chez moi un mardi matin, il pleut sur Saintes. Tu t’installes dans le fauteuil, tu souffles un bon coup, et tu me dis : « Je n’en peux plus. Je passe mon temps à m’inquiéter pour lui. Je vérifie s’il a bien mangé, s’il n’est pas trop stressé au travail, je devine ses humeurs avant même qu’il les exprime. Et pourtant, je me sens vide. Comme si je n’existais plus vraiment. » Je t’écoute, et je vois bien que tu ne décris pas un simple excès d’attention. Tu décris une perte de toi-même. Une dissolution progressive dans le besoin de l’autre. Tu n’es pas seul·e. Des hommes et des femmes viennent me voir chaque semaine avec ce même constat : plus ils s’occupent de l’autre, moins ils se sentent vivants. C’est le piège de la codépendance. Et pour en sortir, il faut d’abord comprendre pourquoi elle et la perte de soi sont les deux faces d’une même médaille.

Qu’est-ce que la codépendance, vraiment ? Pas celle des magazines, celle qui vous ronge de l’intérieur

On entend souvent dire que la codépendance, c’est « trop aimer », « être trop gentil », « se donner sans compter ». Mais ce n’est pas ça. Pas exactement. La codépendance n’est pas un excès d’amour, c’est un manque de frontières. Un système de survie émotionnel où votre équilibre dépend de l’état de l’autre.

Prenons un exemple concret. Je reçois Alexandre, la quarantaine, cadre commercial. Il vient pour une « fatigue chronique » et des « crises d’angoisse le dimanche soir ». En parlant, il me raconte son couple. Sa compagne est dépressive depuis deux ans. Il fait tout pour elle : il gère les enfants, les courses, les rendez-vous médicaux, il anticipe ses baisses de moral, il adapte son emploi du temps à ses nuits difficiles. Il dit : « Je n’ai pas le choix, si je ne le fais pas, elle va sombrer. » Et il ajoute, la voix serrée : « Mais moi, je n’existe plus. Je ne sais même plus ce que j’aime faire. »

Voilà la mécanique : vous devenez indispensable à l’autre, mais cette dépendance mutuelle vous vole votre identité. Vous n’êtes plus un individu avec des désirs, des besoins, des limites. Vous êtes une extension de l’autre, un miroir qui reflète son état. Et plus vous vous occupez de lui, moins vous avez de place pour vous.

La codépendance, c’est une addiction relationnelle. Comme l’alcool ou le jeu, elle vous donne l’illusion du contrôle. Vous pensez que si vous êtes assez attentif, assez présent, assez parfait, l’autre ira bien et vous serez enfin tranquille. Mais ça ne marche jamais. L’autre ne va jamais assez bien, et vous vous épuisez à courir après une stabilité qui n’existe pas.

Elle disait : « Je ne sais plus qui je suis sans lui. » Je lui ai répondu : « C’est normal, tu t’es construite autour de lui. Mais une maison sans fondations, ça s’effondre. »

Pourquoi vous avez commencé à vous perdre : les racines de la codépendance

Vous ne devenez pas codépendant par hasard. Ce n’est pas une faiblesse de caractère, ni un « défaut de personnalité ». C’est une stratégie apprise très tôt, souvent dans l’enfance, pour survivre dans un environnement émotionnel instable.

Imaginez une petite fille dont les parents sont imprévisibles. Parfois chaleureux, parfois froids, parfois en colère. Cette enfant apprend très vite que pour être en sécurité, elle doit lire les humeurs des adultes, anticiper leurs besoins, les apaiser. Elle devient une « petite adulte » : elle ne fait pas de bruit, elle range sa chambre sans qu’on le lui demande, elle sourit quand son père est triste. Elle sacrifie ses propres émotions pour maintenir la paix. C’est une solution brillante pour une enfant. Mais à l’âge adulte, cette stratégie devient un piège.

Je pense à Sophie, 35 ans, infirmière. Elle vient me voir pour une « anxiété généralisée ». En explorant son histoire, elle me raconte que sa mère était alcoolique. Sophie passait son enfance à la surveiller : est-ce qu’elle avait bu ? Est-ce qu’elle allait s’énerver ? Est-ce qu’il fallait cacher les clés de la voiture ? Elle dit : « Je n’ai jamais été une enfant. J’étais le parent de ma mère. » Aujourd’hui, dans son couple, elle reproduit le même schéma. Elle s’occupe de son conjoint comme elle s’occupait de sa mère. Elle anticipe, elle gère, elle contrôle. Et elle se perd.

Les racines de la codépendance sont souvent dans ces carences affectives précoces. Quand on n’a pas été vu, entendu, reconnu comme une personne à part entière, on cherche à exister à travers l’autre. On devient expert dans l’art de répondre aux besoins des autres, parce que c’est la seule façon qu’on a apprise d’être aimé. Mais ce faisant, on s’efface.

Un autre terreau fréquent, c’est l’hyper-responsabilité. On vous a peut-être répété : « Sois raisonnable », « Ne fais pas de vagues », « Pense aux autres avant de penser à toi ». Des phrases qui sonnent justes, mais qui, poussées à l’extrême, vous coupent de vous-même. Vous devenez un pompier volontaire dans la vie des autres, alors que votre propre maison brûle.

Le cercle vicieux : plus vous vous occupez de l’autre, moins vous vous connaissez

C’est là que le bât blesse. La codépendance n’est pas statique. C’est un cercle vicieux qui s’auto-alimente. Plus vous êtes centré sur l’autre, moins vous avez de temps et d’énergie pour vous. Moins vous vous connaissez, plus vous avez besoin de l’autre pour vous sentir exister. Et plus vous avez besoin de l’autre, plus vous vous occupez de lui. C’est une spirale descendante.

Je vois ça souvent chez les sportifs que j’accompagne. Un coureur de fond, par exemple, peut devenir codépendant de son coach ou de son groupe d’entraînement. Il ne sait plus courir sans validation externe. Il adapte ses séances non pas à son ressenti, mais à ce qu’on attend de lui. Il perd le contact avec son propre corps. Et quand il se blesse, il panique : « Qui suis-je si je ne peux plus courir ? » C’est la même mécanique : l’identité est externalisée.

Dans une relation de couple, ça donne des scènes quotidiennes. Vous rentrez du travail, vous avez eu une journée difficile, mais vous ne dites rien parce que votre conjoint est de mauvaise humeur. Vous avalez votre fatigue, votre colère, votre tristesse. Vous souriez. Vous demandez : « Qu’est-ce qui ne va pas ? » Et vous passez deux heures à l’écouter, à le rassurer, à trouver des solutions. Le soir, vous vous effondrez dans le lit, vidé, sans savoir pourquoi vous êtes si épuisé.

Le problème, c’est qu’à force de ne pas exprimer vos besoins, vous finissez par ne plus les connaître. Vous ne savez plus ce que vous aimez manger, quel film vous voulez voir, si vous avez envie de sortir ou de rester chez vous. Votre boussole intérieure s’est déréglée. Vous êtes devenu un expert en lecture des autres, mais un parfait analphabète de vous-même.

Un homme m’a dit un jour : « Je sais lire les émotions de ma femme comme un livre ouvert. Mais quand elle me demande ce que je ressens, je ne trouve que des pages blanches. »

Comment l’hypnose et l’IFS peuvent vous aider à retrouver votre centre (sans magie)

Je travaille avec deux outils principaux : l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems). Je ne vais pas vous vendre des solutions miracles. Ce sont des pratiques qui demandent du temps et de l’engagement. Mais elles sont particulièrement adaptées à la codépendance, parce qu’elles ne cherchent pas à « supprimer » votre tendance à vous occuper des autres. Elles vous aident à comprendre pourquoi vous le faites, et à retrouver une place pour vous.

L’hypnose ericksonienne, c’est un état de conscience modifié où votre critique intérieur se calme. Vous n’êtes pas endormi, vous êtes juste plus réceptif à votre propre monde intérieur. Dans cet état, on peut aller chercher les ressources que vous avez oubliées. Par exemple, la capacité à dire non, à poser une limite, à ressentir votre propre corps. Je ne vous dicte pas des comportements. Je vous aide à accéder à des parties de vous qui sont restées dans l’ombre.

Sophie, l’infirmière dont je parlais, a fait une séance d’hypnose où elle a revu la petite fille qu’elle était, assise dans un coin de la cuisine, surveillant sa mère. Je lui ai proposé d’imaginer qu’elle pouvait s’asseoir à côté d’elle, prendre sa main, et lui dire : « Tu n’as plus à t’occuper d’elle. Je suis là, maintenant. » C’est un travail symbolique, mais puissant. Ça ne change pas le passé, ça change le rapport au passé.

L’IFS, lui, part du principe que votre esprit est composé de « parties ». Vous avez une partie qui s’occupe des autres (celle qui anticipe, qui contrôle, qui se sacrifie). Vous avez une partie qui juge cette première partie (« Tu es trop faible, tu devrais penser à toi »). Et vous avez une partie qui est épuisée, triste, perdue. L’IFS ne cherche pas à se débarrasser de ces parties. Il cherche à les comprendre, à les remercier pour leur rôle de protection, et à libérer votre « Soi » central – cette partie de vous qui est calme, curieuse, compatissante et confiante.

Concrètement, je peux vous guider pour dialoguer avec cette partie codépendante. Lui demander : « Qu’est-ce que tu crains si tu arrêtes de t’occuper de l’autre ? » La réponse est souvent : « J’ai peur d’être abandonné, rejeté, de ne plus exister. » Et là, on peut rassurer cette partie : « Je suis là. Je ne vais pas disparaître. On peut trouver d’autres façons d’être en relation. »

Attention : l’hypnose et l’IFS ne font pas disparaître la codépendance en un claquement de doigts. Elles vous donnent des outils pour ralentir, pour observer, pour faire des choix différents. C’est un peu comme réapprendre à marcher après une blessure. Au début, c’est lent, maladroit, inconfortable. Mais à force de pratique, vous retrouvez votre équilibre.

L’Intelligence Relationnelle : un cadre concret pour exister à deux sans disparaître

L’IFS et l’hypnose travaillent sur votre monde intérieur. Mais la codépendance se joue aussi dans la relation. C’est là qu’intervient l’Intelligence Relationnelle, un cadre que j’utilise pour vous aider à construire des relations où vous pouvez être vous-même sans perdre l’autre.

L’Intelligence Relationnelle, c’est un ensemble de compétences : savoir exprimer un besoin sans accuser, savoir dire non sans culpabiliser, savoir écouter sans vous perdre, savoir gérer un conflit sans vous effondrer. Ce n’est pas inné, ça s’apprend.

Prenons un exemple. Vous êtes en couple avec quelqu’un qui a tendance à se plaindre de son travail tous les soirs. Vous l’écoutez, vous compatissez, vous proposez des solutions. Mais vous sentez que ça vous aspire. L’Intelligence Relationnelle vous propose une alternative : vous pouvez dire « Je t’entends, ça a l’air dur. Moi, ce soir, j’ai besoin de calme. On peut en reparler demain ? » Vous ne l’abandonnez pas. Vous posez juste une limite. Et vous lui donnez une information sur vous.

C’est difficile, je sais. La partie codépendante va hurler : « Tu es égoïste, tu vas le faire souffrir, il va te quitter. » Mais ce n’est pas vrai. Dire ce dont vous avez besoin, c’est un acte de respect envers vous-même et envers l’autre. Vous lui montrez que vous êtes un individu, pas un accessoire. Et ça, ça peut transformer une relation.

L’Intelligence Relationnelle vous apprend aussi à repérer les « danses » relationnelles. Vous savez, ces schémas répétitifs où l’un poursuit et l’autre fuit, où l’un se sacrifie et l’autre abuse. Quand vous commencez à les voir, vous pouvez choisir de danser autrement. Vous pouvez arrêter de courir après l’autre, et voir ce qui se passe. Parfois, l’autre s’arrête aussi. Parfois, il s’éloigne. Mais dans les deux cas, vous avez repris le contrôle de votre pas.

Quand vous arrêtez de vous occuper de l’autre, vous ne le perdez pas. Vous perdez juste l’illusion que vous étiez responsable de son bonheur.

Ce que vous pouvez faire maintenant : trois pas concrets pour commencer à revenir à vous

Je ne veux pas vous laisser avec des concepts et des promesses. Voici trois choses que vous pouvez essayer dès aujourd’hui, seuls ou en complément d’un accompagnement.

1. Observez vos sensations corporelles quand vous êtes avec l’autre.

La codépendance vous coupe de votre corps. Vous êtes dans votre tête, à analyser, anticiper, contrôler. Alors, faites ceci : la prochaine fois que vous êtes en présence de la personne qui déclenche votre mode « sauveur », prenez trois secondes pour sentir vos pieds sur le sol. Est-ce que vous êtes tendu ? Votre respiration est-elle courte ? Votre mâchoire est-elle serrée ? Ces signaux sont des messages de votre système nerveux. Ils vous disent : « Attention, tu es en mode survie. » Les reconnaître, c’est le premier pas pour en sortir.

2. Notez trois choses que vous aimez faire seul.

Pas des choses « utiles » (ranger, faire les courses). Des choses qui vous font du bien, même petites. Lire dix pages d’un roman. Marcher sans écouter de podcast. Prendre un bain chaud en fermant les yeux. Si vous ne trouvez rien, c’est normal. Vous avez désappris à vous faire plaisir. Commencez par essayer quelque chose, n’importe quoi, et notez comment vous vous sentez après. Pas de jugement. Juste une observation.

3. Dites non à une petite chose, aujourd’hui.

Choisissez une demande mineure, sans enjeu vital. Votre collègue vous demande de finir son rapport ? Votre conjoint vous demande de passer chez le pressing ? Votre ami vous invite à un dîner que vous n’avez pas envie de faire ? Dites : « Non, ce n’est pas possible pour moi aujourd’hui. » Sans vous justifier, sans vous excuser. Juste un non poli et ferme. La première fois, ça va être inconfortable. Vous allez avoir l’impression d’être méchant. Vous ne l’êtes pas. Vous êtes juste en train de poser une frontière. Et c’est l’acte le plus sain que vous puissiez faire pour vous et pour la relation.

Ces trois gestes sont minuscules, mais ils sont un début. Ils vous reconnectent à vous-même, à votre corps, à vos désirs, à vos limites. Et c’est exactement le chemin inverse de la codépendance.

Conclusion : vous n’êtes pas un meuble dans la vie des autres

Je termine souvent mes articles par une invitation, et je vais le faire ici aussi. Si vous vous reconnaissez dans ce que j’ai décrit, si vous sentez que vous vous êtes perdu dans le besoin de l’autre, sachez que ce n’est pas une fatalité. Vous n’êtes pas condamné à disparaître. Vous pouvez réapprendre à exister pour vous-même, tout en restant en relation avec ceux que vous aimez.

Ce travail demande du courage. Il demande d’affronter la peur de perdre l’autre, de décevoir, d’être égoïste. Mais je vous promets que de l’autre côté, il y a une liberté que vous n’imaginez pas. Celle de pouvoir dire « je » sans avoir peur de faire tomber le monde.

Si vous voulez être accompagné sur ce chemin, je suis là. À Saintes, en cabinet ou en visio. On peut commencer par un premier échange, sans

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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