3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Repérez le piège relationnel qui vous épuise sans le savoir.
Vous êtes là, en train de relire le message que vous venez d’envoyer à votre conjoint, à votre collègue ou à votre parent. Encore une fois, la conversation a dérapé. Vous vouliez simplement dire quelque chose de simple, mais la réponse que vous avez reçue vous a piqué. Alors vous avez répliqué, un peu plus fort, un peu plus sec. Et maintenant, vous avez cette boule au ventre, ce sentiment désagréable de tourner en rond, de revivre toujours la même scène. Vous vous sentez coincé, incompris, et vous vous demandez : « Pourquoi est-ce que ça finit toujours comme ça ? »
Si cette situation vous parle, il y a de fortes chances que vous soyez pris dans ce que l’on appelle le triangle de Karpman. Ce n’est pas un concept abstrait sorti d’un manuel de psychologie obscure. C’est un piège relationnel que l’on rencontre tous, et qui explique pourquoi certaines disputes vous épuisent sans jamais rien résoudre. Je vois ce mécanisme presque tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des adultes intelligents, bienveillants, qui se retrouvent prisonniers d’un jeu relationnel toxique sans même s’en rendre compte. Mon objectif ici est simple : vous aider à reconnaître ce piège, comprendre comment vous y tombez, et surtout, vous donner une clé pour en sortir. Pas une formule magique, mais un chemin concret.
Le triangle de Karpman, ou triangle dramatique, a été décrit par le psychologue Stephen Karpman dans les années 1960. C’est un modèle qui montre comment trois rôles principaux s’articulent dans une relation conflictuelle : la Victime, le Persécuteur et le Sauveur. L’idée n’est pas de vous coller une étiquette définitive, mais de reconnaître que nous passons tous d’un rôle à l’autre, parfois en l’espace de quelques secondes.
Prenons un exemple concret. Imaginez que vous êtes préparateur mental sportif, comme je le fais pour des coureurs et des footballeurs. Un athlète vient vous voir, déçu de sa performance. Il dit : « Je n’y arriverai jamais, je suis nul. » Il est dans le rôle de la Victime : il se sent impuissant, accablé par la situation. Si vous répondez : « Mais non, tu travailles dur, je vais t’aider à trouver une solution », vous venez d’enfiler le costume du Sauveur. Vous prenez la responsabilité de le sortir de sa détresse. Maintenant, supposez que l’athlète ne suit pas vos conseils et échoue à nouveau. Vous pourriez vous dire : « Il ne fait aucun effort, il se plaint tout le temps. » Vous basculez alors en Persécuteur : vous le critiquez, vous lui reprochez son manque d’investissement. Lui, à son tour, se sent encore plus victime. Le triangle tourne.
Ce qui rend ce piège si sournois, c’est qu’il semble naturel. Quand quelqu’un souffre, notre premier réflexe est souvent de vouloir l’aider (Sauveur). Quand on se sent attaqué, on se défend ou on attaque en retour (Persécuteur). Quand on est submergé, on cherche quelqu’un pour nous prendre en charge (Victime). Ce sont des réponses humaines, mais lorsqu’elles deviennent des schémas répétitifs, elles vous épuisent. Vous n’êtes pas « coincé » à cause d’un défaut de caractère. Vous êtes coincé parce que vous jouez un rôle que vous avez appris, souvent depuis l’enfance, et que vous reproduisez sans le vouloir.
Le rôle de Victime est souvent celui que l’on rejette le plus. Personne n’aime se voir comme une victime. Pourtant, c’est probablement le rôle le plus courant et le plus subtil. Attention : être victime d’une injustice réelle (un licenciement abusif, une agression) n’a rien à voir avec le rôle de Victime dans le triangle de Karpman. Ici, il s’agit d’une position psychologique : celle de la personne qui se sent impuissante, qui attend que quelqu’un d’autre résolve son problème, et qui refuse sa propre responsabilité.
Je reçois des personnes qui me disent : « Mon chef est impossible, il me critique tout le temps, je ne peux rien y faire. » Ou : « Mon conjoint ne m’écoute jamais, c’est toujours moi qui fais des efforts. » Ces phrases sont typiques de la Victime. Le piège, c’est que ce rôle procure un bénéfice secondaire : il vous décharge de la responsabilité. Si vous êtes victime, vous n’avez pas à agir, à changer, à faire face à l’inconfort d’une confrontation. Vous avez juste à vous plaindre. Et souvent, vous attirez des Sauveurs qui viennent confirmer votre impuissance : « Oh, le pauvre, ce n’est pas de ta faute. »
Mais il y a un coût énorme : vous restez coincé. Vous perdez votre pouvoir d’agir. Vous devenez dépendant des autres pour votre bien-être. Et surtout, vous attirez inévitablement des Persécuteurs, car à force de rester dans la plainte, vous finissez par agacer ceux qui vous entourent. « Arrête de te plaindre, tu ne fais rien pour changer ! » Voilà le Persécuteur qui surgit. Et le triangle continue.
Si vous vous reconnaissez dans ce rôle, je ne vous demande pas de vous blâmer. C’est une position que vous avez adoptée pour survivre à une situation difficile, peut-être dans votre enfance. Mais aujourd’hui, elle ne vous sert plus. Le premier pas pour en sortir est de reconnaître quand vous êtes dans cette posture : « Là, je me sens impuissant. Qu’est-ce que je peux faire, même petit, pour reprendre le contrôle ? »
Le Persécuteur n’est pas forcément un tyran qui crie ou qui frappe. C’est souvent une personne qui critique, qui juge, qui impose ses standards, qui dit « tu devrais » ou « tu aurais dû ». C’est le rôle de celui qui se place en position de supériorité morale ou intellectuelle. Et je vais vous surprendre : beaucoup de personnes qui se disent « gentilles » ou « empathiques » passent régulièrement en Persécuteur, sans même s’en rendre compte.
Prenons un exemple de la vie quotidienne. Vous rentrez du travail, vous êtes fatigué. Votre conjoint vous dit : « Tu as oublié de sortir les poubelles, encore. » Vous sentez une irritation monter. Vous répondez : « Et toi, tu as pensé à faire les courses ? Non, parce que j’ai vu le frigo vide. » Vous venez de passer en Persécuteur. Vous n’attaquez pas physiquement, mais vous dévalorisez, vous contre-attaquez. Le but ? Avoir raison, vous protéger, ne pas vous sentir vulnérable.
Le Persécuteur est souvent une armure. Derrière cette critique acerbe, il y a une peur : peur d’être jugé, peur de perdre le contrôle, peur de ne pas être à la hauteur. En attaquant le premier, vous gardez une position de force apparente. Mais ce rôle est épuisant. Il vous isole. Personne n’aime être critiqué en permanence. Et surtout, il empêche toute vraie résolution de conflit. La dispute devient un ping-pong de reproches, sans jamais aborder le vrai sujet : « Je suis fatigué, j’ai besoin que tu me soutiennes. »
Si vous êtes souvent en Persécuteur, posez-vous cette question : « Qu’est-ce que je protège en attaquant ? » Peut-être une blessure d’être ignoré, ou une peur de l’échec. En reconnaissant cette vulnérabilité, vous pouvez commencer à exprimer vos besoins sans avoir à écraser l’autre. C’est un changement radical : passer de « Tu es nul » à « J’ai besoin que tu m’aides à… ». Ce n’est pas facile, mais c’est libérateur.
Ah, le Sauveur. C’est souvent le rôle le plus valorisé socialement. Celui qui tend la main, qui écoute, qui résout les problèmes des autres. Vous vous reconnaissez peut-être : vous êtes celui ou celle vers qui tout le monde se tourne en cas de crise. Vous êtes fiable, compétent, généreux. Mais il y a un revers : vous vous oubliez.
Le Sauveur ne sauve pas pour de bonnes raisons. Il sauve parce qu’il a besoin d’être nécessaire. Il tire son estime de lui-même du fait d’être indispensable. C’est un piège subtil. Quand vous sauvez quelqu’un, vous lui dites implicitement : « Tu n’es pas capable de t’en sortir tout seul. » Vous le maintenez dans son rôle de Victime. Et vous vous épuisez. Je vois beaucoup de Sauveurs dans mon cabinet : des parents qui font les devoirs de leurs enfants à leur place, des managers qui corrigent le travail de leurs collaborateurs, des conjoints qui gèrent tout à la maison parce que l’autre « n’y arrive pas ».
Le problème, c’est que le Sauveur finit toujours par devenir Persécuteur ou Victime. Vous avez aidé votre collègue pendant des mois, mais il n’a pas progressé. Un jour, vous craquez : « J’en ai marre de tout faire à ta place, tu es un poids mort. » Vous passez en Persécuteur. Ou alors, vous vous effondrez : « Je fais tout pour tout le monde, personne ne m’aide en retour. » Vous devenez Victime. Le triangle tourne.
Si vous êtes Sauveur, la clé est d’apprendre à dire non, et surtout, à faire confiance aux autres. Accepter que quelqu’un échoue ou souffre sans intervenir est terriblement difficile. Mais c’est la seule manière de sortir du triangle. Vous n’êtes pas responsable du bonheur des autres. Vous pouvez être présent, écouter, proposer, mais pas porter. La prochaine fois que quelqu’un vient se plaindre, au lieu de proposer une solution, essayez de demander : « Qu’est-ce que tu comptes faire ? » ou « De quoi as-tu besoin de ma part ? » Vous verrez, c’est déstabilisant, mais incroyablement libérateur.
Le piège du Sauveur : quand vous faites à la place de l’autre, vous l’empêchez de grandir. Aider, ce n’est pas sauver. Aider, c’est être à côté, pas devant.
Sortir du triangle de Karpman n’est pas un processus instantané. C’est un apprentissage, comme un sportif qui répète un geste technique. Voici trois questions que vous pouvez vous poser en pleine dispute pour vous extraire du piège. Elles sont simples, mais leur application demande de l’entraînement.
1. « Quel rôle suis-je en train de jouer ? »
Prenez une seconde de recul. Êtes-vous en train de vous plaindre sans agir (Victime) ? De critiquer pour avoir raison (Persécuteur) ? De proposer des solutions alors qu’on ne vous les demande pas (Sauveur) ? La simple prise de conscience brise le schéma automatique. Vous ne pouvez pas changer ce que vous ne voyez pas.
2. « Qu’est-ce que je veux vraiment ? »
Souvent, sous le rôle, il y a un besoin non exprimé. La Victime a besoin de reconnaissance. Le Persécuteur a besoin de sécurité. Le Sauveur a besoin d’être utile. Demandez-vous : « Au-delà de la dispute, qu’est-ce que je désire ? » Peut-être que vous voulez juste être entendu, ou que l’on respecte vos limites. Exprimez ce besoin directement, sans passer par le jeu de rôle.
3. « Quelle est ma part de responsabilité ? »
C’est la question la plus difficile. Dans le triangle, chacun projette la faute sur l’autre. La Victime dit : « C’est de sa faute. » Le Persécuteur : « C’est de ta faute. » Le Sauveur : « C’est de ma faute si je n’ai pas assez aidé. » La sortie, c’est de reconnaître votre propre responsabilité dans la dynamique. « Oui, j’ai accepté de faire les choses à sa place. Oui, j’ai répondu avec agressivité. Oui, je me suis plaint sans chercher de solution. » Ce n’est pas pour vous culpabiliser, mais pour reprendre votre pouvoir.
Je me souviens d’un footballeur que j’accompagnais. Il se disputait constamment avec son entraîneur. Il se plaignait (Victime) que l’entraîneur ne lui faisait pas confiance. Puis il critiquait ses choix (Persécuteur). Un jour, je lui ai demandé : « Qu’est-ce que tu veux vraiment ? » Il a répondu : « Qu’il me considère comme un titulaire. » Je lui ai dit : « Alors, au lieu de te plaindre ou de critiquer, va lui parler. Demande-lui ce que tu dois améliorer pour être titulaire. » Il l’a fait. La conversation a été difficile, mais elle a sorti du triangle. Il a pris sa responsabilité.
Le triangle de Karpman, c’est le symptôme. La cause, c’est souvent un manque d’Intelligence Relationnelle. Ce terme, que j’utilise dans mon accompagnement, désigne la capacité à reconnaître vos émotions et vos besoins, et à les communiquer sans vous perdre dans les jeux de pouvoir. L’Intelligence Relationnelle, c’est l’outil qui vous permet de rester adulte dans une relation, même quand l’autre est dans son triangle.
Concrètement, cela passe par plusieurs compétences :
Prenons une situation typique. Votre enfant ado vous dit : « Tu ne comprends rien, tu es trop strict. » Vous pouvez tomber dans le triangle : vous sentez attaqué (Persécuteur) et vous répondez : « Tu es ingrat, je fais tout pour toi. » Ou vous vous sentez incompris (Victime) : « De toute façon, je ne fais jamais rien de bien. » Ou vous voulez arranger les choses (Sauveur) : « D’accord, on va assouplir les règles. »
Avec de l’Intelligence Relationnelle, vous pourriez dire : « J’entends que tu es frustré. Peut-être qu’on peut en parler calmement ? Qu’est-ce qui te dérange précisément ? » Vous ne jouez aucun rôle. Vous êtes juste présent, ouvert, et vous gardez votre autorité sans être autoritaire. Ce n’est pas facile, surtout quand l’émotion est forte. Mais c’est un muscle qui se développe.
L’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) que j’utilise en cabinet aident justement à contacter ces parties de vous qui vous poussent dans ces rôles. La partie Sauveur, par exemple, est souvent un enfant qui a appris à être « utile » pour être aimé. En reconnaissant cette partie, en la remerciant pour son intention de vous protéger, vous pouvez choisir, en adulte, comment réagir. Vous n’êtes plus esclave du rôle.
Je sais que lire tout cela peut être un peu vertigineux. Vous vous dites peut-être : « Mais alors, toutes mes disputes sont des pièges ? » Non, toutes ne le sont pas. Mais beaucoup le deviennent parce que nous n’avons pas appris à communiquer autrement. Pourtant, chaque fois que vous sentez cette tension monter, cette envie de vous justifier, d’attaquer ou de vous effondrer, vous avez une occasion en or.
Cette occasion, c’est de faire un pas de côté. De sortir du jeu. Et de rencontrer l’autre, vraiment. Pas comme un Persécuteur, une Victime ou un Sauveur, mais comme deux humains avec leurs fragilités et leurs désirs. La dispute n’est pas l’ennemi. C’est le triangle qui l’est
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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