3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Les non-dits qui font exploser les relations.
Tu viens d’avoir une dispute avec ton conjoint. Pas une grosse engueulade, non. Juste un échange tendu, quelques mots un peu secs. Et depuis, il y a un silence. Pas un silence apaisé, celui où chacun digère de son côté avant de se retrouver. Non. Un silence lourd, qui s’installe. Tu l’observes, il détourne le regard. Tu proposes d’en parler, il répond « tout va bien ». Mais tout ne va pas bien, tu le sens. Ce silence, il pèse. Il te traverse comme un courant d’air froid. Et toi, tu te demandes : qu’est-ce que j’ai fait ? Pourquoi il ne dit rien ? Pourquoi je me sens soudain si coupable sans savoir de quoi ?
Ce scénario, je le vois presque chaque semaine dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes qui viennent me dire : « On ne se parle plus », « Il/elle ne dit rien, mais je sens que ça bouillonne », « Je préférerais qu’on se crie dessus plutôt que ce silence ». Et ils ont raison de le sentir. Parce que ce silence-là n’est pas vide. Il est actif. Il est stratégique. Il est une arme.
On parle beaucoup des conflits ouverts, des cris, des portes qui claquent. Mais on parle moins de cette escalade silencieuse, celle qui monte en pression sans un mot, celle qui use les nerfs et qui, souvent, fait plus de dégâts qu’une engueulade franche. Aujourd’hui, je veux t’emmener comprendre ce mécanisme, le reconnaître, et surtout, trouver une issue. Parce que le silence peut être une prison, mais il peut aussi devenir une porte.
La première chose à comprendre, c’est que ce silence est un message. Un message très clair, même s’il est non verbal. Il dit : « Je suis en colère, mais je ne vais pas te donner la satisfaction de le montrer », ou « Tu ne mérites pas que je gaspille mes mots pour toi », ou encore « Je vais te faire payer ce que tu as fait en te privant de ma présence ». C’est une forme de punition.
Je reçois souvent des personnes qui minimisent : « Oh, c’est juste son caractère, il a besoin de temps pour digérer. » Oui, parfois. Mais il y a une énorme différence entre un temps de retrait nécessaire pour se réguler émotionnellement (ce que je fais moi-même en tant qu’hypnothérapeute avant une séance difficile) et un silence utilisé comme une arme. Le premier est sain, il est temporaire et il est annoncé : « J’ai besoin d’une heure pour réfléchir, on en reparle après. » Le second est un retrait punitif, sans date de retour, sans explication, et il laisse l’autre dans l’incompréhension et la culpabilité.
Prenons un exemple concret, un cas typique que j’ai accompagné. Un couple, appelons-les Claire et Marc. Claire arrive en séance, visiblement épuisée. Elle me raconte que depuis une semaine, Marc ne lui adresse quasiment pas la parole. Il rentre du travail, s’assoit devant la télé, répond par monosyllabes. Elle a essayé de lui demander ce qui n’allait pas, il a répondu « Rien, laisse tomber ». Elle a insisté, il s’est levé et est allé dans le garage. Elle se sent rejetée, impuissante, et commence à douter d’elle-même. « J’ai dû faire quelque chose de grave sans m’en rendre compte, non ? »
Quand j’ai rencontré Marc seul, il m’a dit : « Je n’ai pas envie de me disputer. Chaque fois qu’on parle, ça finit en engueulade. Alors je préfère me taire. C’est mieux comme ça. » Il était sincère. Il pensait vraiment faire preuve de maturité en évitant le conflit. Mais ce qu’il ne voyait pas, c’est que son silence était une violence silencieuse. Il ne « gérait » pas le conflit, il le gelait. Et la glace, elle finit toujours par craquer.
Le silence n’est pas une absence de bruit. C’est une absence de réponse. Et dans une relation, ne pas répondre est une réponse en soi.
Ce que Marc faisait, c’est ce qu’on appelle une escalade passive. Il ne criait pas, ne frappait pas, n’insultait pas. Il se retirait. Mais ce retrait était une attaque indirecte. Il disait à Claire : « Tu n’es pas digne de mon attention. » Et c’est terriblement efficace pour déstabiliser l’autre, parce que ça le prive de toute prise. On ne peut pas discuter avec une statue. On ne peut pas réparer un lien avec quelqu’un qui a coupé le fil.
Quand on creuse un peu, on découvre que ce comportement n’est jamais gratuit. Il a des racines, souvent profondes. Les personnes qui utilisent le silence comme arme ne le font pas par méchanceté pure (même si ça peut en avoir l’air). Elles le font parce que, dans leur histoire, elles ont appris que c’était la seule façon de survivre émotionnellement.
Je pense à un patient, Thomas, un chef d’entreprise plutôt extraverti. Dans son travail, il est direct, il dit les choses. Mais dans son couple, il se murait. Il m’a raconté son enfance : son père était un homme colérique, qui criait, qui cassait des objets. Thomas avait appris très tôt que pour ne pas être la cible de cette colère, il fallait se faire tout petit, ne rien dire, ne rien provoquer. Le silence était sa carapace. Le problème, c’est qu’il avait transporté cette carapace dans son couple, sans se rendre compte qu’il n’était plus un enfant face à un père violent, mais un adulte face à une femme qui cherchait juste à le rejoindre.
Il y a aussi ceux qui ont grandi dans des familles où les émotions étaient interdites. « On ne pleure pas », « On ne se plaint pas », « Sois fort ». Ces personnes n’ont jamais appris à mettre des mots sur ce qu’elles ressentaient. Alors, quand la tension monte, elles n’ont pas d’autre outil que le silence. Ce n’est pas un choix conscient, c’est un réflexe. C’est ce que j’appelle l’alexithymie relationnelle : l’incapacité à identifier et exprimer ses émotions, qui se traduit par un retrait.
Et puis, il y a une dimension plus stratégique, plus consciente, même si elle n’est pas toujours avouée. Le silence donne du pouvoir. Quand tu ne réponds pas, tu contrôles la situation. L’autre est en attente, en demande, en déséquilibre. C’est une manière de dire : « C’est moi qui décide quand on se reparle, pas toi. » C’est une forme de punition, je te l’ai dit. « Tu as mal agi, donc je te retire ma présence. » C’est un chantage affectif déguisé.
Je ne juge pas ceux qui font ça. Je les comprends. Parce que souvent, ils ont été eux-mêmes victimes de ce type de silence dans leur enfance. Un parent qui les ignorait pendant des jours après une bêtise. Un conjoint qui les fuyait. On reproduit ce qu’on a connu, même si c’est toxique. Mais comprendre ne signifie pas excuser. Ça signifie qu’on peut commencer à déconstruire.
Tu es peut-être en train de te demander : « Et moi, est-ce que je fais ça ? » ou « Est-ce que mon partenaire le fait ? » Voici quelques signaux d’alarme concrets, basés sur ce que j’observe en consultation.
D’abord, la durée. Un retrait sain, c’est quelques heures, une demi-journée maximum. Au-delà, surtout si ça se répète, c’est un drapeau rouge. Si ton conjoint peut passer un week-end entier sans te parler après une dispute mineure, ce n’est pas de la digestion, c’est de la punition.
Ensuite, le non-dit sur le non-dit. La personne ne dit pas pourquoi elle se tait. Elle ne dit pas « J’ai besoin de temps », elle ne dit pas « Je suis en colère à cause de ça ». Elle se tait, point. Et si tu poses la question, elle répond « Tout va bien » ou « Laisse-moi tranquille ». C’est un mur. Il n’y a pas de porte.
Il y a aussi la généralisation. Le silence ne concerne pas un sujet précis, mais tout. La personne se retire de toutes les interactions : les repas, les moments de détente, les décisions du quotidien. C’est comme si elle avait appuyé sur un bouton « off » pour tout ce qui est relationnel.
Et puis, il y a ce que j’appelle le « silence avec effets ». La personne ne parle pas, mais elle fait des choses. Elle claque les portes, elle soupire bruyamment, elle range les affaires de l’autre de manière ostentatoire, elle mange seule à une heure différente. C’est une communication non verbale très active. C’est du passif-agressif pur. Le message est : « Je suis en colère, mais je ne vais pas te le dire. Devine. »
Enfin, l’effet sur toi. Si tu te sens vidé, anxieux, coupable, si tu passes tes journées à essayer de « deviner » ce qui ne va pas, si tu te sens constamment en état d’alerte, c’est que le silence a déjà fait son œuvre. Il a rempli son rôle : te déstabiliser, te mettre en position de faiblesse.
Une patiente m’a dit un jour : « Je préférerais qu’il me crie dessus. Au moins, je saurais ce qu’il a. Là, je me sens comme en apesanteur. » Cette sensation d’apesanteur, c’est exactement ça. C’est l’absence de repères, l’absence de cadre. Et c’est épuisant.
On sous-estime souvent l’impact du silence prolongé. On se dit « ce n’est rien, ce n’est que du silence ». Mais c’est faux. Le silence répété est un poison lent.
D’abord, il détruit la confiance. Comment faire confiance à quelqu’un qui peut décider de t’exclure sans explication ? La confiance, c’est la certitude que l’autre sera là, même dans la difficulté. Le silence, c’est l’inverse : c’est la promesse d’une absence.
Ensuite, il crée un déséquilibre de pouvoir. L’un devient le « poursuivant » (celui qui demande, qui tend la main, qui s’explique) et l’autre le « distant » (celui qui juge, qui punit, qui contrôle). Ce déséquilibre est toxique. Il abîme l’estime de soi du poursuivant, qui finit par se sentir indigne d’amour. Et il isole le distant, qui reste seul avec sa colère et sa peur.
Sur le plan émotionnel, le silence actif est un stress chronique. Ne pas savoir, ne pas comprendre, c’est activer en continu le système d’alarme de ton cerveau. Tu es en hypervigilance. Tu passes ta vie à guetter le moindre signe. À long terme, ça peut mener à de l’anxiété généralisée, des troubles du sommeil, des symptômes dépressifs. J’ai vu des personnes développer des migraines, des problèmes digestifs, simplement parce qu’elles vivaient dans ce climat de tension silencieuse.
Et puis, il y a l’impact sur la communication à long terme. Plus tu utilises le silence comme arme, plus tu perds l’habitude de dire les choses. Tu désapprends à verbaliser. Le muscle de l’expression émotionnelle s’atrophie. Et un jour, tu voudras parler, mais tu ne sauras plus comment. Le silence a tout recouvert.
Ce qui rend le silence si dangereux, c’est qu’il n’y a pas de détonation. Il n’y a pas d’explosion. Il y a juste une lente érosion, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.
Alors, comment on fait ? Comment on brise ce cycle ? La bonne nouvelle, c’est qu’on peut en sortir. Mais ça demande un travail, des deux côtés.
Si tu es celui ou celle qui subit le silence :
Première étape : arrête de courir après. Je sais, c’est contre-intuitif. Tu as envie de tendre la main, de forcer la discussion. Mais plus tu poursuis, plus l’autre se retire. Le silence est un jeu de pouvoir. Si tu arrêtes de jouer, tu reprends ton pouvoir. Dis-toi : « Je ne vais pas mendier une conversation. » Ça ne veut pas dire que tu dois être froid ou distant. Ça veut dire que tu arrêtes de te mettre en position de quémandeur.
Deuxième étape : nomme le comportement, sans accuser. Tu peux dire : « Je constate que depuis notre échange, tu ne me parles pas. Je ne sais pas ce qui se passe, et ça me met mal à l’aise. Je suis disponible quand tu voudras en parler, mais je ne vais pas insister pour l’instant. » Tu poses un cadre. Tu dis ce que tu vois, ce que tu ressens, et tu laisses la porte ouverte sans la forcer.
Troisième étape : prends soin de toi. Ne reste pas en apesanteur. Va marcher, appelle un ami, fais du sport, écris. Casse le lien de dépendance. Le silence de l’autre devient moins pesant si tu as une vie émotionnelle ailleurs.
Si tu es celui ou celle qui utilise le silence :
Je te parle directement, maintenant. Je sais que tu ne le fais pas par méchanceté. Je sais que tu as des raisons, et que souvent, c’est une protection. Mais regarde les dégâts que ça fait. Regarde la personne que tu aimes, en train de se consumer à petit feu. Est-ce vraiment ce que tu veux ?
Première chose : apprends à dire « J’ai besoin de temps ». Pas « Je me tais », mais « J’ai besoin de 30 minutes / une heure pour digérer, et ensuite je te promets qu’on en parle. » C’est une phrase magique. Elle dit : « Je ne te fuis pas, je me prépare à te rencontrer. »
Deuxième chose : trouve un exutoire pour ta colère avant de parler. Va courir, frappe un oreiller, écris une lettre que tu ne enverras pas. La colère a besoin d’être évacuée physiquement pour que les mots puissent sortir calmement.
Troisième chose : ose dire « Je suis en colère, et j’ai peur de le dire parce que je ne sais pas comment tu vas réagir. » C’est une vulnérabilité énorme, mais c’est ça qui crée la connexion. Le silence est une forteresse. La vulnérabilité est une main tendue.
Parfois, malgré tous les efforts, le silence persiste. Il n’est pas un choix, il est un symptôme. Il peut cacher un trouble plus profond : une dépression, un trouble de l’attachement, un syndrome de stress post-traumatique, ou même un trouble de la personnalité évitante.
J’ai suivi un patient, Antoine, dont le silence était si puissant qu’il pouvait rester des semaines sans dire un mot à sa femme. Ce n’était pas de la mauvaise volonté. C’était une forme de dissociation émotionnelle. Il n’avait pas accès à ses émotions. Il les ressentait dans son corps – des tensions, des maux de tête – mais il ne pouvait pas les transformer en mots. Il a fallu un travail d’hypnose et d’IFS (Internal Family Systems) pour aller rencontrer les « parties » de lui qui avaient appris à se taire pour survivre.
Dans ces cas-là, la communication seule ne suffit pas. Il faut un accompagnement thérapeutique. Le silence n’est plus un choix, c’est un symptôme. Et comme tout symptôme, il mérite d’être écouté, pas combattu.
Si tu reconnais cette situation, si le silence n’est pas une réaction ponctuelle mais un mode de vie relationnel, si tu te sens prisonnier d’un mutisme que tu ne contrôles pas, alors il est temps de consulter. Pas pour « guér
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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