3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Une histoire vraie de réconciliation après des années de silence.
Je n’ai pas parlé à ma mère pendant trois ans. Pas un mot, pas un message, pas un regard. Quand je passais les fêtes chez mon frère, on s’arrangeait pour ne pas être dans la même pièce. Si elle entrait dans la cuisine, je sortais. Si elle s’asseyait dans le salon, je montais à l’étage. Ce n’était pas de la colère, pas vraiment. C’était une lassitude profonde, un épuisement accumulé après des décennies de malentendus, de reproches silencieux et de phrases qui blessent sans qu’on sache pourquoi.
Je suis Thierry Sudan, praticien en hypnose et accompagnement relationnel à Saintes. Dans mon cabinet, je vois souvent des personnes qui vivent la même chose : une relation familiale bloquée, un silence qui s’installe, une souffrance qui ne dit pas son nom. On croit parfois que couper les ponts est la seule solution pour survivre. Et c’est peut-être vrai, un temps. Mais j’ai aussi vu des réconciliations que personne n’espérait plus. Celle que je vais vous raconter aujourd’hui est celle de Claire (prénom modifié), une trentenaire venue me voir pour « apprendre à gérer sa mère ». Elle repartie, quelques mois plus tard, avec une relation apaisée qu’elle n’avait jamais eue.
Ce qui a tout changé ? La Communication NonViolente, ou CNV. Pas comme une formule magique, mais comme un outil concret pour sortir du cercle infernal des accusations et des défenses. Voici son histoire, et ce qu’elle peut vous apprendre si vous aussi, vous portez une relation familiale douloureuse.
Claire est arrivée dans mon cabinet un mardi matin. Elle avait 34 ans, un poste à responsabilités dans une collectivité territoriale, un mari attentionné et deux enfants qu’elle adorait. Pourtant, elle me disait : « Je n’arrive pas à être heureuse. Il y a un trou noir au milieu de ma vie, et il s’appelle ma mère. »
Elle m’a raconté l’histoire classique. Une mère aimante mais intrusive, qui commentait tout : son poids, son choix de carrière, sa façon d’élever ses enfants. Une mère qui « voulait son bien » mais qui ne l’écoutait jamais. Des années de tentatives de dialogue qui finissaient toujours en disputes : « Tu es trop sensible », « Tu prends tout mal », « Après tout ce que j’ai fait pour toi… ». À force, Claire avait choisi le silence. Elle pensait que c’était la paix.
Mais ce silence n’était pas une paix. C’était une trêve armée. Chaque appel manqué, chaque fête de famille évitée creusait un peu plus le fossé. Claire culpabilisait. Elle se disait : « Je suis une mauvaise fille. » Et en même temps, elle ne voyait pas d’autre issue. Le silence la protégeait, mais il l’isolait aussi.
C’est un piège que je vois souvent. Quand on arrête de communiquer pour se protéger, on arrête aussi de communiquer pour se réparer. Le silence devient une habitude, puis une prison. On finit par oublier ce qu’on ressent vraiment, à force de ne plus le dire. Claire ne savait même plus si elle aimait sa mère ou si elle la détestait. Tout était mélangé : la colère, la tristesse, la loyauté, la culpabilité.
Je lui ai demandé : « Qu’est-ce qui te manque, aujourd’hui, dans cette relation ? » Elle a pleuré. « Qu’elle me voie. Juste qu’elle me voie, sans me juger. »
Ce besoin, c’est le premier ingrédient de la CNV : savoir ce dont on a vraiment besoin derrière nos réactions. Et Claire ne le savait plus.
La CNV, ce n’est pas une technique de manipulation ni une façon de « parler bien » pour obtenir ce qu’on veut. C’est une méthode développée par Marshall Rosenberg dans les années 1960, qui repose sur quatre étapes simples : observer sans juger, exprimer son ressenti, dire son besoin, formuler une demande claire.
Claire a commencé par s’entraîner seule, dans son coin. Je lui ai proposé un exercice simple : écrire des phrases qu’elle aurait aimé dire à sa mère, mais en suivant le cadre de la CNV. Pas pour les envoyer tout de suite, juste pour les poser sur le papier et voir ce qui se passait.
Voici trois phrases qu’elle a écrites, et qui résument le chemin parcouru.
Première phrase : « Quand tu me dis que je suis trop sensible, je me sens triste parce que j’ai besoin d’être comprise, pas évaluée. »
Avant, Claire disait : « Tu n’arrêtes pas de me critiquer ! » ou « Tu ne me respectes pas ! » Des phrases qui attaquaient l’autre et déclenchaient une défense instantanée. Sa mère répondait : « Je ne critique pas, je donne mon avis. » Et on tournait en rond.
Avec la CNV, Claire a appris à parler d’elle, pas de sa mère. À dire ce qu’elle observait (le fait que sa mère dise « tu es trop sensible ») sans le qualifier de « critique ». Puis à nommer son ressenti (tristesse) et son besoin (être comprise). La phrase n’attaque plus, elle ouvre une porte. Elle dit : « Voilà ce que je vis. Tu veux m’entendre ? »
Deuxième phrase : « J’ai besoin de sentir que tu me fais confiance pour gérer ma vie, même si mes choix ne sont pas ceux que tu aurais faits. »
C’était le cœur du problème. Claire avait l’impression que sa mère ne la voyait pas comme une adulte, mais comme une petite fille qu’il fallait encore guider. Derrière chaque conseil non sollicité, Claire entendait : « Tu ne sais pas faire. » Ce besoin de reconnaissance et de confiance était central.
En le formulant clairement, Claire a arrêté d’attendre que sa mère devine. Elle a mis des mots sur ce qui lui manquait. Et ça, c’est un pas immense. Parce que souvent, on souffre en silence en espérant que l’autre comprendra tout seul. Mais personne ne lit dans les pensées. Pas même une mère.
Troisième phrase : « Je voudrais qu’on passe un week-end sans parler de mon travail ou de mon poids. Est-ce que tu es d’accord pour qu’on essaie ? »
La troisième étape, c’est la demande. Pas une exigence, pas un ultimatum. Une demande claire, concrète, négociable. Claire ne demandait pas à sa mère de changer de personnalité. Elle demandait un comportement précis, pour un moment donné. Et elle laissait la porte ouverte à une réponse négative.
Cette phrase a été la plus difficile à écrire. Parce que Claire avait peur du refus. Mais en CNV, un « non » n’est pas une fin. C’est juste une information. Cela veut dire qu’il y a un autre besoin derrière, qu’on peut explorer.
« Avant, je croyais que parler calmement, c’était accepter de me faire marcher dessus. J’ai découvert que c’était l’inverse : c’est poser mes limites avec tellement de clarté que l’autre ne peut plus les ignorer. » — Claire, lors de notre dernier entretien
Claire a mis deux mois avant d’oser parler à sa mère. Pas deux mois à attendre, deux mois à se préparer. Elle a répété ses phrases devant son miroir. Elle les a écrites dans un carnet. Elle a imaginé les scénarios possibles : sa mère qui se fâche, sa mère qui pleure, sa mère qui minimise.
Le jour J, elle a invité sa mère dans un café neutre, pas chez l’une ni chez l’autre. Un terrain sans histoire. Elle a pris une grande inspiration et elle a dit sa première phrase : « Maman, j’ai quelque chose d’important à te dire. Je ne veux pas te faire de reproches. Je veux juste que tu comprennes ce que je vis. »
Sa mère a serré les mâchoires. Claire a senti la panique monter. Mais elle a continué, en suivant le fil de ses phrases préparées. Elle a parlé de son besoin d’être comprise, de sa tristesse quand elle se sentait jugée, de son désir de confiance.
Et puis, quelque chose d’inattendu s’est produit. Sa mère n’a pas attaqué. Elle n’a pas dit « tu es trop sensible ». Elle a dit, la voix étranglée : « Je ne savais pas que je te faisais tant de mal. Je voulais juste t’aider. »
Ce n’était pas parfait. Ce n’était pas une réconciliation hollywoodienne avec violons et embrassades. C’était mieux que ça : c’était une vraie rencontre. Pour la première fois, Claire n’a pas entendu une critique déguisée dans les mots de sa mère. Elle a entendu une femme qui avait peur, qui voulait bien faire, et qui ne savait pas comment.
Claire a pleuré. Sa mère aussi. Elles sont restées deux heures dans ce café, à parler comme elles ne l’avaient jamais fait. Pas de reproches, pas de règlements de comptes. Juste des mots qui disaient : « Voilà ce que je ressens. Voilà ce dont j’ai besoin. »
Je dois être honnête avec vous : la CNV ne résout pas tout. Elle ne transforme pas une mère toxique en mère idéale. Elle ne fait pas disparaître les blessures du passé. Mais elle offre une chose précieuse : une façon de communiquer qui ne détruit pas la relation tout en vous protégeant.
Claire n’a pas changé sa mère. Elle a changé sa façon de lui parler. Et ça a suffi pour que la relation change. Parce que quand une personne arrête d’attaquer, l’autre arrête souvent de se défendre. C’est un cercle vertueux qui remplace le cercle vicieux.
Mais attention : la CNV demande de la pratique. On n’apprend pas à parler sans violence en un week-end. Les premiers essais sont souvent maladroits. On oublie une étape, on se laisse emporter par l’émotion, on retombe dans les vieux schémas. C’est normal. L’important, c’est de continuer.
Claire a fait des erreurs. Un jour, elle a envoyé un message CNV à sa mère qui sonnait tellement artificiel que sa mère a répondu : « Tu parles comme un robot, qu’est-ce qui t’arrive ? » Elles ont ri. Et Claire a appris que la CNV n’est pas une formule à réciter, mais un état d’esprit à incarner. On peut dire les choses simplement, avec ses mots à soi, tant qu’on garde la structure : observation, ressenti, besoin, demande.
Aujourd’hui, Claire et sa mère se voient une fois par mois. Elles ne sont pas devenues les meilleures amies du monde. Mais elles ont appris à se parler sans se faire mal. Et pour Claire, c’est une victoire immense.
« Je n’ai pas récupéré la mère que j’aurais voulu avoir. J’ai appris à aimer celle que j’ai, sans me perdre dedans. » — Claire
Si vous vous reconnaissez dans cette histoire, voici trois choses que vous pouvez mettre en place dès aujourd’hui, sans attendre d’avoir tout compris.
1. Tenez un journal CNV pendant une semaine. Chaque soir, prenez cinq minutes pour écrire une situation qui vous a frustré ou blessé dans une relation. Appliquez les quatre étapes : qu’avez-vous observé (pas d’interprétation, juste les faits) ? Qu’avez-vous ressenti ? Quel besoin n’a pas été satisfait ? Quelle demande auriez-vous pu formuler ? Ne jugez pas vos réponses. Juste écrivez. Vous verrez apparaître des schémas.
2. Entraînez-vous avec une situation facile. Ne commencez pas par le conflit le plus douloureux. Choisissez une relation moins chargée : un collègue, un voisin, un commerçant. Essayez d’exprimer un besoin simple avec la structure CNV. Par exemple : « Quand tu arrives en retard à nos réunions, je me sens frustré parce que j’ai besoin que notre temps soit respecté. Est-ce qu’on peut trouver un accord sur les horaires ? » L’objectif n’est pas d’obtenir un résultat, mais de vous habituer à parler différemment.
3. Préparez une phrase pour une relation difficile. Comme Claire, écrivez une phrase CNV que vous aimeriez dire à une personne avec qui la communication est bloquée. Ne l’envoyez pas tout de suite. Gardez-la dans un carnet. Relisez-la dans une semaine. Si elle vous semble toujours juste, peut-être que le moment sera venu de la dire. Mais vous n’êtes pas obligé. L’écrire suffit parfois à vous libérer un peu.
Ces exercices ne remplacent pas un accompagnement. Si vos blessures sont profondes, si la relation est marquée par des violences ou des traumatismes, une aide professionnelle est précieuse. Mais ils vous donnent un point de départ. Un petit pas hors du silence.
Je reçois chaque semaine des personnes qui vivent l’enfer des non-dits familiaux. Des fils qui ne parlent plus à leur père. Des mères qui pleurent leurs enfants adultes devenus inaccessibles. Des frères et sœurs qui ne savent plus comment se retrouver autour d’une table de fête.
Ce qui me frappe, c’est que presque tout le monde souffre, mais que presque personne ne sait comment sortir de l’impasse. On attend que l’autre fasse le premier pas. On espère que le temps arrangera les choses. On se dit que « c’est comme ça, les familles ».
Mais ce n’est pas une fatalité. La CNV n’est pas une solution miracle, mais c’est une clé. Elle ne remplace pas le travail sur soi, ni parfois la nécessité de s’éloigner pour se protéger. Mais elle offre un chemin là où il n’y avait qu’un mur.
Claire m’a dit, lors de notre dernier échange : « Je n’aurais jamais cru que ma mère et moi on puisse boire un café ensemble sans que ça finisse en larmes ou en cris. Aujourd’hui, on y arrive. Parfois même en riant. »
Ce n’est pas rien. C’est une victoire sur le silence, sur la peur, sur les habitudes qui nous enferment. Et si ça a marché pour Claire, ça peut marcher pour vous.
Pas parce que vous êtes spécial. Pas parce que votre mère ou votre père va changer du jour au lendemain. Mais parce que vous, vous pouvez changer votre façon de parler. Et ça, ça change tout.
Si vous sentez que cette histoire résonne en vous, que vous portez une relation familiale douloureuse dont vous ne savez plus comment sortir, sachez que vous n’êtes pas seul. Dans mon cabinet à Saintes, je reçois des adultes qui veulent apprendre à communiquer autrement, à poser leurs limites sans couper les ponts, à se réconcilier avec leur histoire. Pas pour faire plaisir aux autres. Pour se libérer soi-même.
On peut en parler ensemble, sans engagement, juste pour voir ce qui est possible pour vous. Un appel, un café, une séance. Le premier pas vous appartient. Et parfois, ce premier pas suffit à tout changer.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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