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Deuil et identité : qui suis-je après cette perte

Reconstruire une image de soi sans l’autre.

TSThierry Sudan
28 avril 202612 min de lecture

Tu as passé des années à être « la moitié d’un couple », « la fille dévouée de ta mère », « le père de famille qui tient tout », ou « l’ami sur qui on compte ». Et puis, un jour, cette relation s’est arrêtée. Par une mort, une séparation, une distance qui s’installe, ou un diagnostic qui change tout. Le vide est là, immense. Mais ce qui te surprend le plus, ce n’est pas seulement la douleur de l’absence. C’est cette question qui revient sans cesse, lancinante : « Qui suis-je, maintenant, sans cette personne ? »

Tu n’es pas seul·e à te la poser. Dans mon cabinet à Saintes, je reçois des adultes qui traversent cette tempête intérieure. Ils viennent pour un deuil, mais ils repartent souvent avec une découverte bien plus vaste : celle de leur propre identité, débarrassée des rôles qu’ils avaient endossés sans même s’en rendre compte. Aujourd’hui, je veux t’emmener dans ce cheminement, étape par étape, pour que tu puisses entrevoir comment on reconstruit une image de soi quand l’autre n’est plus là.

Pourquoi la perte d’un être cher te fait perdre le fil de toi-même ?

Quand quelqu’un de central disparaît, ce n’est pas seulement une personne qui s’en va. C’est tout un système de miroirs qui s’éteint. Ces miroirs, ce sont les regards, les mots, les habitudes partagées, les rôles que tu jouais avec cette personne. Ils te renvoyaient en permanence une image de toi : « Je suis celui qui fait rire mon conjoint », « Je suis celle qui prend soin de ma mère », « Je suis le confident de mon ami ».

Prenons un exemple concret. Imagine un homme, appelons-le Marc. Pendant vingt ans, il a été le mari d’Hélène. Chaque matin, il préparait le café en pensant à ses goûts. Chaque soir, il écoutait ses histoires de travail. Quand Hélène est décédée d’un cancer, Marc n’a pas perdu seulement sa femme. Il a perdu le rôle de « mari attentionné », de « confident du soir », de « celui qui fait rire Hélène ». Il s’est retrouvé face à un vide : qui est Marc quand personne ne boit son café, quand personne ne lui raconte sa journée ?

C’est ce que j’appelle la perte des ancrages identitaires. Ces ancrages, ce sont des points de repère invisibles qui te disent qui tu es en relation avec l’autre. Quand ils disparaissent, ton identité vacille. Tu ne sais plus par où commencer pour te définir. Tu te sens flou, absent à toi-même. Et c’est normal. Ce n’est pas un signe de faiblesse, c’est une réaction humaine face à un effondrement de ton monde relationnel.

« On ne pleure pas seulement quelqu’un. On pleure aussi la version de soi-même qui existait à travers ses yeux. »

En hypnose ericksonienne, je vois souvent des personnes qui arrivent avec une plainte de « vide intérieur ». Elles ne savent pas exprimer ce qu’elles ressentent, parce que ce vide est précisément l’absence de ces miroirs. L’IFS (Internal Family Systems) m’apprend à regarder ces parties de nous qui ont été construites en réaction à l’autre : une partie « aidante », une partie « sage », une partie « forte ». Quand l’autre disparaît, ces parties se retrouvent orphelines, sans mission.

Comment l’IFS et l’hypnose t’aident à retrouver tes propres contours

Tu te demandes peut-être : concrètement, comment on fait pour reconstruire une image de soi ? Ce n’est pas une question de « passer à autre chose » ou de « faire son deuil » comme on le dit trop souvent. Il s’agit plutôt de réapprendre à te voir par toi-même, sans que l’autre soit le prisme à travers lequel tu te regardes.

L’IFS, ou Système Familial Intérieur, est une approche qui considère que notre psyché est composée de multiples « parties » ou sous-personnalités. Certaines de ces parties ont été créées pour s’adapter à la relation avec l’autre. Par exemple, si tu as grandi avec un parent très exigeant, tu as développé une partie « parfaite » qui cherche à être approuvée. Quand ce parent disparaît, cette partie continue de tourner à vide, cherchant une validation qui n’arrive plus.

En séance, je t’invite à entrer en contact avec ces parties. Pas pour les juger ou les chasser, mais pour les comprendre et les libérer. Voici un exercice simple que tu peux essayer chez toi (mais je te conseille de le faire avec un professionnel pour les parties les plus sensibles) :

  1. Assieds-toi tranquillement, ferme les yeux, et ramène à ta mémoire un moment où tu te sentais bien avec la personne disparue.
  2. Observe la sensation dans ton corps : est-ce une chaleur dans la poitrine, une tension dans la gorge, un poids sur les épaules ?
  3. Demande à cette sensation : « Quelle partie de moi est présente ? Que veut-elle ? Que craint-elle si elle n’est plus là ? »
  4. Écoute la réponse sans jugement. Souvent, la partie te dira : « Je veux être aimé·e », « Je veux être utile », « Je veux être reconnu·e ».

Ce dialogue intérieur, c’est le début de la reconstruction. Tu commences à voir que ces parties ne sont pas toi, mais des rôles que tu as appris à jouer. Et tu peux choisir de les laisser se reposer, ou de les transformer.

L’hypnose ericksonienne, de son côté, agit en douceur pour contourner les résistances conscientes. Elle te permet d’accéder à des ressources que tu ne savais pas avoir. Par exemple, je peux t’accompagner à revisiter un souvenir où tu te sentais entier·e, avant la relation, ou à un moment où tu étais en paix avec toi-même. En état hypnotique, ton inconscient peut réorganiser ces ressources pour créer une nouvelle image de toi, plus autonome.

« L’hypnose ne te fait pas oublier l’autre. Elle te rappelle que tu existais déjà avant lui, et que tu peux exister après lui. »

Les deux pièges qui t’empêchent de te reconstruire (et comment les éviter)

Quand on traverse un deuil identitaire, on tombe souvent dans deux pièges émotionnels. Les reconnaître, c’est déjà les désamorcer.

Premier piège : l’idéalisation ou la diabolisation de l’autre. Tu passes ton temps à idéaliser la relation : « Avec lui/elle, j’étais tellement mieux », ou au contraire, tu la diabolises : « À cause de lui/elle, j’ai perdu des années de ma vie ». Ces deux extrêmes te maintiennent dans une dépendance à l’autre. Tu continues à te définir par rapport à lui, en positif ou en négatif. C’est une forme de prison mentale.

Deuxième piège : l’effacement de soi. Tu te dis : « Je n’ai plus d’importance », « Ma vie n’a plus de sens », « Je ne suis plus rien sans cet amour ». C’est une réaction de tristesse profonde, mais elle te coupe de tes propres besoins et désirs. Tu deviens transparent·e à toi-même.

Comment éviter ces pièges ? En pratiquant ce que j’appelle l’ancrage dans le présent. L’idée n’est pas d’oublier l’autre, mais de te reconnecter à ce qui est là, maintenant, dans ta vie : ton souffle, ton corps, une odeur, une sensation de tes pieds sur le sol. En hypnose, je t’apprends à créer un ancrage sensoriel : un geste (comme toucher ton pouce et ton index) associé à un souvenir de calme ou de force. Quand tu sens le piège se refermer, tu actives cet ancrage. Cela te ramène à toi, ici et maintenant, et non dans le passé figé.

Un exemple : une femme que j’ai accompagnée, appelons-la Sophie, avait perdu son mari brutalement. Elle passait ses journées à revoir mentalement les photos de leur voyage en Italie, se disant : « Je ne vivrai plus jamais ça ». Chaque fois, elle sombrait dans la tristesse. Je lui ai proposé de créer un ancrage : chaque fois qu’elle sentait cette nostalgie, elle touchait son poignet gauche et se rappelait la sensation du vent sur son visage lors d’une balade récente seule. Cela ne supprimait pas la tristesse, mais cela lui donnait une bouée pour ne pas se noyer.

Redéfinir ton identité par petites touches quotidiennes

Reconstruire une image de soi, ce n’est pas un grand chamboulement du jour au lendemain. C’est un travail de fourmi, fait de petites actions concrètes. L’intelligence relationnelle, que j’utilise dans mon accompagnement, insiste sur l’importance des micro-expériences. Chaque jour, tu peux poser un geste qui te rappelle qui tu es, indépendamment de l’autre.

Voici quelques pistes que je propose souvent à mes clients :

  • Redécouvre un goût personnel. Pas celui que tu partageais avec l’autre, mais un que tu avais oublié. Par exemple, si tu aimais lire des romans policiers avant ta relation, réemprunte un livre à la bibliothèque. Si tu adorais marcher seul·e dans la forêt, fais-le sans prévoir de partager l’expérience.
  • Réinvestis un espace. La chambre, le fauteuil, la place à table : ces espaces étaient « à deux ». Peut-être les as-tu laissés vides ou figés. Commence par y poser un objet qui n’appartient qu’à toi : un coussin que tu as choisi, une plante, une photo de toi seul·e.
  • Ose un non. Un client m’a raconté qu’il disait toujours « oui » aux demandes de sa femme. Après son décès, il a continué à dire « oui » à tout le monde. Un jour, il a refusé une invitation de son voisin pour un café. Il s’est senti coupable, puis soulagé. Ce petit « non » était une affirmation de ses limites, une preuve qu’il existait par lui-même.
  • Note trois choses que tu as faites pour toi aujourd’hui. Pas pour les autres. Pour toi. Un bain chaud, un moment de silence, une parole gentille que tu t’es dite. Ce journal, c’est une preuve écrite que tu es là, vivant·e, même en pleine reconstruction.

Ces gestes semblent anodins, mais ils ont un effet cumulatif. Chaque fois, tu te dis : « Je suis capable de choisir pour moi ». Et peu à peu, l’image de toi se redessine, non plus en creux par rapport à l’autre, mais en relief par rapport à tes propres désirs.

Quand la douleur devient une boussole pour une nouvelle vie

Je vais être honnête avec toi : la douleur du deuil ne disparaît jamais complètement. Ce n’est pas le but. Le but, c’est qu’elle devienne une boussole, pas une prison. En IFS, on dit souvent que les parties blessées peuvent devenir des guides si on les écoute avec compassion.

Prenons l’exemple de Julien, un footballeur amateur que j’accompagne en préparation mentale. Il a perdu son père, qui était son premier supporter. Pendant des mois, il ne pouvait plus jouer sans pleurer. Il se sentait trahi par son corps. En travaillant avec lui, on a découvert que la douleur venait d’une partie « petit garçon » qui cherchait encore l’approbation de son père. Au lieu de la repousser, on l’a invitée à s’asseoir sur le banc de touche, pour observer le match. Julien a alors pu jouer en portant cette douleur comme un hommage, pas comme un fardeau.

Aujourd’hui, il marque des buts et, à chaque fois, il lève les yeux vers le ciel en pensant à son père. La douleur est toujours là, mais elle est devenue un moteur. Elle lui rappelle pourquoi il aime ce sport.

C’est ça, la reconstruction : transformer une perte en une force qui te pousse à vivre pleinement, pas à te replier. Tu n’es pas obligé·e de « tourner la page ». Tu peux garder la page, la relire, et en écrire une nouvelle à côté, avec ta propre encre.

« Le deuil n’est pas une cicatrice qui se referme. C’est une porte qui s’ouvre sur une version de toi que tu n’avais jamais rencontrée. »

Comment savoir si tu es prêt·e à reconstruire ton identité ?

Tu te demandes peut-être : « Est-ce que je suis prêt·e ? » Il n’y a pas de calendrier parfait. Mais voici quelques signes qui montrent que tu es en chemin :

  • Tu commences à ressentir des moments de curiosité pour l’avenir, même fugaces.
  • Tu acceptes que certaines parties de toi soient tristes ou en colère, sans les juger.
  • Tu oses essayer une nouvelle activité seul·e, sans chercher à la partager avec l’autre.
  • Tu te surprends à rire ou à ressentir de la joie, et tu ne te sens pas coupable.

Si tu reconnais un ou deux de ces signes, c’est que le processus est en marche. Si aucun ne résonne, ce n’est pas grave non plus. Parfois, la reconstruction commence par un simple pas : prendre rendez-vous avec quelqu’un qui peut t’accompagner.

Une invitation à faire le premier pas

Je sais que lire un article ne suffit pas toujours à changer les choses. Les mots peuvent éclairer, mais c’est l’action qui transforme. Si tu te sens perdu·e dans cette question « qui suis-je après cette perte », sache que tu n’es pas obligé·e de trouver seul·e les réponses.

Dans mon cabinet à Saintes, je reçois des adultes comme toi, qui viennent avec leur douleur et leur confusion. On ne cherche pas à effacer la perte. On cherche à retrouver la personne qui est encore là, derrière les rôles et les souvenirs. Avec l’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’intelligence relationnelle, on tisse ensemble un nouveau fil identitaire, solide et flexible.

Si tu sens que c’est le moment, prends ton téléphone ou ton clavier. Envoie-moi un message ou appelle. On peut commencer par une simple conversation, sans engagement. Juste pour que tu puisses poser tes mots et être entendu·e. Parce que ta nouvelle identité mérite d’être découverte, pas subie.

Tu n’as pas à traverser ça seul·e. Et tu n’as pas à savoir exactement qui tu es maintenant. L’important, c’est de commencer à chercher, un pas après l’autre.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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