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7 activités pour remplacer votre identité professionnelle

Des idées concrètes pour donner un nouveau sens.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Vous avez passé des années à construire votre identité autour de votre métier. « Je suis avocat. » « Je suis chef de projet. » « Je suis infirmière. » Ces phrases, vous les avez prononcées des centaines de fois, lors de dîners, dans des présentations, dans votre tête le matin en vous habillant. Puis vient un jour où le terrain tremble : un burn-out, une mise à la retraite, une restructuration, ou simplement la sensation sourde que ce costume professionnel ne vous va plus.

Et là, c’est le vide. Un vide assourdissant, angoissant. Vous ne savez plus qui vous êtes. Votre valeur semblait indexée sur votre fiche de poste, et sans elle, vous flottez.

Je vois régulièrement des personnes dans cette situation dans mon cabinet de Saintes. Elles arrivent avec une liste de diplômes et de compétences, mais sans boussole intérieure. La bonne nouvelle, c’est que cette période, bien que douloureuse, est une opportunité rare. Votre identité n’est pas un bloc de marbre à conserver intact. C’est un jardin. Vous pouvez y planter de nouvelles graines.

Voici sept activités concrètes pour commencer à cultiver un terrain plus vaste que votre seul titre professionnel.

Pourquoi votre identité professionnelle vous semble-t-elle si indissociable de vous-même ?

Avant de lister des solutions, il faut comprendre le piège. Nous ne choisissons pas notre identité professionnelle par hasard. Très souvent, elle est une construction de survie. Enfant, vous avez peut-être appris que votre valeur dépendait de ce que vous produisiez : une bonne note, un rang, une performance. Vous avez intégré ce schéma : je suis ce que je fais. Devenu adulte, vous avez transféré ce mécanisme dans le travail. Votre métier vous a offert une structure sociale, un statut, une reconnaissance. Il vous a dit qui vous êtes.

Le problème, c’est que cette identité est fragile. Elle dépend d’un poste, d’un employeur, d’une économie. Quand l’un de ces piliers s’effondre, c’est votre ego tout entier qui vacille. L’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) que j’utilise en consultation nous montrent une autre voie : vous n’êtes pas votre fonction. Vous êtes la personne qui occupe cette fonction. Et cette personne a des ressources, des passions, des parts d’elle-même qui ont été mises de côté pour se conformer au rôle attendu.

Remplacer votre identité professionnelle ne signifie pas renoncer à votre expertise. Cela signifie l’élargir, la relativiser, la mettre au service d’une définition plus authentique de vous-même. Les sept activités qui suivent sont des terrains d’exploration. Elles ne sont pas des solutions miracles, mais des premiers pas.

« On ne découvre pas qui on est en regardant à l’intérieur de soi, mais en agissant sur le monde. » — Hubert Reeves, adapté.

Activité n°1 : Le bénévolat « non-compétent » — sortez de votre zone de génie

L’erreur classique quand on cherche un nouveau sens, c’est de vouloir reproduire son excellence professionnelle dans un autre cadre. L’ingénieur qui veut monter une ONG de génie civil. Le commercial qui veut « vendre » une cause. Cela vous ramène immédiatement dans le même piège : votre valeur est dans votre compétence.

Essayez autre chose : une activité bénévole où vous n’avez aucune compétence spécifique. Pas de votre domaine. Pas de votre niveau. Quelque chose de simple, de manuel, de relationnel. Par exemple :

  • Servir des repas dans une association caritative.
  • Jardiner dans un espace partagé.
  • Lire des histoires aux enfants dans une bibliothèque.
  • Promener les chiens d’un refuge.

Pourquoi cela marche ? Parce que vous n’êtes plus jugé sur votre performance technique. Vous êtes jugé sur votre présence, votre ponctualité, votre sourire. Vous faites l’expérience d’être utile sans être expert. Vous reconnectez votre estime de vous à des qualités humaines fondamentales : la fiabilité, la gentillesse, l’écoute. C’est une détox pour votre ego professionnel.

Un patient, appelons-le Marc, ancien directeur financier en burn-out, a commencé à trier des vêtements dans une ressourcerie. Au début, il se sentait humilié. « Moi, avec mon MBA, je trie des pulls ? » Puis, au bout de trois semaines, il m’a dit : « Personne ne me demande mon avis sur la trésorerie. On me demande juste si j’ai bien vérifié les poches. Et c’est reposant. Je me sens léger. » Il avait trouvé une identité temporaire : celui qui vérifie les poches. Simple, concret, utile.

Activité n°2 : Le projet « anti-CV » — faites quelque chose de non valorisable

La plupart de nos activités sont orientées vers un objectif de valorisation extérieure : un diplôme, une ligne sur un CV, une promotion, un « like » sur LinkedIn. Votre identité professionnelle est construite sur ce modèle. Pour la déconstruire, il faut expérimenter l’inverse.

Choisissez un projet qui n’a aucune valeur sur le marché du travail. Quelque chose qui ne se vend pas, ne se liste pas, ne s’évalue pas. Par exemple :

  • Apprendre à faire du feu sans briquet.
  • Mémoriser un poème de 50 vers.
  • Construire une cabane dans votre jardin (même si vous êtes nul en bricolage).
  • Écrire un journal intime à la main pendant 30 jours.
  • Fabriquer un objet en argile que vous garderez, même raté.

Ce n’est pas du temps perdu. C’est un entraînement à exister hors du regard. Vous apprenez à faire quelque chose pour le plaisir intrinsèque, pour la sensation, pour le défi personnel. Vous réactivez votre capacité à jouer, à créer sans pression. C’est un antidote puissant à la « productivité toxique » qui a nourri votre ancienne identité.

Le but n’est pas que le poème soit bien dit ou la cabane solide. Le but est que vous passiez du statut de « personne qui fait pour être reconnue » à « personne qui fait parce que ça lui chante ». C’est une révolution intérieure.

Activité n°3 : La liste de vos identités « micro » — cartographiez qui vous êtes déjà

L’identité professionnelle a tendance à phagocyter toutes les autres. Vous êtes manager, point final. Pourtant, vous êtes aussi (peut-être) : parent, enfant, ami, cuisinier du dimanche, amateur de champignons, coureur du dimanche, lecteur de polars, collectionneur de timbres, bricoleur, jardinier, danseur sous la douche, etc.

Prenez un carnet et un stylo. Pas d’écran. Pendant 15 minutes, notez toutes les réponses possibles à la question : « Qui suis-je, en dehors de mon métier ? » Ne filtrez pas. Écrivez même les plus ridicules : « je suis celui qui fait les meilleurs œufs brouillés », « je suis celle qui connaît les paroles de toutes les chansons de Brassens », « je suis celui qui répare les vélos des voisins ».

Ensuite, relisez cette liste. Choisissez-en trois qui ne demandent aucun talent particulier, qui sont juste des goûts ou des petites habitudes. Engagez-vous à les pratiquer consciemment cette semaine. Pas pour les mettre sur un CV. Juste pour les vivre.

Ce travail de cartographie est essentiel. Il vous montre que votre identité est déjà multiple. La crise actuelle n’est pas une perte d’identité, c’est une amnésie temporaire. Vous avez juste oublié les autres pièces du puzzle. En IFS, on appelle cela contacter les « parties exilées » de vous-même, celles qui ont été mises de côté pour que le « manager professionnel » prenne toute la place.

Activité n°4 : L’interview de votre « moi non professionnel » — dialoguez avec vos autres parts

Vous avez l’habitude d’écouter la voix de votre « partie professionnelle » : celle qui planifie, qui organise, qui anticipe les risques, qui cherche l’efficacité. Cette voix est utile, mais elle n’est pas la seule. Il est temps d’interviewer les autres.

Installez-vous confortablement, fermez les yeux. Respirez. Imaginez que vous êtes un journaliste. Vous interviewez différentes parties de vous-même. Posez-leur des questions simples :

  • « Toi, la partie qui aime jardiner, qu’est-ce que tu ressens quand tu mets les mains dans la terre ? »
  • « Toi, la partie qui aime lire des romans, qu’est-ce que tu cherches dans une histoire ? »
  • « Toi, la partie qui aime cuisiner sans pression, qu’est-ce que ça te fait de nourrir les autres ? »

Ne cherchez pas de réponse intellectuelle. Laissez venir des sensations, des images, des souvenirs. Cette pratique d’hypnose légère ou de dialogue intérieur (très proche de l’IFS) vous permet de reconnaître que ces parties existent, qu’elles ont une sagesse, et qu’elles ne demandent qu’à être écoutées.

L’identité professionnelle est souvent une partie « protectrice » qui a pris le contrôle pour vous sécuriser. En dialoguant avec les autres, vous lui montrez que vous pouvez être en sécurité aussi en étant simplement celui qui jardine ou qui lit. Vous élargissez votre zone de confort identitaire.

« Une identité n’est pas une prison, c’est une collection de vêtements que l’on peut changer selon la météo intérieure. »

Activité n°5 : Le défi des 30 jours « sans étiquette » — expérimentez l’anonymat volontaire

Notre identité professionnelle est renforcée par les étiquettes que nous portons et que les autres nous renvoient. Pour la desserrer, vous pouvez expérimenter une période où vous ne vous présentez plus par votre métier.

Pendant 30 jours, quand on vous demande « Que faites-vous dans la vie ? », répondez par autre chose. Pas un mensonge, mais une autre vérité. Par exemple :

  • « Je promène mon chien. » (si c’est vrai)
  • « J’apprends à faire du pain. » (si vous avez commencé)
  • « Je lis beaucoup. » (si vous lisez)
  • « Je passe du temps avec mes enfants. » (si c’est le cas)
  • « Je me repose. » (si vous êtes en transition)

Observez ce qui se passe en vous. La gêne ? La honte ? Le besoin de justifier ? L’envie de dire « oui mais avant j’étais… » ? C’est normal. Vous êtes en train de désactiver un réflexe identitaire. Vous constaterez aussi que la plupart des gens ne sont pas choqués. Ils sont juste curieux. Certains engageront même une conversation plus authentique.

Cette activité vous apprend que votre valeur sociale ne dépend pas d’un titre. Vous existez dans le regard des autres même sans présenter votre carte de visite. C’est un entraînement à l’humilité et à la liberté.

Activité n°6 : La création d’un rituel de fin de journée — séparez l’acteur du rôle

Une des raisons pour lesquelles l’identité professionnelle colle à la peau, c’est qu’il n’y a pas de séparation claire entre la personne et le travail. Surtout avec le télétravail, la frontière est devenue poreuse. Vous portez votre rôle jusque dans votre salon.

Créez un rituel physique et symbolique pour « déposer » votre casquette professionnelle à la fin de votre journée de travail. Cela peut être :

  • Changer de vêtements (même si vous restez chez vous).
  • Boire un verre d’eau en prononçant une phrase : « Je dépose mes soucis de travail ici. »
  • Faire trois respirations profondes en visualisant que vous enlevez un manteau.
  • Prendre une douche en imaginant que l’eau emporte les tensions du rôle.
  • Allumer une bougie ou une lumière spécifique pour marquer le passage en mode « vie personnelle ».

Ce n’est pas un simple geste. C’est un ancrage neurologique. Votre cerveau associe ce rituel à la transition d’état. Avec le temps, il devient automatique. Vous apprenez à votre système nerveux qu’il y a un avant et un après. Vous existez dans les deux espaces, mais vous n’êtes pas prisonnier d’un seul.

Activité n°7 : La rédaction de votre « notice nécrologique alternative » — imaginez ce qui restera

Cela peut sembler morbide, mais c’est un exercice puissant utilisé en psychologie existentielle. Prenez une feuille. Écrivez votre notice nécrologique, mais pas celle qui liste vos postes et vos titres. Celle qui serait écrite par la personne qui vous connaît le mieux (votre meilleur ami, votre conjoint, votre enfant).

Qu’écrirait-elle ? Quels souvenirs ? Quelles qualités humaines ? Quels moments partagés ? Une phrase comme : « Il savait écouter sans juger. » ou « Elle faisait les meilleurs gâteaux aux pommes et elle riait fort. » ou « Il était présent, même dans les moments difficiles. »

Cet exercice vous confronte à ce qui a vraiment de la valeur à vos yeux. Pas ce que la société valorise, mais ce que vous, au fond, vous voulez laisser. Il vous donne une boussole pour vos choix futurs. Si vous voulez que votre identité soit celle de « celui qui écoute », alors vous savez par où commencer : vous pouvez dès aujourd’hui pratiquer l’écoute, sans titre, sans fonction.

Cet exercice ne remplace pas votre identité professionnelle, il la relativise. Il la remet à sa juste place : une partie de votre vie, pas la totalité.

Ce que ces activités ne feront pas

Soyons honnêtes. Ces activités ne vous trouveront pas un nouveau travail. Elles ne paieront pas vos factures. Elles ne remplaceront pas votre ancien statut du jour au lendemain. Elles ne guériront pas un burn-out profond sans accompagnement.

Ce qu’elles feront, c’est :

  • Vous redonner le sentiment d’avoir du pouvoir sur votre vie.
  • Vous reconnecter à des parties de vous que vous aviez oubliées.
  • Vous prouver que vous pouvez exister et avoir de la valeur sans votre titre.
  • Créer des micro-expériences de sens qui, accumulées, forment une nouvelle identité solide.

Si vous êtes dans une transition douloureuse, ne restez pas seul. Ces activités sont des pistes pour commencer à marcher, mais parfois le chemin est trop accidenté pour le faire sans guide. L’hypnose et l’IFS sont des outils puissants pour dénouer les croyances qui vous lient à une identité qui vous étouffe.

Conclusion : un pas de côté pour vous retrouver

Vous n’êtes pas votre CV. Vous n’êtes pas votre poste. Vous êtes une personne complexe, riche, contradictoire, capable de trier des pulls, de faire du feu, de lire Brassens et d’écouter les autres. Votre identité professionnelle n’est qu’une facette, pas la totalité du diamant.

Commencez par une seule de ces activités cette semaine. Pas les sept. Une. La plus simple, la plus légère. Observez ce que ça fait. Notez-le dans un carnet. Et si vous sentez que le poids de l’ancienne identité est trop lourd pour bouger seul, sachez que vous pouvez pousser la porte de mon cabinet à Saintes, ou nous pouvons échanger par visio.

Je ne vous promets pas de vous trouver un nouveau métier. Je vous promets de vous aider à retrouver la personne qui se cache derrière le masque professionnel. Et ça, c’est un chemin qui vaut la peine d’être emprunté. Pas à pas, activité après activité, vous réécrivez votre histoire.

Et si vous voulez, on peut commencer par un café (ou un thé) et une simple question : « Qui êtes-vous, vraiment, quand personne ne regarde votre carte de visite ? »

Prenez soin de vous.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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