3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Le pouvoir de l'inconscient pour guérir vos schémas relationnels.
C’est une scène que je vois souvent arriver dans mon cabinet à Saintes.
Un adulte, la trentaine ou la quarantaine, est assis en face de moi. Il ou elle vient de vivre une rupture amoureuse, ou bien c’est une énième dispute avec son conjoint. La phrase qui revient est presque toujours la même : « Pourquoi est-ce que je réagis toujours comme ça ? Je sais que c’est irrationnel, mais sur le moment, c’est plus fort que moi. »
Je comprends cette détresse. Vous savez peut-être de quoi je parle : cette impression de revivre sans cesse la même scène, ce sentiment d’être piégé dans un vieux film dont vous ne maîtrisez pas le scénario. Vous avez beau essayer de raisonner, de prendre du recul, de vous dire « cette fois, je vais faire autrement », il suffit d’une parole un peu froide, d’un silence prolongé, ou d’un départ pour que tout s’effondre. La panique monte, la colère explose, ou vous vous refermez comme une huître.
Ce n’est pas un défaut de caractère. C’est une blessure d’attachement qui parle.
Derrière ce terme un peu savant, il y a quelque chose de très concret : les premières relations que vous avez eues, souvent avec vos parents ou figures d’attachement, ont façonné un logiciel intérieur. Ce logiciel décide, en quelques millisecondes, si vous êtes en sécurité ou en danger dans une relation. Il détermine si vous pouvez vous approcher, ou si vous devez fuir ou vous accrocher désespérément.
Le problème, c’est que ce logiciel a été programmé dans l’enfance. Il est resté bloqué sur des stratégies qui vous ont peut-être permis de survivre émotionnellement à l’époque, mais qui aujourd’hui vous enferment.
L’hypnose ericksonienne, que j’utilise depuis mon installation en 2014, ne va pas effacer votre histoire. Elle ne va pas non plus vous faire « oublier » vos blessures. Ce qu’elle fait, c’est autre chose : elle adoucit ces zones émotionnelles douloureuses, elle permet à votre inconscient de réapprendre à faire confiance, et elle vous offre la possibilité de réécrire la fin de ces vieux scénarios.
Je vais vous montrer comment, concrètement, cela se passe. Et surtout, je vais vous expliquer pourquoi ça marche, même quand la raison a échoué.
Commençons par une définition simple. Les blessures d’attachement sont des marques émotionnelles laissées par des relations précoces qui n’ont pas été suffisamment sécurisantes. Ce n’est pas forcément un traumatisme majeur, un viol ou une maltraitance flagrante. C’est souvent quelque chose de plus subtil : un parent qui était là physiquement, mais pas émotionnellement. Des soins conditionnés à votre bonne conduite. Un parent qui vous aimait, mais qui était imprévisible, passant de la tendresse à la froideur sans raison apparente.
Votre cerveau, dans l’enfance, a dû s’adapter. Il a développé des stratégies pour gérer ce manque de sécurité. Ces stratégies, ce sont ce que les théoriciens de l’attachement appellent des « styles d’attachement ».
Il y a trois grands schémas qui se mettent en place :
Attachement anxieux : Vous avez appris que pour obtenir de l’attention, il fallait s’accrocher, montrer votre détresse, voire faire des crises. Vous avez peur de l’abandon. Dans vos relations adultes, vous êtes en hypervigilance : le moindre signe de distance chez l’autre déclenche une alerte. Vous avez besoin de réassurance constante, vous pouvez devenir jaloux, collant, ou à l’inverse, vous tester l’autre en vous éloignant pour voir s’il vous rattrape.
Attachement évitant : Vous avez appris que la proximité était dangereuse ou étouffante. Peut-être que vos parents étaient envahissants, ou au contraire rejetants. Vous avez donc construit une carapace. Vous valorisez l’indépendance, l’autosuffisance. Dans une relation, dès que ça devient trop intime, vous ressentez un besoin irrépressible de prendre du recul, de vous isoler. Vous dévalorisez parfois l’amour, le jugeant « trop compliqué » ou « pour les faibles ».
Attachement désorganisé : C’est le schéma le plus douloureux. Vous avez vécu des situations où la figure d’attachement était à la fois source de réconfort et de peur. C’est typique des environnements abusifs ou très imprévisibles. Dans vos relations adultes, vous oscillez entre des comportements contradictoires : vous cherchez l’autre avec intensité, puis vous le fuyez. Vous pouvez avoir des réactions explosives, des peurs paniques, ou des sentiments de vide.
Ces styles ne sont pas des cases dans lesquelles vous êtes enfermé pour toujours. Ce sont des tendances. Mais elles ont un point commun : elles sont pilotées par votre système nerveux, bien avant que votre cortex préfrontal (votre partie rationnelle) ait eu le temps de dire « ouf ».
C’est pour ça que vous ne pouvez pas « décider » de changer. Vous pouvez comprendre intellectuellement que votre conjoint n’est pas votre père, que votre amoureuse n’est pas votre mère. Mais votre corps, lui, ne le sait pas. Il réagit comme si le danger était réel.
« Ce n’est pas vous qui choisissez votre réaction. C’est votre blessure qui choisit pour vous. Le travail de guérison ne consiste pas à combattre la blessure, mais à l’apaiser pour qu’elle cesse de donner des ordres. »
Voilà le cœur du problème : la raison ne suffit pas. Il faut aller parler à la partie de vous qui a enregistré ces peurs. Et cette partie, elle ne parle pas le langage des mots. Elle parle le langage des sensations, des images, des émotions. Elle parle le langage de l’inconscient.
C’est exactement là que l’hypnose ericksonienne entre en jeu.
Vous avez peut-être une image de l’hypnose qui vient des spectacles : un hypnotiseur autoritaire qui fait claquer des doigts et vous transforme en poulet. L’hypnose ericksonienne n’a rien à voir avec ça.
Elle a été développée par Milton Erickson, un psychiatre américain du XXe siècle. Son génie a été de comprendre que l’inconscient n’est pas un adversaire, mais un allié puissant et créatif. Il n’est pas « bête » ou « résistant ». Il est simplement loyal à ce qu’il a appris pour vous protéger. Si votre inconscient vous pousse à fuir dès qu’une relation devient intime, ce n’est pas pour vous embêter. C’est parce qu’à un moment de votre vie, fuir était la meilleure solution pour survivre émotionnellement.
L’hypnose ericksonienne, c’est un état de conscience modifié, très naturel. Vous l’expérimentez déjà tous les jours : quand vous rêvassez dans les transports, quand vous êtes absorbé par un film, quand vous êtes dans le « flow » d’une activité. Dans cet état, votre critique intérieur se calme, votre mental rationnel lâche un peu prise. Et votre inconscient devient plus accessible.
Dans une séance pour des blessures d’attachement, je ne vais pas vous dire « Vous allez oublier votre peur de l’abandon ». Ce serait un mensonge, et votre inconscient le saurait. Je vais plutôt créer un espace de sécurité. Je vais utiliser des métaphores, des histoires, des images qui contournent les défenses de votre conscient.
Prenons un exemple anonymisé, que j’appellerai « Sophie ». Sophie avait un attachement anxieux très marqué. Elle vivait chaque silence de son compagnon comme une menace d’abandon. Elle lui envoyait des messages en rafale, le rappelait plusieurs fois, et quand il ne répondait pas, elle était envahie par une angoisse panique.
En hypnose, je ne lui ai pas dit « Arrête de paniquer ». Je l’ai invitée à visualiser une petite fille (elle, plus jeune) qui attendait que sa mère revienne du travail. La mère était souvent en retard, imprévisible. La petite fille avait appris à guetter le bruit de la voiture, le cœur serré. C’était une mémoire émotionnelle, pas un souvenir précis.
Je lui ai proposé une image : celle d’un phare. Le phare ne part pas à la recherche des bateaux. Il émet une lumière stable, quoi qu’il arrive. Il est fiable. Puis je l’ai invitée à imaginer qu’elle pouvait, en tant qu’adulte, apporter une couverture chaude à cette petite fille qui attendait, et lui dire : « Je suis là, maintenant. Je ne pars pas. »
Son inconscient a fait le lien. Il n’a pas eu besoin qu’on lui explique. Il a senti la différence entre l’attente anxieuse et la présence stable.
Le résultat ? Sophie n’a pas cessé d’être sensible du jour au lendemain. Mais elle a commencé à ressentir, dans son corps, qu’elle pouvait survivre à un silence. Qu’elle n’était pas obligée de s’accrocher. L’hypnose avait adouci la pointe acérée de la blessure.
Je rencontre souvent des personnes qui me disent : « J’ai fait des années de thérapie. Je comprends pourquoi je suis comme ça. Mais je n’arrive pas à changer. »
C’est une frustration légitime. Comprendre est important. Cela donne du sens. Mais la compréhension intellectuelle reste dans le cortex préfrontal, la partie la plus récente de votre cerveau. Les schémas d’attachement, eux, sont encodés dans des circuits plus anciens : le système limbique (émotions) et le tronc cérébral (réactions de survie). Ces circuits s’activent en 100 millisecondes. Votre raison, elle, met au moins 500 millisecondes à s’allumer.
Vous êtes donc en retard d’une guerre.
Votre conjoint dit une phrase anodine du genre « Tu es fatigué ce soir ? ». Votre inconscient l’interprète comme « Il se désintéresse de moi » ou « Elle va me quitter ». Immédiatement, votre cœur s’accélère, votre estomac se serre, et vous répondez avec une agressivité ou un retrait que vous regrettez cinq minutes plus tard.
La volonté ne peut pas agir sur ce timing. Vous ne pouvez pas « décider » de ne pas avoir peur. La peur est une réponse automatique programmée.
L’hypnose ericksonienne contourne ce problème. Elle n’attaque pas le schéma de front. Elle ne vous dit pas « Tu as tort d’avoir peur ». Elle crée un contexte où votre inconscient peut réévaluer la situation, dans un état de relaxation profonde.
C’est un peu comme si vous aviez un fichier corrompu dans votre ordinateur. Vous pouvez essayer de le réparer avec des commandes compliquées (la volonté), mais ça ne marche pas. L’hypnose, c’est comme si vous redémarriez l’ordinateur en mode sans échec, puis vous alliez dans le dossier, vous le nettoyiez, et vous installiez une mise à jour de sécurité.
Votre inconscient, dans cet état modifié, peut « réinstaller » une nouvelle réponse. Il peut associer la proximité à de la sécurité, plutôt qu’à du danger. Il peut apprendre que l’autonomie n’est pas synonyme d’abandon.
Je ne dis pas que c’est instantané. Il faut plusieurs séances, parfois. Mais le changement est profond, parce qu’il se fait au niveau où le problème a été créé : celui des mémoires implicites, des schémas corporels, des émotions primaires.
Un des outils les plus puissants de l’hypnose ericksonienne, c’est la métaphore. Pourquoi ? Parce que votre inconscient pense en images, en sensations, en histoires. Il ne comprend pas les ordres directs. Si je vous dis « Ne pensez pas à un ours blanc », vous allez immédiatement penser à un ours blanc. Le conscient est contrariant.
En revanche, si je vous raconte une histoire, votre inconscient va l’écouter, l’absorber, et en extraire le sens qui lui est utile.
Prenons un exemple pour une personne avec un attachement évitant, que j’appellerai « Marc ». Marc était un compétiteur, un sportif de haut niveau. Il valorisait sa liberté par-dessus tout. Chaque fois qu’une relation devenait sérieuse, il trouvait une raison de la saboter. Il disait : « Je ne veux pas qu’on m’enferme. »
En séance, sous hypnose, je lui ai raconté l’histoire d’un arbre qui poussait seul dans une plaine. Il était fort, résistant au vent. Mais ses racines étaient superficielles. Il ne pouvait pas s’approcher d’autres arbres, car il avait peur qu’ils lui volent sa lumière ou l’étouffent. Un jour, une tempête plus violente que les autres a failli le déraciner. Il a alors compris que ses racines, toutes seules, ne suffisaient pas. Il a commencé à laisser ses racines s’entremêler avec celles d’un autre arbre, un peu plus loin. Il n’a pas perdu sa force. Au contraire, il est devenu plus stable.
Marc n’a pas eu besoin d’interprétation. Son inconscient a fait le lien : la liberté ne s’oppose pas à l’attachement. L’attachement peut être une ressource, pas une prison.
Quelques semaines plus tard, Marc m’a dit : « J’ai arrêté de fuir dès que ça devient sérieux. Je me suis autorisé à rester. »
La métaphore a permis à son inconscient de réviser la carte du territoire. Ce n’est pas une leçon de morale. C’est une expérience intérieure qui change la perception.
Les images que j’utilise sont toujours adaptées à la personne. Pour certaines, ce sera l’image d’un port après une tempête. Pour d’autres, un jardin qu’on réensemence. Pour d’autres encore, un nœud qui se défait tout seul. L’inconscient sait quelle image est la bonne pour vous. Mon rôle est simplement de créer l’espace pour qu’elle émerge.
Depuis quelques années, j’intègre à ma pratique un modèle que j’aime beaucoup : l’IFS, ou Système Familial Intérieur. Il a été développé par Richard Schwartz. L’idée est simple : votre esprit n’est pas une entité unique. Il est composé de plusieurs « parties », chacune avec ses croyances, ses émotions, ses rôles.
Vous avez une partie qui vous pousse à tout contrôler dans vos relations, une autre qui veut fuir, une autre qui vous critique sévèrement quand vous « craquez ». Ces parties ne sont pas vos ennemies. Ce sont des protecteurs. Elles ont pris des rôles difficiles pour vous protéger de la douleur.
Et au centre de tout ça, il y a votre « Self », votre essence. Cette partie de vous qui est calme, curieuse, compatissante, confiante, créative. Le Self est intact, même si vous ne le sentez pas toujours.
L’hypnose ericksonienne est un excellent véhicule pour l’IFS. Pourquoi ? Parce que l’état hypnotique permet d’accéder à ces parties plus facilement. Vous pouvez, sous hypnose, dialoguer avec la partie anxieuse qui vous fait envoyer des messages en rafale, ou avec la partie évitante qui vous pousse à vous isoler.
Voici comment je procède souvent :
Accueil de la partie : Sous hypnose, je vous invite à porter votre attention sur la sensation ou l’émotion qui vous gêne dans une relation. Vous ne la combattez pas. Vous l’accueillez, avec curiosité. « Quelle est cette partie ? Où est-elle dans mon corps ? Quelle forme a-t-elle ? »
Comprendre son rôle : Je vous invite à lui demander, sans jugement : « Que fais-tu pour moi ? De quoi me protèges-tu ? » La réponse est souvent surprenante. La partie qui vous rend jaloux vous protège peut-être de la honte d’être abandonné. La partie qui vous pousse à fuir vous protège peut-être de la peur d’être englouti.
La décharge : Cette partie a souvent un
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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