3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Retrouver le sommeil quand les souvenirs veillent.
Ils viennent souvent la nuit. Ce sont les souvenirs qui se rappellent à vous, les images qui tournent en boucle, les conversations que vous n’avez pas eues, les gestes que vous auriez voulu faire. Le lit devient une scène où se rejoue, en boucle, l’absence. Vous regardez le plafond, vous regardez l’heure, vous comptez les heures qui passent. Vous savez que demain vous serez fatigué, que votre patience sera plus courte, que votre tristesse sera plus lourde. Mais vous ne pouvez pas dormir.
Je vois souvent cette situation dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes qui ont perdu quelqu’un – un parent, un conjoint, un enfant, parfois un ami très proche – et qui, depuis, ne dorment plus. Pas de ces insomnies classiques qu’on soigne avec une tisane ou une routine de coucher. Non, ce sont des insomnies qui viennent du dedans, qui sont tissées dans la douleur même. Et c’est là que l’hypnose ericksonienne, que je pratique depuis 2014, peut offrir une voie différente.
Pas pour effacer le deuil. Pas pour faire comme si tout allait bien. Mais pour permettre à votre corps et à votre esprit de retrouver le sommeil malgré la peine. Pour que la nuit ne soit plus un champ de bataille, mais un lieu de repos, même fragile, même imparfait.
Le deuil n’est pas une émotion. C’est un processus. Un bouleversement qui touche toutes les strates de votre être. Et le sommeil, qui est notre régulateur principal, est l’une des premières choses à se dérégler. Vous n’êtes pas « faible » parce que vous ne dormez pas. Vous êtes en train de vivre quelque chose d’immense.
Voici ce qui se passe concrètement dans votre cerveau quand vous êtes en deuil :
1. Le système d’alerte reste allumé. Votre cerveau a détecté une perte majeure. Pour lui, c’est un danger. Il active donc votre système nerveux sympathique – celui qui vous prépare à l’action, à la fuite ou au combat. Normalement, la nuit, ce système devrait baisser d’intensité pour laisser place au système parasympathique (repos et digestion). Mais dans le deuil, cette bascule ne se fait pas. Vous restez en vigilance. Chaque bruit vous réveille. Chaque pensée vous tient éveillé.
2. Le cerveau rumine, sans pouvoir s’arrêter. Les pensées de deuil ne sont pas des pensées ordinaires. Elles sont chargées de sens, de regret, de questions sans réponse. « Et si j’avais été là ? », « Pourquoi lui/elle ? », « Comment vais-je faire sans ? ». Votre cortex préfrontal, la partie rationnelle de votre cerveau, essaie de trouver des solutions. Mais il n’y a pas de solution à la perte. Alors il tourne en rond. C’est ce qu’on appelle la rumination. Et la rumination est l’ennemie jurée de l’endormissement.
3. Votre horloge biologique est déréglée. Le deuil bouleverse vos routines. Vous mangez peut-être moins, ou plus. Vous vous couchez plus tard, ou vous vous effondrez sur le canapé à 19h. Votre rythme circadien, qui synchronise votre sommeil avec le jour et la nuit, perd ses repères. Résultat : vous vous endormez difficilement, ou vous vous réveillez à 3h du matin sans pouvoir vous rendormir.
4. Les souvenirs deviennent des intrus. La nuit, quand le silence s’installe, il n’y a plus de distractions. Plus de travail, plus d’écran, plus de conversations. Il ne reste que vous et votre mémoire. Les souvenirs de la personne disparue reviennent avec une force décuplée. Parfois ce sont des souvenirs doux, qui vous tirent des larmes. Parfois ce sont des souvenirs douloureux, des images de la maladie, de l’accident, de l’instant où vous avez appris la nouvelle. Ces souvenirs activent des circuits émotionnels puissants qui empêchent le cerveau de basculer en mode sommeil.
Le deuil n’est pas un trouble du sommeil. C’est un trouble de la vie. Et la vie, parfois, a besoin d’un peu d’aide pour retrouver son rythme.
Je ne vous propose pas de faire disparaître votre chagrin. Je vous propose d’apprendre à dormir avec lui. De faire de la nuit un espace où votre douleur peut se reposer, elle aussi.
L’hypnose ericksonienne, celle que j’utilise, n’est pas un spectacle. Ce n’est pas un état de sommeil ou d’inconscience. C’est un état modifié de conscience, un peu comme quand vous êtes plongé dans un livre ou un film et que vous oubliez le temps. Dans cet état, votre esprit critique se met en retrait, et votre inconscient devient plus accessible.
Concrètement, comment cela se passe pour l’insomnie du deuil ?
L’hypnose ne vous fera pas oublier. C’est important. Je ne vais pas vous suggérer que la personne n’a pas existé ou que son départ n’est pas douloureux. Au contraire, l’hypnose vous permet de créer une relation différente avec votre douleur. Au lieu de la combattre, de lutter contre elle (ce qui épuise et empêche le sommeil), vous apprenez à l’accueillir, à lui donner une place, sans qu’elle prenne toute la place.
L’hypnose peut déconnecter les souvenirs de leur charge émotionnelle. C’est l’un des mécanismes les plus puissants. Un souvenir, ce n’est pas une vidéo neutre. C’est une image associée à une émotion. L’hypnose peut vous permettre de revoir un souvenir – par exemple, le visage de la personne aimée – sans que l’émotion de perte vous submerge. Le souvenir reste, l’amour reste, mais la douleur aiguë s’atténue. Et quand la douleur s’atténue, le sommeil peut revenir.
L’hypnose peut recréer un état de sécurité intérieure. Le deuil vous a fait perdre vos repères. Votre monde n’est plus sûr. L’hypnose peut vous aider à reconstruire, à l’intérieur de vous, un espace de sécurité. Un lieu imaginaire, une sensation, une image qui vous rappelle que vous êtes capable de traverser cette épreuve. Cet état de sécurité est le terreau du sommeil.
L’hypnose peut réapprendre au corps à lâcher prise. Votre corps est tendu, en alerte, même quand vous êtes allongé. L’hypnose vous guide vers des sensations de détente profonde. Pas une détente de surface, mais une détente qui va jusqu’aux muscles que vous ne saviez pas contractés, jusqu’à votre respiration, jusqu’à votre rythme cardiaque. Une fois que le corps lâche, le cerveau peut suivre.
Je me souviens d’une personne que j’ai accompagnée, un homme d’une soixantaine d’années, venu me voir après le décès de sa femme. Il me disait : « Je n’arrive pas à dormir parce que dès que je ferme les yeux, je la vois. Et ça me fait trop mal. » Avec l’hypnose, nous avons travaillé non pas pour qu’il ne la voie plus, mais pour qu’il puisse la voir avec un sentiment de paix, et non de déchirement. Au bout de quelques séances, il a pu s’endormir en pensant à elle, avec une larme, mais sans angoisse.
Si vous venez me voir pour cela, voici comment se déroule généralement une séance. Je vous dis cela pour que vous sachiez à quoi vous attendre, et pour dissiper d’éventuelles craintes.
Première séance : l’écoute et l’histoire. Je ne commence jamais par l’hypnose tout de suite. Je vous écoute. Je veux comprendre votre histoire, votre relation avec la personne disparue, vos nuits, vos pensées, vos peurs. Je vous pose des questions sur votre sommeil : à quelle heure vous vous couchez ? Vous vous réveillez la nuit ? Combien de fois ? Que faites-vous quand vous ne dormez pas ? Ce n’est pas un interrogatoire. C’est une exploration. Ensemble, nous allons chercher ce qui, dans votre vécu, pourrait être une ressource pour la suite.
La séance d’hypnose elle-même. Vous êtes installé confortablement, assis ou allongé, selon ce qui vous convient. Je vous guide avec ma voix. Je ne vous demande pas de « vider votre esprit » – c’est impossible et inutile. Je vous invite simplement à porter votre attention sur quelque chose de simple : votre respiration, une sensation dans votre corps, une image douce. Peu à peu, votre esprit se détend. Vous pouvez entendre ma voix, mais aussi laisser vos pensées vagabonder. C’est normal. Parfois, vous aurez l’impression de ne rien ressentir de spécial. Ce n’est pas grave. L’hypnose fonctionne même si vous ne la « sentez » pas.
Les suggestions. Pendant cet état, je vais vous proposer des images, des sensations, des métaphores. Par exemple : « Imaginez que vos souvenirs sont comme des feuilles qui flottent sur une rivière. Vous pouvez les regarder passer, sans avoir à les attraper. » Ou : « Vous avez en vous un endroit calme, un refuge intérieur. Vous pouvez y aller à tout moment, surtout la nuit. » Ces suggestions ne sont pas des ordres. Ce sont des invitations. Votre inconscient choisit ce qui lui est utile.
Après la séance. Vous revenez à un état de conscience ordinaire. Parfois, vous vous sentez détendu, parfois un peu étourdi, parfois rien de particulier. Je vous donne toujours des pistes pour prolonger l’effet chez vous : un petit rituel avant de dormir, une respiration particulière, une phrase à se répéter. L’hypnose n’est pas une solution magique en une séance. Pour les insomnies du deuil, je recommande généralement un accompagnement sur 3 à 6 séances, espacées d’une à deux semaines.
L’hypnose ne vous enlève pas votre chagrin. Elle vous donne une chaise pour vous asseoir à côté de lui.
Je veux être honnête avec vous. L’hypnose n’est pas une baguette magique. Il y a des choses qu’elle ne peut pas faire, et il est essentiel que vous le sachiez avant de vous engager.
L’hypnose ne remplace pas le travail du deuil. Le deuil est un processus qui prend du temps. Il passe par des étapes – choc, colère, tristesse, acceptation – qui ne peuvent pas être court-circuitées. L’hypnose peut vous aider à mieux traverser ces étapes, à moins souffrir pendant la nuit, mais elle ne les supprime pas. Si vous cherchez à « passer à autre chose » rapidement, l’hypnose risque de vous décevoir.
L’hypnose ne vous fera pas oublier. C’est une peur que j’entends parfois : « Si je vais mieux, est-ce que je vais l’oublier ? » Non. L’hypnose ne touche pas à la mémoire. Elle touche à la relation que vous avez avec votre mémoire. Vous vous souviendrez toujours de la personne aimée. Ce qui change, c’est la souffrance associée au souvenir. Le souvenir peut devenir doux, apaisant, au lieu d’être déchirant.
L’hypnose ne fonctionne pas si vous êtes dans le déni. Si vous refusez d’accepter que la personne est partie, si vous êtes dans un état de sidération complet, l’hypnose aura peu d’effet. Vous devez être prêt à faire un tout petit pas vers l’acceptation de la réalité. Pas une acceptation joyeuse, juste une acceptation minimale : « Cette personne n’est plus là physiquement. Et je dois vivre avec ça. » C’est à partir de ce point que le travail peut commencer.
L’hypnose n’est pas une solution de long terme si elle n’est pas accompagnée d’autres choses. Si vous êtes en deuil, votre corps et votre esprit ont besoin de soutien global. L’hypnose peut vous aider à dormir, mais elle ne remplace pas une alimentation équilibrée, une activité physique douce (même une marche de 10 minutes), un soutien social (parler à des amis, à un groupe de parole), ou parfois un suivi médical si la dépression s’installe. Je suis praticien, pas médecin. Si vous sentez que votre deuil se transforme en dépression sévère (perte d’appétit prolongée, idées noires, isolement total), je vous orienterai vers un médecin ou un psychiatre.
En attendant de prendre rendez-vous, ou si vous voulez simplement essayer quelque chose par vous-même, voici quelques pistes que vous pouvez mettre en place ce soir. Ce ne sont pas des solutions miracles, mais des petits gestes qui peuvent faire une différence.
1. Créez un rituel de « dépôt » des pensées. Avant de vous coucher, prenez un carnet. Notez tout ce qui vous passe par la tête : les souvenirs, les regrets, les questions, les émotions. Ne cherchez pas à écrire joliment. Écrivez vite, sans vous relire. Puis fermez le carnet. Dites-vous : « Voilà, je confie ces pensées à ce carnet. Je n’ai pas besoin de les garder dans ma tête pour la nuit. » Ce n’est pas magique, mais cela crée une séparation entre l’esprit qui rumine et l’esprit qui se repose.
2. Utilisez votre respiration comme un ancrage. Quand vous êtes allongé et que les pensées arrivent, portez votre attention sur votre respiration. Pas pour la contrôler, juste pour la sentir. Inspirez en comptant jusqu’à 4, expirez en comptant jusqu’à 6. L’expiration plus longue active le système parasympathique, celui qui calme. Répétez cela 10 fois. Si les pensées reviennent, ce n’est pas grave. Revenez simplement à votre respiration.
3. Autorisez-vous à penser à la personne, mais avec une limite. Parfois, lutter contre les souvenirs les rend plus forts. Alors autorisez-vous un moment dédié : « Je vais penser à elle/lui pendant 10 minutes. Je vais me souvenir de quelque chose de doux. » Mettez un minuteur. Après ces 10 minutes, dites-vous : « C’est le moment de me reposer maintenant. Je pourrai y penser demain. » Cela donne un cadre à la tristesse.
4. Changez votre position dans le lit. Cela peut sembler anodin, mais si vous avez l’habitude de dormir d’un côté, du côté où la personne disparue dormait, essayez de changer. Cela peut briser une association inconsciente qui maintient l’éveil.
5. Acceptez une nuit imparfaite. L’insomnie du deuil est rarement totale. Peut-être que vous dormez 3 heures, puis vous êtes réveillé. Au lieu de vous énerver et de lutter, dites-vous : « Je suis réveillé. Ce n’est pas grave. Je vais me reposer, même sans dormir. » Allongé, les yeux fermés, le corps au repos, c’est déjà réparateur. La lutte contre l’éveil est ce qui épuise le plus.
Je ne vous promets pas que tout rentrera dans l’ordre après une séance. Le deuil est un chemin qui prend le temps qu’il prend. Mais je peux vous dire ceci : j’ai vu des personnes arriver dans mon cabinet épuisées, vidées, avec des cernes jusqu’au menton, et repartir après quelques séances avec une nuit complète de sommeil. Pas toutes. Pas à chaque fois. Mais assez souvent pour savoir que c’est possible.
L’hypnose ne supprime pas la peine. Elle vous offre un répit. Et dans ce répit, vous puisez la force de continuer à vivre avec votre chagrin, sans qu’il vous détruise.
Si vous traversez une période de deuil et que vos nuits sont devenues un combat, je vous reçois à mon cabinet à Saintes. Nous pouvons prendre le temps d’explorer ensemble ce qui pourrait vous aider à retrouver un sommeil apaisé, même au milieu de la tristesse. Il suffit de prendre contact par téléphone ou via le formulaire sur mon site. Une première séance ne vous engage à rien. C’est juste une porte que vous ouvrez pour voir ce qui se trouve derrière.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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