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Témoignage : comment j'ai appris à dire non sans me sentir mal

Un parcours inspirant vers l'affirmation de soi.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Je les vois arriver de loin, ces journées où tout le monde semble avoir besoin de quelque chose. Le collègue qui a « juste une petite question » à 17h55, l’ami qui a besoin qu’on l’aide à déménager ce week-end (encore), le parent qui compte sur toi pour garder les enfants alors que tu crèves de fatigue. Et toi, tu dis oui. Encore une fois. Avec un sourire qui cache une boule au ventre.

Je m’appelle Sylvie, j’ai 42 ans, et pendant trente-cinq ans, j’ai été une machine à dire oui. Pas par gentillesse innée, ni par générosité débordante. Non, par peur. Peur de décevoir, peur d’être jugée, peur qu’on m’aime moins. J’ai accepté des missions que je ne voulais pas, prêté de l’argent que je ne reverrais jamais, passé des soirées entières à écouter des problèmes qui n’étaient pas les miens. À chaque fois, je me disais : « C’est la dernière fois. » Et à chaque fois, je recommençais.

Jusqu’à ce jour où mon corps a dit stop. Une nuit, je me suis réveillée en sueur, le cœur qui cognait, une oppression dans la poitrine. Mon médecin a parlé d’anxiété généralisée, de burn-out rampant. Il m’a conseillé de consulter un praticien en hypnose. J’ai haussé les épaules : « Je n’ai pas le temps, je dois tout gérer. » Il a souri : « Justement. »

C’est là que j’ai rencontré Thierry. Pas pour un « traitement miracle », mais pour un travail de fond. Aujourd’hui, je peux dire non sans trembler. Sans me sentir coupable. Sans passer la nuit à ressasser. Ce n’est pas arrivé en une séance, mais le chemin a été transformateur. Je veux te raconter comment j’ai appris à poser mes limites, et pourquoi ça a changé ma vie.

Pourquoi dire « oui » me rendait malade

Avant de comprendre comment dire non, il faut comprendre pourquoi on dit oui. Pendant des années, j’ai cru que mon problème venait des autres. « Les gens abusent de ma gentillesse », « ils ne pensent qu’à eux ». C’était confortable comme récit : j’étais la victime, eux les profiteurs. Mais en travaillant avec Thierry, j’ai dû regarder en face une vérité moins flatteuse : j’étais aussi responsable.

Mon cerveau avait associé « dire non » à un danger. Un vrai. Quand j’étais petite, refuser quelque chose à ma mère déclenchait des scènes de reproches interminables. « Après tout ce que j’ai fait pour toi… » Mon père, lui, se taisait, mais son silence pesait des tonnes. Alors très tôt, j’ai appris une règle implicite : pour être aimée, pour être en sécurité, il fallait dire oui. Toujours.

Ce mécanisme, Thierry me l’a expliqué comme une piste dans le cerveau. Chaque fois que je disais oui à contrecœur, je renforçais cette autoroute neuronale. Chaque fois que je ressentais l’angoisse de dire non, mon système limbique (la partie émotionnelle du cerveau) prenait le contrôle et me soufflait : « Danger, ne fais pas ça, tu vas perdre tout le monde. »

« Dire oui par peur, ce n’est pas de la gentillesse. C’est de la survie émotionnelle. Et ce n’est pas tenable sur la durée. »

Cette phrase de Thierry m’a fait l’effet d’une claque. Je n’étais pas généreuse, j’étais en mode survie. Pas étonnant que mon corps ait fini par s’épuiser. Le oui systématique n’est pas un cadeau qu’on fait aux autres, c’est un piège qu’on se tend à soi-même.

Le déclic : quand l’hypnose m’a reconnectée à mes vrais besoins

Quand Thierry m’a proposé l’hypnose ericksonienne, j’étais sceptique. Je voyais ça comme un spectacle de foire, un truc où on fait des poules avec les bras. Il m’a rassurée : « L’hypnose, c’est juste un état de concentration profonde. Comme quand tu es plongée dans un bon film, ou que tu conduis sur une route familière sans t’en rendre compte. »

La première séance, il m’a demandé de fermer les yeux et de visualiser une situation où je devais dire non. J’ai tout de suite choisi mon collègue Marc, celui qui venait me voir tous les jours à 18h30 avec ses urgences bidon. Dans ma tête, j’ai revu la scène : Marc debout devant mon bureau, le souffle court, un dossier à la main. Et moi, déjà vidée, qui sentais la pression monter.

Sous hypnose, Thierry m’a guidée pour observer ce qui se passait dans mon corps. Mes épaules remontaient vers mes oreilles. Ma mâchoire se serrait. Mon ventre se nouait. Puis il m’a demandé : « Et si tu imaginais dire oui, qu’est-ce que tu ressens ? » Un soulagement immédiat, factice. « Et si tu disais non ? » Là, c’était la panique. Une boule d’angoisse dans la gorge, une envie de pleurer.

L’hypnose ne m’a pas enlevé cette peur d’un coup de baguette magique. Mais elle m’a appris à l’observer sans m’y identifier. À reconnaître que cette angoisse n’était pas une vérité, mais une vieille habitude émotionnelle. Thierry m’a aidée à créer une nouvelle piste neuronale : une image mentale où dire non était associé à un sentiment de paix, de respect de moi-même. On a travaillé avec des métaphores, des ancrages. Par exemple, il m’a fait imaginer un « bouclier invisible » que je pouvais activer en posant ma main sur mon ventre. Un geste simple, discret, qui me rappelait : « Je suis en sécurité, je peux choisir. »

Après trois séances, j’ai eu l’occasion de tester. Marc est arrivé, comme prévu, à 18h35. J’ai senti mon cœur s’emballer. J’ai posé ma main sur mon ventre, j’ai respiré, et j’ai dit : « Marc, je comprends que ce soit urgent pour toi, mais je suis en fin de journée et j’ai besoin de partir à l’heure. On en parle demain matin à 9h ? » Sa tête… Il est resté figé une seconde, puis il a dit d’accord et il est parti. Et moi, je n’ai pas tremblé. Je n’ai pas culpabilisé. J’ai juste ressenti une immense fierté silencieuse.

L’IFS : accueillir les parties de moi qui avaient peur de décevoir

L’hypnose a ouvert la porte, mais le vrai travail en profondeur s’est fait avec l’IFS, l’Internal Family Systems. Thierry me l’a présenté comme un modèle pour comprendre nos différentes « parties ». L’idée, c’est qu’on n’est pas un bloc homogène, mais une famille intérieure avec des personnalités qui ont chacune leur rôle, leur histoire, leurs peurs.

J’ai rapidement identifié deux parties dominantes chez moi. D’abord, la « faiseuse de paix », celle qui disait oui pour éviter les conflits. Elle était hyperactive, toujours en alerte, prête à devancer les besoins des autres pour qu’ils ne soient pas fâchés. Elle pensait sincèrement protéger la relation. Ensuite, la « parfaite », celle qui voulait être irréprochable, compétente, fiable. Elle disait oui pour prouver sa valeur, pour ne jamais être prise en défaut.

Pendant des années, j’ai cru que ces parties étaient moi. Que j’étais juste quelqu’un de « trop gentil » ou de « trop exigeant ». Mais l’IFS m’a appris à dialoguer avec elles, à les remercier pour leur protection, et à leur demander de prendre un peu de recul. Thierry m’a guidée dans un exercice puissant : fermer les yeux, et poser une question à la « faiseuse de paix ». « Qu’est-ce que tu crains si je dis non ? » Elle m’a répondu, avec une voix de petite fille : « Qu’ils partent. Qu’ils m’abandonnent. Que je me retrouve toute seule. »

Cette peur de l’abandon venait de loin. De mon enfance. De cette mère qui aimait de façon conditionnelle. De ce père absent. Mon cerveau d’adulte savait que dire non à un collègue ne me ferait pas perdre mon mari, mes amis, ma famille. Mais ma partie intérieure, elle, ne le savait pas. Elle vivait encore dans le passé.

L’IFS m’a permis de devenir le « soi » central, celui qui observe, accueille, et apaise. Au lieu de lutter contre mes parties, j’ai appris à les écouter, à les remercier, et à leur dire : « Je vous ai comprises. Maintenant, laissez-moi gérer. » C’est là que la culpabilité a commencé à s’effriter. Parce que je ne disais plus non par rejet des autres, mais par bienveillance envers moi-même.

L’Intelligence Relationnelle : poser une limite sans casser le lien

Dire non, ça s’apprend. Mais le dire sans blesser, sans créer un conflit inutile, c’est tout un art. C’est là que l’Intelligence Relationnelle est devenue mon outil quotidien. Thierry m’a expliqué que poser une limite, ce n’est pas une attaque, c’est une information. « Tu n’es pas en train de dire à l’autre qu’il est nul ou qu’il abuse. Tu es en train de lui dire quelque chose sur toi, sur tes besoins, sur ta réalité du moment. »

J’ai commencé par des petites phrases, des scripts que je répétais devant mon miroir. « Je ne peux pas m’engager là-dessus maintenant. » « J’ai besoin de vérifier mon agenda. » « Merci de penser à moi, mais je vais décliner. » Au début, j’avais l’impression de jouer un rôle. Puis, avec la pratique, ces phrases sont devenues naturelles.

Un exemple concret. Ma sœur, qui a tendance à me prendre pour son assistante sociale, m’a appelée un samedi matin : « Sylvie, tu peux garder les enfants ce soir ? J’ai une sortie imprévue. » Avant, j’aurais dit oui, les dents serrées, en annulant mes propres plans. Cette fois, j’ai respiré, et j’ai dit : « Écoute, je comprends que ce soit de dernière minute. Mais ce soir, j’ai prévu de me poser, j’ai besoin de récupérer. Je ne peux pas. » Silence au bout du fil. Puis elle a dit : « D’accord, je vais voir avec maman. » Et c’est tout. Pas de drame. Pas de reproche. Juste une information, posée calmement.

L’Intelligence Relationnelle m’a aussi appris à recevoir le « non » des autres. Avant, quand quelqu’un me disait non, je le prenais comme un rejet personnel. Maintenant, je comprends que c’est juste une limite, un besoin. Ça m’a libérée d’un poids énorme. Je ne passe plus ma vie à interpréter les refus des autres comme des jugements sur ma valeur.

« Un non clair et bienveillant est un cadeau pour la relation. Il pose un cadre où chacun peut être authentique, sans avoir à porter le poids des attentes implicites. »

Cette phrase, je la répète souvent. Elle m’aide à me rappeler que dire non, ce n’est pas un acte égoïste. C’est un acte de respect. Envers moi, et envers l’autre.

La peur de décevoir : un fantôme qui s’est dissipé

Malgré tous ces progrès, il restait une résistance tenace : la peur de décevoir. Pas de fâcher, non. De décevoir. C’est plus insidieux. Quand tu dis non à quelqu’un que tu aimes, tu imagines son visage qui se ferme, sa déception silencieuse. Et cette image te tord les tripes.

Thierry m’a proposé un exercice d’hypnose pour travailler spécifiquement là-dessus. Il m’a fait imaginer une scène où je disais non à une personne chère. Ma mère, par exemple, qui me demandait de l’accompagner à un rendez-vous médical. J’ai visualisé son regard déçu. Puis Thierry m’a demandé : « Maintenant, regarde cette déception. À qui appartient-elle vraiment ? » J’ai compris que je confondais deux choses : la tristesse de ma mère (qui lui appartient) et ma propre culpabilité (qui est ma réaction).

Je ne peux pas contrôler les émotions des autres. Si ma mère est déçue que je ne puisse pas l’accompagner, c’est son émotion, pas ma faute. Mon rôle, c’est de prendre soin de moi pour pouvoir être présente quand je le peux vraiment. Pas quand je suis vidée et que je fais les choses à contrecœur.

Cette distinction a été libératrice. J’ai arrêté de me sentir responsable du bonheur de tout le monde. J’ai appris à tolérer la déception des autres sans m’effondrer. Et devine quoi ? La plupart du temps, les gens ne sont pas aussi déçus que je l’imaginais. Ils s’adaptent. Ils trouvent d’autres solutions. Et notre relation n’en souffre pas, elle gagne en authenticité.

Les résultats concrets : une vie qui me ressemble enfin

Aujourd’hui, je ne suis pas devenue une personne dure ou égoïste. Je suis devenue une personne qui choisit. Je dis oui quand j’en ai envie, quand j’ai l’énergie, quand c’est aligné avec mes valeurs. Et je dis non quand c’est trop, quand c’est non.

Les changements sont concrets. Je dors mieux. Mon anxiété a diminué de 80 %. J’ai repris des activités pour moi : la natation, la lecture. J’ai même osé dire non à une promotion qui ne me correspondait pas, alors que mon ancien moi aurait accepté par peur de décevoir mon chef. Mes relations se sont améliorées. Mes vrais amis sont restés, et les autres, ceux qui ne voulaient que ma disponibilité, se sont éloignés d’eux-mêmes. Tant mieux.

Un exemple qui me touche particulièrement. Mon fils de 15 ans, qui me voyait toujours stressée, toujours débordée, m’a dit un jour : « Maman, t’as changé. T’es plus cool. » Ce compliment d’ado vaut toutes les séances du monde. Parce qu’en apprenant à dire non, j’ai appris à être là, vraiment, pour les moments qui comptent.

Bien sûr, ce n’est pas parfait. Il m’arrive encore de dire oui trop vite, ou de culpabiliser après un non. Mais maintenant, j’ai des outils. Je sais que je peux revenir vers la personne et rectifier. Je sais que je peux prendre le temps de la réflexion avant de répondre. « Je te donne ma réponse demain », c’est devenu ma phrase fétiche. Ça me laisse le temps de consulter mes parties, de vérifier mon énergie, de faire un choix aligné.

Ce que tu peux faire dès maintenant (même si tu trembles)

Si tu te reconnais dans mon parcours, si tu as cette boule au ventre chaque fois que tu dois refuser quelque chose, sache que le changement est possible. Tu n’es pas condamné à être « trop gentil » ou « trop disponible ». Tu n’es pas un paillasson par nature. Tu es juste quelqu’un qui a appris, très tôt, que dire non était dangereux. Et on peut désapprendre ça.

Voici trois choses que tu peux essayer dès aujourd’hui, sans rendez-vous, sans matériel :

  1. Prends 30 secondes avant de répondre. Quand on te demande quelque chose, ne dis pas oui tout de suite. Respire. Dis : « Laisse-moi réfléchir, je te réponds dans 5 minutes. » Ça brise l’automatisme.

  2. Répète une phrase simple devant ton miroir. Par exemple : « Je ne peux pas m’engager là-dessus pour le moment. » Ou : « Merci de penser à moi, mais je vais passer mon tour. » La rép

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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