3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Histoire vraie d'une libération émotionnelle.
« J’ai 34 ans, et jusqu’à l’année dernière, je n’avais jamais dit non à ma mère. »
C’est par cette phrase que Clara (je l’appellerai ainsi) a commencé son premier rendez-vous, dans mon cabinet à Saintes. Elle était venue pour des « crises d’angoisse à répétition », disait-elle. Mais très vite, j’ai compris que ce qu’elle vivait n’était pas un simple stress passager. C’était l’écho d’une relation qui l’étouffait depuis l’enfance.
Clara est cadre dans une collectivité locale. Elle est compétente, respectée, capable de gérer des équipes de vingt personnes. Mais chaque dimanche soir, quand sa mère l’appelait, elle redevenait une petite fille de huit ans qui cherchait désespérément l’approbation. « Tu as encore grossi ? », « Ce travail est vraiment fait pour toi ? », « Tu es sûre que tu sais élever tes enfants ? » — des phrases prononcées d’une voix douce, presque affectueuse, mais qui laissaient des traces.
Pendant des années, Clara a cru que c’était normal. Que c’était ça, une mère qui aime. Elle encaissait, souriait, raccrochait, puis se défoulait sur son conjoint ou ses enfants. Jusqu’au jour où son corps a dit stop : une crise de tétanie en pleine réunion, des insomnies, une perte de poids inexpliquée.
Son médecin traitant lui a parlé d’hypnose. Elle est venue avec un mélange d’espoir et de scepticisme. « Je veux arrêter d’avoir peur d’elle », m’a-t-elle dit. Mais la vérité, c’est qu’elle avait surtout besoin d’apprendre à se faire une place dans sa propre vie.
Voici son histoire — ou plutôt, des morceaux choisis de son chemin, parce que je ne raconte jamais une vie sans l’accord de la personne, et parce que ce qui compte ici, c’est ce qui peut vous aider si vous vous reconnaissez.
Clara n’était pas une personne sans caractère. Au travail, elle savait poser des limites. Avec ses amis, elle disait non quand elle était fatiguée. Mais avec sa mère, c’était comme si un interrupteur interne se retournait. Pourquoi ?
La réponse est dans la biologie et l’histoire. Notre relation à notre mère est la première relation de notre vie. C’est elle qui nous a portés, nourris, sécurisés (ou pas). Dans notre cerveau archaïque, dire non à sa mère, c’est risquer l’abandon, la mort même. Bien sûr, ce n’est plus vrai à 34 ans. Mais notre système nerveux ne le sait pas.
Quand Clara entendait la voix de sa mère, son corps entrait en mode survie. Son rythme cardiaque s’accélérait, ses épaules remontaient, sa respiration devenait courte. Elle était en état d’alerte, comme face à un prédateur. Et dans cet état, impossible de penser clairement. Impossible de dire « stop ».
« Le plus dur n’a pas été de dire les mots. Le plus dur a été de sentir mon corps se préparer à dire ces mots sans trembler. »
C’est ce que Clara a découvert en hypnose : le problème n’était pas dans sa tête, mais dans son corps. Sa mère avait installé, au fil des années, une programmation émotionnelle qui se déclenchait automatiquement. Et pour la changer, il fallait d’abord que son système nerveux apprenne qu’il était en sécurité.
Nous avons travaillé avec l’approche IFS (Internal Family Systems), qui considère que nous sommes tous composés de différentes « parties » de nous-mêmes. Chez Clara, il y avait une partie « petite fille obéissante » qui avait peur de décevoir, une partie « femme forte » qui voulait se rebeller, et une partie « mère protectrice » qui culpabilisait à l’idée de faire de la peine à sa propre mère. Toutes ces parties étaient en conflit permanent.
Le premier pas a été simple, mais pas facile : reconnaître que ces parties existaient, sans les juger. « J’ai passé des années à me détester de ne pas savoir dire non, m’a-t-elle confié. Mais en fait, cette petite fille obéissante avait sauvé ma relation avec ma mère pendant toute mon enfance. Elle méritait de la gratitude, pas du mépris. »
Avant d’aller plus loin dans l’histoire de Clara, prenons un moment pour comprendre ce qui se joue dans ces relations mère-enfant adulte. J’observe trois mécanismes récurrents chez les personnes qui viennent me voir pour ce motif.
1. La confusion entre amour et sacrifice
Beaucoup de mes patients ont été élevés avec l’idée que « aimer sa mère, c’est tout accepter ». Que l’amour filial exigeait de la patience, de la compréhension, et surtout, de ne jamais contrarier. C’est une croyance toxique, mais profondément ancrée. En réalité, l’amour adulte inclut la possibilité de dire non. Un amour qui exige le sacrifice de soi n’est pas de l’amour, c’est une emprise.
2. La peur de la culpabilité
« Si je dis non, elle va être triste. Et ce sera ma faute. » Cette phrase, je l’entends presque mot pour mot à chaque séance. La culpabilité est l’arme émotionnelle la plus efficace des mères qui ne savent pas gérer la séparation. Mais il faut comprendre une chose : la tristesse de l’autre ne nous appartient pas. Vous n’êtes pas responsable des émotions de votre mère. Elle a le droit d’être déçue, contrariée, voire en colère. Vous avez le droit de dire non. Les deux peuvent coexister.
3. L’injonction à la loyauté
Dans certaines familles, dire non à sa mère est vécu comme une trahison. Comme si poser une limite revenait à couper les ponts. Clara vivait ça intensément : sa mère lui rappelait régulièrement tout ce qu’elle avait « sacrifié » pour elle. Cette dette imaginaire pesait sur chaque interaction. Le travail a été de lui faire comprendre que la loyauté n’est pas l’obéissance. On peut être loyal tout en ayant sa propre vie, ses propres choix, ses propres limites.
« J’ai compris que dire non à ma mère, ce n’était pas la rejeter. C’était me choisir, pour la première fois. »
Quand Clara est venue me voir, elle avait déjà essayé la communication non violente, lu des livres sur les relations toxiques, et même tenté une thérapie brève. Mais rien n’avait vraiment pris. Pourquoi ? Parce que toutes ces approches agissent au niveau conscient, alors que le problème était enfoui dans son système nerveux inconscient.
L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, ne cherche pas à « contrôler » ou à « reprogrammer » la personne. Elle l’accompagne dans un état de conscience modifié où le cerveau devient plus réceptif aux nouvelles possibilités. C’est un peu comme si on ouvrait une fenêtre dans une pièce fermée depuis longtemps.
Avec Clara, nous avons travaillé en trois étapes.
Première étape : créer un refuge intérieur
Avant de pouvoir dire stop à sa mère, Clara avait besoin d’un endroit où elle se sentait en sécurité. Nous avons construit, sous hypnose, un lieu imaginaire — une cabane au bord d’un lac, avec une lumière douce et une odeur de pin. C’est là qu’elle pouvait aller quand son corps s’emballait. Pas pour fuir, mais pour se ressourcer.
Deuxième étape : revisiter les scènes du passé
Sous hypnose, Clara a pu revoir certaines scènes de son enfance — ces moments où sa mère lui disait « tu n’es pas assez », « tu fais mal », « tu es égoïste ». Mais cette fois, elle n’était plus seule. Elle pouvait observer la scène en tant qu’adulte, avec une perspective nouvelle. Elle a vu que sa mère, en réalité, projetait ses propres peurs et insécurités. Cela n’excusait rien, mais cela a désamorcé la charge émotionnelle.
Troisième étape : répéter le « stop » en sécurité
L’hypnose permet de répéter des comportements nouveaux dans un environnement protégé. Clara a ainsi pu s’entraîner à dire « stop » à sa mère, d’abord en imagination, puis en hypnose, avant de le faire en vrai. Son corps a appris progressivement que dire non ne déclenchait pas de catastrophe. Sa voix devenait plus ferme, ses épaules plus détendues, son souffle plus profond.
Résultat ? Après six séances, Clara a vécu son premier appel téléphonique sans angoisse. Sa mère a commencé par une remarque sur son poids. Clara a répondu : « Maman, je n’ai pas envie de parler de mon corps aujourd’hui. On peut parler d’autre chose ou on se rappelle plus tard. » Sa mère a marqué un silence, puis a changé de sujet. Rien de dramatique. Juste une petite révolution silencieuse.
L’hypnose a préparé le terrain, mais c’est l’approche IFS qui a permis à Clara de comprendre pourquoi elle restait bloquée dans certaines situations. L’IFS, ou Internal Family Systems, part du principe que nous avons tous des « parties » en nous — des sous-personnalités avec leurs propres émotions, croyances et rôles.
Chez Clara, trois parties étaient particulièrement actives :
La « petite fille sage »
Celle qui avait appris à se taire pour ne pas déranger. Elle disait : « Si je parle, maman sera fâchée. Et si maman est fâchée, je suis seule au monde. » Cette partie avait été utile à l’enfance pour survivre émotionnellement. Mais à 34 ans, elle empêchait Clara de s’affirmer.
La « rebelle intérieure »
Celle qui voulait tout envoyer valser. Elle disait : « Ta mère est toxique, coupe les ponts, déménage, ne l’appelle plus jamais. » Cette partie était venue protéger Clara de la souffrance, mais sa solution était radicale et isolante.
La « mère culpabilisante »
Celle qui avait intégré la voix de sa vraie mère. Elle disait : « Tu es égoïste. Une bonne fille ne fait pas de peine à sa mère. Tu lui dois tout. » Cette partie était la plus sournoise, car elle se faisait passer pour la raison alors qu’elle n’était qu’une peur déguisée.
Le travail avec l’IFS n’a pas consisté à « supprimer » ces parties, mais à les comprendre et à les apaiser. Clara a appris à dialoguer avec elles, à les remercier pour leur protection, et à leur montrer qu’elle était désormais une adulte capable de gérer les situations.
« J’ai découvert que la petite fille sage n’était pas mon ennemie. Elle avait juste besoin que je lui dise : “Je suis là maintenant. Tu peux te reposer.” »
C’est ce que j’appelle l’Intelligence Relationnelle : la capacité à accueillir toutes nos parties sans les juger, et à choisir consciemment comment agir, plutôt que de réagir automatiquement.
Le moment clé est arrivé un samedi après-midi. Sa mère était venue chez elle, comme chaque mois, pour voir ses petits-enfants. Clara avait préparé le terrain : elle avait écrit ce qu’elle voulait dire, s’était entraînée en hypnose, et avait parlé à son conjoint de son intention.
Sa mère a commencé, comme toujours, par des remarques sur l’éducation des enfants : « Tu les laisses trop regarder les écrans », « Tu ne leur donnes pas assez de légumes », « À ton âge, tu devrais savoir… »
Clara a senti son cœur s’emballer. La petite fille sage voulait baisser la tête. La rebelle voulait crier. Mais cette fois, elle a pris une respiration, et elle a dit :
« Maman, je t’entends. Mais je n’ai pas besoin de conseils sur comment élever mes enfants. Je fais de mon mieux, et ça me convient. Si tu veux m’aider, tu peux juste être là, sans me dire comment faire. »
Sa mère a eu un mouvement de recul. Son visage s’est figé. Puis elle a dit, d’une voix plus froide : « Je vois que tu es devenue ingrate. »
Clara a senti la culpabilité l’envahir. Mais elle tenait bon. Elle a ajouté : « Je ne suis pas ingrate. Je suis juste une adulte qui a le droit de faire ses propres choix. Je t’aime, mais je ne peux plus accepter que tu me dises comment vivre ma vie. »
Sa mère est partie plus tôt que prévu. Clara a pleuré une heure après son départ. Mais c’étaient des larmes de libération, pas de regret. Le soir même, elle m’a envoyé un message : « Je l’ai fait. Je suis vivante. Et je crois que pour la première fois, je me sens moi. »
Bien sûr, tout n’a pas été parfait après. Sa mère a fait la tête pendant trois semaines. Il y a eu des silences gênés, des tentatives de culpabilisation. Mais Clara tenait. Elle avait appris que dire « stop » n’était pas un événement unique, mais une pratique quotidienne. Chaque interaction était une occasion de réaffirmer sa limite, avec douceur et fermeté.
Six mois plus tard, leur relation avait changé. Pas radicalement — sa mère reste une personne compliquée — mais Clara n’était plus la même. Elle ne redoutait plus les appels du dimanche. Elle pouvait écouter sa mère sans s’effondrer. Et surtout, elle avait cessé de transmettre ce schéma à ses enfants. « Je veux qu’ils sachent que dire non à leur mère, ce n’est pas une trahison. C’est un acte d’amour envers soi-même », m’a-t-elle dit lors de notre dernière séance.
Si vous lisez cet article et que vous vous reconnaissez dans le parcours de Clara, sachez une chose : vous n’êtes pas seule. Des centaines de personnes, en France et ailleurs, vivent cette même difficulté à poser des limites avec leur mère. Ce n’est pas une faiblesse. C’est le résultat d’années de conditionnement émotionnel.
Mais vous pouvez en sortir. Voici ce que je retiens de l’histoire de Clara, et ce que je vois fonctionner chez mes patients :
1. Le problème n’est pas dans votre tête, mais dans votre corps Tant que votre système nerveux reste en alerte, aucun discours rationnel ne pourra vous aider à dire non. L’hypnose ou d’autres techniques corporelles (sophrologie, cohérence cardiaque) peuvent vous aider à apaiser cette réponse automatique.
2. Dire stop n’est pas un rejet Beaucoup de personnes confondent limite et rupture. Dire « je n’accepte pas ce comportement » ne signifie pas « je ne t’aime plus ». Vous pouvez aimer votre mère et refuser ses remarques. Les deux peuvent coexister.
3. La culpabilité est une émotion, pas une vérité Elle passera si vous apprenez à l’accueillir sans agir sous son emprise. Chaque fois que vous dites non malgré la culpabilité, vous affaiblissez son pouvoir sur vous.
4. Vous avez le droit de choisir votre vie À 20, 30, 40 ou 50 ans, vous êtes un adulte. Votre mère n’a plus autorité sur vos choix. Elle peut donner son avis, mais vous n’êtes pas obligée de le suivre. Votre vie vous appartient.
5. Le changement est progressif Clara n’a pas tout changé en une séance. Il lui a fallu du temps, des rechutes, des moments de doute. Mais chaque petit pas comptait. Ne vous attendez pas à une transformation radicale du jour au lendemain. Célébrez les micro-victoires.
Je ne vais pas vous promettre qu’en lisant cet article, vous allez miraculeusement apprendre à dire stop à votre mère. Ce n’est pas comme ça que ça marche. Le chemin est personnel, parfois douloureux, et il demande un accompagnement adapté.
Mais si vous sentez que cette histoire résonne en vous, si vous avez cette boule au ventre chaque fois que vous pensez à votre mère, si vous savez au fond de vous que quelque chose doit changer, alors peut-être est-ce le moment de faire le premier pas.
Ce premier pas,
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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