Thierry Sudan
— Psychologie

Narcissique ou simple égoïste ? Les différences clés, et pourquoi les empathiques sont visés

Égoïsme ponctuel ou fonctionnement narcissique : les critères pour faire la différence, les racines du trouble, comment réagir face à l’un et à l’autre, et pourquoi les personnes empathiques sont souvent ciblées.

Narcissique ou simple égoïste ? Les différences clés, et pourquoi les empathiques sont visés
Photo par Artem Podrez sur Pexels

Le mot « narcissique » est partout. On l’emploie pour un ex, un collègue, un parent, parfois un ami qui a oublié notre anniversaire. Ce succès a un mérite : il a permis à beaucoup de personnes de mettre des mots sur des relations destructrices. Mais il a aussi un revers : on finit par voir des narcissiques partout, et par confondre un comportement égoïste avec un fonctionnement pathologique.

La différence compte. On ne réagit pas de la même manière face à quelqu’un qui manque parfois d’attention, et face à quelqu’un qui vous manipule et vous dévalorise de manière répétée. Cet article vous aide à y voir plus clair.

Qu’est-ce qu’un comportement égoïste ?

L’égoïsme est un comportement, pas une identité. Nous sommes tous égoïstes par moments : quand nous sommes fatigués, stressés, préoccupés, ou simplement quand nous privilégions nos besoins. Un comportement égoïste :

  • est ponctuel ou lié à un contexte ;
  • peut être reconnu par la personne quand on le lui signale ;
  • s’accompagne en général d’une capacité à s’excuser et à réparer ;
  • n’empêche pas l’empathie dans d’autres situations.

Une personne égoïste peut être agaçante, décevante, mais elle n’est pas forcément dangereuse pour vous.

Le trouble de la personnalité narcissique

Le trouble de la personnalité narcissique est un diagnostic psychiatrique, défini dans les classifications internationales. Il ne peut être posé que par un professionnel, après une évaluation. Il se caractérise par un ensemble durable de traits, présents dans de nombreux contextes :

  • un sentiment de grandeur et d’importance ;
  • un besoin excessif d’admiration ;
  • un manque d’empathie marqué ;
  • une tendance à exploiter les autres pour ses propres fins ;
  • une grande sensibilité à la critique, qui peut déclencher colère ou mépris ;
  • des relations souvent marquées par l’alternance entre idéalisation et dévalorisation.

Au-delà du diagnostic, on parle aussi de fonctionnement ou de traits narcissiques, plus ou moins marqués.

Les différences clés

La durée et la constance : l’égoïsme est ponctuel ; le fonctionnement narcissique est un schéma durable, qui se répète dans toutes les relations.

L’empathie : la personne égoïste peut se mettre à votre place si on l’y invite ; la personne narcissique en a beaucoup de mal, ou l’utilise pour mieux manipuler.

La remise en question : la personne égoïste peut reconnaître ses torts ; la personne narcissique les retourne souvent contre vous (« c’est toi qui es trop sensible »).

La réparation : la personne égoïste s’excuse et change parfois ; la personne narcissique s’excuse surtout pour obtenir quelque chose, et recommence.

L’effet sur vous : avec une personne égoïste, vous êtes agacé ; avec une personne narcissique, vous finissez par douter de vous, de votre perception, de votre valeur.

Pourquoi c’est si difficile à distinguer au quotidien

Parce que les comportements isolés se ressemblent. Un oubli, une remarque blessante, un manque d’attention peuvent venir de n’importe qui. Ce qui distingue un fonctionnement narcissique, c’est le schéma : la répétition, l’alternance chaud-froid, l’effet d’emprise. Il faut souvent du temps, et un regard extérieur, pour le voir.

Les racines : une blessure, pas une mauvaise intention

Les cliniciens décrivent souvent, derrière le fonctionnement narcissique, une estime de soi très fragile, protégée par une façade grandiose. Ce fonctionnement s’est généralement construit tôt : un enfant qui n’a pas été vu pour lui-même, qui a été soit dévalorisé, soit idéalisé et investi d’attentes démesurées.

Comprendre ces racines aide à ne pas diaboliser. Mais comprendre n’est pas excuser, et cela ne vous oblige en rien à rester dans une relation qui vous fait du mal. Votre empathie pour l’histoire de l’autre ne doit pas se faire au détriment de votre sécurité.

Pourquoi les personnes empathiques sont souvent ciblées

Beaucoup de personnes prises dans des relations narcissiques sont très empathiques, attentives, généreuses. Ce n’est pas un hasard.

Ce que l’empathie offre

Une personne empathique donne de l’attention, de la compréhension, de l’admiration. Elle cherche à comprendre plutôt qu’à juger. Elle pardonne facilement, et cherche des excuses à l’autre (« il a eu une enfance difficile »). Pour une personne au fonctionnement narcissique, c’est une source d’attention précieuse.

Le piège de l’hypersensibilité

L’empathie devient un piège quand elle s’accompagne d’une difficulté à poser des limites, d’une tendance à se sentir responsable des émotions des autres, et d’un doute de soi. On finit par porter la relation seul, et par accepter l’inacceptable au nom de la compréhension.

Les signaux que l’on envoie sans le savoir

  • se justifier beaucoup ;
  • s’excuser même quand on n’a rien fait ;
  • avoir du mal à dire non ;
  • raconter rapidement ses blessures à quelqu’un qu’on connaît peu ;
  • valoriser beaucoup l’autre dès le début.

Ces comportements ne sont pas des fautes. Ils sont simplement repérés, consciemment ou non, par des personnes qui cherchent une source d’attention.

Comment réagir face à l’un et à l’autre

Face à un comportement égoïste : dites-le simplement, sans accuser. « Quand tu as oublié de me prévenir, je me suis senti mis de côté. » Observez la réponse. Une personne simplement égoïste entendra, au moins en partie.

Face à un fonctionnement narcissique : n’espérez pas convaincre ni faire changer l’autre. Protégez-vous : limitez les échanges, gardez des traces écrites, appuyez-vous sur des personnes extérieures. Si vous êtes en couple, envisagez sérieusement de prendre de la distance. Voyez pourquoi le narcissique idéalise puis dévalorise.

L’Intelligence Relationnelle pour vous protéger

L’Intelligence Relationnelle aide à :

  • poser des limites claires, sans vous justifier à l’infini ;
  • repérer les signaux d’alerte au début d’une relation : idéalisation trop rapide, absence de curiosité pour vous, colère disproportionnée face à un refus ;
  • faire confiance à votre ressenti, même quand l’autre le conteste.

Et si c’était vous ?

Il est sain, aussi, de se poser la question pour soi. Nous avons tous des traits narcissiques, à des degrés divers. Si vous vous reconnaissez dans certains comportements, ce n’est pas une condamnation : c’est une occasion de travailler sur ce qui les alimente, souvent une blessure d’estime de soi.

Si vous êtes déjà pris dans une relation de ce type

Parlez-en à des personnes de confiance, et à un professionnel. Prenez soin de votre corps et de votre sommeil. En cas de violence, de menaces ou de harcèlement, appelez le 17, ou le 3919 (gratuit et anonyme). Si vous vous sentez très mal, consultez votre médecin.

Ce que vous pouvez faire maintenant

Pensez à la personne qui vous préoccupe. Notez trois comportements précis, et demandez-vous : sont-ils ponctuels ou répétés ? Peut-elle les reconnaître ? Comment vous sentez-vous après vos échanges avec elle ? Les réponses vous diront beaucoup.

Si vous souhaitez être accompagné pour y voir plus clair ou vous reconstruire, je vous reçois en cabinet à Saintes ou à distance.

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement — IFS, hypnose ericksonienne et Intelligence Relationnelle. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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