PsychologieTheorie De L Attachement

Pourquoi je fuis ceux que j’aime ? (témoignage fictif)

Histoire touchante d’une personne qui alterne rapprochement et distance.

TSThierry Sudan
25 avril 202612 min de lecture

Je m’appelle Claire, j’ai 34 ans, et je crois que j’ai passé la moitié de ma vie à me demander pourquoi je faisais peur aux hommes que j’aimais. Ou plutôt, pourquoi je leur faisais peur après les avoir aimés. Parce que le début, c’est toujours magnifique. Je suis passionnée, j’écoute, je ris, je cuisine, je surprends. Je suis celle qu’on attend. Puis, au bout de quelques semaines ou de quelques mois, une chose étrange se produit : je commence à douter. Pas d’eux, de moi. « Est-ce qu’il va me quitter ? Est-ce que je suis assez bien ? » La question tourne en boucle. Alors, pour ne pas souffrir, j’ai inventé une stratégie : je pars avant. Je me ferme. Je deviens distante, ironique, parfois même un peu froide. Je ne réponds plus aux messages aussi vite. Je trouve des prétextes pour ne pas le voir. Et au fond, je suis déchirée, parce que je l’aime. Mais je préfère le perdre par ma faute que de le perdre parce qu’il a cessé de m’aimer. Vous reconnaissez-vous dans ce manège ?

Si oui, vous n’êtes pas seule. Et je ne parle pas juste de Claire — je la rencontre souvent dans mon cabinet, sous d’autres prénoms, avec d’autres histoires, mais toujours la même danse : rapprochement, peur, fuite. Aujourd’hui, je veux vous parler de ce mécanisme, de ce qui se cache derrière ce besoin de fuir ceux qu’on aime, et surtout, de ce que vous pouvez faire pour en sortir. Parce que oui, on peut en sortir.

Pourquoi est-ce que je me sens piégée par l’amour ?

La première fois que quelqu’un m’a dit « Tu as un problème d’attachement », j’ai eu envie de rire. « Moi ? Mais j’attache très bien, merci. Je suis même trop attachée, c’est ça le problème. » Et pourtant, c’est là que se niche le paradoxe. Ce qu’on appelle communément « peur de l’engagement » n’est souvent pas une peur de s’engager, mais une peur de se perdre dans l’engagement.

Prenons l’exemple de Lucas, un coureur de fond que j’accompagne en préparation mentale. Lucas court des marathons, et il me disait un jour : « Thierry, quand je cours, je suis libre. Personne n’attend rien de moi. Je peux décider d’accélérer ou de ralentir, personne ne m’en voudra. » Puis il a rencontré Julie. Au début, il était aux anges. Mais très vite, il a senti comme un étau. Julie voulait le voir le week-end, passer du temps, parler de l’avenir. Lucas a commencé à avoir des douleurs aux ischio-jambiers. Pas une blessure réelle, mais une douleur qui l’empêchait de courir avec elle, et qui justifiait son besoin de distance.

Ce que Lucas vivait, c’est ce que la théorie de l’attachement appelle un attachement évitant. Les personnes avec un style d’attachement évitant ont souvent appris, très tôt dans leur vie, que la proximité est dangereuse. Que dépendre de quelqu’un, c’est risquer de souffrir. Alors, elles développent une stratégie de survie : elles restent autonomes, indépendantes, et dès que l’autre devient « trop proche », elles activent un signal d’alarme. Leur système nerveux interprète l’intimité comme une menace. Et elles fuient.

Mais attention, ce n’est pas une fatalité. Ce n’est pas un diagnostic gravé dans le marbre. C’est une stratégie que vous avez développée pour vous protéger. Et une stratégie, ça peut se changer.

« Ce que tu appelles ‘fuir’ est en réalité une tentative de te protéger d’une douleur que tu as déjà connue. Le problème, c’est que cette protection t’empêche aujourd’hui de recevoir ce dont tu as besoin. » — Extrait d’une séance avec une patiente.

Comment mon passé a-t-il programmé ma façon d’aimer ?

Je vais être franc avec vous : je n’aime pas trop l’idée de « blâmer les parents ». Ce n’est pas constructif. Mais comprendre comment votre histoire a façonné vos patterns, ça, c’est utile. Parce que sans cette compréhension, vous restez prisonnière d’un scénario que vous répétez sans le savoir.

Imaginez une petite fille qui apprend que pour être aimée, elle doit être sage, ne pas pleurer, ne pas déranger. Ou pire, une petite fille dont la mère est imprévisible : parfois aimante, parfois froide. Cette petite fille grandit avec une certitude : l’amour est instable. Elle ne peut pas compter sur lui. Alors, elle devient hypervigilante. Elle guette les signes de rejet. Et dès qu’elle les perçoit (ou même qu’elle les imagine), elle prend les devants.

C’est ce que je vois souvent chez les personnes qui viennent me voir pour des difficultés relationnelles. Elles ont développé une sensibilité au rejet si fine qu’elles détectent une menace là où il n’y en a pas. Un message qui met deux heures à venir ? « Il ne m’aime plus. » Un soir où il est fatigué ? « Il se désintéresse de moi. » Et pour ne pas subir l’abandon, elles abandonnent les premières.

Ce mécanisme a un nom en psychologie : c’est le scénario relationnel répétitif. Vous rejouez, inconsciemment, une relation ancienne avec une personne nouvelle. Et vous espérez, au fond, que cette fois-ci, le résultat sera différent. Mais comme vous utilisez les mêmes stratégies (la fuite, l’évitement, la distance), vous obtenez le même résultat : la séparation.

Pourquoi est-ce que j’attire toujours des partenaires distants ou dépendants ?

C’est une question que j’entends souvent : « Pourquoi est-ce que je tombe toujours sur des hommes qui ont peur de l’engagement ? » ou « Pourquoi est-ce que je finis toujours avec des personnes qui ont besoin d’être sauvées ? » La réponse, un peu brutale, c’est que nous attirons ce que nous connaissons. Pas ce que nous méritons, mais ce qui nous est familier.

Si vous avez grandi dans un environnement où l’amour était conditionnel ou où la distance était la norme, votre cerveau a enregistré cela comme la définition de l’amour. Alors, quand vous rencontrez quelqu’un de stable, de présent, de chaleureux, vous trouvez cela… suspect. « Il est trop gentil. Il doit cacher quelque chose. » Vous vous ennuyez. Vous cherchez le drama. Et vous finissez par vous tourner vers quelqu’un qui vous fait vibrer, mais qui est soit trop distant, soit trop dépendant.

Les deux profils sont en fait les deux faces d’une même pièce. La personne distante (attachement évitant) confirme votre peur que l’amour ne dure pas. La personne dépendante (attachement anxieux) vous donne l’illusion d’être indispensable, mais finit par vous étouffer. Et vous tournez dans ce manège, sans jamais trouver l’équilibre.

Je me souviens d’un patient, Antoine, 42 ans, footballeur amateur. Il me disait : « Thierry, je ne comprends pas. Je cherche une femme indépendante, mais dès qu’elle l’est vraiment, je me sens inutile. Alors je vais vers celles qui ont besoin de moi. Mais après, je me sens piégé. » Antoine oscillait entre deux peurs : celle d’être abandonné et celle d’être envahi. Et comme beaucoup d’entre nous, il n’avait pas appris à occuper un espace relationnel où il pouvait être à la fois proche et libre.

Comment l’hypnose et l’IFS peuvent m’aider à arrêter de fuir ?

Je vous vois venir : « L’hypnose, c’est pour arrêter de fumer, non ? » Oui, aussi. Mais l’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, c’est surtout un outil pour dialoguer avec les parties de vous qui vous poussent à fuir. Parce que, croyez-le ou non, la partie de vous qui vous dit « Pars, il va te faire souffrir » n’est pas votre ennemie. Elle essaie de vous protéger. Elle a juste des méthodes un peu radicales.

L’IFS (Internal Family Systems), que j’utilise souvent en complément, part du principe que notre psyché est composée de plusieurs « parties » ou sous-personnalités. Il y a par exemple la partie « protectrice » qui vous pousse à fuir, la partie « exilée » qui porte la vieille blessure d’abandon, et la partie « manager » qui essaie de contrôler tout ça pour que vous teniez debout.

En séance, on ne va pas essayer de faire taire la partie qui fuit. On va l’écouter. On va lui demander : « Qu’est-ce que tu crains qu’il arrive si tu restes ? » Et souvent, elle répond : « Je crains qu’il voie qui je suis vraiment, et qu’il parte. » Ou : « Je crains de m’attacher tellement que je ne survive pas à une séparation. » Ce sont des peurs anciennes, souvent liées à des expériences de l’enfance, qui n’ont plus lieu d’être aujourd’hui, mais qui continuent de piloter vos choix.

L’hypnose permet de créer un espace de sécurité intérieure où ces parties peuvent se détendre. On ne les combat pas, on les accueille. Et progressivement, la partie qui fuit accepte de lâcher un peu la garde, parce qu’elle sent que vous, l’adulte, êtes désormais capable de gérer la situation.

« Ce n’est pas en te forçant à rester que tu guériras ta peur de l’abandon. C’est en apprenant à accueillir la partie de toi qui a si peur d’être laissée. » — Principe clé en IFS.

Qu’est-ce que l’intelligence relationnelle change concrètement ?

L’intelligence relationnelle, c’est un peu la boîte à outils du quotidien. C’est ce qui vous permet de passer de la théorie à la pratique. Parce que comprendre pourquoi vous fuyez, c’est bien. Savoir quoi faire quand l’envie de fuir vous prend, c’est mieux.

Concrètement, l’intelligence relationnelle vous apprend à :

  1. Identifier vos déclencheurs. Qu’est-ce qui active votre envie de fuir ? Est-ce un silence ? Un geste ? Un mot ? Plus vous les repérez tôt, plus vous avez de chances de choisir une réponse différente.

  2. Communiquer vos besoins sans accuser. Au lieu de dire « Tu m’étouffes », vous pouvez dire « J’ai besoin d’un peu de temps pour moi ce soir, je me sens submergée. Ce n’est pas contre toi, c’est pour me réguler. » La différence est énorme.

  3. Différencier une menace réelle d’une menace perçue. Votre système nerveux ne fait pas toujours la différence entre un danger ancien et une situation présente. L’intelligence relationnelle vous donne des outils pour faire ce tri.

  4. Créer des rituels de reconnexion. Après une période de distance, comment revenir vers l’autre sans honte ? Un simple message, un geste, un mot de passe entre vous. Cela reconstruit la confiance.

Je l’ai vu fonctionner pour des sportifs que j’accompagne. Un footballeur qui avait peur de s’engager dans son club (il changeait d’équipe tous les ans) a appris à reconnaître son besoin de nouveauté comme une fuite. Au lieu de partir, il a négocié des espaces d’autonomie au sein du groupe. Résultat : il est resté trois saisons, et il a été capitaine.

Et si je ne suis pas prête à changer ?

Je vous entends. « Thierry, c’est bien beau tout ça, mais je ne suis pas sûre de vouloir arrêter de fuir. Parfois, fuir me protège. Et j’ai peur de souffrir encore plus si je reste. » C’est une crainte légitime, et je ne vais pas vous mentir : changer fait peur. Abandonner une stratégie qui a marché (même mal) pour une autre qui n’a pas encore fait ses preuves, c’est risqué.

Mais voici ce que je vous propose : vous n’avez pas à tout changer du jour au lendemain. Vous pouvez commencer par une micro-expérience. La prochaine fois que vous sentez l’envie de fuir monter, au lieu de couper les ponts, essayez juste de différer. Attendez 24 heures. Laissez passer la vague émotionnelle. Et voyez ce qui se passe.

Souvent, l’envie de fuir est comme une fièvre : elle monte, elle atteint un pic, puis elle redescend. Si vous arrivez à rester présente pendant ce pic, sans agir, vous découvrez que vous ne mourez pas. Vous survivez. Et votre cerveau enregistre une nouvelle donnée : « Je peux être proche sans être détruite. »

C’est un tout début. Mais c’est le début de quelque chose de grand.

Comment faire le premier pas vers une relation apaisée ?

J’aimerais vous laisser avec une invitation, pas une injonction. Si cet article résonne en vous, si vous reconnaissez ce mécanisme de fuite, sachez que vous n’êtes pas brisée. Vous êtes simplement une personne qui a appris à se protéger dans un monde relationnel qui n’a pas toujours été fiable. Et ça, ça se répare.

Le premier pas, c’est souvent de poser les mots sur ce qui se joue. Vous pouvez commencer par écrire, pour vous seule, sans jugement : « Quand je sens que l’amour devient trop fort, je fais quoi ? » Décrivez la scène. Les sensations dans votre corps. Les pensées automatiques. Puis, lisez ce texte comme si c’était celui d’une amie. Que lui diriez-vous ?

Ensuite, si vous sentez que vous avez besoin d’un cadre pour aller plus loin, je suis là. Mon cabinet à Saintes est un espace où l’on peut parler de tout ça, sans honte, sans pression. Que ce soit pour une séance d’hypnose, un travail avec l’IFS, ou simplement pour comprendre ce qui se joue dans vos relations, je vous accueille tel que vous êtes.

Vous n’êtes pas condamnée à répéter les mêmes schémas. Vous avez le droit d’aimer sans fuir. Et vous avez le droit d’être aimée sans disparaître.

Prenez soin de vous, et si le cœur vous en dit, prenez rendez-vous. On avance ensemble.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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