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Comment reconnaître une transition positive d'une crise

Distinguer la croissance du simple effondrement.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Je reçois souvent des personnes qui me disent : « Thierry, je ne sais plus où j’en suis. Est-ce que je suis en train de craquer ou est-ce que je suis en train de changer ? » Cette question, elle revient comme un leitmotiv dans mon cabinet à Saintes. Un père de famille me confiait la semaine dernière qu’il se sentait « vide, fatigué, perdu », mais qu’au fond de lui, quelque chose lui disait que c’était peut-être nécessaire. Il avait peur de confondre un effondrement avec une renaissance. Et il n’est pas le seul.

Quand on traverse une période de bouleversement, le doute s’installe. Est-ce que je suis en train de me détruire ou de me construire ? Est-ce que cette souffrance est le signe que ça va mal, ou le signe que ça va justement mieux ? La frontière est fine, floue, et souvent terrifiante. Pourtant, il existe des indicateurs fiables pour distinguer une simple crise d’une véritable transition positive. Et cette distinction peut tout changer : elle décide de la façon dont vous allez traverser cette période, et de ce que vous allez en retirer.

Pourquoi avons-nous tant de mal à distinguer la croissance de l’effondrement ?

Notre cerveau est programmé pour la survie, pas pour l’épanouissement. Quand vous ressentez de l’inconfort, du doute, de la tristesse ou de la confusion, votre système nerveux active immédiatement une alarme : « Danger ! Reviens en terrain connu ! » Le problème, c’est que la croissance personnelle ressemble étrangement à une menace sur le plan émotionnel.

Une transition positive, c’est comme une mue. Le serpent ne se débat pas parce qu’il souffre, il se débat parce qu’il se libère de sa peau ancienne. Mais de l’extérieur, on pourrait croire qu’il est en train de se tordre de douleur. Vous, à l’intérieur de votre propre mue, vous ne faites pas la différence. Vous sentez la tension, la perte de repères, l’incertitude. Et votre esprit, habitué à chercher la sécurité, interprète tout cela comme un signe que quelque chose ne va pas.

Prenons un exemple concret. Imaginons Claire, une femme de 42 ans, cadre dans une entreprise de La Rochelle. Elle vient me voir parce qu’elle pleure tous les soirs en rentrant du travail. Elle ne comprend pas pourquoi : son poste est stable, ses collègues sont sympathiques, elle n’a pas de conflit majeur. Mais elle ressent un vide profond. Elle se dit : « Je suis ingrate, je devrais être heureuse. » Pourtant, cette tristesse n’est pas le signe d’une dépression classique. C’est le signal que quelque chose doit changer. Son corps et son cœur lui disent que son alignement actuel n’est plus le bon. Elle confond cette tristesse de croissance avec un effondrement. Résultat : elle lutte contre elle-même, elle essaie de « tenir », de « faire comme si », et elle s’épuise.

La confusion vient du fait que les deux états – crise et transition – partagent les mêmes symptômes : fatigue, doutes, pleurs, irritabilité, perte d’intérêt pour des choses qui passionnaient avant. La différence ne se trouve pas dans les symptômes, mais dans la direction qu’ils prennent. Une crise vous tire vers le bas et vous y maintient. Une transition vous tire vers le bas, oui, mais pour mieux vous propulser ailleurs.

« Le chaos n’est pas l’ennemi de l’ordre. Il en est l’accoucheur. » – La difficulté, c’est de savoir si vous êtes en train d’accoucher de vous-même ou de mourir à petit feu.

Le test des 3 dimensions : votre souffrance vous enferme-t-elle ou vous ouvre-t-elle ?

Voici un outil simple que j’utilise avec les sportifs que j’accompagne – coureurs de fond, footballeurs – et aussi avec les personnes en cabinet. Je l’appelle le test des trois dimensions. Il permet de faire la différence entre une souffrance qui est le signe d’une transition positive et une souffrance qui est le signe d’une crise destructrice.

Première dimension : l’énergie.

Dans une crise classique, l’énergie chute et ne remonte pas. Vous vous sentez vidé, et plus vous essayez de forcer, plus vous vous épuisez. C’est une spirale descendante. Vous avez l’impression de courir dans du sable mouillé, et chaque pas vous enfonce un peu plus.

Dans une transition positive, la fatigue est réelle, mais elle est différente. C’est une fatigue de transformation. Vous êtes fatigué le soir parce que vous avez travaillé sur vous, parce que vous avez tenu des espaces d’inconfort, parce que vous avez laissé partir des choses. Mais le matin, même si vous êtes fatigué physiquement, il y a une petite étincelle. Un « oui » intérieur qui dit que vous êtes sur le bon chemin. Vous n’êtes pas effondré, vous êtes en chantier. Et un chantier, c’est bruyant, c’est poussiéreux, c’est fatigant, mais ça construit.

Deuxième dimension : le lien à vous-même.

Une crise vous coupe de vous. Vous ne vous reconnaissez plus, vous avez l’impression d’être un étranger dans votre propre vie. Vous agissez par automatisme, par devoir, par peur. Vous n’êtes plus connecté à vos besoins profonds.

Une transition positive, aussi douloureuse soit-elle, vous rapproche de vous-même. Vous commencez à entendre des choses que vous aviez enfouies depuis des années. Vous ressentez des émotions que vous aviez verrouillées. Vous pleurez, oui, mais ces larmes ont un goût de libération. Vous vous dites « je ne sais pas où je vais, mais pour la première fois, je sens que c’est MOI qui choisis d’y aller ». C’est le signe le plus fiable : la transition vous reconnecte à votre centre, même si ce centre est encore flou.

Troisième dimension : l’ouverture vers l’avenir.

Une crise vous enferme dans le passé ou dans le présent immédiat. Vous ruminez, vous ressassez, vous vous demandez « pourquoi moi ? », « qu’est-ce que j’ai fait de travers ? ». L’horizon se rétrécit, et vous ne voyez que des murs.

Une transition positive, elle, ouvre des portes. Pas forcément des portes concrètes tout de suite, mais des portes intérieures. Vous commencez à envisager des possibilités que vous n’auriez jamais imaginées avant. Vous osez penser « et si je changeais de métier ? », « et si je mettais fin à cette relation qui ne me nourrit plus ? », « et si je vivais autrement ? ». Ces pensées ne sont pas des fuites, ce sont des aspirations. Elles vous font peur, mais elles vous font aussi vibrer. C’est ce mélange de peur et d’excitation qui est le marqueur d’une vraie transition.

Si vous cochez au moins deux de ces trois dimensions du côté de l’ouverture (énergie qui reste vivante malgré la fatigue, reconnexion à vous, ouverture vers l’avenir), vous êtes très probablement dans une transition positive. Si c’est l’inverse, il est peut-être temps de consulter pour ne pas laisser une crise s’installer.

Les pièges qui vous font confondre l’effondrement avec la renaissance

Même avec ce test, nous tombons tous dans des pièges. Le plus fréquent, c’est ce que j’appelle le mythe du phénix. Vous savez, cette croyance qu’il faut brûler complètement pour renaître de ses cendres. Beaucoup de personnes que je reçois se disent : « Je dois toucher le fond pour remonter. » C’est une idée romantique, mais souvent dangereuse. On peut se transformer sans se détruire. On peut changer sans passer par une dépression sévère.

Le deuxième piège, c’est la confusion entre lâcher-prise et abandon. Dans une transition positive, vous lâchez prise sur ce qui ne vous sert plus. Vous abandonnez des croyances limitantes, des relations toxiques, des habitudes qui vous épuisent. Mais vous ne lâchez pas prise sur vous-même. Vous ne vous abandonnez pas. Une crise, elle, est souvent un abandon de soi. Vous cessez de prendre soin de vous, vous négligez votre hygiène de vie, vous vous isolez. La différence est subtile mais cruciale : est-ce que vous quittez quelque chose POUR vous, ou est-ce que vous vous quittez vous-même ?

Le troisième piège, c’est l’attente que ça passe tout seul. Une transition positive, ça se traverse activement. Ce n’est pas un orage qu’on attend sous un arbre en espérant qu’il s’arrête. C’est un chemin qu’on emprunte, avec des outils, un accompagnement, une intention. Si vous restez passif, la transition peut effectivement se transformer en crise. C’est comme un sportif qui veut progresser mais qui ne s’entraîne pas : il stagne, puis il régresse.

J’ai accompagné un jeune footballeur de 19 ans qui vivait une période de doute intense. Il pensait qu’il n’était plus fait pour le foot, qu’il avait perdu son talent. Il était triste, irritable, il s’entraînait mal. Il confondait cette transition – le passage du statut de jeune espoir à celui de joueur confirmé – avec une fin de carrière. En travaillant ensemble, on a vu que sa souffrance venait du fait qu’il essayait encore de jouer comme à 15 ans, avec la même insouciance et la même technique. Il devait évoluer, accepter une nouvelle maturité. Ce n’était pas une crise de talent, c’était une transition de niveau. Une fois qu’il a compris ça, il a arrêté de lutter contre lui-même et il a commencé à construire son nouveau jeu.

Comment traverser une transition positive sans se perdre en chemin

Si vous avez identifié que vous êtes dans une transition positive, même si elle est inconfortable, la question qui se pose est : comment la traverser sans tout casser ? Voici quelques repères concrets.

1. Acceptez l’inconfort comme un allié, pas comme un ennemi.

Vous allez ressentir de l’anxiété, du doute, de la tristesse. Ce n’est pas agréable, mais c’est normal. Votre cerveau et votre corps sont en train de se réorganiser. C’est comme si vous déménagiez : pendant quelques semaines, tout est en cartons, vous ne trouvez plus rien, vous êtes frustré. Mais une fois que les meubles sont en place, vous respirez. L’inconfort est le prix de la transformation. Ne le fuyez pas, ne le médicamentez pas systématiquement. Asseyez-vous avec lui. Demandez-lui : « Qu’as-tu à m’apprendre ? »

2. Maintenez des ancrages concrets.

Quand tout est flou à l’intérieur, ancrez-vous dans du solide à l’extérieur. Gardez des routines simples : un bon petit-déjeuner, une marche quotidienne, un appel régulier avec un ami fiable. Ces ancrages ne sont pas des distractions, ce sont des points d’appui. Ils vous évitent de vous perdre dans le tumulte intérieur. Les sportifs que j’accompagne le savent bien : avant un grand changement de préparation, on garde les fondamentaux. On ne change pas tout en même temps.

3. Parlez-en à quelqu’un qui ne vous jugera pas.

Une transition positive a besoin d’être verbalisée. Pas forcément pour trouver des solutions, mais pour être reconnue. Quand vous dites à voix haute « je suis en train de changer, et ça me fait peur », vous donnez une forme à ce qui est informe. Vous devenez acteur de votre processus, pas juste victime. Un thérapeute, un coach, un ami éclairé peut vous aider à nommer ce que vous vivez. L’hypnose ericksonienne, par exemple, est très utile ici : elle permet d’accéder à vos ressources intérieures sans forcer, de laisser émerger ce qui veut émerger, sans lutter contre le reste.

4. N’essayez pas de tout comprendre tout de suite.

Une transition, ça ne se comprend pas toujours en temps réel. Vous voulez du sens immédiat, vous voulez savoir « pourquoi je vis ça maintenant ». Mais parfois, le sens arrive après. C’est comme regarder un puzzle : tant que vous n’avez pas posé les dernières pièces, vous ne voyez pas l’image globale. Faites confiance au processus. Vous n’avez pas besoin de tout savoir pour avancer. Vous avez juste besoin de poser un pas après l’autre.

Le signal d’alarme : quand la transition n’en est pas une

Je veux être honnête avec vous. Parfois, ce que vous vivez n’est pas une transition positive, mais une véritable crise. Une dépression, un burn-out, un effondrement psychique. Et il est essentiel de ne pas idéaliser la souffrance en la rebaptisant « croissance ». J’ai vu des personnes rester trop longtemps dans des situations destructrices au nom du « développement personnel », en se disant que c’était juste une phase difficile.

Les signaux d’alarme sont les suivants :

  • Vous ne dormez plus du tout ou vous dormez tout le temps.
  • Vous avez perdu tout plaisir, même dans les petites choses qui vous faisaient sourire avant.
  • Vous vous isolez complètement, vous ne répondez plus aux sollicitations.
  • Vous avez des pensées de mort ou de disparition, même passagères.
  • Vous ne voyez aucun avenir possible, même lointain.

Si vous reconnaissez plusieurs de ces signes, ne restez pas seul. Une transition positive est inconfortable, mais elle ne vous coupe pas de la vie. Elle vous y relie, même douloureusement. Une crise, elle, vous en éloigne. La différence, c’est la sensation d’être vivant au milieu du chaos. Si vous ne sentez plus rien, si tout est gris et plat, si l’énergie vitale a disparu, alors ce n’est pas une transition. C’est un appel à l’aide. Et il faut y répondre.

Ce que vous pouvez faire maintenant

Je ne veux pas vous laisser avec du vague à l’âme et des concepts. Voici une action concrète, immédiate, à faire dans les prochaines minutes ou les prochaines heures.

Prenez une feuille et un stylo. Tracez une ligne verticale au milieu. À gauche, écrivez « Ce qui ressemble à une crise ». À droite, écrivez « Ce qui ressemble à une transition ». Listez honnêtement ce que vous vivez : vos émotions, vos pensées, votre énergie, votre lien aux autres, votre rapport à l’avenir. Ne cherchez pas à interpréter, juste à décrire.

Ensuite, regardez la colonne de droite. Y a-t-il ne serait-ce qu’une petite chose qui indique que vous êtes en mouvement, que vous apprenez, que vous vous reconnectez à vous-même ? Si oui, c’est votre boussole. Si la colonne de gauche est pleine et celle de droite vide, alors peut-être avez-vous besoin d’un soutien plus direct. Et c’est très bien aussi.

Cette distinction n’est pas un jugement sur vous. Elle est un outil pour vous aider à choisir la bonne direction. Parce que traverser une transition positive demande une certaine posture, un certain courage, une certaine confiance. Mais traverser une crise demande parfois de s’arrêter, de demander de l’aide, de se faire porter un moment. Les deux sont légitimes. L’important, c’est de ne pas confondre les deux.

Si vous sentez que vous êtes dans une transition, même floue, même inconfortable, et que vous avez besoin d’un cadre pour la traverser sans vous perdre, je suis là. À Saintes, en cabinet ou en visio, je reçois des adultes qui, comme vous, veulent donner du sens à leur mouvement intérieur. On ne va pas forcer, on ne va pas brusquer. On va simplement vous aider à reconnaître ce qui est en train de naître en vous, et à lui faire de la place.

Prenez soin de vous. Et si le doute persiste, venez. On en parlera.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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