3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Dialoguez avec vos « moi » blessés pour une transformation profonde
Tu as déjà ressenti ça, non ? Cette impression d’être en conflit avec toi-même. Une partie de toi veut avancer, changer de travail, mettre fin à une relation qui te vide, ou simplement te lever le matin avec un peu plus d’élan. Et une autre partie freine des quatre fers. Elle trouve des excuses, elle te rappelle les risques, elle s’accroche à ce qui est connu, même si c’est douloureux. Parfois, tu te demandes même : « Mais qui prend les décisions, ici ? »
Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes intelligents, lucides, qui ont déjà tout essayé. Ils ont lu des livres de développement personnel, fait des thérapies, médité, changé leur alimentation. Et pourtant, il y a un truc qui résiste. Un nœud. Une partie d’eux qui ne lâche pas.
Ce n’est pas un défaut de caractère. Ce n’est pas de la paresse. C’est juste que ton psychisme n’est pas une masse uniforme. Il est fait de parties. Et certaines de ces parties sont restées bloquées dans le passé.
L’approche que j’utilise, l’IFS (Internal Family Systems), est probablement l’une des plus douces et des plus puissantes que je connaisse pour travailler ça. Elle ne cherche pas à arracher, à forcer ou à combattre ce qui ne va pas. Elle t’invite à dialoguer avec tes parties blessées, à comprendre leur logique, et à les libérer du rôle extrême qu’elles ont dû prendre pour te protéger.
Je vais te montrer comment ça marche, et surtout, comment tu peux commencer dès maintenant.
La plupart des gens arrivent dans mon cabinet avec un sentiment de fragmentation. Ils disent : « Je ne me comprends pas », « Je fais toujours la même erreur », « Il y a une partie de moi qui veut guérir et une autre qui sabote tout ». Et ils vivent ça comme une faiblesse. Comme s’ils étaient cassés.
Pourtant, cette division interne est parfaitement normale. L’IFS repose sur une idée simple mais radicale : ton esprit est naturellement composé de multiples parties, comme une famille interne. Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est une architecture.
Prenons un exemple concret. Je reçois Arthur, la quarantaine, cadre commercial. Il vient parce qu’il est épuisé. Il court après des objectifs, il se met une pression énorme, et dès qu’il ralentit, il culpabilise. Il se dit : « Je devrais être capable de lâcher prise, mais je n’y arrive pas. »
Quand on commence à explorer, on découvre rapidement qu’il y a chez Arthur une partie que j’appelle « le driver ». Celle qui le pousse, qui lui dit « Allez, encore un effort », qui le réveille à 6h pour checker ses mails. Cette partie est hyper active. Elle veut qu’il réussisse, qu’il soit performant, qu’il soit irréprochable.
Mais en dessous, il y a une autre partie. Beaucoup plus jeune. Un petit Arthur, peut-être 8 ou 9 ans, qui a grandi avec un père exigeant et imprévisible. Ce petit Arthur a appris très tôt que pour être en sécurité, pour être aimé, il devait être parfait. Le moindre échec déclenchait une vague de critique ou de silence. Alors il a développé une stratégie : être irréprochable, tout le temps.
Le « driver » d’Arthur n’est pas un ennemi. C’est un protecteur. Il a pris ce rôle pour que le petit Arthur n’ait plus jamais à ressentir cette peur du rejet. Le problème, c’est qu’il y a 30 ans, cette stratégie était vitale. Aujourd’hui, elle le détruit. Il n’y a plus de père critique, mais le driver continue à faire son boulot, comme si la menace était toujours là.
C’est là que l’IFS devient intéressant. Au lieu de dire à Arthur : « Arrête de te mettre la pression, lâche prise », ce qui ne marche jamais (parce que le driver ne va pas se taire juste parce qu’on lui ordonne), on va dialoguer avec ce driver. On va le remercier pour tout le travail qu’il a fait. On va comprendre ce qu’il craint. Et on va lui montrer que le petit Arthur n’est plus en danger, qu’il y a un adulte, ici et maintenant, qui peut prendre soin de lui.
Ce que l’IFS t’apprend, c’est que la partie que tu détestes le plus chez toi – celle qui te fait honte, celle qui sabote, celle qui se replie – est souvent celle qui t’a le plus protégé.
La première chose que je fais avec une personne qui consulte, c’est de l’aider à identifier une partie. Pas en la jugeant, en la rencontrant.
Prenons un autre exemple. Sophie, 35 ans, infirmière. Elle vient parce qu’elle a des crises d’angoisse récurrentes. Souvent le soir, quand elle rentre chez elle. Elle me dit : « Je n’ai aucune raison d’angoisser, ma vie est bien. Mais dès que je pose les pieds dans mon salon, mon cœur s’emballe et tout me semble insurmontable. »
On explore ensemble. Je lui demande : « Quand cette angoisse arrive, qu’est-ce qu’elle te dit ? » Sophie ferme les yeux. Elle dit : « Elle me dit que je ne suis pas à la hauteur. Que je vais craquer. Que les autres vont voir que je suis une imposture. »
Je lui propose alors de ne pas fuir cette sensation. De l’accueillir. De se tourner vers elle avec curiosité. « Où est-ce que tu sens cette angoisse dans ton corps ? » « Dans la poitrine, comme une boule. » « Et si cette boule avait une voix, quel âge aurait-elle ? » Silence. « Elle a 12 ans. »
On vient de trouver une partie. Une jeune Sophie, qui à 12 ans, vivait dans une famille où tout reposait sur ses épaules. Sa mère était dépressive, son père absent. Sophie a dû devenir la petite adulte de la maison, gérer les émotions de sa mère, s’assurer que tout tienne. Elle n’avait pas le droit à l’erreur.
Aujourd’hui, cette partie de 12 ans est toujours là. Elle guette. Dès que Sophie est seule, le soir, elle s’active. Elle lui envoie de l’angoisse pour la maintenir en alerte. Pour qu’elle ne lâche pas la garde. Pour qu’elle soit prête à gérer la prochaine crise.
Le travail d’IFS, ici, n’est pas d’éliminer l’angoisse. C’est de se tourner vers cette petite Sophie, de la voir, de la reconnaître. De lui dire : « Je te vois. Tu as fait un travail immense. Tu as tenu ta famille à bout de bras. Mais aujourd’hui, tu n’es plus seule. Je suis là. Je suis l’adulte. Tu peux te reposer. »
Sophie pleure souvent quand on fait ça. Pas de tristesse. De soulagement. Quelqu’un voit enfin cette partie d’elle. Quelqu’un prend le relais.
Le dialogue avec une partie, ça peut ressembler à ça. Tu peux le faire toi-même. Pas en forçant, pas en voulant que ça change tout de suite. Juste en posant une question intérieure : « Quelle partie de moi est là en ce moment ? Qu’est-ce qu’elle veut que je sache ? »
La plupart des gens découvrent que leurs parties ne sont pas méchantes. Elles sont juste fatiguées, surchargées, et coincées dans un passé qui n’existe plus.
Dans l’IFS, on distingue souvent deux grands types de protecteurs : les managers et les pompiers. Les managers sont des parties qui organisent, planifient, contrôlent, anticipent. Ce sont elles qui te font arriver en avance à tes rendez-vous, qui prévoient le plan B, qui te rappellent de faire tes comptes. Utiles, certes. Mais quand elles prennent tout le pouvoir, tu deviens rigide, anxieux, incapable de lâcher prise.
Les pompiers, eux, agissent en urgence. Dès que quelque chose de douloureux remonte – une émotion, un souvenir, une sensation – ils débarquent pour éteindre le feu immédiatement. Comment ? Par des comportements impulsifs : manger du chocolat, boire, scroller sur ton téléphone pendant deux heures, regarder une série en boucle, ou même te mettre en colère. Ce sont des stratégies de survie à court terme. Elles ne résolvent rien, mais elles apaisent sur l’instant.
Je reçois beaucoup de personnes qui vivent un épuisement total parce qu’elles sont en guerre entre leurs managers et leurs pompiers. Le manager dit : « Tu dois travailler, être productif, tenir ton planning. » Le pompier dit : « Je n’en peux plus, je me jette sur Netflix pour oublier. » Et la personne se retrouve coincée, à se juger, à se sentir coupable, à essayer de se contrôler avec de la volonté. Et ça ne marche pas.
L’IFS propose une autre voie. Au lieu de prendre parti pour le manager contre le pompier, on va s’intéresser à ce qui se cache derrière eux. Parce que ces deux protecteurs, aussi extrêmes soient-ils, protègent la même chose : une partie vulnérable, blessée, qui n’a pas été vue.
Quand tu arrêtes de faire la police entre tes parties, la guerre intérieure s’apaise d’elle-même.
Prenons l’exemple de Marc, 50 ans, chef d’entreprise. Il vient parce qu’il est à bout. Il travaille 70 heures par semaine, ne dort plus, a des douleurs chroniques. Son manager intérieur est un dictateur. Mais derrière, on découvre un petit garçon qui a grandi dans une famille où on ne l’a jamais regardé. Où la seule façon d’exister, c’était de réussir. Si Marc ralentit, ce petit garçon a peur de disparaître, de ne plus compter pour personne.
Le pompier, chez Marc, c’est l’alcool. Le soir, il boit seul pour s’endormir. Il se déteste pour ça. Mais cette partie pompier ne fait que tenter de calmer la détresse de ce petit garçon. Elle est maladroite, oui. Mais elle n’est pas mauvaise.
Quand Marc commence à dialoguer avec son manager, puis avec le petit garçon, quelque chose change. Il n’a plus besoin de se battre contre son alcool. Il comprend pourquoi il boit. Et progressivement, il peut trouver d’autres façons de réconforter ce petit garçon. Pas par la volonté. Par la présence.
Je ne vais pas te vendre une méthode miracle. L’IFS a des limites, et je préfère être clair avec toi.
D’abord, l’IFS ne remplace pas un suivi médical ou psychiatrique. Si tu traverses une dépression sévère, si tu as des idées suicidaires, si tu es en pleine crise psychotique, ce n’est pas le bon outil pour commencer. Il faut d’abord stabiliser la situation avec un médecin ou un psychiatre. L’IFS peut venir après, en complément, quand le terrain est plus solide.
Ensuite, l’IFS n’est pas une thérapie de la volonté. Tu ne vas pas “forcer” tes parties à changer. Ce n’est pas un programme en 10 étapes où tu coches des cases. C’est un processus. Parfois, ça va vite. Parfois, ça prend du temps. Certaines parties sont très résistantes, et il faut y aller avec beaucoup de douceur. Les parties qui protègent des traumatismes lourds ne se dévoilent pas en une séance.
Enfin, l’IFS n’est pas une fuite. Ce n’est pas une façon de “contourner” ta souffrance ou de la dissoudre dans des belles images. C’est une rencontre. Tu vas devoir regarder en face des parties de toi que tu as peut-être ignorées pendant des années. Ça peut être inconfortable. Mais c’est ce face-à-face qui libère.
Ce que l’IFS fait, en revanche, c’est te donner une carte. Une façon de naviguer dans ton monde intérieur sans te juger. Une méthode pour entrer en relation avec tes parties, plutôt que de les combattre ou de les fuir. Et ça, c’est puissant.
Ce qui est fascinant, c’est que quand une partie blessée est enfin entendue et libérée de son fardeau, elle se transforme. Elle n’est plus extrême. Elle retrouve une fonction naturelle, saine.
Je pense à Claire, 42 ans, professeure des écoles. Elle est venue pour une timidité maladive qui la paralysait dans ses réunions d’équipe. Elle rougissait, bégayait, évitait de parler. Cette partie timide, elle la détestait. Elle se disait : « Je suis nulle, je n’ai pas d’autorité. »
En travaillant en IFS, on a découvert que cette timidité était en fait une partie très jeune, qui avait vécu des humiliations à l’école primaire. Elle s’était repliée sur elle-même pour se protéger. Cette partie était devenue hyper vigilante, silencieuse, effacée.
Au fil des séances, Claire a appris à dialoguer avec elle. À lui dire : « Je te vois. Tu as eu très peur. Mais aujourd’hui, je suis là, je suis l’adulte. Je vais parler pour nous deux. » Petit à petit, cette partie a lâché. Elle n’avait plus besoin d’être en alerte. Claire a retrouvé une parole plus libre, plus posée. Elle n’est pas devenue extravertie du jour au lendemain – ce n’était pas le but. Mais elle a cessé de se battre contre elle-même. Et ça, ça a changé sa présence en réunion, en classe, et dans sa vie.
C’est ça, la libération dont je parle dans le titre. Pas une renaissance spectaculaire. Plutôt un retour à la maison. Un apaisement profond. La fin d’une guerre intérieure que tu ne savais même pas que tu menais.
Tu n’as pas besoin d’attendre une séance pour faire un premier pas. L’IFS, c’est avant tout une posture intérieure que tu peux expérimenter maintenant.
Voici un petit exercice que je donne souvent à mes patients. Prends 5 minutes. Installe-toi tranquillement. Ferme les yeux si tu veux.
Souvent, ce simple mouvement change quelque chose. Tu passes de la lutte à la relation. Tu deviens un observateur intérieur, pas un combattant.
Le premier pas vers la libération, c’est de regarder tes parties non pas comme des problèmes à résoudre, mais comme des messagers à écouter.
Si tu arrives jusqu’ici, c’est probablement que cette idée de parties intérieures résonne en toi. Peut-être que tu reconnais ce tiraillement, cette fatigue d’essayer de te contrôler, de te réparer, de te changer. Peut-être que tu sens qu’il y a une autre voie.
L’IFS n’est pas une baguette magique. C’est une pratique. Une façon de te rencontrer toi-même avec une douceur que tu ne t
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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