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Comment gérer les jours de vide après une séparation ?

3 routines concrètes pour traverser le silence et l'absence.

TSThierry Sudan
28 avril 202614 min de lecture

Tu as passé des années à imaginer vos dimanches ensemble, à caler vos agendas, à construire une vie à deux. Et puis il y a eu la séparation. Aujourd’hui, tu te retrouves face à un vide qui n’est pas seulement émotionnel : il est concret, sensoriel, presque physique. Le silence dans la maison le matin. Le côté du lit qui reste froid. Le rituel du café pour deux que tu continues à préparer par réflexe. Ces jours-là, ceux où rien n’est prévu, où l’agenda est une page blanche, sont souvent les plus violents. Pas parce qu’il se passe quelque chose de dramatique, mais parce qu’il ne se passe rien. Et ce rien pèse une tonne.

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes depuis 2014, et je vois régulièrement des hommes et des femmes traverser cette phase. Ils arrivent dans mon cabinet avec cette même phrase : « Le pire, c’est les jours sans rien. » Pas les disputes, pas le déménagement, pas la paperasse. Non, le pire, c’est le silence qui suit, quand tu n’as plus personne à qui raconter ta journée, plus personne à qui envoyer un message pour dire « je pense à toi », plus personne à qui demander « tu rentres à quelle heure ? ». Ce vide est une épreuve, mais il est aussi une matière première. Je vais te montrer comment le traverser avec trois routines concrètes, en t’expliquant pourquoi elles fonctionnent et ce qu’elles changent vraiment.

Ces routines ne sont pas des recettes magiques. Elles ne vont pas effacer ta peine du jour au lendemain. Mais elles vont transformer ce temps mort en un espace où tu peux respirer, te reconstruire, et peut-être même te surprendre. L’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle m’ont appris une chose essentielle : ce qui est vide n’est jamais vraiment vide. C’est juste que tu ne sais pas encore quoi y mettre.


Pourquoi le vide des jours sans rien est-il si difficile à supporter ?

Avant de te donner des routines, il faut comprendre ce qui se joue dans ce silence. Quand une relation se termine, ce n’est pas seulement ton partenaire qui disparaît. C’est tout un système de repères qui s’effondre. Tu avais des habitudes, des micro-rituels, des attentes. Le matin, tu te levais en sachant qu’il y avait quelqu’un dans la cuisine. Le soir, tu rentrais en sachant que tu allais raconter ta journée. Même les tensions, les petites disputes, faisaient partie d’un cadre familier. Ce cadre, c’est ce que les neurosciences appellent un « schéma prédictif ». Ton cerveau a appris à anticiper la présence de l’autre. Quand cette présence disparaît, ton système nerveux se retrouve en alerte. Il ne sait plus quoi prévoir. Le silence devient un signal d’alarme.

Les jours de vide sont particulièrement durs parce qu’ils activent ce que les thérapeutes appellent le « manque sensoriel ». Tu ne manques pas seulement de la personne, tu manques de ses bruits, de son odeur, de son rythme. Le silence de l’appartement devient assourdissant parce qu’il est saturé d’absences. C’est un peu comme quand tu sors d’une pièce très éclairée et que tu es aveuglé par l’obscurité : ton œil met du temps à s’adapter. Ton cœur aussi.

Dans mon travail avec l’IFS, je vois souvent des « parties » protectrices qui surgissent dans ces moments-là. Une partie panique et te dit : « Il faut que tu trouves quelqu’un tout de suite, tu ne peux pas rester seul. » Une autre partie se met en colère : « Tu n’aurais jamais dû l’aimer, regarde où ça t’a mené. » Et une troisième partie, plus discrète, se recroqueville et voudrait juste disparaître. Ces parties ne sont pas tes ennemies. Elles essaient de te protéger de la douleur du vide. Mais si tu les laisses gérer seules, elles risquent de t’entraîner dans des comportements qui aggravent la situation : recontacter ton ex, noyer ton chagrin dans l’alcool, ou au contraire t’isoler complètement.

Le vide est un terrain vague. Si tu ne l’habites pas, il se remplit de mauvaises herbes : rumination, angoisse, culpabilité. Les routines que je vais te proposer sont comme des graines que tu sèmes volontairement. Elles ne vont pas faire pousser un jardin en une nuit, mais elles vont commencer à structurer le terrain.

« Le vide n’est pas l’absence de quelque chose, mais la présence d’un espace qui attend d’être rempli par ce que tu choisis. »


Routine n°1 : La micro-structure du matin pour contrer l’errance

Le matin est souvent le moment le plus fragile. Tu te réveilles, et pendant quelques secondes, ton cerveau n’a pas encore chargé le logiciel de la séparation. Puis ça arrive : la conscience de l’absence. Le lit est trop grand, le côté de l’autre est vide, et tu es submergé par une vague de tristesse ou de vide. Si tu ne fais rien, tu risques de rester au lit à ruminer, ou de te lever et d’errer sans but, de boire un café en fixant le mur, de checker ton téléphone toutes les deux minutes pour voir s’il ou elle a envoyé un message.

La première routine que je recommande est une micro-structure matinale. Pas une liste de tâches longue et contraignante, mais trois actions très simples, réalisées dans un ordre précis, qui prennent moins de dix minutes. L’objectif n’est pas de « bien commencer la journée » dans un sens moral ou productif. L’objectif est de donner à ton système nerveux un point d’ancrage. Un cadre prévisible qui dit : « OK, on est là, on fait ça, et après on verra. »

Voici ce que je suggère :

  1. Avant même de sortir du lit, pose ta main sur ton ventre et prends trois respirations profondes. Inspire par le nez, expire par la bouche, en rallongeant l’expiration. Cela active le nerf vague et envoie un signal de sécurité à ton cerveau. Tu n’es pas en danger. Tu es juste dans un lit vide.
  2. Lève-toi et va directement dans la salle de bain. Ne t’arrête pas en chemin pour prendre ton téléphone. Laisse-le dans la chambre. Pendant que tu te brosses les dents ou que tu te passes de l’eau sur le visage, regarde-toi dans le miroir. Pas pour te juger, pour te voir. Dis-toi une phrase neutre, comme « Bonjour, moi. » Ou même juste ton prénom. C’est un exercice d’ancrage qui te rappelle que tu es là, que tu existes indépendamment de l’autre.
  3. Prépare-toi une boisson chaude (café, thé, tisane) et assieds-toi pour la boire sans écran. Pas de téléphone, pas de télé, pas d’ordi. Juste toi, ta boisson, et le silence. Pendant ces cinq minutes, tu peux laisser les pensées venir. Tu peux pleurer si ça monte. Tu peux ne rien faire. L’important, c’est que tu sois présent à ce moment sans le fuir.

Cette routine a un effet neurologique puissant. En répétant ces trois étapes chaque matin, tu crées un nouveau « prédictif » pour ton cerveau. Au lieu d’être en mode alerte face au vide, ton système apprend qu’après le réveil, il y a une séquence sécurisante. C’est un peu comme un rituel de combat pour les sportifs de haut niveau avant un match : ça ne change pas le match, mais ça change la façon dont tu l’abordes.

Un patient, appelons-le Marc, est venu me voir deux mois après une séparation brutale. Ses matins étaient un cauchemar. Il se réveillait, prenait son téléphone, scrollait les réseaux sociaux en regardant les stories de son ex, puis restait au lit jusqu’à 11h, envahi par un sentiment d’échec. Avec cette routine, il a mis environ dix jours avant de sentir une différence. Au début, il trouvait ça ridicule. « Boire un thé sans téléphone, à quoi ça sert ? » Mais progressivement, il a remarqué que ses journées commençaient moins dans l’urgence. Il avait plus de clarté. Le vide était toujours là, mais il n’était plus une chute libre.

Pourquoi ça marche ? Parce que la micro-structure enlève la charge de la décision. Tu n’as pas à décider quoi faire au réveil, ce qui est épuisant quand tu es en état de stress. Tu exécutes. Et l’exécution, même mécanique, crée un sentiment de contrôle qui apaise les parties protectrices paniquées.


Routine n°2 : L’ancrage émotionnel par la marche sensorielle

Les après-midi de vide sont souvent les pires. Le matin, tu as réussi à t’occuper un peu, peut-être même à bosser ou à faire des courses. Mais vers 15h, 16h, un creux s’installe. C’est l’heure où tu aurais pu envoyer un message, où vous auriez pu vous retrouver pour un café, où le silence devient plus lourd. C’est le moment où la tentation est grande de te jeter sur ton téléphone, de regarder ses photos, de te perdre dans des scénarios imaginaires de réconciliation ou de vengeance.

La deuxième routine est une marche sensorielle. Pas une marche pour « faire du sport » ou pour « penser à autre chose ». Une marche avec un protocole précis qui te ramène dans ton corps et dans le présent. Le principe est simple : tu sors, et pendant 20 à 30 minutes, tu te concentres sur tes sens, un par un.

Voici comment faire :

  • Les 5 premières minutes : Marche en te concentrant uniquement sur ce que tu vois. Regarde les couleurs des feuilles, les formes des nuages, la texture des murs. Si une pensée sur ton ex arrive, tu la notes mentalement et tu reviens à ce que tu vois. « Il y a un chat roux sur ce muret. La lumière est dorée. »
  • Les 5 minutes suivantes : Concentre-toi sur ce que tu entends. Les oiseaux, le vent, le bruit de tes pas, une voiture au loin. Essaie d’identifier trois sons différents.
  • Les 5 minutes suivantes : Concentre-toi sur les sensations physiques. La plante de tes pieds contre le sol, l’air sur ta peau, le poids de tes vêtements, la chaleur ou le froid.
  • Les 5 dernières minutes : Laisse tes sens fonctionner ensemble, sans consigne particulière. Marche simplement, en restant attentif à ce qui se présente.

Cette routine est directement inspirée des techniques de pleine conscience et de l’hypnose ericksonienne. L’idée est de sortir de la boucle de rumination en ancrant ton attention dans le présent. Quand tu te concentres sur tes sensations, tu prives ton cerveau de la ressource nécessaire pour continuer à ressentir de la douleur mentale. Ce n’est pas que la douleur disparaît, c’est qu’elle devient une expérience parmi d’autres, et non plus le centre de tout.

J’ai accompagné une patiente, Sophie, qui passait ses après-midi à pleurer en regardant les photos de son ex sur son téléphone. Elle avait perdu 4 kilos en trois semaines, ne mangeait plus. La marche sensorielle a été un outil qu’elle a adopté après quelques séances d’hypnose. Au début, elle marchait 10 minutes, puis elle rentrait. Progressivement, elle a allongé. Un jour, elle m’a dit : « J’ai vu une fleur rose dans un jardin, et pendant une seconde, je ne pensais pas à lui. » Cette seconde est devenue une minute, puis dix. Ce n’est pas linéaire, mais ça s’installe.

Pourquoi ça marche ? Parce que la douleur émotionnelle est souvent liée à une absence de sensations corporelles présentes. Tu es dans ta tête, dans le passé ou le futur. La marche sensorielle te ramène dans ton corps, ici et maintenant. C’est un antidote au vide mental. Et il y a un effet physiologique supplémentaire : la marche régule ton système nerveux en activant les circuits de la détente, ce qui réduit le cortisol, l’hormone du stress.

« Quand tu marches, tu n’effaces pas le vide, mais tu changes de relation avec lui. Le vide devient un espace que tu traverses, pas un trou dans lequel tu tombes. »


Routine n°3 : Le rituel d’écriture pour dialoguer avec les parties de toi

Le soir, avant de dormir, c’est souvent le moment le plus dur. Tu es fatigué, les défenses sont baissées, et le silence de la nuit amplifie tout. Les pensées reviennent en boucle : « Et si j’avais fait autrement ? », « Pourquoi est-ce que je ne lui suffisais pas ? », « Je n’y arriverai jamais seul(e). » C’est le moment où les parties protectrices sont les plus actives, et où tu es le plus vulnérable aux comportements impulsifs (envoyer un message, boire, scroller).

La troisième routine est un rituel d’écriture structuré. Pas un journal intime classique où tu écris tout ce qui te passe par la tête. Un protocole précis qui utilise les principes de l’IFS (Internal Family Systems) pour dialoguer avec les parties de toi qui souffrent.

Voici comment procéder, chaque soir, idéalement à la même heure, 10 à 15 minutes avant de dormir :

  1. Prends un carnet et un stylo (pas d’écran, c’est important). Installe-toi dans un endroit calme.
  2. Écris une phrase d’ouverture : « Ce soir, je ressens… » et complète avec ce qui vient. Ne cherche pas à être poétique, sois honnête. « … une boule dans le ventre », « … de la colère », « … un grand vide », « … de la tristesse qui monte ».
  3. Identifie une partie de toi : Demande-toi : « Quelle partie de moi est là ? » Tu peux lui donner un nom ou une image. Par exemple : « La partie triste », « Le critique qui dit que je suis nul », « La part de moi qui veut l’appeler tout de suite ». Écris-la.
  4. Dialogue avec elle : Pose-lui quelques questions et écris la réponse qui vient spontanément, sans censure. « Qu’est-ce que tu veux me dire ? », « Qu’est-ce que tu crains qu’il se passe si je ne t’écoute pas ? », « Qu’est-ce que tu as besoin que je sache ? ». Laisse la partie répondre. Parfois elle dira des choses surprenantes. Une patiente a découvert que sa partie en colère cachait en réalité une immense peur de l’abandon.
  5. Termine par une phrase de gratitude : « Merci à cette partie d’essayer de me protéger. Je t’écoute et je suis là. » Puis ferme le carnet. Ne le relis pas. Laisse-le fermé.

Ce rituel a un double effet. D’abord, il externalise les pensées. En les écrivant, tu les sors de ta tête et tu les poses devant toi. Elles deviennent un objet que tu peux regarder, au lieu d’être une tempête intérieure. Ensuite, il crée un espace de dialogue avec tes parties, sans jugement. Dans l’IFS, on considère que chaque partie a une intention positive, même si ses méthodes sont destructrices. En dialoguant avec elle, tu commences à apaiser son angoisse. Tu n’es plus en guerre contre toi-même, tu deviens un leader intérieur qui écoute et qui prend soin.

Un patient, Antoine, utilisait ce rituel après son divorce. Il avait une partie très critique qui lui répétait qu’il était un mauvais père, un mauvais mari, un raté. En dialoguant avec elle, il a découvert que cette partie était en fait terrorisée à l’idée qu’il soit seul, et qu’elle utilisait la critique pour le pousser à « se reprendre en main ». En reconnaissant cette peur, Antoine a pu rassurer cette partie : « Je vais m’occuper de moi, mais pas en me maltraitant. » La critique s’est apaisée.

Pourquoi ça marche ? Parce que le soir, ton cortex préfrontal est moins actif, et les émotions brutes remontent. L’écriture structurée te permet de les accueillir sans t’y noyer. C’est une forme d’auto-hypnose douce : tu crées un cadre sécurisé où les parties peuvent s’expr

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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