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Pourquoi vos conflits se répètent-ils toujours pareil ?

Le schéma caché que l'hypnose peut révéler.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Vous avez sans doute déjà vécu cette scène. Vous êtes dans une conversation qui dérape. Vous sentez la tension monter, les mots dépassent votre pensée, et soudain, vous êtes dans ce conflit que vous connaissez par cœur. Les mêmes phrases, le même ton, la même impuissance. Après coup, vous vous promettez que la prochaine fois sera différente. Mais la prochaine fois arrive, et tout recommence.

Je reçois régulièrement des personnes qui me disent : « Thierry, j’ai l’impression de revivre toujours le même film. » Un couple qui se dispute sur le même sujet depuis dix ans. Un parent et son adolescent qui répètent la même scène de reproches. Un collègue qui vous fait sortir de vos gonds alors que vous aviez juré de rester calme.

Ce n’est pas de la malchance. Ce n’est pas que votre partenaire, votre enfant ou votre collègue soit « comme ça ». C’est un schéma, un programme automatique qui s’active sans que vous le vouliez. Et la bonne nouvelle, c’est que ce schéma peut être vu. Et une fois vu, il peut changer.

Dans cet article, je vais vous montrer ce qui se cache derrière ces répétitions. Comment votre cerveau construit ces boucles. Et comment l’hypnose ericksonienne, associée à des approches comme l’IFS (Internal Family Systems), peut vous aider à sortir de cette rotation infernale.

Pourquoi votre cerveau aime les conflits qui se répètent

Votre cerveau n’est pas programmé pour votre bonheur. Il est programmé pour votre survie. Et la survie, c’est d’abord la prévisibilité. Quand vous vivez un conflit, votre cerveau enregistre la scène comme une information utile : « Attention, situation dangereuse. Voici comment ça se passe. » Il crée un chemin neuronal, une autoroute mentale que vous emprunterez à chaque fois que les conditions ressembleront à ce premier conflit.

Je pense à un homme que j’ai accompagné, appelons-le Vincent. Vincent était cadre commercial. Intelligent, compétent. Mais dès que son supérieur lui faisait une remarque, même constructive, il explosait. Il montait dans les tours, répondait sèchement, puis culpabilisait pendant des jours. Il me disait : « Je ne comprends pas. Je sais que mon chef n’est pas méchant. Mais je ne peux pas m’en empêcher. »

Ce qui se passait dans le cerveau de Vincent, c’était un phénomène de conditionnement. Son cerveau avait associé « voix autoritaire qui fait une remarque » à « danger immédiat ». Cette association datait de son enfance, d’un parent exigeant. À chaque fois que son chef parlait, le cerveau de Vincent activait le même programme : défense, attaque, fuite. Pas de réflexion. Juste une réaction.

Ce mécanisme s’appelle l’amorçage. Un stimulus déclenche tout un scénario. Et ce scénario est si rapide que vous n’avez même pas le temps de dire « attends, je respire ». Vous êtes déjà dans le conflit.

L’hypnose ericksonienne permet de ralentir ce processus. De créer un espace entre le stimulus et votre réaction. C’est ce que Milton Erickson appelait « l’utilisation ». Au lieu de lutter contre votre réaction, on l’accueille, on la regarde, et on lui offre une autre voie.

Le piège de la recherche de raison : quand expliquer ne sert à rien

Quand les conflits se répètent, on fait souvent la même erreur : on cherche à comprendre pourquoi. On analyse. On dissèque. On remonte dans l’enfance. On veut mettre des mots, trouver la cause, désigner le responsable.

Je ne dis pas que la compréhension est inutile. Mais elle est souvent une fausse piste. Vous pouvez comprendre parfaitement pourquoi vous réagissez comme vous réagissez, et continuer à le faire. La compréhension intellectuelle ne change pas un schéma émotionnel.

Prenons une autre personne que j’ai suivie, Sophie. Sophie était une mère attentive, mais elle perdait systématiquement son calme quand son fils de 8 ans refusait de faire ses devoirs. Elle avait compris que cela venait de sa propre éducation, d’une mère qui exigeait la perfection. Elle avait même pardonné à sa mère. Mais chaque soir, c’était la même crise.

Ce qui manquait à Sophie, ce n’était pas la compréhension. C’était un accès direct à la partie d’elle-même qui réagissait. En hypnose, on ne cherche pas à « comprendre » cette partie. On l’invite à se montrer, à se faire entendre. On lui demande ce qu’elle veut protéger. Et souvent, la réponse surprend : « Je veux que tu sois parfaite pour qu’on ne te rejette pas. » Ou : « Je veux que tu contrôles tout pour ne pas avoir peur. »

La comprération intellectuelle, c’est regarder la carte. L’hypnose, c’est marcher sur le terrain. Et sur le terrain, les choses sont différentes.

« On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée qui l’a créé. » — Albert Einstein (et c’est vrai pour les conflits)

Quand vous êtes dans un conflit répétitif, vous êtes dans un mode de pensée. Ce mode de pensée est celui de la survie. Pour en sortir, il faut un autre mode. L’hypnose offre cet accès à un état modifié de conscience où les règles habituelles ne s’appliquent plus. Où vous pouvez voir le schéma sans être dedans.

L’IFS ou la découverte de vos « parties » en conflit

L’Internal Family Systems (IFS) est une approche que j’utilise souvent avec l’hypnose. Elle repose sur une idée simple : vous n’êtes pas un bloc homogène. Vous êtes composé de plusieurs « parties », chacune avec sa propre personnalité, ses croyances, ses émotions, et même sa propre voix intérieure.

Imaginez que vous êtes un orchestre. Chaque partie est un musicien. Normalement, le chef d’orchestre, c’est votre « Self » (votre moi profond, calme, confiant, curieux). Mais dans un conflit, une partie prend le micro et dirige tout. Et les autres parties se taisent ou se rebellent.

Prenons l’exemple de Marc, un sportif que j’accompagne en préparation mentale. Marc est footballeur. Sur le terrain, il est performant. Mais dès que l’arbitre prend une décision contre lui, il s’énerve, discute, et prend des cartons inutiles. Il sait que c’est stupide. Mais il ne peut pas s’en empêcher.

En travaillant avec l’IFS, Marc a découvert une partie de lui qu’il a appelée « Le Justicier ». Cette partie avait 12 ans. Elle était née quand Marc avait été injustement accusé par un prof. Depuis, elle veillait à ce que justice soit faite à chaque fois. Le problème, c’est que sur un terrain de foot, cette partie ne distingue pas une injustice réelle d’une décision arbitrale normale. Elle réagit pareil.

L’hypnose a permis à Marc de rencontrer cette partie, non pas pour la faire taire, mais pour la remercier de son service et lui montrer qu’aujourd’hui, adulte, il pouvait gérer autrement. Résultat : moins de cartons, plus de sérénité.

Chaque conflit répétitif cache une partie blessée. Une partie qui a été créée dans le passé pour vous protéger, mais qui aujourd’hui vous dessert. L’hypnose est un moyen doux et direct d’entrer en contact avec elle.

Comment l’hypnose révèle le schéma caché (sans douleur)

L’hypnose ericksonienne est particulièrement adaptée à ce travail parce qu’elle est indirecte, permissive et respectueuse de votre rythme. Contrairement à l’hypnose de spectacle, il ne s’agit pas de perdre le contrôle. Il s’agit de le gagner.

Quand vous venez me voir pour un conflit répétitif, voici comment ça se passe généralement. On discute d’abord de la situation. Je vous pose des questions sur ce qui se joue, comment vous vous sentez, ce que vous aimeriez changer. Puis je vous propose de vous installer confortablement, de fermer les yeux si vous le souhaitez, et de laisser votre attention se porter sur votre respiration.

À ce moment-là, je ne vous demande pas de « faire » quoi que ce soit. Je vous invite simplement à observer. Et progressivement, votre esprit conscient se détend. Votre inconscient, lui, reste très actif. C’est lui qui connaît le schéma. C’est lui qui sait où il est né et comment il s’est construit.

Souvent, les personnes me disent : « Je ne me souviens pas de ce qui s’est passé pendant la séance. » Ou au contraire : « J’ai vu une image de moi enfant. » Ou : « J’ai ressenti une boule dans la gorge. » Peu importe. L’important, c’est que l’inconscient a travaillé.

L’hypnose ne force pas le souvenir. Elle ne vous oblige pas à revivre des traumatismes. Elle crée un cadre de sécurité où votre inconscient peut montrer ce qui doit être montré, au moment où vous êtes prêt à le voir.

Je me souviens d’une femme, Claire, qui venait pour des disputes avec son conjoint. Elle disait : « Je sais que je suis susceptible, mais je ne comprends pas pourquoi. » En hypnose, elle a eu une image : elle avait 7 ans, elle était à table, son père la critiquait sur sa façon de manger. À ce moment-là, elle avait pris une décision : « Je ne me laisserai plus jamais rabaisser. » Cette décision, prise à 7 ans, était devenue le programme de sa vie. À 45 ans, chaque remarque de son mari activait ce programme.

L’hypnose a permis de mettre à jour cette décision, de la revisiter avec un regard d’adulte, et de la remplacer par une nouvelle : « Je peux entendre une remarque sans me sentir attaquée. »

Ce que l’hypnose ne fait pas (et c’est important à savoir)

Je veux être honnête avec vous. L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne va pas effacer votre passé. Elle ne va pas transformer votre conjoint en partenaire parfait. Elle ne va pas faire disparaître tous vos conflits.

Ce qu’elle fait, c’est vous donner une clé. La clé de votre propre mécanisme. Et une fois que vous avez cette clé, vous pouvez choisir. Vous pouvez choisir de ne plus réagir automatiquement. Vous pouvez choisir de répondre différemment.

Beaucoup de personnes viennent avec l’idée que l’hypnose va « enlever » leur colère ou leur tristesse. Ce n’est pas le but. La colère est une émotion utile. Elle vous dit que quelque chose ne va pas. Le problème, ce n’est pas la colère. C’est le déclencheur automatique qui vous met en colère pour une chose qui, objectivement, ne le mérite pas.

L’hypnose vous aide à distinguer entre une menace réelle et une menace perçue. Entre un conflit constructif et une répétition inutile. Entre une réaction du passé et une réponse du présent.

Je vous donne un exemple concret. Un patient, Paul, venait pour des conflits avec son voisin. Chaque fois que le voisin faisait du bruit, Paul montait sur ses grands chevaux, allait sonner, et la dispute éclatait. En travaillant ensemble, Paul a découvert que ce bruit activait une partie de lui qui avait vécu dans un environnement bruyant et violent enfant. Son cerveau associait « bruit » à « danger ». L’hypnose n’a pas supprimé son agacement légitime. Elle a supprimé l’amplification émotionnelle qui transformait un simple bruit en menace vitale.

Aujourd’hui, Paul peut encore être agacé. Mais il ne part plus en guerre. Il respire, et il choisit sa réponse.

Trois pistes concrètes pour sortir du scénario répétitif dès maintenant

Avant même de consulter, vous pouvez commencer à observer votre propre fonctionnement. Voici trois choses que vous pouvez faire dès aujourd’hui.

1. Identifiez votre « scène type »

Prenez un carnet. Notez les conflits qui se répètent dans votre vie. Pas besoin de tout écrire. Juste le schéma : avec qui, sur quel sujet, comment ça commence, comment ça finit. Vous allez probablement voir apparaître un pattern. Par exemple : « Je me tais, puis j’explose. » Ou : « Je critique, puis je culpabilise. » Ou : « J’évite, puis ça déborde. »

Ce simple geste d’écriture crée une distance. Vous n’êtes plus dans le conflit, vous l’observez. C’est le premier pas vers la sortie.

2. Repérez la sensation physique qui précède le conflit

Avant de vous emporter, votre corps envoie un signal. Une tension dans la mâchoire. Une chaleur dans la poitrine. Une boule dans le ventre. Un souffle qui s’accélère. Ce signal est votre alarme intérieure. La plupart du temps, vous ne l’écoutez pas. Vous êtes déjà dans la réaction.

Entraînez-vous à repérer ce signal dans des situations calmes. Puis, progressivement, dans des situations plus tendues. Quand vous sentez ce signal, vous avez une fenêtre de quelques secondes pour choisir. Respirez. Reculez mentalement. Demandez-vous : « Qu’est-ce qui se joue vraiment ici ? »

3. Posez-vous la question : « Quelle partie de moi réagit ? »

Quand vous êtes dans un conflit, imaginez que ce n’est pas « vous » qui réagissez, mais une partie de vous. Donnez-lui un nom : « La partie qui veut avoir raison », « La partie qui a peur d’être abandonné », « La partie qui se sent humiliée ». Cette simple question change votre relation à l’émotion. Vous n’êtes plus identifié à elle. Vous l’observez.

Puis, dans un moment calme, demandez à cette partie : « Qu’est-ce que tu veux protéger ? » La réponse peut être surprenante. Souvent, elle veut protéger votre dignité, votre sécurité, votre amour-propre. Remerciez-la. Elle a fait son travail. Mais aujourd’hui, vous pouvez prendre le relais.

Conclusion : Vous n’êtes pas condamné à répéter

Je sais que lire ces lignes peut susciter de l’espoir, mais aussi un peu de crainte. L’idée de changer un schéma qui vous accompagne depuis des années peut sembler intimidante. Pourtant, je vois chaque semaine des personnes qui y parviennent. Pas en forçant, pas en luttant. En accueillant, en comprenant, en laissant leur inconscient faire le travail.

Vous n’êtes pas votre conflit. Vous n’êtes pas votre réaction. Vous êtes bien plus que cela. Et parfois, il suffit d’un regard différent, d’un espace sécurisé, pour que les choses commencent à bouger.

Si vous en avez assez de revivre toujours le même film, si vous sentez que quelque chose vous échappe, sachez que vous n’êtes pas seul. Des solutions existent. L’hypnose ericksonienne, l’IFS, l’intelligence relationnelle sont des outils que j’utilise quotidiennement pour aider des adultes comme vous à sortir de ces boucles.

Je vous reçois à Saintes, en consultation individuelle. Parfois, une seule séance suffit à débloquer une situation. Parfois, il en faut plusieurs. L’important, c’est le chemin que vous choisissez d’emprunter.

Si vous avez des questions, si vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à me contacter. Un simple message, un appel. Il n’y a aucun engagement. Juste la possibilité d’être entendu.

Prenez soin de vous. Et souvenez-vous : le premier pas vers la sortie, c’est de reconnaître que vous êtes dans le tunnel.

Thierry Sudan

À propos de l'auteur

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Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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