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Témoignage : comment j’ai arrêté d’être la victime dans mon couple

L’histoire d’une libération émotionnelle et de nouveaux choix.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Je m’appelle Claire (j’ai changé mon prénom pour cet article). Pendant des années, j’ai cru que mon couple était une fatalité. Je me levais chaque matin avec cette boule au ventre, convaincue que mon compagnon était la cause de tous mes malheurs. Il était distant, parfois dur, et moi, je me sentais comme une feuille morte emportée par le vent de ses humeurs. Je me disais : « C’est de sa faute. S’il changeait, je serais heureuse. » J’étais persuadée d’être une victime, impuissante, condamnée à subir.

Un jour, tout a basculé. Pas parce qu’il a changé, mais parce que j’ai arrêté de regarder dehors pour trouver des réponses. J’ai commencé à m’intéresser à ce qui se passait en moi. Aujourd’hui, je veux vous raconter cette libération émotionnelle – comment j’ai cessé d’être la victime dans mon couple, et comment j’ai appris à faire des choix que je n’osais même pas imaginer.

Pourquoi je me sentais coincée dans le rôle de la victime ?

Au début, tout semblait simple. Mon compagnon, appelons-le Marc, avait des comportements qui me faisaient souffrir : il rentrait tard sans prévenir, répondait sèchement quand je lui demandais où il était, ou alors il s’isolait dans son bureau pendant des heures. Moi, je pleurais, je lui en voulais, je me plaignais à mes amies. « Il ne m’écoute pas », « Il ne fait pas d’efforts », « Je fais tout pour lui, et lui, rien. » Ces phrases, je les répétais comme un mantra.

Pourtant, ce que je ne voyais pas à l’époque, c’est que ce rôle de victime me protégeait. Il me donnait une raison de ne pas agir. Si tout était de sa faute, alors je n’avais pas à regarder mes propres peurs, mes propres besoins inassouvis. C’était confortable, d’une certaine manière : la souffrance, certes, mais aussi une forme de certitude. Je savais qui j’étais dans cette histoire : celle qui subit, celle qui a raison.

Les mécanismes en jeu sont puissants. En psychologie, on appelle ça la position de victime dans le triangle de Karpman. C’est un jeu relationnel où trois rôles s’entremêlent : la victime, le persécuteur (ici, Marc) et le sauveur (souvent une amie ou un parent qui vous écoute). Quand je me plaçais en victime, je donnais tout mon pouvoir à Marc : c’est lui qui décidait de mon humeur, de ma valeur, de mon bonheur. Je n’étais plus l’actrice de ma vie, mais une spectatrice passive.

Ce qui est terrible, c’est que ce schéma s’auto-alimente. Plus je me sentais victime, plus j’attendais que Marc change. Et plus il ne changeait pas, plus ma victimisation se renforçait. C’était une boucle infernale. J’ai mis des années à comprendre que ce n’était pas lui le problème, mais ma manière de réagir à ses comportements.

« Tant que tu cherches la cause de ta souffrance à l’extérieur, tu restes prisonnière. La libération commence quand tu regardes à l’intérieur. »

Comment l’hypnose ericksonienne m’a aidée à sortir du piège

Quand j’ai poussé la porte de Thierry pour la première fois, j’étais sceptique. L’hypnose, pour moi, c’était un truc de spectacle, pas une thérapie sérieuse. Mais j’étais tellement épuisée que j’étais prête à essayer n’importe quoi. Je me souviens de la première séance : Thierry m’a demandé ce que je voulais vraiment. Pas ce que je voulais que Marc fasse, mais ce que je voulais pour moi. Je suis restée sans voix. Personne ne m’avait jamais posé cette question.

L’hypnose ericksonienne, c’est une approche douce, indirecte. Le praticien ne vous dit pas quoi faire, il vous aide à trouver vos propres ressources. Thierry m’a guidée vers un état de relaxation profonde, où mon esprit conscient s’est apaisé. Dans cet état, j’ai pu accéder à des parties de moi que j’avais enfouies : une petite fille qui avait peur de l’abandon, une adolescente qui croyait qu’elle devait tout faire pour être aimée.

L’un des premiers exercices a été de visualiser mon rôle de victime comme une vieille veste que je portais depuis des années. Thierry m’a invitée à l’enlever, symboliquement. Cela peut sembler simpliste dit comme ça, mais dans l’état hypnotique, c’était incroyablement puissant. J’ai senti un poids littéralement quitter mes épaules. J’ai compris que cette veste, je l’avais choisie inconsciemment, et que je pouvais aussi choisir de la poser.

L’hypnose ne fait pas de magie. Elle ne change pas votre partenaire. Mais elle change votre rapport à vous-même. Après quelques séances, j’ai commencé à observer mes réactions automatiques. Avant, quand Marc était distant, je montais tout de suite sur mes grands chevaux : « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Pourquoi il m’ignore ? » Maintenant, je pouvais faire une pause. Respirer. Et me demander : « Qu’est-ce qui se réveille en moi, là, tout de suite ? »

Cette simple distance a tout changé. Je n’étais plus une victime réactive, mais une personne qui observe ses émotions sans se laisser submerger. L’hypnose m’a offert un espace intérieur de calme, un refuge où je pouvais déposer mes peurs sans les laisser diriger ma vie.

L’IFS : rencontrer les parties de moi qui jouaient la victime

L’étape suivante, ce fut l’IFS (Internal Family Systems), ou le système familial intérieur. Cette approche, que j’ai découverte avec Thierry, m’a littéralement retournée. L’idée de base est simple : notre psyché est composée de différentes « parties », comme des personnages intérieurs qui ont chacun leur rôle, leur histoire, leurs blessures. Au lieu de dire « je suis une victime », on apprend à dire « une partie de moi joue la victime ».

Quand Thierry m’a proposé de dialoguer avec cette partie, j’ai trouvé ça étrange. Mais j’ai accepté. Je me suis installée confortablement, les yeux fermés, et j’ai laissé venir une image. Une petite fille est apparue, recroquevillée dans un coin sombre. Elle avait environ six ans. Elle portait une robe bleue déchirée. Je l’ai reconnue tout de suite : c’était moi, au moment où mes parents se disputaient violemment dans la pièce à côté. Elle s’était juré de ne plus jamais faire de vagues, de ne plus jamais déranger, pour ne pas être rejetée.

Cette partie-là, mon « exilée intérieure », avait pris le contrôle de ma vie de couple. Chaque fois que Marc s’éloignait, elle s’activait : « Tu vois, tu es seule, tu ne mérites pas l’attention, il va te quitter. » Et pour me protéger, elle activait une autre partie, celle de la victime, qui pleurait et accusait. L’IFS m’a appris à ne pas rejeter cette petite fille, mais à l’écouter. À lui dire : « Je te vois, je te comprends, tu as fait de ton mieux. Maintenant, je suis adulte, je peux gérer ça. »

Ce fut un processus de quelques mois, pas un miracle en une séance. Mais progressivement, j’ai cessé de m’identifier à ma souffrance. Je n’étais plus « Claire la victime », mais « Claire qui accueille sa partie victime avec compassion ». La différence est immense. Quand vous reconnaissez qu’une partie de vous est blessée, vous n’êtes plus cette blessure. Vous devenez le témoin bienveillant qui peut choisir une réponse différente.

« Tu n’es pas tes émotions. Tu es l’espace dans lequel elles apparaissent et disparaissent. »

Je me souviens d’une soirée où Marc est rentré tard, encore une fois, sans prévenir. Avant, j’aurais monté une scène, pleuré, accusé. Cette fois-là, j’ai senti la petite fille s’agiter en moi, mais j’ai pris une grande inspiration. Je lui ai dit mentalement : « Je sais que tu as peur. Je suis là. Tu n’es plus seule. » Puis j’ai accueilli Marc calmement. Je lui ai dit : « Je suis contente que tu sois rentré. J’aimerais qu’on parle de comment on organise nos soirées à l’avenir. » Il a été déstabilisé. Il s’attendait à une crise. Et pour la première fois, il a vraiment écouté.

L’intelligence relationnelle : apprendre à poser des actes, pas des plaintes

L’intelligence relationnelle, c’est la cerise sur le gâteau. Après avoir apaisé mes parties intérieures, il fallait que je traduise ça en actions concrètes dans mon couple. Thierry m’a expliqué que l’intelligence relationnelle, ce n’est pas l’art de tout arranger, mais l’art de communiquer clairement et de poser des limites saines.

Avant, mes demandes étaient toujours formulées sur le mode de la plainte : « Tu ne fais jamais attention à moi », « Tu es toujours en retard ». C’était des accusations déguisées, qui mettaient Marc sur la défensive. Résultat : il se fermait, et moi, je me sentais encore plus victime. L’intelligence relationnelle m’a appris à formuler des demandes positives et spécifiques.

Par exemple, au lieu de dire « Tu ne m’écoutes pas », j’ai appris à dire : « J’aimerais qu’on ait un moment dans la semaine, juste tous les deux, sans téléphone, pour se parler. » La différence est subtile mais radicale. La première phrase est une attaque. La seconde est une invitation. Et elle laisse à l’autre la possibilité de répondre, sans se sentir acculé.

J’ai aussi découvert l’importance des limites. Avant, j’acceptais tout par peur de perdre Marc. Je supportais ses silences, ses absences, ses humeurs. Je croyais que c’était ça, l’amour : tout encaisser. Mais en réalité, l’amour ne grandit pas dans la soumission. Il grandit dans le respect mutuel. Poser une limite, c’est dire : « Je t’aime, mais je ne peux pas accepter ce comportement. » Ce n’est pas une menace, c’est un acte de respect envers soi-même.

Un exemple concret : Marc avait l’habitude de me critiquer sur ma manière de cuisiner. « Trop salé », « Pas assez cuit », « Tu aurais pu faire autre chose ». Avant, je prenais tout, puis je pleurais en cachette. Un jour, je lui ai dit calmement : « Je comprends que tu aies des préférences, mais quand tu critiques ma cuisine, je me sens blessée. À l’avenir, si tu veux quelque chose de différent, tu peux le préparer toi-même, ou me le dire gentiment avant. Sinon, je préfère que tu ne fasses pas de commentaires. » Il a été surpris. Puis il a souri. Il a dit : « D’accord, je vais faire attention. » Et il a tenu parole.

L’intelligence relationnelle m’a aussi appris à gérer les conflits sans tomber dans le piège de la victimisation. Quand une dispute éclate, j’essaie maintenant de rester dans le présent. Je ne ressors pas les vieux griefs. Je ne joue pas la carte du « tu m’as fait ça il y a trois ans ». Je dis ce que je ressens là, maintenant, avec des phrases en « je » : « Je me sens triste quand tu ne me préviens pas. » Pas de « tu me fais du mal ». C’est une révolution silencieuse.

Ce qui a vraiment changé dans mon couple

Aujourd’hui, je ne peux pas dire que tout est parfait. Marc et moi avons encore des moments difficiles. Il peut encore être distant, parfois. Mais la différence, c’est que je ne le vis plus comme une tragédie. Je ne suis plus cette femme qui attend que son prince la sauve. Je suis une femme qui sait ce qu’elle veut, ce dont elle a besoin, et qui ose le demander.

Concrètement, voici ce qui a changé :

  • Je ne réagis plus en pilote automatique. Avant, la moindre remarque de Marc déclenchait une tempête en moi. Maintenant, j’ai un espace intérieur de calme. Je prends le temps de respirer avant de répondre. Parfois, je dis même : « J’ai besoin de quelques minutes pour réfléchir. On en reparle tout à l’heure. » Et ça marche.

  • J’ai arrêté de me plaindre à mes amies. Pas parce que je n’ai plus besoin de soutien, mais parce que je ne veux plus alimenter le rôle de victime. Quand j’ai un problème dans mon couple, je vais en parler directement à Marc, ou alors à un professionnel comme Thierry, mais je ne fais plus de mon entourage un tribunal où je l’accuse.

  • Marc a changé, lui aussi. C’est paradoxal : quand j’ai arrêté de vouloir le changer, il a commencé à bouger. Il est plus présent, plus attentionné. Il m’a dit un jour : « Avant, j’avais l’impression d’être toujours accusé. Maintenant, je me sens écouté. » Et c’est vrai. En arrêtant d’être la victime, j’ai créé un espace où il pouvait devenir un partenaire, pas un persécuteur.

  • J’ai repris le pouvoir sur ma vie. Le plus grand changement, c’est que je ne suis plus dans l’attente. Si Marc ne répond pas à mes besoins, je ne reste pas à pleurer dans mon coin. J’agis. Parfois, ça signifie organiser une sortie seule, ou avec des amis. Parfois, ça signifie lui dire clairement ce que j’attends. Et si rien ne change sur le long terme, je sais que j’aurai la force de partir. Ce n’est plus une peur, c’est une possibilité assumée.

« La véritable liberté, ce n’est pas de contrôler l’autre, mais de choisir comment on se positionne face à lui. »

Un pas vers vous : comment commencer à sortir de la victimisation

Je ne vais pas vous mentir : ce chemin n’est pas facile. Il demande du courage, de la patience, et souvent un accompagnement. Mais si vous vous reconnaissez dans mon histoire, sachez qu’il y a des choses que vous pouvez faire dès maintenant, sans attendre d’être prête.

1. Prenez un carnet et écrivez. Notez une situation récente où vous vous êtes sentie victime dans votre couple. Décrivez les faits objectivement, sans jugement. Puis, posez-vous cette question : « Qu’est-ce que j’ai ressenti exactement ? » Pas « ce qu’il a fait », mais « ce que j’ai ressenti ». Par exemple : « J’ai ressenti de la tristesse et de la peur qu’il ne m’aime plus. » C’est le premier pas pour sortir du rôle : arrêter de parler de l’autre, et commencer à parler de vous.

2. Essayez de dire une phrase en « je ». La prochaine fois que vous serez en conflit, au lieu de dire « Tu es toujours en retard », dites « Je me sens inquiète quand tu arrives tard sans prévenir ». C’est désarmant. L’autre ne peut pas se défendre contre votre ressenti, parce que c’est le vôtre. Et ça ouvre une vraie discussion.

3. Accordez-vous un moment de calme chaque jour. Même cinq minutes. Asseyez-vous, fermez les yeux, respirez. Observez vos pensées sans les juger. C’est un peu comme de l’hypnose douce, en autonomie. Vous apprenez à créer cet espace intérieur dont j’ai parlé. Plus vous le ferez, plus il deviendra naturel de ne pas réagir à chaud.

4. Envisagez un accompagnement. Si vous sentez que vous tournez en rond, que vous répétez les mêmes schémas, un professionnel peut vous aider. L’hypnose ericksonienne, l’IFS, l’intelligence relationnelle – ce sont des outils qui ont changé ma vie. Mais il faut un guide

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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