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Comment préparer son mental à un grand changement sportif

Les astuces de préparation mentale pour athlètes et amateurs.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Tu te lances dans un grand défi sportif : un marathon, un trail, une compétition de haut niveau, ou simplement une nouvelle discipline qui te sort de ta zone de confort. Les baskets sont neuves, le programme d’entraînement est calé, tu as même déjà coché les dates sur ton calendrier. Tout semble prêt. Pourtant, une voix intérieure te chuchote : « Et si je n’y arrive pas ? Et si je me blesse ? Et si je craque le jour J ? »

Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des athlètes, des amateurs éclairés, des coureurs du dimanche qui veulent passer un cap. Ils viennent avec un physique préparé, mais un mental qui tangue. Parce qu’un grand changement sportif, ce n’est pas juste une question de kilomètres avalés ou de chronos battus. C’est une transition de vie. Tu quittes une identité (le coureur du lundi soir) pour une autre (l’athlète qui s’engage sur un ultra-trail). Et ça, ça secoue.

Alors, comment préparer ton mental pour que ce changement devienne une force, pas un frein ? Voici des astuces concrètes, inspirées de l’hypnose ericksonienne, de l’IFS (Internal Family Systems) et de l’Intelligence Relationnelle – des outils que j’utilise avec mes sportifs, qu’ils soient footballeurs pros ou marathoniens amateurs.

Pourquoi ton mental flanche-t-il face à un grand changement ?

Avant de te donner des techniques, il faut comprendre ce qui se joue. Quand tu t’apprêtes à changer de niveau ou de discipline, ton cerveau n’est pas ton allié – du moins, pas tout de suite. Il est programmé pour te protéger. Un grand changement sportif, c’est une inconnue. Et l’inconnu, pour ton système nerveux, c’est potentiellement un danger.

Prenons l’exemple de Lucas, un coureur que j’accompagne. Lucas faisait des 10 km depuis cinq ans. Il a décidé de se lancer sur un marathon. Logique, non ? Montée en gamme. Sauf que deux mois avant la course, il a commencé à avoir des insomnies, des douleurs musculaires inexpliquées, et une envie irrépressible de tout annuler. Son corps disait : « Stop, c’est trop, on reste dans le connu. »

Ce que Lucas vivait, ce n’était pas un manque de motivation. C’était la peur de perdre son identité de « bon coureur de 10 km » pour devenir un « marathonien débutant ». Son mental flanchait parce que son système de protection (ce que l’IFS appelle un « pompier ») prenait le contrôle pour éviter l’échec ou le ridicule.

Le mécanisme : Quand tu changes, tu dois faire le deuil de ton ancien statut. Même si ce statut te limitait, il était confortable. Ce deuil crée une résistance. La clé, ce n’est pas de combattre cette résistance, mais de l’accueillir et de la comprendre. C’est là que la préparation mentale entre en jeu.

Comment créer un ancrage de confiance pour les moments de doute ?

Tu connais ces matins où tout va mal ? Le réveil sonne, il pleut, ta cuisse gauche tire, et tu te demandes pourquoi tu t’infliges ça. C’est là que la plupart des gens craquent. Pas le jour de la compétition, mais dans les semaines d’entraînement, quand le mental s’effrite comme une vieille chaussure.

Une astuce simple, mais redoutable : l’ancrage. En hypnose ericksonienne, on utilise des ancrages pour associer un geste ou un mot à un état émotionnel fort. Les sportifs le font souvent sans le savoir : le coureur qui touche son dossard avant le départ, le footballeur qui tape deux fois sur ses cuisses. Mais toi, tu vas le faire consciemment.

Exercice pratique (5 minutes) :

  1. Assieds-toi, ferme les yeux. Rappelle-toi un moment où tu étais fier de toi dans ton sport – une course où tu as dépassé tes limites, un entraînement où tout coulait de source.
  2. Revis cette scène en détail : les sensations dans ton corps, la température, les bruits, l’odeur de l’air.
  3. Quand l’émotion est à son maximum (cette bouffée de confiance), serre ton poing droit ou touche ton poignet gauche. Garde ce geste 5 secondes en respirant profondément.
  4. Relâche. Répète 3 fois de suite.

Ensuite, pendant ton entraînement ou le jour J, quand le doute pointe, tu refais ce geste. L’ancrage va réactiver l’état de confiance. Ce n’est pas magique – ça demande de la répétition. Mais avec une vingtaine de répétitions, ton cerveau associera ce geste à la confiance.

Je l’ai testé avec Amélie, une footballeuse qui paniquait avant chaque penalty. Elle s’est ancré un souvenir de but décisif en toucher le lobe de son oreille. Aujourd’hui, elle dit que c’est son « bouton off du stress ». Pas de suppression totale, mais une baisse de 40 % de l’anxiété, ce qui lui permet de rester lucide.

Tes peurs sont des parties de toi : comment négocier avec elles ?

Tu vas peut-être trouver ça étrange, mais je vais te parler en IFS (Internal Family Systems). Derrière ce nom barbare, il y a une idée simple : tu n’es pas un bloc monolithique. Tu es composé de plusieurs parties. Une partie de toi veut foncer, une autre veut rester au lit, une troisième a peur de l’échec. Et quand tu prépares un grand changement, ces parties s’activent comme des enfants qui crient tous en même temps.

Le piège, c’est de vouloir faire taire la peur. « Je dois être fort, je ne dois pas douter. » Non. Si tu réprimes la partie qui a peur, elle va s’exprimer ailleurs : blessure, insomnie, perte de motivation. En IFS, on fait l’inverse : on écoute cette partie.

Méthode :

  • Quand tu sens une peur monter (par exemple, avant une séance clé ou le départ d’une course), arrête-toi. Pose-toi cette question : « Quelle partie de moi est là en ce moment ? »
  • Imagine cette partie comme un personnage. Elle a quel âge ? Quelle forme ? Que veut-elle vraiment ? Parfois, la peur de l’échec cache une partie plus jeune qui a peur de décevoir son entraîneur ou ses proches.
  • Dialogue avec elle. Dis-lui : « Je te vois, je comprends que tu veux me protéger. Mais pour cette course, j’ai besoin de toi à côté de moi, pas devant. »

J’ai vu des sportifs transformés par cette approche. Un coureur d’ultra-trail, Marc, avait une partie qui le poussait à s’entraîner 7 jours sur 7, jusqu’à l’épuisement. En IFS, on a découvert que cette partie était un « manager » qui voulait qu’il soit parfait pour éviter les critiques de son père. Une fois qu’il a reconnu cette partie et négocié un repos, ses performances ont grimpé, et il a enfin pris du plaisir.

Ce que ça change : Tu passes d’une lutte intérieure à une collaboration. La peur n’est plus une ennemie, c’est une alliée qui te signale un besoin. Et dans un grand changement, avoir toutes ses parties à bord, c’est comme avoir une équipe soudée.

Comment utiliser l’Intelligence Relationnelle pour gérer la pression sociale ?

Un grand changement sportif n’est jamais individuel. Tu as un cercle : famille, amis, entraîneur, coéquipiers, concurrents. Et ils ont tous un avis. « Tu es sûr de vouloir faire ça ? », « À ton âge, c’est risqué », « Mon cousin a fait un marathon, il s’est blessé ». Ces paroles s’infiltrent dans ton mental comme du sable dans une chaussure.

L’Intelligence Relationnelle, c’est l’art de gérer ces relations sans te perdre. Concrètement, ça veut dire :

  • Identifier les relations toxiques (celles qui drainent ton énergie) et les relations nutritives (celles qui te boostent).
  • Apprendre à poser des limites. Tu n’as pas à justifier ton défi à tout le monde. Un simple « Je comprends ton inquiétude, mais j’ai besoin que tu me fasses confiance sur ce coup-là » peut suffire.

Exemple concret : Claire, une marathonienne amateur, m’a raconté que son compagnon passait son temps à lui dire « Ne te blesse pas » avant chaque sortie longue. Résultat : elle courait avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. On a travaillé sur un pacte relationnel. Lui : il remplace « Ne te blesse pas » par « Profite de ta course ». Elle : elle s’engage à l’informer de son état sans entrer dans les détails anxiogènes. Simple, mais ça a changé sa préparation.

Pourquoi c’est crucial : Le mental ne s’entraîne pas en vase clos. Si ton environnement te renvoie du stress, tu vas l’intégrer. Prends le temps de « trier » ton entourage pendant cette transition. C’est temporaire, mais nécessaire. Tu as le droit de dire : « Pendant les trois prochains mois, j’ai besoin de moins de conseils et de plus de soutien. »

La visualisation active : ne te contente pas de rêver

Tu as sûrement entendu parler de la visualisation positive. « Imagine-toi franchir la ligne d’arrivée ». C’est bien, mais c’est insuffisant. En préparation mentale, on utilise la visualisation active. Tu ne te contentes pas de voir l’image. Tu plonges dedans avec tous tes sens, et surtout, tu anticipes les difficultés.

Comment faire :

  1. Installe-toi dans un endroit calme. Ferme les yeux.
  2. Visualise le jour de ton changement sportif (course, compétition, premier entraînement dans la nouvelle discipline).
  3. Mais ne reste pas dans le scénario idéal. Introduis des obstacles. Par exemple : il pleut, tu as une ampoule, tu rates ton premier ravitaillement, tu perds ton rythme.
  4. Observe-toi en train de gérer ces obstacles. Comment tu respires ? Quels ajustements tu fais ? Quel état d’esprit tu adoptes ?
  5. Finis toujours par une issue positive. Tu as géré, tu as appris, tu es satisfait.

Pourquoi ça marche ? Parce que ton cerveau ne fait pas la différence entre une expérience vécue et une expérience imaginée avec suffisamment de détails. En visualisant les difficultés, tu désamorces leur impact. Le jour J, quand la pluie arrive, ton cerveau dit : « Ah, je connais cette scène, je l’ai déjà gérée. »

J’utilise ça avec des footballeurs pour les penaltys. On visualise le gardien qui plonge du bon côté, le poteau, la pression du public. Ils arrivent sur le terrain avec un sentiment de déjà-vu. Et ça réduit l’effet de surprise, principale source d’anxiété.

Attention : La visualisation active ne remplace pas l’entraînement physique. C’est un complément. Si tu passes 20 minutes par jour à visualiser, tu prépares ton mental à encaisser les coups durs. Mais tes jambes, elles, doivent bosser.

La routine de transition : du canapé au départ

Un grand changement, ce n’est pas un événement ponctuel. C’est une succession de micro-transitions. Le passage du réveil à la chaussure. De la douche au départ de la course. De l’échauffement au top départ. Chaque transition est une porte ouverte au mental qui flanche.

Tu connais cette sensation : tu es sur la ligne de départ, le cœur bat fort, et tu te mets à douter de tout. C’est normal. Mais tu peux construire une routine de transition qui te ramène dans le moment présent.

Ma routine type, adaptable :

  • 5 minutes avant le départ : respiration 4-7-8 (4 secondes d’inspiration, 7 secondes de blocage, 8 secondes d’expiration). Deux cycles suffisent à calmer le système nerveux.
  • 3 minutes avant : tu répètes ton ancrage de confiance (le geste que tu as créé plus haut).
  • 1 minute avant : tu te concentres sur un seul mot-clé. Pour certains, c’est « fluide », pour d’autres « puissance » ou « plaisir ». Tu le répètes mentalement en rythme avec ta respiration.

Pourquoi ça marche : La routine crée un cadre sécurisant. Ton cerveau sait ce qui vient. Il n’est plus en mode alerte. C’est comme un rituel : il te sort du chaos émotionnel pour te ramener dans l’action.

Un de mes sportifs, un cycliste amateur, avait une routine de 10 minutes avant chaque sortie : il vérifiait ses freins, buvait une gorgée d’eau, puis se répétait « Je suis prêt pour cette sortie, quoi qu’il arrive. » Il m’a dit que ça lui évitait de partir avec le stress du boulot dans les jambes.

Et si tout ne se passe pas comme prévu ?

Je vais être honnête avec toi. La préparation mentale, ce n’est pas une garantie de succès. Tu peux faire tous les exercices du monde, il y aura des jours où ça ne marchera pas. Où la peur sera plus forte. Où tu abandonneras une séance. Où tu finiras dernier de ta course.

Et c’est OK.

Un grand changement sportif, c’est aussi apprendre à échouer. À rebondir. À accepter que le mental n’est pas une forteresse, mais un muscle qui se fatigue. Ce qui compte, ce n’est pas l’absence de doute, c’est la capacité à revenir après.

Une dernière astuce : Quand ça ne va pas, demande-toi : « Qu’est-ce que cette difficulté m’apprend sur moi ? » Parfois, la réponse est simple : tu as besoin de plus de sommeil, ou de moins d’exigence. D’autres fois, elle est plus profonde : tu réalises que tu fais ce sport pour les mauvaises raisons (prouver quelque chose, fuir un vide). Et ça, c’est une découverte précieuse.

Ce que tu peux faire maintenant

Tu n’as pas besoin d’attendre le jour J pour commencer. La préparation mentale, ça se fait dès aujourd’hui, dans ton salon, sur ton tapis, ou même en marchant.

Action immédiate (5 minutes) :

  1. Prends un carnet. Note un changement sportif que tu prépares (même petit : courir 5 km, tenter un nouveau sport).
  2. Écris une peur spécifique liée à ce changement. Par exemple : « J’ai peur de craquer à mi-parcours ».
  3. À côté, écris une ressource que tu as déjà utilisée dans le passé pour surmonter une difficulté. Peut-être ta persévérance, ta capacité à respirer profondément, ou le soutien d’un ami.
  4. Relis les deux. Tu viens de créer un pont entre ta peur et ta ressource.

Si cette peur est trop envahissante, si elle t’empêche de dormir ou de t’entraîner, peut-être qu’un accompagnement personnalisé t’aiderait à la dénouer. Je ne te promets pas que tout deviendra facile. Mais je peux t’aider à faire de ce grand changement une aventure que tu traverses avec plus de clarté et moins de lutte intérieure.

Tu peux me contacter via mon site thierrysudan.com pour une séance en visio ou en présentiel à Saintes. Pas d’obligation, pas de pression. Juste une discussion pour voir si on peut travailler ensemble.

Prends soin de ton mental comme tu prends soin de ton corps. Il te le rendra.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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