3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des pistes concrètes pour renouer avec vos émotions et celles de vos proches.
Tu n’as jamais su quoi faire des émotions. Les tiennes, déjà, tu les sens à peine – une boule dans le ventre que tu ignores, une fatigue diffuse que tu attribues au travail. Celles des autres, c’est pire : quand ton conjoint te dit qu’il est triste, tu changes de sujet. Quand ta fille pleure, tu lui dis « ce n’est rien, ça va passer » en pensant sincèrement l’aider.
Tu n’es pas un monstre. Tu es quelqu’un qui a appris, très tôt, que les émotions étaient dangereuses. Ou inutiles. Ou que les montrer te rendait vulnérable, et que la vulnérabilité était une faiblesse. Alors tu as construit une forteresse autour de toi. Tu es fiable, autonome, tu gères tout tout seul. Les autres te disent que tu es fort, que tu as la tête froide. Mais à l’intérieur, tu te sens parfois vide. Pas triste. Vide. Comme si quelque chose d’essentiel manquait, sans que tu saches quoi.
Ce quelque chose, c’est le lien émotionnel. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas perdu. Juste endormi.
Quand j’accompagne des personnes avec un attachement évitant, je commence toujours par poser une question simple : « Raconte-moi comment on gérait les émotions chez toi, petit. » La réponse varie, mais le schéma se ressemble toujours.
Parfois, c’était explicite : « Arrête de pleurer ou je vais te donner une raison de pleurer. » Parfois, c’était implicite : tes parents ne te consolaient pas quand tu tombais, ils te disaient « ce n’est rien, relève-toi ». Parfois, c’était plus subtil : ta mère était tellement anxieuse que tu as appris à ne rien montrer pour ne pas l’inquiéter.
Dans tous les cas, le message était le même : les émotions sont un problème. Elles dérangent, elles fatiguent, elles compliquent les choses. Alors tu as fait ce que tout enfant fait pour survivre dans son environnement : tu t’es adapté. Tu as rangé tes émotions dans une boîte, tu as fermé le couvercle, et tu as appris à fonctionner sans.
Le problème, c’est que cette stratégie qui t’a protégé enfant devient un piège à l’âge adulte. Parce qu’aujourd’hui, tu n’es plus dans un environnement où montrer tes émotions est dangereux. Mais ton corps, lui, n’a pas eu la mise à jour. Il continue à appliquer le même programme : quand une émotion pointe le bout de son nez → couper le contact → retour au calme apparent.
Sauf que le calme apparent n’est pas du calme. C’est une absence. Et cette absence, tes proches la ressentent. Ils te disent que tu es distant, que tu n’es pas là, que tu ne les comprends pas. Toi, tu ne comprends pas ce qu’ils te reprochent : tu es présent physiquement, tu gères les choses concrètes, tu ne les as jamais frappés ni insultés. Qu’est-ce qu’ils veulent de plus ?
Ils veulent que tu sois là émotionnellement. Et ça, personne ne t’a appris à le faire.
« Les évitants ne fuient pas les relations. Ils fuient l’intensité émotionnelle qu’elles impliquent. La différence est cruciale, car elle ouvre une porte vers le changement. »
Il y a une phrase que j’entends très souvent dans mon cabinet : « Je n’ai besoin de personne. » Elle est dite avec fierté, parfois avec un peu de défi. Et je comprends. Cette autonomie, tu l’as construite à la sueur de ton front. Tu as appris à te débrouiller parce que personne n’était là pour toi, ou parce que demander de l’aide était trop risqué.
Mais regardons les choses en face : cette phrase est un mensonge. Pas un mensonge conscient, mais un mensonge de survie. Personne n’est totalement autonome. Nous sommes des mammifères sociaux. Notre cerveau est câblé pour le lien, pas pour l’isolement. Même toi, quand tu es malade, tu aimerais que quelqu’un te prépare une soupe. Même toi, quand tu as une bonne nouvelle, tu as envie de la partager.
Le problème, c’est que tu as tellement bien appris à ne pas ressentir ce manque que tu crois vraiment qu’il n’existe pas. Tu as confondu le fait de ne pas ressentir le besoin avec l’absence de besoin. Mais le besoin est là. Il est juste enterré sous des couches de protection.
Et ce besoin non reconnu, il s’exprime de manière détournée. Par exemple, tu passes des heures à travailler parce que le travail, c’est concret, c’est maîtrisable, ça ne te renvoie pas à tes émotions. Tu t’investis dans des passions solitaires – sport, bricolage, jeux vidéo – où tu n’as pas à gérer les sentiments des autres. Tu collectionnes les relations courtes ou les partenaires très indépendants parce que ça ne te confronte pas à l’intimité émotionnelle.
Tu crois avoir choisi cette vie. Mais en réalité, tu t’es organisé pour ne jamais avoir à ouvrir cette boîte que tu as fermée enfant.
Parlons un peu de ce qui se passe concrètement dans tes relations. Pas pour te faire culpabiliser – je ne suis pas là pour ça – mais pour que tu comprennes le mécanisme.
Imagine une scène classique. Ton ou ta partenaire rentre du travail, visiblement contrarié·e. Il ou elle commence à te raconter une situation difficile avec un collègue. Toi, tu écoutes quelques secondes, puis tu dis : « Tu devrais lui en parler directement. » ou « Ce n’est pas si grave, laisse tomber. »
Tu crois aider. Tu proposes une solution, comme tu le ferais pour un problème technique. Mais ce n’est pas une solution que l’autre attend. Ce qu’il ou elle attend, c’est que tu dises : « Je comprends que tu sois en colère. » ou « C’est vraiment injuste, je suis de ton côté. »
Quand tu réponds par une solution, l’autre se sent invalidé. Il ou elle entend : « Tes émotions ne sont pas importantes, seul le problème compte. » Et comme tu es quelqu’un de bien, tu ne comprends pas pourquoi l’autre s’éloigne ou se fâche. Toi, tu as proposé une solution utile, non ?
Non. Tu as fui l’émotion. Tu as fait exactement ce que tu as appris à faire : dès que quelque chose de chaud émotionnellement arrive, tu passes en mode logique. C’est ton reflexe de survie. Mais dans une relation, ce reflexe crée un fossé.
À force, un pattern s’installe. L’autre apprend à ne plus venir vers toi avec ses émotions. Il ou elle se tourne vers des amis, sa famille, ou pire, se renferme aussi. Vous vivez côte à côte, mais vous ne partagez plus rien de vrai. Les conversations deviennent techniques : les courses, les horaires des enfants, les travaux de la maison. Vous êtes des colocataires efficaces, mais plus des partenaires.
Certains de mes patients évitants me disent : « Mais moi ça me va, je n’ai pas besoin de tout ce bla-bla émotionnel. » Et je les crois. Sur le moment, ça leur va. Mais dans la durée, quelque chose se fissure. Ils se sentent vides. Ils ont l’impression que leur vie est une liste de tâches à cocher. Ils ne sont pas malheureux, mais ils ne sont pas heureux non plus. Ils sont en pilotage automatique.
Et puis un jour, l’autre dit : « Je ne t’aime plus. » ou « Je pars. » Et là, l’évitant est dévasté. Il ne comprend pas. Il a tout fait bien, non ? Il a été fiable, présent, il n’a pas trompé, il a payé les factures. Comment l’autre peut-il dire qu’il ne se sentait pas aimé ?
Parce que l’amour, dans sa version aboutie, n’est pas une liste de tâches. C’est une présence émotionnelle. Et ça, personne ne t’a appris à le donner.
« Le silence émotionnel n’est pas une absence de sentiments. C’est une absence de permission de les exprimer. La différence est subtile mais fondamentale : tes émotions sont là, juste enfermées. »
On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas. Si tu veux être capable d’accueillir les émotions des autres, il faut d’abord que tu réapprennes à accueillir les tiennes. Et pour quelqu’un qui a passé des années à les ignorer, la mauvaise nouvelle c’est que le mental ne suffit pas. Tu ne peux pas penser tes émotions. Tu dois les ressentir.
La bonne nouvelle, c’est que ton corps, lui, n’a jamais oublié. Les émotions sont des phénomènes physiologiques avant d’être des concepts. La colère, c’est une accélération du rythme cardiaque, une chaleur dans la poitrine, une tension dans les mâchoires. La tristesse, c’est une lourdeur, une envie de se recroqueviller, des larmes qui montent. La peur, c’est des mains moites, un ventre qui se serre, une respiration courte.
Le problème, c’est que toi, quand ces sensations arrivent, ton cerveau fait un court-circuit. Il dit : « Danger, éteignons ça. » Et tu passes en mode mental. Tu te mets à analyser, à rationaliser, à planifier. Tu quittes ton corps pour te réfugier dans ta tête. C’est ce que tu as appris à faire depuis si longtemps que tu ne t’en rends même plus compte.
Le premier pas, c’est de ralentir ce processus. Pas de le supprimer – ce serait trop violent – mais de l’observer.
Voici un exercice simple que je donne à mes patients. Tu peux le faire maintenant, en lisant cet article. Pose le téléphone ou l’ordinateur. Ferme les yeux. Prends trois respirations profondes. Puis pose-toi la question : qu’est-ce que je ressens dans mon corps, là, maintenant ? Pas dans ma tête. Dans mon corps. Est-ce que j’ai une tension quelque part ? Une sensation de chaud ou de froid ? Une lourdeur ?
Si tu ne sens rien, c’est normal. Tu as passé des années à t’entraîner à ne rien sentir. Mais pose juste l’intention. Et dans les jours qui viennent, essaie de te poser cette question plusieurs fois par jour : quand tu bois ton café, quand tu marches, quand tu t’installes dans ta voiture. Pas pour changer quelque chose. Juste pour constater.
C’est l’équivalent d’ouvrir la porte de la cave où tu as enfermé tes émotions il y a vingt ans. Au début, tu ne vois rien. C’est sombre, ça sent le renfermé. Mais à force d’ouvrir la porte régulièrement, tu commences à distinguer des formes, des bruits, des odeurs. Et un jour, tu descendras les marches.
C’est l’étape la plus difficile pour les évitants. Parce que votre super-pouvoir, c’est la résolution de problèmes. Quand quelqu’un vient vers vous avec une émotion, votre premier réflexe est de chercher la solution. Et vous êtes souvent très bons pour ça. Sauf que dans une relation, offrir une solution avant d’avoir accueilli l’émotion, c’est comme offrir un parapluie à quelqu’un qui se noie.
L’exercice que je propose à mes patients, c’est d’apprendre à écouter sans rien faire. Pendant cinq minutes. Pas de conseil, pas de solution, pas de « ce n’est pas si grave ». Juste écouter. Et à la fin, dire une phrase simple comme : « Je comprends que ce soit difficile pour toi. » ou « Merci de me partager ça. »
Ça te semble ridicule ? Trop simple ? Peut-être. Mais essaie. La prochaine fois que ton conjoint ou ta conjointe te parle de quelque chose qui le ou la touche, ne dis rien. Laisse-le ou la-la parler. Regarde-le ou la-la dans les yeux. Hoche la tête. Et à la fin, dis juste : « Je t’entends. »
Tu vas voir, la réaction va te surprendre. L’autre va se sentir vu, entendu, reconnu. Peut-être même qu’il ou elle va pleurer. Ne panique pas. Les larmes, ce n’est pas un problème à résoudre. C’est juste de l’eau qui sort parce que la pression redescend.
Et toi, tu vas ressentir quelque chose d’inhabituel. Une chaleur dans la poitrine, peut-être. Une sensation de connexion. C’est ça, l’intimité émotionnelle. Ce n’est pas un concept flou de développement personnel. C’est juste deux personnes qui sont là, ensemble, sans vouloir se sauver l’une l’autre.
Le dernier grand défi pour les évitants, c’est d’apprendre à exprimer leurs propres besoins. Parce que tu as passé tellement de temps à croire que tu n’avais besoin de personne que tu as oublié comment formuler ce dont tu as besoin.
Quand je demande à mes patients évitants ce qu’ils ressentent, ils me disent souvent : « Je ne sais pas. » Et c’est vrai. Ils ne savent pas. Pas parce qu’ils sont bouchés, mais parce qu’ils n’ont jamais eu l’occasion d’apprendre. On n’apprend pas à nommer ce qu’on a passé sa vie à enfouir.
Alors on commence petit. Pas « j’ai besoin d’amour et de tendresse » – ça, c’est trop vague et trop chargé. Plutôt : « J’ai besoin de vingt minutes de silence quand je rentre du travail avant de parler. » ou « J’ai besoin que tu me préviennes quand tu invites des amis. » ou « J’ai besoin que tu ne me poses pas de questions sur ma journée tant que je ne t’ai pas parlé. »
Des besoins concrets, exprimables, négociables. Et surtout, des besoins qui te concernent, toi, pas l’autre. Pas « j’ai besoin que tu changes », mais « j’ai besoin de ceci pour me sentir bien ».
L’idée, c’est de réhabituer ton cerveau à l’idée que les besoins ne sont pas une faiblesse. Exprimer un besoin, ce n’est pas s’exposer à l’abandon ou au rejet. C’est juste dire : « Voilà ce qui m’aide à fonctionner. » Et si l’autre peut le donner, tant mieux. Si l’autre ne peut pas, on en reparle. Mais au moins, tu auras posé les mots.
Et c’est ça, la sortie du silence émotionnel : poser des mots sur ce qui a été tu pendant des années. Pas des mots compliqués. Des mots simples. « J’ai besoin. » « Je ressens. » « Je voudrais. »
Je veux être honnête avec toi. L’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle que j’utilise ne vont pas te transformer en un bisounours qui pleure devant les publicités pour les croquettes pour chiens. Et ce n’est pas le but.
Le but, c’est de te donner accès à une partie de toi que tu as protégée en la mettant de côté. Cette partie n’est pas faible, elle n’est pas dangereuse. Elle est juste restée dans l’ombre parce que, à un moment, c’était la seule façon de survivre.
L’hypnose ericksonienne va t’aider à contourner les défenses que tu as construites, sans les attaquer de front. Elle va parler à ton inconscient dans sa langue, pour lui dire : « C’est ok, tu peux lâcher un peu, maintenant tu es en sécurité. »
L’IFS va t’aider à rencontrer les différentes parties de toi : celle qui veut tout contrôler, celle qui fuit l’intimité, celle qui se sent indigne d’être aimé. Pas pour les combattre, mais pour les comprendre et les remercier de t’avoir protégé.
L’Intelligence Relation
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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