3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Un exercice simple pour y voir clair dès aujourd'hui.
Tu regardes le plafond. Il est 14h, tu es assis à ton bureau, mais tu n’as rien fait depuis une heure. Ta tasse de café refroidit. Tu ouvres un onglet, tu le fermes. Tu regardes ton téléphone, tu le poses. Tout te semble lourd, flou, sans direction. Tu te demandes si c’est juste un mauvais jour, ou si ça fait des mois que ça dure.
Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des adultes, des quadras ou quinquas, qui ont l’impression de vivre dans une purée de pois. Pas dépressifs au sens clinique du terme, mais englués. Ils me disent : « Je ne sais plus ce que je veux », « J’ai l’impression de subir ma vie », « Je me lève le matin, mais je ne sais pas pourquoi ».
Ce brouillard, il a des causes multiples : un changement professionnel, une relation qui s’effrite, un deuil, un burn-out rampant, ou juste l’accumulation de tout. Mais il a un point commun : il paralyse. Plus tu veux y voir clair, plus tu forces, plus ça s’épaissit.
Aujourd’hui, je vais te donner un protocole simple, direct, que j’utilise avec mes patients. Je l’appelle le protocole des 3 questions. Il ne va pas résoudre ta vie en un quart d’heure, mais il va te donner un levier pour commencer à bouger. Et parfois, c’est tout ce qu’il faut pour que le brouillard se lève un peu.
Avant de plonger dans les questions, une chose importante : ce protocole ne remplace pas un accompagnement thérapeutique si tu es en souffrance sévère, si tu as des pensées suicidaires ou si tu es en pleine dépression clinique. Si c’est le cas, prends rendez-vous avec un médecin ou un psy. Mais si tu es juste dans ce brouillard du quotidien, cette zone grise où tu fonctionnes sans vivre, alors ces trois questions sont pour toi.
Quand je pose cette question à mes patients, la réponse la plus fréquente, c’est le silence. Parfois un soupir. Parfois : « Ben… rien. »
Et je comprends. On n’a pas appris à s’arrêter sur nos sensations. On a appris à produire, à gérer, à contrôler. Ressentir, ça fait peur. Parce que si tu t’arrêtes, tu risques de t’effondrer. Mais en réalité, c’est l’inverse : c’est le fait de ne pas ressentir qui te vide.
Alors je te propose un petit exercice, ici et maintenant. Avant de lire la suite, pose ton téléphone, ferme les yeux pendant 30 secondes et scanne ton corps. Juste une minute. Note ce que tu perçois : une tension dans les épaules ? Une boule dans le ventre ? Une lourdeur dans la poitrine ? Des jambes qui tremblent ou qui sont lourdes ?
Ne cherche pas à interpréter. Ne cherche pas à changer. Juste observe.
Ce que tu viens de faire, c’est un retour au corps. Et c’est la première clé pour sortir du brouillard. Pourquoi ? Parce que le brouillard mental est souvent une déconnexion corporelle. Tu vis dans ta tête, dans des scénarios, des inquiétudes, des « il faudrait que ». Mais ton corps, lui, il sait. Il est ancré dans le présent. Et le présent, c’est le seul endroit où tu peux agir.
Je te donne un exemple concret. Un patient, appelons-le Marc, 42 ans, commercial. Il venait parce qu’il se sentait « vide ». Il ne savait plus ce qu’il voulait dans son boulot. Quand je lui ai posé la question « qu’est-ce que tu ressens en ce moment ? », il a dit « rien » pendant 5 minutes. Puis, en insistant doucement, il a senti une oppression dans le thorax. En explorant ça, il a réalisé que c’était lié à une peur de l’échec qu’il traînait depuis une présentation ratée six mois plus tôt. Il ne s’était même pas autorisé à ressentir cette peur. Il avait juste « avancé ». Résultat : il avançait dans le brouillard.
Quand tu ressens, tu nommes. Quand tu nommes, tu localises. Et quand tu localises, tu réduis la zone d’ombre. Le brouillard, c’est souvent une accumulation de sensations non traitées. En les mettant en lumière, tu commences à les dissiper.
« Le brouillard n’est pas un mur, c’est juste une accumulation de gouttelettes d’émotions que tu n’as pas encore regardées. »
Si tu bloques sur cette question, si tu ne sens vraiment rien, c’est normal. Parfois, il faut un peu de pratique. Tu peux t’aider d’un petit truc : prends un stylo et note les trois premières sensations physiques qui te viennent, même si elles te paraissent banales. « Chaud », « froid », « picotement », « lourd ». Ne juge pas. Juste note.
Une fois que tu as cette première réponse, tu peux passer à la suite. Mais ne brûle pas les étapes. Si tu es sincèrement dans le brouillard, cette question peut te prendre plusieurs minutes, voire une demi-heure si tu es seul chez toi. Prends le temps.
C’est la question piège par excellence. Parce que la plupart d’entre nous a une voix intérieure qui répond immédiatement : « Ça sert à rien, je peux pas l’avoir », « C’est égoïste », « Les autres vont penser quoi », « Je suis trop vieux pour ça ».
Cette voix, c’est ce qu’on appelle en IFS (Internal Family Systems) le manager ou le pompier. C’est la partie de toi qui veut te protéger de la déception, de l’échec, du jugement. Elle a raison sur un point : elle te protège. Mais elle te coupe aussi de ton désir profond. Et sans désir, il n’y a pas de direction. Tu dérives.
Alors je te propose un cadre pour cette question. Imagine que tu es dans une pièce, seul, sans aucun témoin. Personne ne saura jamais ce que tu réponds. Tu n’as aucune contrainte financière, familiale, sociale. Tu as tout le temps et toute l’énergie du monde. Qu’est-ce que tu veux ?
Et là, tu risques d’avoir des réponses très simples, très enfantines parfois. « Je veux peindre », « Je veux voyager », « Je veux passer du temps avec mes enfants sans stress », « Je veux me réveiller sans angoisse », « Je veux changer de métier », « Je veux être aimé ».
Ne juge pas. Écris tout. Même les trucs qui te paraissent ridicules ou impossibles. Le but n’est pas de les réaliser tout de suite, c’est de sortir du brouillard. Le brouillard, c’est quand tu n’as pas de cap. Le cap, même s’il est flou, même s’il change, c’est une direction.
Je repense à Sophie, une patiente de 38 ans, mère de deux enfants, qui travaillait dans la compta. Elle venait parce qu’elle ne supportait plus son quotidien. Elle se sentait nulle, inutile, coincée. Quand je lui ai posé cette question, elle a répondu : « Je veux danser. » Elle a rougi. Elle a dit : « C’est débile, j’ai 38 ans, je suis maman, je peux pas me mettre à danser. » Je lui ai demandé : « Qui dit ça ? » Elle a réalisé que c’était sa mère, décédée depuis 10 ans, qui lui répétait que « danser, c’est pas sérieux ». En quelques séances, elle s’est inscrite à un cours de danse contemporaine. Le brouillard ne s’est pas levé d’un coup, mais elle a eu un point lumineux. Et ça a changé tout le reste.
Cette question est difficile parce qu’elle te confronte à tes propres limites intérieures. Mais c’est justement là que se joue la sortie du brouillard. Ce n’est pas en trouvant la solution parfaite que tu verras clair, c’est en autorisant une petite voix à exister.
Si tu n’arrives pas à répondre, prends un cahier et fais une liste de tout ce qui te fait envie, même infime. Un café en terrasse. Un livre. Une conversation. Un silence. Un projet. N’importe quoi. Le simple fait de l’écrire crée une brèche.
Là, on touche au cœur du protocole. Les deux premières questions sont des repérages. Celle-ci est l’amorce du mouvement. Et c’est souvent là que ça coince.
Pourquoi ? Parce qu’on a tendance à vouloir tout résoudre d’un coup. « Je veux changer de vie » => « Je démissionne demain et je pars à l’autre bout du monde. » C’est trop gros. Ton cerveau, en mode brouillard, il est en survie. Il ne peut pas gérer un projet monumental. Il va te dire : « Trop dur, trop risqué, on reste au lit. » Et tu restes au lit. Et le brouillard s’épaissit.
La clé, c’est la micro-action. La plus petite chose que tu peux faire, qui te semble presque ridicule, mais qui va dans la direction de ce que tu as identifié à la question 2.
Si tu as répondu « je veux peindre », la micro-action ce n’est pas « acheter du matériel, préparer un atelier, peindre un tableau ». C’est : « Prendre un crayon et tracer un trait sur une feuille blanche. » C’est tout. Si tu as répondu « je veux changer de métier », la micro-action ce n’est pas « réécrire tout mon CV et postuler à 20 offres ». C’est : « Ouvrir un onglet et chercher le nom d’un métier qui m’intrigue. » Ou : « Envoyer un message à un ami qui a changé de voie. »
Cette micro-action a deux effets. Le premier, c’est qu’elle est faisable. Même dans le brouillard, tu peux tracer un trait. Tu peux ouvrir un onglet. Tu peux envoyer un texto. Et ce sentiment d’accomplissement, même minuscule, envoie un signal à ton cerveau : « Je ne suis pas complètement bloqué. Je peux bouger. » Le deuxième effet, c’est qu’elle casse l’inertie. En physique, un objet au repos a tendance à rester au repos. Mais une fois que tu lui donnes une impulsion, même infime, il commence à bouger. Et le mouvement, ça crée du mouvement.
J’ai un patient, footballeur amateur, qui était dans un gros passage à vide. Il ne savait plus pourquoi il jouait. Il avait l’impression de subir les entraînements. À la question 2, il a répondu : « Je veux retrouver le plaisir de courir après un ballon, sans pression. » La micro-action qu’il a choisie : « Aller au parc demain matin, seul, avec un ballon, et faire 10 jongles sans regarder personne. » Il l’a fait. Il m’a dit : « J’ai eu un sourire bête. » C’est ça, la première fissure dans le brouillard.
Alors maintenant, je te demande : quelle est la tienne ? Prends 5 minutes. Regarde ce que tu as noté à la question 2. Demande-toi : « Quelle est la version miniature de ça ? La version tellement petite que je ne peux pas dire non. »
Et si vraiment tu ne trouves rien, prends une action neutre mais concrète : boire un verre d’eau, faire 3 pas, écrire une phrase sur ton téléphone. L’important, c’est de faire. Pas de réussir. Juste faire.
Tu te demandes peut-être : « C’est trop simple pour marcher, non ? » Et tu as raison de te méfier des recettes miracles. Ce protocole n’est pas une baguette magique. Il ne va pas effacer les causes profondes de ton brouillard : un trauma, un deuil non fait, une relation toxique, un burn-out installé. Pour ça, il faut un vrai travail thérapeutique, avec un professionnel, et du temps.
Mais ce protocole fait quelque chose de précis : il réactive ta capacité d’agir. Et c’est souvent la première chose qui se perd dans le brouillard. Tu passes de « je subis » à « je choisis une micro-direction ». Tu reprends le volant, même pour un mètre. Et ce mètre, il change tout.
En hypnose ericksonienne, on appelle ça l’orientation vers la solution. Au lieu de t’enfoncer dans le problème (« je suis perdu, c’est grave »), on te fait poser un petit pas dans une direction choisie. Le cerveau, même embrouillé, capte ce signal. Il se dit : « Tiens, il y a une possibilité. » Et il commence à chercher d’autres possibilités.
Je vois ça tous les jours dans mon cabinet. Des gens qui arrivent avec un regard vide, et qui repartent avec une petite lueur, juste parce qu’ils ont identifié une sensation, un désir, une action. Ce n’est pas la fin du brouillard, mais c’est le début d’une éclaircie.
Un autre point important : ce protocole n’est pas à faire une fois. C’est un outil que tu peux répéter quotidiennement, surtout si tu es dans une période de transition. Le brouillard revient parfois, par vagues. Mais à force de le faire, tu développes un réflexe : au lieu de paniquer, tu sors tes trois questions. Et tu retrouves un cap.
Je te propose un rituel simple, que tu peux caler le matin au réveil ou le soir avant de dormir. 10 minutes, pas plus.
Question 1 : Installe-toi confortablement, ferme les yeux, respire trois fois. Puis scanne ton corps de la tête aux pieds. Note sur un carnet la sensation dominante. Un mot suffit.
Question 2 : Ouvre les yeux. Demande-toi : « Si je n’avais aucune limite, qu’est-ce que je voudrais ? » Note tout ce qui vient, sans filtre.
Question 3 : Regarde ta réponse à la question 2. Demande-toi : « Quelle est la plus petite action que je peux faire aujourd’hui pour aller dans cette direction ? » Engage-toi à le faire avant la fin de la journée.
Et puis, le soir, fais un petit bilan. Tu as fait l’action ? Félicite-toi, même si c’était minuscule. Tu ne l’as pas faite ? Ce n’est pas grave. Demande-toi ce qui t’a bloqué, sans te juger. Et réessaie demain.
Je te conseille de tenir ce rituel pendant au moins 7 jours. Au bout d’une semaine, regarde ton carnet. Tu verras des motifs apparaître. Une sensation revient souvent. Un désir se précise. Une action en entraîne une autre. Le brouillard n’est plus une masse informe, c’est une série de petites questions que tu sais poser.
Je serais malhonnête si je ne te disais pas que ce protocole a ses limites. Si, après plusieurs jours, tu te sens toujours aussi perdu, si tu as des pensées noires récurrentes, si tu ne ressens absolument rien malgré les questions, ou si tu as des symptômes physiques (insomnie, perte d’appétit, douleurs), il est possible que le brouillard soit un symptôme d’autre chose.
Un burn-out, une dépression, un trouble anxieux généralisé, ou des séquelles de traumatismes anciens. Dans ces cas-là, ce n’est pas une question de volonté ou de méthode. C’est un signal que ton système nerveux a besoin d’un vrai recalibrage. Et ça se fait avec un professionnel.
Je ne suis pas là pour te vendre une méthode miracle. Je suis là pour te donner un outil qui marche pour beaucoup de gens, dans des situations de flou passager ou de transition. Mais si tu sens que tu es au-delà de ça, écoute-toi. Prends rendez-vous. Parle à ton médecin. Viens me voir, ou un autre praticien. Parfois, le plus grand acte de courage, ce n’est
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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