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Comment gérer les souvenirs qui reviennent sans prévenir ?

Techniques d’ancrage pour ne plus être submergé par le passé.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Tu es en pleine conversation avec un ami, tu l’écoutes, tu réponds. Soudain, une odeur, un mot, une lumière. Et ton estomac se serre. Ton souffle s’accélère. Une image floue, une sensation ancienne, revient. Ce n’est pas un souvenir clair, comme une photo. C’est une vague qui t’emporte, sans que tu aies eu le temps de dire ouf. Tu es là, dans ton salon ou au bureau, mais une partie de toi est ailleurs, à un autre moment, que tu pensais avoir rangé.

Marie, une femme d’une quarantaine d’années que j’ai accompagnée, me décrivait ça comme un « fantôme qui sonne à la porte sans prévenir ». Elle pouvait être en train de préparer le dîner, et une chanson à la radio la renvoyait vingt ans en arrière, dans une relation qu’elle avait quittée depuis longtemps. Elle ne pleurait pas, mais elle perdait pied. Elle se sentait submergée, comme si le présent devenait flou et que le passé prenait toute la place. Peut-être que tu vis quelque chose d’approchant. Ces souvenirs qui reviennent sans prévenir, ce ne sont pas des ennemis, mais ils peuvent te mettre à terre.

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes, et je travaille avec des adultes qui vivent ces retours brutaux du passé. Avec l’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’intelligence relationnelle, j’aide à faire de ces vagues des informations, et non plus des inondations. Dans cet article, je vais t’expliquer pourquoi ces souvenirs surgissent, comment ton cerveau les déclenche, et surtout te donner des techniques d’ancrage concrètes pour ne plus te laisser submerger. Tu n’effaceras pas ton histoire, mais tu pourras la traverser sans te noyer.

Pourquoi certains souvenirs reviennent-ils comme des éclairs ?

Le cerveau humain est une machine à anticiper les dangers. Il enregistre tout ce qui pourrait menacer ta survie, même les événements qui ne sont pas physiquement dangereux, comme une humiliation ou une rupture. Quand tu vis un moment chargé en émotion, ton cerveau le stocke dans un réseau de neurones appelé « mémoire implicite ». C’est une mémoire qui n’est pas consciente, qui ne se raconte pas en mots. Elle se manifeste par des sensations corporelles, des émotions, des réactions automatiques. C’est pour ça qu’un souvenir peut revenir sans que tu aies décidé de t’en souvenir. Ce n’est pas un choix. C’est une association.

Imaginons que tu aies été victime d’une agression verbale dans une cuisine. Des années plus tard, l’odeur d’un plat spécifique, l’éclat d’une lumière, ou même le bruit d’une casserole, peut activer ce réseau de souvenirs sans que tu aies le temps de te dire « ah, c’est lié à ça ». Ton corps réagit avant ta pensée. Le cortex préfrontal, qui est le chef d’orchestre de la raison, est court-circuité par l’amygdale, le centre d’alarme. Tu es en état d’alerte, comme si l’événement se reproduisait maintenant. C’est un mécanisme de protection, mais il devient handicapant quand il se déclenche trop souvent.

Ces souvenirs non traités restent en « boucle ouverte ». Ils n’ont pas été intégrés dans une narration cohérente. Ils sont comme des fichiers non classés dans un bureau : dès que tu passes devant, ils tombent sur le sol. Pour les calmer, il ne s’agit pas de les supprimer, mais de les relier à ton présent, de leur donner une place. L’ancrage est une façon de dire à ton cerveau : « Je suis ici, en 2025, en sécurité. Ce souvenir est une information, pas une menace immédiate. »

Point clé : Un souvenir qui revient sans prévenir n’est pas une faiblesse. C’est un message de ton système nerveux qui essaie de te protéger. Le problème, ce n’est pas le souvenir lui-même, mais la réaction de submersion qu’il déclenche.

L’ancrage corporel : comment revenir dans ton corps pour sortir de la mémoire

Quand le passé te submerge, tu es dans ta tête. Les pensées tournent en boucle, les images défilent, les scénarios catastrophes s’enchaînent. Le piège, c’est de vouloir raisonner le souvenir. Tu te dis : « Pourquoi je réagis encore ? C’est fini, c’est idiot. » Mais ton corps n’écoute pas la raison. Il écoute le ressenti. La première technique d’ancrage, la plus immédiate, est de revenir dans ton corps.

C’est simple, mais ça demande un peu d’entraînement. Quand tu sens que la vague monte, que ton cœur s’accélère ou que ta respiration devient courte, arrête-toi. Ne cherche pas à comprendre le souvenir tout de suite. Pose tes deux pieds à plat sur le sol. Si tu es assis, sens le poids de tes fesses sur la chaise. Si tu es debout, sens la plante de tes pieds. Puis, prends une inspiration lente par le nez, et expire par la bouche en faisant durer l’expiration un peu plus longtemps que l’inspiration. Ce n’est pas une respiration de relaxation miracle, c’est un signal pour ton nerf vague. Tu dis à ton système nerveux : « Je ralentis, je suis ici. »

Ensuite, ancre-toi dans l’espace. Regarde autour de toi. Nomme mentalement trois objets que tu vois. Par exemple : « La lampe bleue, la tasse blanche, le bord de la table. » Puis nomme trois sons que tu entends : « Le frigo, ma respiration, un oiseau dehors. » Enfin, nomme trois sensations physiques : « Mes doigts sur le clavier, l’air frais sur ma joue, la pression de mes pieds. » Cet exercice de « 3-3-3 » force ton cerveau à quitter le réseau de la mémoire implicite pour revenir au présent. C’est un ancrage sensoriel.

Je l’ai utilisé avec un sportif que j’accompagne, un coureur de fond. Pendant une course, une odeur de bitume chaud lui rappelait un accident. Il perdait sa foulée, son rythme cardiaque montait. Il a appris à faire ce balayage sensoriel en courant : un regard sur le paysage, un son (ses pas, son souffle), une sensation (le vent sur sa peau). En quelques secondes, il revenait dans l’instant présent et pouvait continuer. Ce n’est pas magique, c’est une reprogrammation. Ton cerveau peut apprendre à rediriger l’attention.

L’ancrage émotionnel : transformer la submersion en observation

Le corps est une première étape. Mais souvent, même si tu es revenu dans ton corps, l’émotion reste là, comme un poids dans la poitrine. L’ancrage émotionnel, c’est une technique qui vient de l’IFS (Internal Family Systems). L’idée est simple : au lieu de te battre contre l’émotion, tu l’observes. Tu passes du statut de « victime submergée » à celui de « témoin curieux ».

Si une vague de tristesse, de colère ou de peur arrive, place une main sur ton cœur ou sur ton ventre. Sens la chaleur de ta main. Puis, au lieu de te dire « je suis triste », dis-toi « une partie de moi ressent de la tristesse ». C’est un petit changement de langage, mais il crée une distance. Tu n’es pas l’émotion, tu es celui qui la remarque. Ensuite, donne un nom à cette partie. Elle peut être « la petite qui a peur », « le colérique », « la honte ». Tu n’as pas besoin de la comprendre tout de suite. Tu l’accueilles.

Demande-lui doucement : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » Parfois, la réponse est surprenante. Un souvenir qui revient peut être porteur d’un besoin non entendu : le besoin de sécurité, de reconnaissance, de justice. Quand tu écoutes cette partie, elle se calme. Elle n’a plus besoin de hurler pour être entendue. L’ancrage émotionnel, c’est transformer un cri en murmure. Tu n’effaces pas le souvenir, mais tu changes ta relation avec lui.

Prenons un exemple. Un homme, Paul, avait un souvenir récurrent d’une dispute avec son père, vingt ans plus tôt. Chaque fois qu’il entendait une voix masculine autoritaire, il se tendait, avait envie de fuir ou de se défendre. En IFS, il a identifié une partie « le petit garçon humilié ». Au lieu de la rejeter, il a appris à lui parler. Il a compris que cette partie voulait juste être protégée, reconnue comme ayant souffert. Il a pu lui dire : « Je suis là maintenant, je suis un adulte, je peux te protéger. » Le souvenir n’a pas disparu, mais la charge émotionnelle a diminué de 80 %.

Moment fort : Tu n’es pas ton souvenir. Tu es la conscience qui observe le souvenir. Quand tu changes de position, de « je suis submergé » à « je remarque une partie submergée », tu reprends le gouvernail.

L’ancrage temporel : créer une ligne du temps pour remettre le passé à sa place

Un souvenir qui revient sans prévenir est souvent un souvenir qui n’a pas de date. Il est atemporel. Il surgit comme si c’était maintenant. L’ancrage temporel est une technique pour lui redonner sa place dans le calendrier. Tu vas littéralement déplacer le souvenir dans le temps, pour que ton cerveau comprenne que c’est fini, que c’est un événement passé, et non une menace actuelle.

Tu peux le faire en imagination. Ferme les yeux un instant. Visualise une ligne devant toi, de gauche à droite. À gauche, c’est le passé. À droite, le futur. Au milieu, là où tu es, c’est le présent. Prends le souvenir qui te submerge. Imagine-le comme une forme, une boule de matière, une scène. Observe-la. Puis, demande-lui : « Quelle est ta date ? » Peut-être qu’il te répond une année, un âge. Ensuite, prends cette boule, et déplace-la vers la gauche, sur la ligne du passé, à l’endroit précis de ton histoire. Dis-lui : « Tu es là, en 2005, pas ici en 2025. »

Tu peux même ajouter un geste physique pour ancrer ce mouvement. Par exemple, tu fais glisser ta main de devant toi vers la gauche, comme si tu poussais le souvenir dans le passé. Ce geste, répété, associe un mouvement corporel à l’acte mental. Ton cerveau enregistre : « Ce souvenir est à gauche, pas ici. » C’est une technique que j’utilise avec des sportifs pour gérer les souvenirs d’échecs. Un footballeur qui revoit son penalty raté peut le déplacer dans le passé avant un match, pour ne pas le ramener dans l’instant présent.

Attention : il ne s’agit pas de nier le souvenir. Tu ne le jettes pas à la poubelle. Tu le ranges dans une boîte étiquetée « passé ». Il fait partie de toi, mais il n’est pas le chef de ta vie actuelle. Si tu sens une résistance, c’est normal. Parfois, une partie de toi a peur de perdre le souvenir, parce qu’il porte une leçon importante. Dans ce cas, remercie cette partie, et dis-lui que tu n’effaces rien, tu ranges juste pour mieux voir.

L’ancrage symbolique : utiliser un objet pour créer un interrupteur

Parfois, les techniques mentales ne suffisent pas quand l’émotion est trop forte. L’ancrage symbolique est un pont entre le corps et l’esprit. Tu choisis un objet physique, un petit caillou, un bracelet, une clé, qui devient ton « interrupteur ». Tu vas associer cet objet à un état de calme, de sécurité ou de présence. L’idée est que, quand le souvenir surgit, tu touches l’objet, et ton cerveau active l’état de calme, comme un réflexe conditionné.

Comment créer un ancrage symbolique efficace ? D’abord, choisis un objet que tu peux avoir sur toi facilement. Ensuite, installe-toi dans un moment calme. Ferme les yeux, et évoque un souvenir où tu te sentais vraiment en sécurité, paisible, ancré. Peut-être une promenade en forêt, un moment avec un proche, ou simplement un instant de lecture. Prends le temps de revivre ce souvenir : les images, les sons, les sensations corporelles. Quand cet état est fort, touche ton objet, et maintiens le contact pendant 20 à 30 secondes. Puis relâche. Répète cet exercice plusieurs fois par jour pendant une semaine.

Après cet entraînement, l’objet est « chargé ». Quand tu es submergé par un souvenir, tu peux toucher l’objet. Ce n’est pas un bouton magique qui efface tout, mais ça crée une pause. Tu passes de « je suis noyé » à « je peux respirer ». J’ai accompagné une femme qui portait un petit galet dans sa poche. Chaque fois qu’un souvenir de harcèlement scolaire revenait, elle le serrait. Au début, ça ne changeait pas grand-chose. Mais après quelques semaines, le simple geste de toucher le galet suffisait à ralentir son rythme cardiaque. L’objet devient un signal pour ton système nerveux : « Je suis en sécurité, je peux observer. »

Attention : l’ancrage symbolique ne remplace pas un travail plus profond si les souvenirs sont très traumatiques. Il est un outil de gestion quotidienne, pas une thérapie complète. Mais il est précieux pour retrouver un peu de contrôle quand tu te sens impuissant.

Quand ces techniques ne suffisent pas : le travail de fond avec l’hypnose et l’IFS

Les ancrages sont des outils de première ligne. Ils te permettent de ne pas être submergé dans l’instant. Mais parfois, les souvenirs reviennent avec une intensité telle que même les techniques d’ancrage ne suffisent pas. C’est comme si tu essayais de colmater une digue avec du ruban adhésif. Il faut alors aller voir ce qui alimente la pression.

C’est là que l’hypnose ericksonienne et l’IFS entrent en jeu. En hypnose, on ne cherche pas à contrôler le souvenir, mais à entrer en contact avec lui de manière sécurisée. On peut, par exemple, demander à la partie inconsciente qui déclenche le souvenir de se manifester sous une forme symbolique. Parfois, le souvenir est un gardien : il revient pour te protéger d’un danger que tu ne vois plus, mais que ton système nerveux perçoit encore. En hypnose, on peut négocier avec cette partie, lui donner un autre rôle.

L’IFS va plus loin. Chaque souvenir non traité est souvent porté par une « partie exile », une partie de toi qui a été blessée et qui a été mise de côté pour que tu puisses survivre. Quand elle revient, c’est parce qu’elle veut être guérie. En IFS, on ne la rejette pas, on l’accueille, on lui donne ce dont elle a besoin. Le travail est plus long, mais il enlève la racine du problème. Les ancrages deviennent alors des alliés, non des béquilles.

Je pense à un patient, un ancien pompier, qui revivait des scènes d’intervention. Les ancrages corporels l’aidaient sur le moment, mais les cauchemars revenaient. En hypnose, on a identifié une partie qui se sentait coupable de ne pas avoir pu sauver quelqu’un. Cette partie voulait qu’il se souvienne, pour ne pas oublier la leçon. On a pu lui montrer qu’il pouvait se souvenir sans se punir. Après quelques séances, les souvenirs ont cessé d’être invasifs. Il pouvait les évoquer sans être submergé.

Moment fort : Si un souvenir revient sans prévenir et te met à terre, ce n’est pas un défaut de caractère. C’est une partie de toi qui a besoin d’être entendue. Les ancrages sont des premiers secours, mais parfois, il faut un guide pour explorer la grotte.

Conclusion : Tu peux traverser les vagues sans te noyer

Ces souvenirs qui reviennent sans prévenir, ils ne sont pas là pour te détruire. Ils sont des messagers, parfois maladroits, d’un passé qui n’a pas encore trouvé sa place. Les techniques d’ancrage que je t’ai partagées – corporel, émotionnel, temporel, symbolique – sont des outils que tu peux utiliser dès maintenant, chez toi, dans ta vie quotidienne. Elles ne vont pas effacer ton histoire, mais elles vont te permettre de ne plus être à

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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