3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
La science de la neuroplasticité au service de votre liberté relationnelle.
Vous refermez la porte, et c’est la même sensation qui vous envahit. Ce mélange de familiarité et de nausée. Vous vous dites : « Encore. Encore la même histoire. » Peut-être que vous venez de vivre une dispute avec votre conjoint, et les mots échangés ressemblent trait pour trait à ceux de la dernière fois. Ou alors vous avez rencontré quelqu’un de nouveau, et dès les premières semaines, ce petit quelque chose s’est installé : ce sentiment de ne pas être assez, ce besoin de contrôler, cette peur d’être abandonné. Et vous vous demandez : pourquoi est-ce que j’attire toujours les mêmes personnes ? Pourquoi est-ce que je réagis toujours de la même façon, alors que je ne veux plus ?
Cette question, je l’entends plusieurs fois par semaine dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes intelligents, lucides, qui ont lu des livres sur la psychologie, qui ont déjà fait des thérapies, et qui pourtant se retrouvent coincés dans le même cercle. Ils ont l’impression d’avoir un programme qui tourne en boucle, et ils n’arrivent pas à l’arrêter.
La bonne nouvelle, celle que j’aimerais que vous preniez vraiment au sérieux, c’est que vous n’êtes pas condamné à cela. Ce n’est pas une fatalité. Ce n’est pas « votre personnalité » gravée dans le marbre. C’est un ensemble de circuits neuronaux qui se sont construits dans l’enfance, qui ont été efficaces pour vous protéger, et qui aujourd’hui ne vous servent plus. Et la science est formelle : ces circuits peuvent changer. On appelle ça la neuroplasticité. Ce n’est pas un concept abstrait. C’est la capacité de votre cerveau à se reconnecter, à créer de nouvelles routes. Et vous pouvez le faire, concrètement, sans avoir à repasser dix ans sur un divan.
Vous êtes-vous déjà dit : « Je sais que cette personne n’est pas bonne pour moi, mais je me sens irrésistiblement attiré » ? Ou : « Tout allait bien, et puis soudain, une phrase anodine a tout fait basculer, et je me suis senti comme un enfant de cinq ans » ?
C’est le premier mécanisme à comprendre : votre cerveau ne cherche pas ce qui est bon pour vous. Il cherche ce qui est familier. La familiarité, pour le système nerveux, est synonyme de sécurité. Ce qui est connu, même douloureux, est prévisible. Et le prévisible est moins stressant pour votre cerveau primitif que l’inconnu, même si l’inconnu pourrait être merveilleux.
Prenons un exemple concret. Un patient, que j’appellerai Marc, venait me voir parce qu’il enchaînait les relations avec des femmes distantes, parfois même dévalorisantes. Il était cadre, compétent, agréable. Mais dès qu’une femme montrait un peu d’enthousiasme ou de tendresse, il se désintéressait. En revanche, si elle était imprévisible, s’il devait « gagner » son affection, il était accro. En travaillant sur son histoire, nous avons découvert que sa mère était dépressive. Elle avait des moments de présence intense, mais la plupart du temps, elle était absente. Pour le petit Marc, l’amour était donc associé à l’inconstance. Son cerveau avait appris que l’amour, ça se mérite, ça se gagne, et que ça peut disparaître à tout moment.
Aujourd’hui, son cerveau adulte continue de chercher ce pattern. Quand une femme est stable et disponible, ça lui semble « pas assez excitant », voire suspect. Son système d’attachement ne reconnaît pas le signal. En revanche, une femme distante active ses circuits les plus profonds : ceux de la poursuite, de la réparation. Il se sent vivant. Mais il souffre.
Ce n’est pas un choix. C’est un apprentissage neuronal. Et ce qui a été appris peut être désappris.
Pour comprendre pourquoi vous répétez, il faut accepter de regarder une chose simple : votre style d’attachement. Ce concept, issu de la théorie de l’attachement développée par John Bowlby et Mary Ainsworth, décrit la façon dont vous avez appris à entrer en relation avec les autres, en fonction de la manière dont vos besoins ont été (ou n’ont pas été) satisfaits dans votre enfance.
Il existe quatre grandes catégories. Je vais les décrire rapidement, mais ce qui importe, c’est que vous ne les utilisiez pas pour vous étiqueter. Ce n’est pas une prison. C’est une carte.
L’attachement sécure : vous avez eu des parents globalement disponibles, sensibles. Vous savez qu’on peut compter sur les autres, et vous savez aussi être seul. Vous exprimez vos besoins sans crainte. C’est la base.
L’attachement anxieux : vous avez eu des parents imprévisibles. Parfois chaleureux, parfois froids. Vous avez appris qu’il fallait être hyper-vigilant, que l’amour pouvait se retirer à tout moment. En couple, vous avez tendance à être dans la demande, la peur de l’abandon, la recherche de réassurance. Vous pouvez avoir l’impression de « trop en faire ».
L’attachement évitant : vous avez eu des parents rejetants ou très exigeants. Vous avez appris à vous débrouiller seul, à ne pas montrer vos émotions, à ne pas avoir besoin des autres. En couple, vous valorisez votre indépendance, vous pouvez fuir l’intimité, et vous avez du mal à demander de l’aide. On vous a peut-être dit que vous étiez « distant » ou « inaccessible ».
L’attachement désorganisé : c’est le plus complexe. Il naît souvent de traumatismes ou de figures d’attachement à la fois source de réconfort et de peur. En couple, vous pouvez osciller entre des comportements contradictoires : chercher l’autre intensément puis le repousser, avoir peur de l’abandon et en même temps peur de l’intimité.
Ce qui est fascinant, et parfois déchirant, c’est que nous sommes souvent attirés par des personnes qui confirment notre programme. Un anxieux va tomber amoureux d’un évitant, parce que la distance de l’évitant active sa quête de rapprochement. C’est douloureux, mais c’est la chanson qu’il connaît. L’évitant, lui, va se sentir étouffé par l’anxieux, ce qui confirme sa croyance que « les relations sont trop exigeantes ». Chacun rejoue la partition de son enfance, et ils dansent ensemble une valse dysfonctionnelle.
Mais voici la clé : ce n’est pas votre identité. C’est un schéma. Et un schéma, ça se modifie.
Pendant longtemps, on a cru que le cerveau était une machine fixe après l’enfance. On pensait que les connexions neuronales se stabilisaient et qu’on ne pouvait plus changer grand-chose. Cette croyance a fait des dégâts. Elle a condamné des gens à penser qu’ils étaient « comme ça, un point c’est tout ».
La réalité, c’est que le cerveau est un organe plastique. Il se remodèle en permanence en fonction de votre expérience. Chaque fois que vous pensez à quelque chose, chaque fois que vous agissez, vous renforcez certains circuits. C’est un peu comme un chemin dans une forêt. Plus vous l’empruntez, plus il est tracé, et plus il est facile à prendre. À l’inverse, si vous arrêtez de l’emprunter et que vous commencez à en tracer un nouveau, l’ancien va peu à peu s’effacer, se couvrir d’herbes.
Vos schémas affectifs, ce sont ces chemins. Ils sont profonds, parce que vous les avez empruntés des milliers de fois depuis votre enfance. Mais vous pouvez en créer de nouveaux. Ce n’est pas magique. C’est un travail. Mais il est possible.
Les études en neurosciences, notamment celles de Norman Doidge ou de Rick Hanson, montrent que l’attention et la répétition sont les deux moteurs de la neuroplasticité. Ce sur quoi vous portez votre attention, vous le renforcez. Si vous passez votre temps à ressasser les moments où vous avez été rejeté, vous renforcez le circuit du rejet. Si vous commencez à remarquer les moments où vous êtes en sécurité, où vous êtes vu, vous commencez à construire un nouveau circuit.
C’est là que des approches comme l’IFS (Internal Family Systems) ou l’hypnose ericksonienne trouvent toute leur puissance. Elles ne vous demandent pas de lutter contre vos schémas, mais d’entrer en relation avec eux, de les comprendre, de les apaiser. Et surtout, elles vous donnent des outils concrets pour créer des expériences correctrices.
Beaucoup de personnes que je reçois ont déjà tout essayé. Elles ont pris des résolutions : « Je vais choisir quelqu’un de stable », « Je vais arrêter de courir après ceux qui ne veulent pas de moi ». Et ça tient deux semaines, puis elles retombent. Pourquoi ? Parce que décider de changer avec son cortex préfrontal (la partie rationnelle) ne suffit pas quand le système limbique (la partie émotionnelle) est en alerte.
Quand vous êtes en pleine relation, quand l’autre prend ses distances ou au contraire se rapproche trop, ce n’est pas votre raison qui pilote. C’est votre système d’attachement. Il s’active en quelques millisecondes, avant même que vous ayez conscience de quoi que ce soit. Vous réagissez. Vous vous accrochez, vous fuyez, vous vous taisez, vous criez. Et après, vous vous dites : « Pourquoi j’ai fait ça ? »
C’est pour ça que la simple prise de conscience ne suffit pas. Savoir que vous avez un attachement anxieux ne vous empêchera pas de paniquer quand votre partenaire ne répond pas au téléphone. Il faut un autre niveau de travail. Un travail qui passe par le corps, par les sensations, par la régulation du système nerveux.
L’hypnose ericksonienne, par exemple, permet d’accéder à ces parties de vous qui réagissent de manière automatique. En état de conscience modifiée, vous pouvez entrer en contact avec le « petit vous » qui a appris, à cinq ans, qu’il fallait se taire pour être aimé, ou qu’il fallait tout faire pour ne pas être abandonné. Vous pouvez lui apporter ce qui lui a manqué : de la sécurité, de la validation, une présence. Et à partir de là, le schéma commence à se dénouer.
L’IFS, de son côté, vous apprend à identifier les différentes « parties » qui s’activent en vous. Il y a peut-être une partie « pompier » qui vous pousse à tout quitter dès que ça devient trop intime, ou une partie « manager » qui vous fait ressasser et analyser en boucle. Au lieu de lutter contre ces parties, vous apprenez à dialoguer avec elles, à comprendre leur rôle protecteur, et à les libérer de leur mission ancienne.
Voici un exercice simple, mais exigeant, que je propose souvent à mes patients. Il ne remplace pas un accompagnement, mais il peut vous donner un point de départ.
Pendant les deux prochaines semaines, tenez un petit carnet. Chaque fois que vous vous sentez envahi par une émotion forte dans une relation (colère, tristesse, anxiété, envie de fuir), notez trois choses :
La situation précise : Que s’est-il passé juste avant ? Votre partenaire a-t-il dit quelque chose de spécifique ? A-t-il été en retard ? A-t-il été silencieux ? A-t-il fait un commentaire anodin ?
La sensation dans votre corps : Où est-ce que vous ressentez cette émotion ? Dans la poitrine ? Le ventre ? La gorge ? Est-ce une chaleur, une tension, un vide ?
La pensée automatique : Qu’est-ce que vous vous êtes dit instantanément ? « Il va me quitter », « Je ne suis pas assez bien », « Je dois me protéger », « Je vais tout gâcher » ?
Ce carnet va vous révéler vos déclencheurs. Vous allez voir que ce ne sont pas des événements objectifs, mais des interprétations. Et ces interprétations, vous pouvez les questionner.
Ensuite, quand vous aurez identifié un schéma récurrent (par exemple : « Dès que mon partenaire est fatigué et moins disponible, je panique »), vous pouvez commencer un travail de reprogrammation. Comment ? En créant une nouvelle réponse.
Prenons un exemple. Vous êtes anxieux. Votre partenaire ne répond pas pendant deux heures. Votre ancien chemin : envoyer un message, puis un autre, puis ruminer, puis être froid quand il ou elle répond. Le nouveau chemin, vous allez devoir le construire pas à pas. D’abord, juste remarquer l’émotion. Respirer. Vous dire : « C’est une vieille alarme qui sonne. Je ne suis plus en danger. » Ensuite, faire autre chose : aller boire un verre d’eau, marcher cinq minutes, mettre une musique. Et enfin, choisir une réponse plus ajustée : attendre, puis exprimer votre besoin calmement.
La première fois, ce sera artificiel. La dixième fois, un peu moins. La centième fois, c’est devenu le nouveau chemin. Votre cerveau a changé.
« Ce n’est pas parce que vous avez appris à survivre d’une certaine façon que vous devez y rester. La neuroplasticité ne vous promet pas un chemin facile, mais elle vous promet un chemin possible. »
Vous pouvez faire beaucoup seul. Lire, observer, pratiquer. Mais il y a une limite. Le cerveau est un organe social. Les schémas d’attachement se sont construits en relation, et c’est souvent en relation qu’ils se transforment le mieux.
C’est là qu’un accompagnement professionnel prend tout son sens. Un thérapeute ou un préparateur mental formé ne va pas vous donner des solutions toutes faites. Il va créer un espace sécurisé où vos vieux schémas peuvent se montrer, sans jugement, et où vous pouvez expérimenter de nouvelles façons d’être.
En hypnose, par exemple, je peux vous guider vers un état de relaxation profonde où votre système nerveux se calme. C’est dans cet état que vous pouvez accéder à des ressources que vous ne saviez pas avoir : une partie de vous qui est forte, calme, confiante. Et vous pouvez littéralement ancrer cette ressource, pour qu’elle soit disponible dans les moments de crise.
Avec l’IFS, je vous aide à accueillir les parties de vous qui souffrent, qui ont peur, qui se protègent. Et progressivement, vous découvrez ce que les fondateurs de l’IFS appellent le Self : une essence de vous qui est calme, curieuse, confiante, connectée. C’est à partir de ce Self que la guérison opère.
L’Intelligence Relationnelle, quant à elle, vous donne des outils concrets pour communiquer différemment. Comment exprimer un besoin sans accuser ? Comment poser une limite sans rejeter ? Comment recevoir de l’amour sans le saboter ? Ce sont des compétences qui s’apprennent.
Pour les sportifs que j’accompagne, le travail est similaire. Un coureur qui craque à chaque marathon parce qu’il répète le même schéma de doute, ou un footballeur qui se sabote dans les moments clés, vit la même chose qu’une personne qui répète ses schémas affectifs. Le terrain change, mais le mécanisme est le même : des croyances limitantes, des réactions automatiques, une difficulté à réguler son système nerveux sous pression.
Je ne vais pas vous laisser avec une simple promesse. Voici trois choses que vous pouvez mettre en place dès ce soir.
Premièrement : arrêtez de vous juger. Chaque fois que vous vous surprenez à répéter un schéma, au lieu de vous dire « Je suis nul, je n’y arriverai jamais », dites-vous : « Ah, voilà mon vieux programme qui se réactive. Il a été utile autrefois. Aujourd’hui, je peux choisir autrement. » Le jugement bloque la neuroplasticité. La curiosité l’active.
Deuxièmement : créez un rituel de régulation. Chaque jour, prenez cinq minutes pour vous poser. Fermez les yeux. Posez une main sur votre cœur, une main sur votre vent
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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