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Pourquoi vous attirez toujours des bourreaux (et comment en sortir)

Brisez le cycle des relations où vous vous sentez persécuté.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Tu arrives chez moi, tu t’assois dans le fauteuil, et tu me dis : « Thierry, j’en peux plus. Encore une fois, je suis tombé sur quelqu’un qui me fait du mal. C’est toujours la même histoire : je donne tout, je m’investis, et au final, je me retrouve vidé, trahi, piétiné. Pourquoi est-ce que j’attire toujours des bourreaux ? »

Je l’entends souvent, cette question. Elle revient comme un refrain chez des hommes et des femmes intelligents, sensibles, qui ont pourtant tout pour s’épanouir. Mais ils vivent un scénario répétitif : dans leur couple, leur famille, leur travail ou leurs amitiés, ils se retrouvent dans une position de victime, face à quelqu’un qui semble prendre un malin plaisir à les écraser. Et toi, si tu lis ces lignes, peut-être que tu te reconnais. Peut-être que tu as l’impression d’avoir un aimant invisible qui attire les manipulateurs, les pervers narcissiques, les « bourreaux ».

Alors, on va déconstruire ce mystère ensemble. Pas pour te culpabiliser – jamais – mais pour te donner des clés. Parce que si tu attires toujours les mêmes profils toxiques, ce n’est pas une malédiction. C’est un mécanisme que tu peux comprendre, puis désactiver.

Pourquoi ce scénario se répète-t-il sans que tu le voies venir ?

La première chose que je te propose, c’est d’arrêter de croire que c’est une question de hasard ou de mauvais karma. Tu n’es pas une cible invisible que l’univers s’amuse à viser. Il y a une logique derrière ces répétitions, et elle est souvent enfouie dans ton histoire personnelle.

Je vais prendre un exemple anonymisé pour illustrer. Je reçois une femme, appelons-la Sophie. Sophie est cadre dans une grande entreprise. Elle est compétente, appréciée, mais dans sa vie amoureuse, c’est le désert toxique. Son dernier compagnon était un homme qui la rabaissait constamment, contrôlait ses sorties, et la faisait douter d’elle-même. Avant lui, il y avait eu un collègue qui lui volait ses idées et la dénigrait devant la hiérarchie. Et avant ça, une amie d’enfance qui l’utilisait comme une éponge émotionnelle.

Sophie me disait : « Je ne comprends pas. Je suis une personne gentille, j’écoute, je donne. Et à chaque fois, je tombe sur des gens qui en abusent. »

En l’écoutant, j’ai commencé à explorer son histoire. Sophie avait grandi avec un père autoritaire et une mère effacée. Pour être aimée, Sophie avait appris très tôt à être « parfaite » : ne pas faire de vagues, anticiper les besoins des autres, s’oublier elle-même. Son père lui disait souvent : « Tu es trop sensible, arrête de pleurnicher. » Alors elle avait enfoui sa sensibilité, sa colère, ses besoins. Elle était devenue une adulte qui, inconsciemment, cherchait à reproduire ce schéma familier : être dans une relation où elle doit mériter l’amour en se sacrifiant.

Tu vois le piège ? Le bourreau n’est pas un étranger qui tombe du ciel. C’est souvent quelqu’un qui vient compléter une partition que tu connais par cœur. Si tu as grandi dans un environnement où l’amour était conditionnel, où ta valeur dépendait de ce que tu donnais, tu vas être attiré par des personnes qui confirment cette croyance : « Je ne suis aimable que si je sers, si je me tais, si je supporte. »

Le bourreau, lui, sent ça. Il a un radar pour repérer les personnes qui ont une faille : une faible estime de soi, une peur de l’abandon, un besoin viscéral d’être aimé. Et il s’engouffre dedans.

Ce que tu appelles « attirer des bourreaux » est souvent la recherche inconsciente d’une relation qui ressemble à celle que tu as connue enfant. Ce n’est pas une faiblesse, c’est une fidélité à ton histoire. Mais tu peux changer de partition.

Quels sont les signes que tu es dans une dynamique victime-bourreau ?

Avant de sortir de ce cycle, il faut d’abord que tu apprennes à le reconnaître. Parce que souvent, tu es tellement habitué que tu ne vois même plus les signes. La normalité toxique, c’est comme un poisson dans une eau polluée : il ne sait pas que l’eau est sale, il a toujours vécu dedans.

Alors je vais te donner une grille de lecture simple. Elle s’appuie sur ce que j’appelle le triangle dramatique, un concept issu de l’analyse transactionnelle. Dans une relation dysfonctionnelle, il y a trois rôles qui tournent : la Victime, le Bourreau, et le Sauveteur. Et toi, si tu es dans ce cycle, tu changes de costume sans t’en rendre compte.

Voici les signes que tu es probablement dans une dynamique victime-bourreau :

  1. Tu te sens vidé après avoir passé du temps avec la personne. Pas juste fatigué, mais lessivé, comme si on t’avait pompé ton énergie. C’est un signe classique : la relation n’est pas équilibrée, tu donnes bien plus que tu ne reçois.

  2. Tu remets constamment en question ta perception. Le bourreau excelle dans la manipulation : il te fait douter de toi. « Tu es trop susceptible », « j’ai jamais dit ça », « tu exagères ». Au bout d’un moment, tu ne sais plus ce qui est réel. C’est ce qu’on appelle le gaslighting.

  3. Tu te sens coupable quand tu poses des limites. Dès que tu dis non, tu as l’impression d’être méchant, égoïste. Le bourreau a installé en toi une petite voix qui dit : « Si tu ne fais pas ce qu’il/elle veut, tu vas le/la perdre, ou il/elle va se fâcher. »

  4. Tu fais des choses que tu ne veux pas faire. Tu acceptes des compromis qui n’en sont pas : tu annules tes plans, tu changes d’avis, tu t’adaptes tout le temps à l’autre. Et au fond, tu sais que tu trahis tes propres besoins.

  5. Tu as peur de la réaction de l’autre. Tu marches sur des œufs. Tu choisis tes mots, tu évites certains sujets. Tu vis dans une hypervigilance permanente.

Si tu coches plusieurs de ces points, il est probable que tu sois dans une relation où le rapport de force est déséquilibré. Mais ne te juge pas. Ce n’est pas ta faute. C’est juste un schéma que tu as appris, et que tu peux désapprendre.

Comment ton histoire personnelle t’a préparé à tolérer l’inacceptable ?

On va creuser un peu plus. Parce que la clé, elle est souvent dans ton enfance. Je ne vais pas te dire « tout est de la faute de tes parents », ce serait trop simple et pas juste. Mais il faut regarder en face comment tu as été conditionné à accepter des comportements que d’autres trouveraient intolérables.

Prenons un autre exemple. Je reçois un homme, Marc, un sportif de haut niveau que j’accompagne en préparation mentale. Marc est footballeur, il a un talent fou, mais il a un problème : son entraîneur le rabaisse systématiquement. Il le traite de « bon à rien » devant l’équipe, le fait courir des tours de pénalité pour des erreurs mineures. Marc encaisse, serre les dents, et continue à se donner à fond. Pourtant, ses coéquipiers lui disent : « Tu devrais changer de club, c’est invivable. »

Marc ne comprend pas pourquoi il reste. En explorant son histoire, on découvre que son père était un ancien militaire, dur, exigeant. Pour recevoir un compliment – une rareté – Marc devait se surpasser, encaisser les critiques sans broncher. Il avait intériorisé une croyance : « L’amour et la reconnaissance se méritent dans la souffrance. »

Alors, quand son entraîneur le maltraite, quelque chose en lui lui dit : « C’est normal. C’est comme ça que ça marche. Si tu encaisses, tu deviendras fort, et peut-être qu’un jour il te reconnaîtra. »

Tu vois le schéma ? Ce n’est pas que Marc aime souffrir. C’est que son cerveau a appris que la souffrance est le prix à payer pour être accepté, pour être aimé. Et tant que cette croyance n’est pas remise en question, il va recréer les mêmes conditions partout : au travail, en amour, en amitié.

Je te pose une question, à toi qui lis : qu’est-ce que tu as dû tolérer enfant pour être aimé ? Est-ce que tu devais être sage, ne pas pleurer, réussir à l’école, prendre soin de tes parents, effacer tes besoins ? Parce que ces réponses, elles sont le mode d’emploi que tu as suivi toute ta vie. Et malheureusement, ce mode d’emploi attire des personnes qui veulent juste un exécutant obéissant, pas un partenaire égal.

Pourquoi le bourreau a-t-il besoin de toi pour exister ?

C’est une question essentielle, et elle déplace la perspective. On a tendance à voir le bourreau comme un monstre tout-puissant. Mais en réalité, un bourreau a besoin d’une victime pour exister. Sans quelqu’un qui accepte de se taire, de s’effacer, de douter de lui-même, le bourreau n’a pas de prise.

Je vais être honnête avec toi : les manipulateurs, les pervers narcissiques, les personnes toxiques, ils ne s’attaquent pas à n’importe qui. Ils ont un flair incroyable pour repérer les personnes qui ont une faille narcissique – une blessure d’estime de soi. Ils cherchent ceux qui ont un fort besoin de plaire, une peur panique du conflit, une difficulté à dire non.

Pourquoi ? Parce que ces personnes sont « fiables » pour eux. Elles ne partiront pas au premier coup de griffe. Elles vont essayer de comprendre, de s’adapter, de s’améliorer. Elles vont douter d’elles-mêmes plutôt que de douter de l’autre.

Je me souviens d’un homme que j’ai accompagné, Christophe. Il était en couple avec une femme qui le trompait, le volait, l’humiliait en public. Et lui, il restait. Il me disait : « Mais je l’aime, et je sais qu’au fond, elle a besoin de moi. » C’était son rôle de Sauveteur qui parlait. Christophe avait grandi avec une mère dépressive, et il avait appris que son rôle était de sauver les gens, quitte à se perdre.

Alors, sa compagne pouvait faire n’importe quoi, Christophe restait. Parce que partir, c’était trahir son identité de « sauveur ». Et tant qu’il jouait ce rôle, il était en terrain connu.

Le bourreau n’est pas tout-puissant. Il est juste très doué pour trouver des personnes qui ont une mission de sauvetage intérieure. Et toi, si tu es dans ce cycle, il est temps de te demander : quel est le rôle que tu joues depuis si longtemps ? La victime qui souffre en silence ? Le sauveur qui croit pouvoir guérir l’autre ? Parce que c’est ce rôle qui te maintient prisonnier.

Le bourreau n’existe que parce que tu lui offres un terrain fertile. Quand tu commences à poser des limites, il n’a plus de prise. Il part chercher une autre proie. C’est dur à entendre, mais c’est libérateur.

Comment sortir du cycle ? Les premiers pas concrets

Maintenant, on passe à la partie pratique. Comment tu fais pour briser ce cycle infernal ? Je vais te donner des pistes, mais sache une chose : ça ne se fera pas en un jour. Tu as passé des années à construire ces schémas, ils sont comme des autoroutes dans ton cerveau. Les dévier demande du temps, de la répétition, et souvent un accompagnement.

Mais voici des actions que tu peux commencer à mettre en place dès aujourd’hui.

1. Apprends à identifier tes sensations physiques.

Avant de pouvoir dire non, il faut que tu apprennes à reconnaître les signaux de ton corps. Quand tu es avec une personne toxique, ton corps te parle : une boule dans le ventre, une tension dans les épaules, une accélération du cœur, une respiration courte. La plupart du temps, tu ignores ces signaux parce que tu as appris à les écraser.

Je te propose un exercice simple : pendant une semaine, note dans un carnet les moments où tu ressens un malaise physique en présence de quelqu’un. Ne juge pas, ne cherche pas à expliquer. Note juste : « 14h, avec mon collègue X, tension dans la mâchoire. » Tu vas voir, ton corps est un détecteur de toxiques bien plus fiable que ta tête.

2. Pose une micro-limite chaque jour.

Le problème, c’est que tu as peur de poser des limites parce que tu imagines le pire : l’autre va se fâcher, partir, te détester. Alors on commence petit. Une micro-limite, c’est quelque chose d’infime mais qui te fait sortir de ta zone de confort.

Exemple : quelqu’un te demande un service que tu n’as pas envie de rendre. Tu réponds : « Là, je ne peux pas, je te dirai plus tard. » Tu ne t’expliques pas, tu ne te justifies pas. Tu poses une limite. Le monde ne s’écroule pas. Tu verras que l’autre survit, et toi aussi.

3. Observe comment tu parles de toi dans ta tête.

Les croyances qui t’attirent vers les bourreaux, elles sont souvent automatiques. « Je ne suis pas assez bien », « je dois mériter l’amour », « si je dis non, je suis égoïste ». Commence à les repérer. Quand tu te surprends à penser ça, arrête-toi et demande-toi : « Est-ce que c’est vrai ? Est-ce que je dirais ça à un ami ? »

Souvent, la réponse est non. Alors, remplace cette pensée par une autre, plus juste. Par exemple : « J’ai le droit de dire non sans être une mauvaise personne. »

4. Change de regard sur le conflit.

Les personnes qui attirent les bourreaux ont souvent une peur panique du conflit. Elles font tout pour l’éviter, quitte à s’écraser. Mais voici la vérité : le conflit est sain. Il permet de clarifier les choses, de poser des limites, de montrer qui tu es.

Tu n’es pas obligé de te battre ou de crier. Mais tu peux dire calmement : « Je ne suis pas d’accord avec ce que tu dis », ou « Cette remarque me blesse ». Si l’autre ne supporte pas que tu aies une opinion différente, c’est son problème, pas le tien.

5. Cherche de l’aide.

Je ne vais pas te mentir : sortir seul de ces schémas, c’est très difficile. Parce que tu es dedans depuis si longtemps que tu ne vois plus les angles morts. Un thérapeute, un coach, un groupe de parole – peu importe – mais avoir un miroir extérieur est précieux. Moi, j’accompagne des personnes avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems), qui permettent d’aller toucher les parties de toi qui sont restées bloquées dans le passé. Mais il y a d’autres chemins.

Et si tu étais déjà en train de changer sans le savoir ?

Je vais finir par une note d’espoir. Parce que souvent, les personnes qui viennent me voir ont déjà commencé à changer. Le simple fait que tu te poses la question, que tu lises cet article, que tu ressentes un malaise dans tes relations – c’est un signe que quelque chose bouge.

Le problème, c’est que tu veux que ça change vite. Tu veux un déclic, une révélation. Mais la transformation, elle ressemble plus à une marée qui monte qu’à un tsunami. Tu vas peut-être poser une limite demain, et la semaine d’après, tu vas retomber dans le même piège. Ce n’est pas grave. Ce n’est pas un échec. C’est un apprentissage.

Je me souviens d’une patiente qui était venue me voir pour un cycle de trois séances. À la fin, elle m’a dit : « Thierry, je n’ai pas

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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