3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Pièges à fuir pour ne pas s’enliser.
Tu viens de perdre quelqu’un. Un parent, un conjoint, un ami, peut-être même un animal qui était ton repère depuis des années. Et depuis, tu as l’impression de vivre dans un brouillard. Les journées s’enchaînent sans que tu saches vraiment ce que tu fais. Parfois, tu te forces à sourire pour ne pas inquiéter les autres. D’autres fois, tu t’effondres pour une raison idiote – un morceau de musique, une odeur, une phrase anodine.
Et puis, il y a ces voix, dans ta tête ou autour de toi, qui te disent : « Il faut avancer », « Tu devrais être guéri maintenant », « La vie continue ». Alors tu essaies. Tu te raisonnes, tu te secoues, tu consultes peut-être. Mais plus tu forces, plus ça coince. Le chagrin s’alourdit, la fatigue s’installe, et tu finis par te demander si tu ne fais pas tout de travers.
La réponse est oui, probablement. Non pas parce que tu es faible ou que tu manques de volonté, mais parce que notre culture nous a appris à faire le deuil exactement à l’envers. On nous vend l’idée qu’il faut « passer à autre chose » le plus vite possible, comme si la perte était un problème à résoudre. Résultat : on commet trois erreurs majeures, presque systématiques, qui transforment un processus naturel en piège à douleur chronique.
Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes, et depuis 2014 j’accompagne des adultes qui traversent ces périodes. J’utilise l’hypnose ericksonienne, l’IFS (le travail avec les parties de soi) et l’intelligence relationnelle. Ce que je constate, c’est que le deuil n’est pas une maladie. C’est une adaptation. Mais quand on se trompe de stratégie, l’adaptation se bloque. Voici les trois erreurs les plus fréquentes – et surtout, comment les éviter.
Tu as probablement déjà entendu ce conseil : « Pense à autre chose », « Occupe-toi l’esprit », « Fais du sport, ça te fera du bien ». Ces phrases sont dites avec bonne intention, mais elles sont souvent toxiques dans le contexte du deuil. Pourquoi ? Parce qu’elles t’invitent à fuir ta propre réalité.
Le deuil, c’est un processus neurologique et émotionnel. Quand tu perds quelqu’un, ton cerveau doit littéralement réorganiser ses cartes. Les connexions neuronales qui reliaient cette personne à ta vie quotidienne – ton café du matin, ton trajet habituel, ton téléphone qui sonne – doivent être mises à jour. C’est un travail d’arrière-plan, comme un système d’exploitation qui installe une mise à jour majeure. Et si tu passes ton temps à lancer des applications (activités, distractions, pensées forcées), la mise à jour se bloque.
Prenons un exemple concret. J’ai reçu Marc, un homme de 52 ans, six mois après le décès de sa mère. Il était épuisé. « Je fais tout ce qu’on me dit, me raconte-t-il. Je sors, je vois des amis, je vais à la salle de sport. Mais dès que je m’arrête, ça me retombe dessus. Plus fort qu’avant. » Marc appliquait la stratégie « positive » : occuper le terrain pour ne pas penser. Sauf que son cerveau n’avait jamais eu la chance de traiter la perte. La douleur s’accumulait en arrière-plan, comme une dette émotionnelle avec des intérêts composés.
La première erreur est là : croire que le deuil se guérit par l’évitement. Tu n’es pas en train de « mal vivre ta perte » si tu as besoin de t’arrêter. Tu es en train de faire ce que la nature a prévu : un temps de pause pour intégrer l’irréversible.
Le deuil n’est pas un problème à résoudre. C’est une réalité à intégrer. Et on n’intègre rien en fuyant.
Comment éviter cette erreur ? La clé, c’est d’accepter que la douleur a le droit d’être là. Pas pour toujours, mais pour un moment. Tu peux t’accorder 10 minutes par jour pour t’asseoir, sans téléphone, sans musique, et simplement laisser venir ce qui vient. Larmes, souvenirs, colère, vide. Tu ne cherches pas à « aller mieux » pendant ces 10 minutes. Tu laisses ton système faire son travail. C’est contre-intuitif, mais c’est ce qui accélère le processus. Quand tu arrêtes de lutter contre le courant, tu arrêtes de te noyer.
La deuxième erreur est un classique des hommes, mais elle touche tout le monde : le mythe de la force. « Je dois tenir pour les enfants », « Je ne peux pas craquer au travail », « Si je pleure, je vais perdre le contrôle ». Alors tu serres les dents. Tu enfouis ta tristesse sous une couche de devoirs et de responsabilités. Et tu finis par ressembler à une cocotte-minute sans soupape.
Je vois souvent des patients qui arrivent en consultation avec un discours du type : « Je gère, mais… » Ce « mais » cache une montagne. Ils gèrent l’extérieur – les papiers, les funérailles, les appels – mais l’intérieur est en feu. Le problème, c’est que cette « force » n’est pas une force. C’est une rigidité. Et la rigidité casse.
Sophie, 38 ans, est venue me voir deux ans après la mort de son mari. Elle était fière de n’avoir « jamais craqué ». Elle avait continué à travailler, à élever ses deux enfants seule, à organiser les anniversaires. Mais depuis six mois, elle avait des crises d’angoisse inexpliquées, des insomnies, et une irritabilité constante. « Je ne comprends pas, disait-elle. J’ai tout géré. » En réalité, elle n’avait rien géré. Elle avait stocké. Son système nerveux avait encaissé la charge émotionnelle sans jamais la décharger. Et le corps avait dit stop.
La deuxième erreur, c’est de confondre le fait de ne pas montrer sa douleur avec le fait de ne pas la vivre. La société valorise ceux qui « tiennent le coup ». Mais dans mon cabinet, je vois que ceux qui tiennent le coup tiennent… jusqu’à ce qu’ils tombent. Et la chute est souvent plus violente que si ils avaient accepté de fléchir un peu.
Comment éviter cette erreur ? Il ne s’agit pas de devenir un champ de ruines. Il s’agit de trouver des espaces sécurisés où tu peux déposer ce que tu portes. Un ami de confiance, un groupe de parole, un praticien. L’idée est de ne pas porter seul. La force, ce n’est pas de tout encaisser sans broncher. C’est de savoir quand et comment poser le sac à dos. Une respiration profonde, un moment seul dans ta voiture, une séance où tu laisses couler les larmes : ce sont des gestes de force, pas de faiblesse.
La troisième erreur est peut-être la plus sournoise. Elle s’insinue dans ton esprit sans que tu t’en rendes compte : tu compares ton deuil à celui des autres, ou pire, à une norme imaginaire. « Ça fait trois mois, je devrais aller mieux », « Untel a perdu sa femme et il a repris le travail au bout d’un mois », « Je suis encore triste alors que ça fait un an, je dois être anormal ».
Cette comparaison est un piège. Le deuil n’a pas de calendrier. Il n’y a pas de « bonne » durée. Il n’y a pas de méthode universelle. Ce qui fonctionne pour ton voisin peut te détruire, et vice versa. Pourtant, on continue à se mesurer à des étapes inventées : « le premier mois est le plus dur », « après six mois, ça va mieux », « au bout d’un an, on tourne la page ». Ce sont des croyances culturelles, pas des réalités neurologiques.
Prenons l’exemple de Paul, 45 ans, qui a perdu son père il y a huit mois. Il était venu me voir parce qu’il se sentait « en retard ». « Mon frère va bien, lui. Il a repris le sport, il sort. Moi, je suis encore au fond du trou. Je dois être faible. » En discutant, j’ai découvert que Paul avait une relation très complexe avec son père – entre amour et ressentiment. Son frère, lui, avait une relation plus simple. Leur deuil n’était pas le même. Paul ne pleurait pas seulement une perte, il pleurait aussi des années de non-dits, de colères, d’espoirs déçus. C’était un travail émotionnel bien plus lourd.
La comparaison est injuste car elle ignore l’histoire unique de chaque relation. Tu ne pleures pas une fonction – « un parent », « un conjoint » – tu pleures une personne avec qui tu avais une histoire singulière. Plus cette histoire était complexe, plus le deuil peut être long et chaotique. C’est normal.
Ton deuil est aussi unique que ta relation avec la personne perdue. Le comparer à celui d’un autre, c’est comparer une pomme avec un nuage.
Comment éviter cette erreur ? Arrête de regarder les autres. Vraiment. Coupe-toi de ce que la société ou ta famille te dit sur « comment ça devrait être ». Pose-toi une seule question : « Est-ce que je suis en train de vivre ce que j’ai à vivre, ou est-ce que je me force à vivre autre chose ? » Si tu es triste, sois triste. Si tu es en colère, sois en colère. Si tu as des moments de joie, accueille-les sans culpabilité. Le seul indicateur valable, c’est toi-même. Pas le calendrier, pas le voisin, pas le frère.
Ces trois erreurs – l’évitement, la rigidité, la comparaison – ont un point commun : elles te coupent de ton expérience réelle. Elles t’invitent à vivre ailleurs que là où tu es. Et c’est exactement là que l’hypnose ericksonienne et l’IFS peuvent intervenir.
L’hypnose ericksonienne, ce n’est pas un spectacle de foire. C’est un outil pour accéder à des parties de toi que ta conscience rationnelle ignore. Quand tu es en deuil, ton esprit conscient est souvent submergé ou, au contraire, en pleine fuite. L’hypnose permet de contourner cette résistance. Elle crée un espace où tu peux être en contact avec ta douleur sans être submergé. Tu n’es pas en train de « subir » l’émotion, tu es en train de l’observer, de l’accueillir, de lui donner de l’espace. C’est un peu comme si tu passais d’être dans la tempête à être dans un bateau solide au milieu de la tempête. Tu es toujours dedans, mais tu n’es plus noyé.
L’IFS, ou « Internal Family Systems », va plus loin. Cette approche considère que nous sommes tous composés de « parties » – des sous-personnalités qui ont chacune leur rôle, leur histoire, leur protection. Dans le deuil, tu peux avoir une partie qui veut tout contrôler, une autre qui veut s’effondrer, une autre qui veut te distraire à tout prix. Ces parties sont en conflit. L’IFS t’apprend à dialoguer avec elles, à comprendre ce qu’elles craignent, à les rassurer. Par exemple, la partie qui te pousse à t’occuper sans cesse n’est pas ton ennemie. Elle essaie de te protéger de la douleur. Mais elle le fait maladroitement. En l’écoutant, en la remerciant, en lui montrant que tu peux tenir la douleur sans elle, tu désamorces la guerre intérieure.
Concrètement, dans une séance, je peux t’aider à identifier la partie qui te dit « il faut avancer ». On explore son origine : à quel moment de ta vie cette partie s’est-elle formée ? Que craint-elle si tu t’arrêtes ? Souvent, c’est une vieille protection – « si je m’arrête, je vais m’effondrer et ne jamais me relever ». En la rassurant, en lui montrant que tu as grandi, que tu as des ressources, elle peut lâcher prise. Et là, le deuil peut se dérouler naturellement.
Je pourrais continuer longtemps sur la théorie, mais je sais que ce dont tu as besoin, c’est de quelque chose de concret. Alors voilà une proposition simple, un petit pas que tu peux essayer aujourd’hui ou demain.
Trouve un moment calme, sans distraction. Installe-toi confortablement, ferme les yeux si tu le peux. Pose une main sur ton cœur ou sur ton ventre – là où tu sens l’émotion. Et dis-toi intérieurement : « Je suis ici. Je suis avec ce qui est là. » Ne cherche pas à changer quoi que ce soit. Reste juste avec la sensation. Peut-être que c’est une boule dans la gorge, un poids dans la poitrine, un vide. Accueille-le. Dis-lui : « Je te vois. Tu as le droit d’être là. » Reste comme ça une minute ou deux. Pas plus. Puis, remercie-toi d’avoir pris ce temps.
Ce n’est pas magique. Ce n’est pas une solution miracle. C’est un entraînement. Chaque fois que tu fais ça, tu envoies un message à ton cerveau : « Ce n’est pas dangereux de ressentir. Je peux rester avec ma douleur sans me détruire. » Et c’est exactement ce qui permet au deuil de se dérouler, à son rythme.
Si tu sens que tu es bloqué, que les semaines passent et que la douleur reste aussi vive, ou que tu t’enlises dans l’évitement, la rigidité ou la comparaison, sache qu’il n’y a aucune honte à demander de l’aide. Je reçois des personnes qui viennent de Saintes et des alentours, mais aussi en visio pour ceux qui sont plus loin. On peut travailler ensemble, en hypnose ou en IFS, pour dénouer ce qui s’est figé.
Le deuil n’est pas une course. C’est un chemin. Parfois, on a juste besoin de quelqu’un pour nous rappeler qu’on a le droit de faire une pause, de pleurer, de ne pas être fort. Si tu veux, on peut faire un bout de ce chemin ensemble.
Prends soin de toi. Vraiment. Tu le mérites.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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