3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Et comment les libérer avec l'IFS.
Tu es assis dans mon cabinet depuis une dizaine de minutes. Tu viens de me raconter une dispute avec ton conjoint qui a eu lieu ce matin, pour une histoire de clé de voiture égarée. Rien de grave, en apparence. Pourtant, tes épaules sont remontées jusqu'aux oreilles, ta mâchoire est serrée, et tu répètes trois fois la même phrase : « Je sais que c'est stupide, mais je n'arrive pas à passer à autre chose. »
Je vois ça très souvent. Des gens intelligents, équilibrés, qui se retrouvent bloqués des jours, des semaines, parfois des années après un conflit qui, vu de l'extérieur, semble dérisoire. Une remarque au bureau. Un silence à table. Un texto laissé sans réponse. Et toi, tu tournes en rond dans ta tête, tu rejoues la scène, tu prépares des répliques que tu ne diras jamais, tu te demandes pourquoi ça t'atteint autant.
Alors je vais te dire une chose qui va peut-être te surprendre : ce n'est pas le conflit qui te hante. Ce n'est pas l'autre personne, ni même ce qu'elle a dit ou fait. Ce qui te hante, c'est la partie de toi que ce conflit a réveillée. Une partie ancienne, fatiguée, qui porte une blessure que tu croyais avoir rangée quelque part. Et tant que tu ne lui tendras pas la main, elle continuera à tirer la sonnette d'alarme à chaque fois qu'une situation ressemblera, même de loin, à celle qui l'a blessée.
C'est là que l'IFS entre en jeu. L'Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur, est une approche qui part d'une idée simple : nous ne sommes pas un bloc monolithique. Nous sommes une famille intérieure, composée de différentes parties qui ont toutes une bonne raison d'être là, même celles qui nous embêtent. Et le conflit non résolu, c'est souvent le signal qu'une de ces parties est en détresse.
Dans cet article, je vais t'expliquer pourquoi les conflits non résolus ont ce pouvoir de te hanter, comment identifier la partie blessée qui s'agite en toi, et surtout comment utiliser l'IFS pour la libérer vraiment. Pas en l'ignorant, pas en la combattant, mais en la comprenant. Et je te promets que tu n'auras pas besoin d'aller chercher l'autre personne pour te sentir apaisé.
Tu as déjà vécu ça : une réunion de travail se termine, tout le monde sort, et toi tu restes scotché à ta chaise parce que quelqu'un a minimisé ton idée devant tout le monde. Rien de méchant, juste un « on verra ça plus tard » lancé avec un sourire crispé. Mais toi, tu ne vois plus rien. Tu rejoues la scène en boucle. Tu imagines ce que tu aurais dû répondre. Tu montes en colère, puis en tristesse, puis en colère à nouveau. Et le soir, dans ton lit, ça te revient.
Pourquoi ? Parce que ton cerveau ne fait pas la différence entre une menace sociale et une menace physique. Quand tu te sens exclu, humilié, ignoré ou rejeté, les mêmes circuits de survie s'activent que si un prédateur était devant toi. Le conflit non résolu, c'est un signal d'alarme que ton système nerveux n'arrive pas à éteindre. Tant que la situation n'est pas « résolue » – c'est-à-dire, tant que tu n'as pas retrouvé un sentiment de sécurité – ton cerveau continue à la traiter comme une menace.
Mais il y a un piège. Ce sentiment de sécurité ne viendra pas de l'autre personne. Tu peux passer des heures à lui expliquer ce que tu as ressenti, à obtenir des excuses, à reconstruire le dialogue. Parfois ça aide, souvent ça ne suffit pas. Parce que la menace que tu ressens n'est pas vraiment dans le présent. Elle est connectée à une mémoire ancienne, une situation où tu as vécu un rejet ou une humiliation bien plus violente, à un âge où tu n'avais pas les ressources pour te protéger.
C'est pour ça que certaines remarques anodines te traversent comme une flèche, alors que d'autres, objectivement plus graves, glissent sur toi. Ce n'est pas la situation qui fait la douleur, c'est la partie de toi qu'elle touche. Et cette partie, elle ne raisonne pas. Elle réagit. Elle sent le danger et elle prend le contrôle.
Le conflit non résolu te hante parce qu'il n'est pas terminé pour toi. Pas dans la réalité extérieure, mais dans ta réalité intérieure. Une partie de toi est encore dans cette pièce, à attendre qu'on l'entende, qu'on la prenne au sérieux, qu'on la rassure. Et tant que tu ne feras pas ce travail à l'intérieur, elle continuera à te tirer par la manche, à te réveiller la nuit, à polluer tes relations suivantes.
Le conflit non résolu n'est pas une histoire entre deux personnes. C'est une histoire entre toi et une partie de toi qui n'a pas fini de parler.
Parlons concrètement de l'IFS, parce que c'est un mot un peu bizarre et que je vois souvent des gens arriver en se demandant s'ils vont devoir parler à des entités mystérieuses. Non. L'IFS, c'est juste une manière de comprendre comment fonctionne ta psyché, avec des mots simples.
L'idée de base, c'est que tu n'es pas une seule voix intérieure. Tu es composé de plusieurs parties. Tout le monde les connaît, même sans les nommer. Tu as déjà dit : « Une partie de moi veut accepter cette invitation, mais une autre partie préfère rester chez moi. » Voilà, tu viens de faire de l'IFS sans le savoir.
Ces parties ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles sont des stratégies de survie que tu as développées à des moments de ta vie. Par exemple, une partie « contrôle » est apparue dans une enfance chaotique pour te donner un sentiment de sécurité. Une partie « agréable » s'est construite pour éviter les conflits avec un parent colérique. Une partie « critique » s'est formée pour te pousser à être parfait, parce que tu as appris que l'amour était conditionnel.
Le problème, c'est que ces parties restent figées dans le temps. Elles continuent à appliquer la même stratégie, même quand tu as grandi, même quand l'environnement a changé. Et surtout, elles confondent le présent avec le passé.
Quand tu vis un conflit aujourd'hui, une partie de toi réagit comme si c'était il y a vingt ans. Elle ne voit pas ton collègue, elle voit ton père. Elle n'entend pas ta conjointe, elle entend ta mère. Elle ne perçoit pas une remarque anodine, mais une attaque vitale. Et elle prend le contrôle de tes réactions, de tes émotions, de tes ruminations.
L'IFS propose une autre voie. Au lieu de lutter contre cette partie, de la juger, de la considérer comme un problème à éliminer, tu peux apprendre à entrer en relation avec elle. Tu peux lui demander ce qu'elle ressent, ce qu'elle craint, ce qu'elle essaie de protéger. Et surtout, tu peux lui montrer que tu es là, maintenant, adulte, capable de gérer la situation. Que tu n'as plus cinq ans, que tu n'es plus dépendant de ce parent, que tu as des ressources.
Quand tu fais ça, quelque chose de très puissant se produit. La partie se détend. Elle n'a plus besoin de hurler pour être entendue. Le conflit extérieur peut rester non résolu, mais le conflit intérieur, lui, s'apaise. Et c'est ça, la libération.
Je reçois des gens qui me disent : « Thierry, je change de partenaire, de travail, de ville, et je vis toujours les mêmes disputes. » Et ils ont raison. Ce n'est pas une coïncidence, ce n'est pas une malédiction. C'est le résultat d'un pattern qui est piloté par une partie intérieure.
Imagine une partie de toi qui a été blessée par une figure d'autorité dans ton enfance. Appelons-la la partie « invisible ». Elle s'est construite autour de la croyance : « Pour être en sécurité, il faut que je me fasse tout petit, que je ne dérange pas, que je disparaisse. » Cette partie a très bien fonctionné à l'époque. Elle t'a protégé de la colère de ton père ou du rejet de ta mère.
Mais aujourd'hui, quand ton chef te donne un feedback, même constructif, la partie « invisible » s'active. Elle sent le danger. Elle te fait baisser les yeux, parler doucement, dire oui à tout. Et toi, tu sors de la réunion en te sentant vide, en colère contre toi-même, en te promettant que la prochaine fois, tu parleras. Sauf que la prochaine fois, la même partie reprend le dessus.
Et puis un jour, tu craques. Tu exploses, tu dis tout ce que tu as sur le cœur, tu deviens agressif. Mais cette agressivité, ce n'est pas toi non plus. C'est une autre partie, une partie « pompier » qui a pris le relais parce que la partie « invisible » était trop submergée. Cette partie pompier est venue éteindre le feu, mais elle a tout cassé dans la maison. Résultat : tu culpabilises, tu te détestes, et le cycle recommence.
L'IFS ne cherche pas à éliminer la partie « invisible » ou la partie « pompier ». Il cherche à comprendre la hiérarchie des parties. Qui protège qui ? Qui a pris le pouvoir ? Et surtout, qui est là, sous toutes ces couches ? Le Self.
Le Self – je l'écris avec une majuscule pour le distinguer de l'ego – c'est la partie de toi qui est calme, curieuse, compatissante, confiante, créative, courageuse, connectée et claire. Tu as accès à elle en permanence, même si elle est parfois recouverte par tes parties. Et c'est elle qui peut dialoguer avec les parties blessées. Pas pour les combattre, mais pour les guérir.
Quand tu commences à écouter ta partie « invisible » non pas comme une ennemie mais comme une enfant qui a eu peur, elle peut enfin lâcher son rôle. Et toi, tu n'es plus obligé de revivre le même conflit en boucle.
Alors concrètement, comment on fait ? Je vais te donner une méthode simple que tu peux essayer seul, chez toi, quand tu sens qu'un conflit non résolu recommence à te tourmenter. Assieds-toi calmement, ferme les yeux si tu le peux, et respire.
Identifie la sensation dans ton corps. Ne cherche pas l'histoire tout de suite. Où est-ce que tu sens le conflit ? Dans la poitrine ? La gorge ? Le ventre ? Une tension ? Une chaleur ? Une boule ? Reste avec cette sensation sans essayer de la changer. Donne-lui juste de l'espace.
Demande-lui ce qu'elle ressent. Pas ce qu'elle pense, ce qu'elle ressent. « Qu'est-ce que tu ressens, là, maintenant ? » Peut-être de la colère, de la tristesse, de la peur. Accueille la réponse sans la juger. Si plusieurs émotions arrivent, choisis la plus forte.
Demande-lui ce qu'elle veut que tu saches. C'est la question clé. « Qu'est-ce que tu veux que je sache sur toi ? » Laisse venir la réponse. Peut-être un souvenir, une image, une phrase. Ne force pas. Sois juste là, présent.
Demande-lui ce qu'elle craint qu'il se passe si elle lâche son rôle. Cette question est contre-intuitive, mais elle est puissante. « Qu'est-ce que tu crains qu'il arrive si tu arrêtes de faire ce que tu fais ? » Souvent, la réponse est : « Si j'arrête de m'inquiéter, il va m'arriver quelque chose de grave » ou « Si je lâche la colère, je vais m'effondrer ». Cela te montre que ta partie a une bonne intention, même si son comportement te fait souffrir.
Rassure-la avec ton Self. Une fois que tu as compris sa peur, tu peux lui parler avec ta voix de Self. C'est la partie calme et confiante en toi. Tu peux lui dire : « Je te vois, je t'entends, je comprends que tu fais ça pour me protéger. Je suis là maintenant, je suis adulte, je peux gérer. Tu n'as plus besoin de porter ça toute seule. »
Tu n'as pas besoin d'être parfait du premier coup. Parfois, la partie ne répond pas, ou elle répond par un mur de silence. C'est normal. Ça signifie qu'il y a peut-être une autre partie qui bloque, une partie qui ne fait pas confiance. Dans ce cas, remercie-la d'être là et dis-lui que tu reviendras. Le simple fait d'avoir posé l'intention ouvre une porte.
Tu n'as pas à résoudre le conflit extérieur pour te sentir apaisé. Tu as juste à accueillir la partie de toi qui souffre. Le reste suivra.
C'est une question que j'entends souvent. « Je comprends le travail intérieur, Thierry, mais concrètement, il y a des gens qui ne veulent pas parler, qui ne veulent pas s'excuser, qui n'ont aucun remords. Comment je fais pour tourner la page tout seul ? »
La réponse est à la fois simple et exigeante : tu tournes la page non pas en changeant l'autre, mais en changeant le rapport que tu entretiens avec la partie de toi qui est blessée par cette situation.
Prenons un exemple. Tu as été trahi par un ami proche. Il a dit des choses sur toi dans ton dos, il a brisé ta confiance. Tu as essayé de lui en parler, il a nié, il s'est mis en colère, il a coupé les ponts. Toi, tu restes avec une boule au ventre, une colère froide, et une tristesse qui revient par vagues.
Tu peux passer des mois à attendre qu'il revienne, qu'il reconnaisse son erreur, qu'il te demande pardon. Et peut-être qu'il ne le fera jamais. Peut-être qu'il est trop immature, trop dans le déni, trop protégé par ses propres parties. Tu ne peux pas contrôler ça.
Ce que tu peux contrôler, c'est la partie de toi que cette trahison a réveillée. Peut-être une partie « confiance » qui a été brisée très jeune. Une partie qui s'est dit : « Je ne peux compter sur personne, tout le monde finit par me trahir. » Cette partie est en souffrance, et elle a besoin de toi, pas de ton ami.
Quand tu travailles avec elle, quand tu l'écoutes, quand tu lui montres que tu es là, que tu ne l'abandonneras pas, elle commence à guérir. Et progressivement, la trahison de ton ami devient une information sur lui, pas une condamnation de toi. Tu peux ressentir de la tristesse pour la relation perdue, mais tu n'es plus hanté par elle. Tu es libre.
C'est ça, la libération par l'IFS. Ce n'est pas une réconciliation à tout prix. C'est une réconciliation avec toi-même, avec les parties de toi qui ont été blessées. Et parfois, c'est seulement après ça que tu pourras décider, en toute clarté, si tu souhaites ou non renouer le dialogue avec l'autre. Mais tu le feras depuis une position de force intérieure, pas depuis le manque.
Quand tu commences à pratiquer l'IFS régulièrement, il se produit un changement subtil mais profond dans ta vie relationnelle. Les conflits ne disparaissent pas – ce serait illusoire – mais ils ne te déstabilisent plus de la même manière.
La première chose qui change, c'est que tu reconnais plus vite quand une partie prend le contrôle. Tu sens cette montée d'adrénaline, cette voix intérieure qui devient stridente, cette envie de fuir ou d'attaquer. Et au lieu de te laisser emporter, tu peux te dire : « Ah, tiens, une partie de moi est activée. Qu'est-ce qu'elle essaie de me dire ? » Ce simple déplacement d'attention crée un espace entre le stimulus et ta réaction.
La deuxième chose, c'est que tu deviens moins dépendant de la validation extérieure. Quand une partie blessée est entendue et apaisée
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.