3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Apprenez à écouter vraiment pour mieux connecter.
Vous venez de passer trente minutes à raconter votre semaine à un ami. Il a hoché la tête, dit « je vois » à intervalles réguliers, et même ajouté « c’est dur » au bon moment. Pourtant, en sortant du café, vous avez cette impression étrange : il n’a rien entendu de ce que vous disiez vraiment. Vous repensez à cette phrase que vous avez glissée, presque en passant, sur cette décision professionnelle qui vous taraude depuis des semaines. Il ne l’a pas relevée. Pas une question, pas un regard appuyé. Rien. Et vous repartez avec votre problème, mais en plus, vous repartez seul.
Je vois ce scénario plusieurs fois par semaine dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes qui viennent me dire, souvent avec une forme de résignation : « je ne me sens pas entendu ». Pas « mal conseillé », pas « en désaccord ». Entendu. Comme si la simple expérience d’être reçu dans ce qu’on vit était devenue un luxe. Et c’est là que je pose la question qui dérange : et vous, écoutez-vous vraiment les autres ?
Parce que l’écoute active, ce n’est pas un truc de psy ou de coach. Ce n’est pas une technique de vente qu’on sort en réunion. C’est le socle de toute relation qui tient la route. C’est le geste le plus simple et le plus oublié de notre époque. Et si je vous disais que c’est probablement votre super-pouvoir relationnel le plus sous-estimé ?
Quand je parle d’écoute active avec mes patients, je vois souvent un petit sourire gêné. « Oui, bien sûr, écouter, je sais faire. » Et c’est vrai : vous savez faire. Vous savez rester silencieux pendant que l’autre parle. Vous savez hocher la tête. Vous savez caler un « mhm » de temps en temps. Le problème, c’est que tout ça, c’est du bruit. De la politesse sociale. Un code qu’on a appris pour ne pas avoir l’air malpoli.
L’écoute active, c’est autre chose. C’est une présence radicale à ce que l’autre est en train de vivre. Ce n’est pas attendre son tour pour placer votre histoire. Ce n’est pas préparer votre réponse pendant qu’il parle encore. Ce n’est pas écouter pour diagnostiquer, juger, conseiller ou sauver.
L’écoute active, c’est faire le vide en vous pour laisser l’autre exister pleinement dans l’espace partagé.
Je reçois parfois des sportifs que j’accompagne en préparation mentale. Des coureurs, des footballeurs. Ils arrivent avec un problème de performance : « Je n’arrive pas à gérer la pression », « Je doute au mauvais moment ». Et très vite, on se rend compte que le vrai problème, c’est qu’ils n’ont personne qui les écoute vraiment sur ce qu’ils vivent avant la compétition. Le coach technique leur dit de courir plus vite. Le préparateur physique leur dit de faire plus de gainage. Mais personne ne leur dit : « raconte-moi ce qui se passe dans ta tête quand tu es sur la ligne de départ. »
L’écoute active, c’est ça : créer un espace où l’autre peut déplier sa réalité sans avoir peur d’être interrompu, jugé ou redirigé. C’est un acte de courage, parce que ça demande de mettre de côté son propre ego, ses propres solutions, sa propre histoire. Et c’est précisément pour ça que c’est si rare.
« Le plus grand cadeau que vous puissiez faire à quelqu’un n’est pas votre sagesse, votre aide ou votre solution. C’est votre attention totale. »
Il y a une raison neurologique simple pour laquelle l’écoute active est difficile : votre cerveau va beaucoup plus vite que la parole. On parle à environ 150 mots par minute, mais on peut en penser entre 400 et 500. Résultat : pendant que l’autre parle, votre cerveau s’ennuie. Il cherche de l’occupation. Il part en exploration. Il anticipe ce qui va suivre, il se souvient d’une expérience similaire, il prépare une objection, il trouve une blague à placer.
Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est votre cerveau qui fait son boulot : traiter l’information, prédire, se protéger. Mais dans une relation, ce fonctionnement devient un mur. Parce que pendant que votre cerveau voyage, l’autre sent très bien que vous n’êtes plus là. Il le sent à votre regard qui se perd une demi-seconde, à votre respiration qui change, à ce silence qui n’est pas un silence d’accueil mais un silence d’attente.
J’ai eu un patient, je l’appellerai Marc. Marc venait me voir parce que sa femme lui disait qu’il « n’écoutait pas ». Il était sincèrement désemparé : « Mais je l’écoute, je reste silencieux, je ne la coupe pas. » En travaillant un peu, on a découvert que oui, il restait silencieux. Mais dans sa tête, il passait son temps à chercher une solution à ce qu’elle racontait. Elle lui disait qu’elle était fatiguée par son travail, et lui, il cherchait déjà comment organiser ses vacances pour qu’elle se repose. Le problème, c’est qu’elle ne lui demandait pas une solution. Elle lui demandait simplement d’entendre qu’elle était fatiguée.
Le contournement de ce piège cérébral, c’est ce que j’appelle la « recentration active ». Quand vous sentez que votre esprit commence à divaguer ou à préparer une réponse, vous avez un geste simple : ramenez votre attention sur la respiration de l’autre. Regardez son torse se soulever. Écoutez le rythme de ses phrases. Vous n’êtes pas en train d’analyser, vous êtes en train d’accueillir. C’est un exercice, ça ne vient pas naturellement. Mais plus vous le faites, plus votre cerveau apprend que ce mode d’écoute est celui que vous voulez privilégier.
Un autre réflexe qui tue l’écoute, c’est la comparaison. L’autre raconte une difficulté, et vous, dans votre tête, vous êtes déjà en train de peser votre propre difficulté pour voir si elle est « comparable », si vous avez le droit d’en parler aussi. Ça, c’est de la mise en concurrence inconsciente. Et ça éloigne. L’écoute active, c’est accepter que l’expérience de l’autre n’a pas besoin d’être comparée à la vôtre. Elle est. C’est tout.
Quand j’ai commencé ma pratique en 2014, je croyais que l’écoute active, c’était simplement une question de technique. Reformuler, poser des questions ouvertes, faire des synthèses. J’ai vite compris que la technique sans la posture, c’est du vent. Les gens sentent immédiatement si vous appliquez une méthode ou si vous êtes vraiment avec eux.
Il y a trois piliers que j’essaie de transmettre à ceux que j’accompagne, que ce soit en cabinet ou en préparation mentale.
Le premier, c’est la suspension du jugement. Ça paraît simple, dit comme ça. Mais suspendez votre jugement pendant que quelqu’un vous raconte qu’il a trompé son conjoint, ou qu’il a humilié un collègue, ou qu’il a peur de ne pas être à la hauteur. Notre jugement est un réflexe de protection. Il nous permet de nous rassurer : « moi, je ne ferais pas ça ». Sauf que ce jugement, même non exprimé, se lit sur votre visage, dans la tension de vos épaules, dans la micro-pause avant votre réponse. Et l’autre le capte. Et il se ferme.
La suspension du jugement, ce n’est pas approuver. Ce n’est pas être d’accord. C’est juste dire : « pour l’instant, je ne juge pas. Je reçois ce que tu vis. » C’est un acte de confiance en l’autre, et aussi en vous : vous êtes assez solide pour entendre quelque chose qui vous dérange sans avoir à le repousser immédiatement.
Le deuxième pilier, c’est la reformulation empathique. Pas la reformulation scolaire, celle qui répète bêtement ce que l’autre vient de dire. La reformulation qui capte le cœur émotionnel du message. Quand quelqu’un vous dit : « Mon patron m’a encore donné un dossier de dernière minute, je n’en peux plus », vous pouvez répondre : « Donc tu as l’impression qu’on ne respecte pas ton temps et que ça s’accumule. » C’est une reformulation. Mais vous pouvez aussi dire : « Ce qui te pèse, ce n’est pas tant le dossier, c’est le sentiment de ne pas compter. » Ça, c’est une reformulation empathique. Vous allez chercher ce qui vibre en dessous des mots. Et ça, ça crée une connexion immédiate.
Le troisième pilier, c’est la présence corporelle. Je vois des gens qui écoutent « parfaitement » mais qui sont avachis, les bras croisés, le regard fuyant. Le corps ne ment pas. Si votre corps dit « je suis fermé », même avec les plus belles phrases du monde, l’autre ne se sentira pas accueilli. L’écoute active, ça passe par une posture d’ouverture : légèrement penché vers l’autre, les bras détendus, le regard posé sans fixité. Et surtout, une respiration calme. Si vous êtes tendu, l’autre le sent et se tend à son tour. C’est un phénomène de résonance physiologique.
« On n’écoute pas avec ses oreilles. On écoute avec tout son corps. Les mots ne sont que la partie émergée de ce que l’autre essaie de vous dire. »
Quand on commence à vraiment écouter, quelque chose de fascinant se produit. Les relations se transforment. Pas parce que vous devenez plus intelligent ou plus éloquent. Parce que vous devenez un espace sûr.
Dans mon travail avec les footballeurs, j’ai vu des joueurs qui étaient en conflit ouvert avec leur entraîneur depuis des mois. Pas parce que l’entraîneur était mauvais, pas parce que le joueur était difficile. Parce qu’ils ne s’écoutaient pas. Le joueur avait besoin d’être vu dans son effort, l’entraîneur avait besoin d’être respecté dans son autorité. Deux besoins légitimes, mais aucun des deux ne prenait le temps d’entendre celui de l’autre. Quand j’ai proposé un cadre où chacun pouvait parler sans être interrompu, où l’autre devait reformuler avant de répondre, le climat a changé en trois séances. Pas de magie. Juste de l’écoute.
L’écoute active a un effet boule de neige. Quand vous écoutez vraiment quelqu’un, cette personne se sent vue. Et quand on se sent vu, on baisse sa garde. On arrête de se battre pour être entendu. On arrête de répéter la même chose de plus en plus fort. On peut enfin entendre l’autre à son tour. C’est ce que j’appelle la « boucle de l’écoute réciproque ». Elle commence toujours par un premier geste, celui de quelqu’un qui décide d’écouter vraiment, sans garantie de retour.
Dans les couples que je reçois (et j’en reçois beaucoup), le problème est presque toujours le même : ils n’arrivent plus à s’écouter. Pas parce qu’ils sont méchants. Parce qu’ils sont blessés, fatigués, et que chaque mot est devenu une munition. L’écoute active, dans ce contexte, c’est désamorcer la bombe. C’est dire : « je ne suis pas d’accord avec ce que tu dis, mais je vais prendre trois minutes pour entendre ce que tu vis sans préparer ma contre-attaque. » C’est un des gestes les plus courageux que je connaisse.
Et ça marche aussi dans le cadre professionnel. Un manager qui écoute vraiment ses collaborateurs n’a pas besoin de contrôler. Il sait ce qui se passe parce qu’on vient lui dire. Un commercial qui écoute vraiment ses clients ne vend pas, il résout des problèmes. Et il vend mieux. Parce que la vente, au fond, c’est une relation de confiance. Et la confiance, ça se gagne en écoutant, pas en parlant.
Je ne voudrais pas vous vendre un rêve. L’écoute active, ce n’est pas la solution à tous vos problèmes relationnels. C’est même parfois inconfortable. Parce que quand vous écoutez vraiment, vous entendez des choses que vous préféreriez ne pas entendre. Vous entendez la colère de l’autre. Sa déception. Ses attentes irréalistes. Et vous ne pouvez plus faire semblant.
J’ai une patiente qui a commencé à écouter activement son mari. Elle m’a dit : « Thierry, depuis que je l’écoute vraiment, je me rends compte qu’il est malheureux. Je ne peux plus dire que je ne savais pas. » Et ça, c’est lourd. L’écoute active vous engage. Elle vous empêche de vous réfugier dans l’ignorance. Elle vous met face à la réalité de l’autre, et donc face à vos propres responsabilités.
L’écoute active ne fait pas disparaître les désaccords. Vous pouvez écouter parfaitement quelqu’un sur une position politique qui vous révulse, et rester en profond désaccord. La différence, c’est que vous ne serez plus en conflit sur un malentendu. Vous serez en conflit sur une divergence réelle, clairement identifiée. Et c’est plus sain, mais ce n’est pas plus confortable.
L’écoute active ne vous rendra pas populaire auprès de tout le monde. Certaines personnes sont mal à l’aise avec une écoute trop présente. Elles ont l’impression d’être mises à nu, d’être scrutées. Il faut doser. Tout le monde n’est pas prêt à être écouté à ce niveau. Et c’est ok. L’écoute active, c’est un outil, pas une obligation. Vous choisissez quand et avec qui vous l’utilisez.
Enfin, l’écoute active ne remplace pas l’action. Si quelqu’un vous dit qu’il souffre et que vous l’écoutez magnifiquement, mais que vous ne faites rien pour changer la situation quand vous le pouvez, l’écoute devient une forme de dérobade. Elle doit déboucher sur quelque chose. Parfois, ce quelque chose, c’est juste le fait d’avoir été entendu, et ça suffit. Mais parfois, il faut aussi agir.
On va arrêter de parler et passer à la pratique. Parce que l’écoute active, ça s’apprend. Comme un muscle. Et ça se renforce à l’usage.
Le premier exercice, je l’appelle le « silencieux de trois minutes ». Vous choisissez une conversation ordinaire – avec un collègue, un ami, votre conjoint – et vous vous engagez à ne rien dire d’autre que des sons d’encouragement pendant trois minutes. Pas de questions, pas de reformulations, pas d’histoires personnelles. Juste « mhm », « ah », « je vois », et des hochements de tête. Le but, c’est de ressentir physiquement la difficulté de ne pas intervenir. Vous allez probablement sentir une tension dans la mâchoire, une envie de parler. Observez-la. C’est votre ego qui veut reprendre le contrôle. Plus vous tenez, plus vous entraînez votre capacité à rester présent.
Le deuxième exercice, c’est la reformulation systématique. Pendant une semaine, après chaque phrase importante que quelqu’un vous dit, vous reformulez avant de répondre. Pas une reformulation longue, une phrase courte : « Si je comprends bien, ce qui te gêne, c’est… » ou « Donc ce que tu ressens, c’est… ». Au début, les gens vont vous regarder bizarrement. Vous allez avoir l’impression de faire du théâtre. Persistez. Au bout de quelques jours, vous allez remarquer que les conversations deviennent plus profondes plus rapidement. Parce que l’autre se sent compris, et donc il va plus loin.
Le troisième exercice, c’est celui que je propose à mes sportifs avant une compétition, mais
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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