3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Le gaslighting expliqué à travers une histoire vécue.
« Je commençais à douter de tout : de ma mémoire, de mes perceptions, de ma santé mentale. »
C’est ce que m’a confié Laura, 34 ans, lors de notre première séance. Elle était assise face à moi, les mains serrées l’une contre l’autre, le regard fuyant. « Au début, je pensais que c’était le stress du travail. Puis j’ai cru que je devenais vraiment fou(le). »
Elle n’était pas folle. Elle était en train de vivre une forme d’emprise psychologique que l’on appelle le gaslighting, et dont elle n’avait jamais entendu parler avant de tomber sur un article par hasard.
Je m’appelle Thierry Sudan, je suis praticien à Saintes depuis 2014, et j’accompagne des adultes qui traversent ce genre de tourmente. Aujourd’hui, je veux te parler de ce phénomène à travers l’histoire de Laura — pas pour faire peur, mais pour t’aider à reconnaître les signes. Parce que si tu te reconnais dans ce récit, tu n’es pas fou(le). Tu es peut-être simplement en train de vivre quelque chose qu’il est urgent de nommer.
Le gaslighting n’est pas un simple mensonge ou une dispute ordinaire. C’est une technique de manipulation psychologique qui vise à te faire douter de ta propre réalité. Le terme vient d’une pièce de théâtre de 1938, Gas Light, où un mari manipule son épouse en faisant varier l’intensité des lampes à gaz, puis en niant que la lumière a changé. Il lui répète qu’elle « imagine des choses ». Elle finit par croire qu’elle perd la raison.
Aujourd’hui, le concept est bien documenté en psychologie clinique. Il ne s’agit pas d’un trouble mental chez la victime, mais d’un schéma relationnel toxique. La personne qui pratique le gaslighting — consciemment ou non — cherche à prendre le contrôle en déstabilisant l’autre. Ses outils ? Le déni, la minimisation, la diversion, le mensonge, et parfois une apparente bienveillance.
Laura vivait ça depuis deux ans avec son compagnon. Au début, c’étaient des petites choses. Il oubliait une conversation, puis lui disait : « Mais non, tu as mal entendu, je n’ai jamais dit ça. » Elle se disait : « Peut-être que j’ai mal compris, je suis fatiguée. » Puis venaient les critiques déguisées : « Tu es trop sensible, tu vois tout de travers. » Petit à petit, elle a cessé de faire confiance à son propre jugement.
Ce qui est sournois, c’est que le gaslighting s’installe lentement. Si quelqu’un te frappe, tu sais que c’est violent. Mais si quelqu’un te fait douter de toi-même, tu cherches la faute en toi. Tu te dis : « C’est de ma faute, je suis trop compliqué(e), je devrais faire mieux. »
Le piège, c’est que plus tu doutes, plus tu deviens dépendant(e) de l’autre pour « valider » ta réalité. Et plus tu dépends de lui, plus il a de pouvoir sur toi.
Laura est venue me voir parce qu’elle souffrait d’anxiété chronique. Elle avait des insomnies, des maux de tête, et une sensation permanente d’être « à côté de la plaque ». Elle m’a raconté son quotidien.
« Mon compagnon est quelqu’un de brillant, très charismatique. Au début, je me suis dit que j’avais de la chance. Il était attentionné, il me faisait rire. Mais très vite, il a commencé à commenter mes choix : ma façon de m’habiller, mes amis, mon travail. Il disait : “Je te le dis pour ton bien, hein. Tu mérites mieux.” »
Puis sont venues les premières « disputes » — si on peut appeler ça ainsi. Laura se souvient d’une soirée où elle avait évoqué un projet professionnel qui lui tenait à cœur. Lui avait répondu : « Tu es sûre que c’est une bonne idée ? Avec ton anxiété, tu vas craquer. » Elle s’était sentie humiliée. Le lendemain, il avait nié avoir dit ça : « Mais non, je t’ai soutenue. Tu exagères toujours tout. »
Laura a commencé à noter des choses dans un carnet, pour vérifier sa mémoire. Mais son compagnon a découvert le carnet et lui a dit : « Tu vois que tu es paranoïaque. Tu écris tout, c’est malsain. » Elle a arrêté de noter.
Le mécanisme est implacable. Le manipulateur isole sa cible, en douceur. Il critique ses proches (« Tes amis te montent la tête »), puis il crée un climat d’insécurité où la victime finit par ne plus savoir ce qui est vrai. Laura ne savait plus si elle était « trop sensible » ou si elle vivait une situation anormale.
Ce qui m’a frappé chez elle, c’est la honte. Elle avait honte de douter de lui, honte de ne pas être « assez forte », honte de penser qu’elle pourrait se tromper sur toute la ligne. Elle m’a dit : « Parfois, je me demande si ce n’est pas moi qui suis toxique. »
C’est un signe classique. Quand tu commences à croire que tu es le problème, que tu es trop compliqué(e), trop émotif(ve), trop exigeant(e), alors que l’autre ne change jamais, il y a de fortes chances que tu sois en train de subir un gaslighting.
Le gaslighting ne se voit pas de l’extérieur. Il se ressent de l’intérieur, comme une brume qui brouille tout : ta confiance, ta mémoire, ton identité.
Laura a mis deux ans à comprendre ce qui lui arrivait. Elle a identifié sept signes récurrents qui, avec le recul, étaient des drapeaux rouges. Si tu vis une relation qui te laisse un goût amer, regarde si ces éléments te parlent.
1. Le déni systématique. Tu racontes un événement, il/elle te dit que ça ne s’est pas passé comme ça. Pas une fois, mais tout le temps. Tu finis par douter de ta propre version des faits.
2. La minimisation de tes émotions. « Tu es trop sensible », « Tu dramatises », « Tu vois le mal partout ». Ces phrases ne sont pas des conseils, ce sont des invalidations. Elles disent : ce que tu ressens n’est pas légitime.
3. La distorsion des faits. Ton partenaire te fait des promesses, puis nie les avoir faites. Il/elle change l’histoire pour te faire passer pour celui/celle qui a mal compris. Tu te retrouves à t’excuser pour quelque chose que tu n’as pas fait.
4. L’isolement progressif. Il/elle critique tes amis, ta famille, tes collègues. « Ils ne sont pas bons pour toi », « Ils te jugent », « Ils t’influencent mal ». Peu à peu, tu te retrouves seul(e) avec lui/elle.
5. Les compliments qui précèdent les critiques. « Tu es génial(e), mais… » Le « mais » efface tout ce qui précède. C’est une façon de te déstabiliser en alternant valorisation et dévalorisation.
6. La projection. Il/elle t’accuse de ce qu’il/elle fait. S’il/elle ment, il/elle te dit que tu mens. S’il/elle te trompe, il/elle t’accuse de paranoïa. Tu passes ton temps à te défendre.
7. La lassitude. Tu es épuisé(e) mentalement. Chaque interaction est un combat pour exister, pour être entendu(e). Tu te dis : « Si je fais plus d’efforts, ça ira mieux. » Mais non, ça ne va jamais mieux.
Laura a reconnu ces sept signes en séance. Elle a pleuré en les lisant. « Je croyais que c’était de ma faute. Je croyais que j’étais folle. » C’est une réaction que je vois souvent. Le soulagement de mettre un mot sur ce qu’on vit est immense — mais il est suivi d’une tristesse profonde. Parce qu’on réalise qu’on a été trahi(e) par quelqu’un qu’on aimait.
Quand on lit un article sur le gaslighting, on se dit souvent : « Moi, je partirais tout de suite. » Mais dans la réalité, c’est beaucoup plus complexe. Laura est restée deux ans. Pourquoi ?
D’abord, il y a l’amour — ou ce qu’on croit être de l’amour. Le manipulateur a souvent une face cachée : il peut être charmant, attentionné, même vulnérable. Laura me disait : « Il avait des moments où il était tellement fragile, je ne pouvais pas le quitter. » C’est un piège classique : la culpabilité. Tu restes par pitié, par espoir que « l’autre » revienne.
Ensuite, il y a la dépendance psychologique. Quand on t’a fait douter de toi pendant des mois, tu ne sais plus si tu es capable de prendre des décisions seul(e). Tu as peur de l’inconnu. Tu préfères le mal que tu connais au risque de l’inconnu. Laura disait : « Je me disais que sans lui, je serais perdue. Il m’avait convaincue que je ne pouvais pas gérer ma vie seule. »
Il y a aussi la honte. Admettre qu’on a été manipulé(e), c’est difficile. On se sent naïf(ve), stupide, faible. Alors on reste, en espérant que ça change.
Enfin, il y a un mécanisme neurologique. Le stress chronique active l’amygdale, la partie du cerveau qui gère la peur. Quand tu vis dans un état d’alerte permanent, ta capacité à réfléchir clairement diminue. Tu fonctionnes en survie. Tu n’as plus l’énergie de partir.
Laura me disait : « Je me levais le matin et je me demandais : “Qu’est-ce que j’ai fait de mal aujourd’hui ?” C’était épuisant. » C’est exactement ça. Le gaslighting te vole ton énergie vitale.
Je ne vais pas te raconter que tout a été facile. Laura a mis six mois à prendre la décision de partir. Mon rôle n’a pas été de lui dire quoi faire, mais de l’aider à retrouver confiance en elle-même pour qu’elle puisse décider par elle-même.
J’ai utilisé trois approches principales : l’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle.
Avec l’hypnose ericksonienne, nous avons travaillé sur la reconnexion à ses sensations corporelles. Quand on est manipulé(e), on se coupe de son corps pour survivre. Laura ne ressentait plus la faim, la fatigue, ou même la colère. Elle était « dans sa tête », à tout analyser. L’hypnose l’a aidée à retrouver ses signaux internes : « Quand il me dit ça, mon ventre se serre. » C’est devenu son guide.
Avec l’IFS, nous avons accueilli les parties d’elle qui étaient en conflit. Il y avait une partie « petite fille » qui avait peur de l’abandon, une partie « adulte rationnelle » qui voulait partir, et une partie « protectrice » qui la maintenait dans la relation pour éviter la douleur. Au lieu de lutter contre ces parties, nous les avons écoutées. C’est ça, l’IFS : comprendre que chaque partie a une intention positive, même si son comportement est problématique.
Avec l’Intelligence Relationnelle, nous avons travaillé sur ses schémas relationnels. Pourquoi avait-elle attiré ce type de personne ? Pas pour la blâmer, mais pour comprendre. Elle avait grandi dans une famille où l’on doutait d’elle. Elle avait appris à se méfier d’elle-même. Le travail a été de reconstruire une relation saine avec elle-même, pour qu’elle puisse attirer des relations saines avec les autres.
Je ne te dis pas que tout a été miraculeux. Laura a eu des rechutes. Elle a eu des nuits où elle se demandait si elle n’avait pas tort. Mais peu à peu, elle a retrouvé une certitude intérieure. Elle a quitté son compagnon il y a huit mois. Aujourd’hui, elle me dit : « Je ne suis plus la même. Je me fais confiance. »
Tu n’as pas besoin de preuves pour faire confiance à ce que tu ressens. Ton corps t’a déjà tout dit. Il te reste juste à l’écouter.
Si tu te reconnais dans ce récit, tu es peut-être en train de te demander : « Et moi, qu’est-ce que je fais ? » Voici quelques pistes concrètes, sans pression.
1. Rétablis ton lien avec toi-même. Prends cinq minutes par jour pour te poser, fermer les yeux, et respirer. Demande-toi : « Qu’est-ce que je ressens dans mon corps en ce moment ? » Pas dans ta tête. Dans ton corps. La tension dans les épaules, la boule au ventre, la mâchoire serrée. Ce sont des messages.
2. Écris, mais pour toi. Prends un carnet que personne ne lira. Note les faits : ce qui s’est dit, ce qui s’est passé. Pas d’interprétation, juste les faits. Relis-le dans une semaine. Tu verras peut-être un schéma.
3. Parle à quelqu’un de neutre. Un(e) ami(e) de confiance, un thérapeute, un groupe de parole. Mais attention : choisis quelqu’un qui ne te jugera pas et qui ne minimisera pas ce que tu vis. Le gaslighting a besoin du silence pour prospérer.
4. Fixe une petite limite. Pas une grande décision. Juste une petite limite, pour aujourd’hui. Par exemple : « Je ne réponds pas aux messages après 21h », ou « Je dis non à une demande qui me pèse ». Puis tiens-la. Même si l’autre te fait sentir coupable.
5. Accepte que tu n’es pas fou(le). Répète-le-toi. Écris-le. Colle-le sur ton miroir. « Je ne suis pas fou(le). Mes perceptions sont valides. » C’est un acte de résistance.
Et si tu sens que tu as besoin d’un accompagnement plus profond, sache que je suis là. Je reçois en cabinet à Saintes, mais je fais aussi des séances à distance. On peut travailler ensemble pour retrouver ta confiance, clarifier ce que tu vis, et décider de la suite — à ton rythme, sans pression.
Tu n’es pas seul(e). Et tu n’es pas fou/folle. Tu es juste un être humain qui a été déstabilisé(e) par une relation toxique. Ça peut arriver à n’importe qui. L’important, c’est ce que tu choisis de faire maintenant.
Si cet article t’a parlé, prends soin de toi. Et si tu veux en parler, ma porte est ouverte.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.