3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Un chemin structuré pour dire adieu sans douleur excessive.
Tu viens de quitter quelqu’un, ou c’est l’autre qui est parti. Peut-être que c’est un travail, une ville, une amitié qui s’efface. Peut-être que c’est toi-même, une version de toi que tu ne reconnais plus. Dans tous les cas, il y a ce vide, ce poids dans la poitrine, cette impression que le monde continue de tourner mais pas pour toi. Tu voudrais juste que ça s’arrête, ou au contraire que ça accélère, pour être déjà de l’autre côté.
Je reçois des personnes dans mon cabinet qui me disent : « Je veux tourner la page, mais je ne sais pas comment. » Elles ont tout essayé : les conseils des amis, les listes de choses à faire, la meditation, les voyages. Rien ne suffit. Parce que tourner la page, ce n’est pas une décision. C’est un processus. Et comme tout processus, il peut être accompagné, structuré, adouci.
Dans cet article, je vais te montrer les 7 étapes que j’ai vues fonctionner, en hypnose ericksonienne et en IFS, pour des personnes qui traversent des séparations, des deuils, des transitions professionnelles ou identitaires. Ce n’est pas une recette magique. C’est un chemin que tu peux emprunter à ton rythme, sans te forcer à sourire alors que tu as envie de pleurer.
Avant de parler des étapes, il faut comprendre un mécanisme qui te bloque souvent. Tu sais que c’est fini. Tu le sais rationnellement. Pourtant, tu continues à y penser, à rejouer les scènes, à espérer un retournement de situation. Pourquoi ?
Notre cerveau est une machine à prédire. Il a besoin de cohérence. Quand une histoire se termine brutalement, il y a un trou dans le récit. Ce trou, ton cerveau essaie de le combler en revenant sans cesse sur le passé, comme un détective qui cherche une preuve manquante. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est une tentative de protection. Il cherche à comprendre pour éviter que ça se reproduise.
En hypnose ericksonienne, on appelle ça la « transe de rumination ». Tu es coincé dans une boucle, et cette boucle te donne l’illusion de contrôler quelque chose. Le problème, c’est qu’elle te maintient dans la douleur.
« Ce n’est pas l’événement qui te blesse le plus longtemps, c’est la lutte intérieure pour qu’il n’ait pas eu lieu. »
La première étape pour tourner la page, ce n’est pas d’oublier. C’est d’accepter que cette lutte est épuisante et qu’elle ne changera rien. Tu peux poser les armes.
Quand tu vis une perte, tout se mélange. Tu perds une relation, mais aussi des habitudes, des projets, une partie de ton identité, un statut social. Parfois, tu perds aussi des illusions. Pour avancer, il faut trier.
Prends un carnet. Note tout ce que cette page que tu veux tourner contenait. Sois précis.
Ensuite, trace une ligne en dessous. D’un côté, ce qui est définitivement terminé. De l’autre, ce qui peut rester vivant. Par exemple : la relation amoureuse est finie, mais ta capacité à aimer ne l’est pas. Le poste est perdu, mais tes compétences restent. L’amitié s’est brisée, mais ta loyauté est intacte.
Cette distinction est cruciale. Souvent, on jette tout parce qu’on ne sait pas faire la différence. Et on se retrouve à pleurer des choses qui ne sont pas vraiment mortes. En IFS (Internal Family Systems), on dirait qu’une partie de toi a pris le contrôle et veut tout effacer, tandis qu’une autre veut tout garder. Le travail, c’est de les écouter toutes les deux, sans qu’aucune ne domine.
Pose-toi cette question : « Qu’est-ce que je veux emporter avec moi de cette expérience, et qu’est-ce que je laisse sur le bord du chemin ? »
On vit dans une culture qui n’aime pas les pauses. On te dit de « passer à autre chose », de « te changer les idées », de « voir le bon côté ». C’est bien intentionné, mais ça peut te couper de ce dont tu as besoin : pleurer, être en colère, te sentir vide.
Le deuil n’est pas réservé à la mort. Il accompagne toute perte significative. Et il a son propre tempo. Les fameuses étapes de Kübler-Ross (déni, colère, marchandage, tristesse, acceptation) ne sont pas une checklist. Tu peux passer de la tristesse à la colère, puis au déni, puis à l’acceptation, puis revenir à la tristesse. C’est normal.
Ce que je vois souvent, c’est des personnes qui se jugent de ne pas « avancer assez vite ». Elles se comparent à d’autres, ou à une version idéale d’elles-mêmes. Ce jugement ajoute une couche de souffrance. Tu souffres de la perte, et en plus tu souffres de souffrir.
En hypnose, on travaille avec des métaphores. Par exemple, j’invite parfois les personnes à imaginer leur peine comme une rivière. Au début, elle est en crue, violente, tout emporte. Puis elle s’apaise, devient un ruisseau. Parfois elle disparaît sous terre, puis réapparaît plus loin. Tu ne peux pas l’arrêter, mais tu peux apprendre à ne pas te noyer dedans.
« Pleurer, ce n’est pas faiblir. C’est laisser sortir ce qui ne peut plus rester dedans. »
Donne-toi la permission de ressentir. Pas pour toujours, mais pour maintenant. Programme un moment chaque jour pour accueillir ce qui vient. 10 minutes. Un endroit calme. Sans distraction. Tu peux pleurer, écrire, crier dans un oreiller, ou juste rester assis. Ce n’est pas du temps perdu. C’est du temps gagné sur la rumination.
Le piège le plus fréquent après une séparation, c’est le scénario alternatif. Tu rejoues les événements en te demandant ce que tu aurais pu faire différemment. « Et si j’avais parlé plutôt que de me taire ? », « Et si j’avais été plus patient ? », « Et si j’avais choisi l’autre opportunité ? »
Ce scénario est toxique parce qu’il est invérifiable. Tu ne sauras jamais ce qui se serait passé. Et ton cerveau, par défaut, imagine souvent la version idéale : celle où tout s’arrange, où tu es heureux, où la personne revient. Cette illusion te maintient dans un espoir qui empêche l’acceptation.
En IFS, on identifierait une partie de toi qui cherche à contrôler le passé pour se rassurer. Cette partie a peur de l’incertitude. Elle veut une garantie que tu ne referas pas la même erreur. Mais le problème, c’est qu’en regardant trop en arrière, tu trébuches sur le présent.
Pour désactiver ce scénario, tu peux utiliser une technique simple. À chaque fois que tu commences une phrase par « et si… », arrête-toi. Respire. Et reformule en « c’est comme ça ». Par exemple :
Ce n’est pas de la résignation. C’est un ancrage dans la réalité. De cette réalité, tu peux construire quelque chose. Du « et si », tu ne construis rien.
Quand tu es en relation (amoureuse, amicale, professionnelle), tu prêtes une partie de toi à l’autre. Tu adaptes tes goûts, tes habitudes, ta façon de parler. Tu intègres ses valeurs, ses rêves, ses peurs. C’est normal, c’est humain. Mais quand la relation se termine, il te manque des morceaux. Tu ne sais plus qui tu es sans l’autre.
Je travaille souvent avec des sportifs de haut niveau qui changent de club ou arrêtent une compétition. Ils me disent : « Je ne sais plus qui je suis en dehors du terrain. » C’est exactement la même chose. Une partie de leur identité était collée à leur rôle, à leur équipe, à leur public.
Pour tourner la page, il faut récupérer ces morceaux. Pose-toi ces questions :
Tu peux faire un exercice concret. Prends une feuille. Dessine un cercle. À l’intérieur, écris tout ce que tu as donné à l’autre (temps, énergie, attention, espoirs). Ensuite, pour chaque élément, demande-toi : « Est-ce que je peux le récupérer ? » Certains sont perdus à jamais (le temps passé). D’autres, tu peux les reprendre (ta capacité à être attentif, ta douceur, ta force).
En hypnose ericksonienne, on utilise des visualisations pour ce travail. Par exemple, imaginer que tu marches vers une personne qui te tend une boîte contenant ces morceaux de toi. Tu les reprends un par un, tu les remercies, et tu les replaces à l’intérieur de toi. C’est un geste symbolique, mais il a un impact neurologique réel : ton cerveau enregistre que tu n’es plus en attente.
On sous-estime le pouvoir des rituels. Dans toutes les cultures, les passages difficiles sont marqués par des cérémonies. Les funérailles, les mariages, les remises de diplômes. Ces rituels offrent un cadre, une reconnaissance sociale, et un point de bascule. Pour une séparation, un deuil, une transition, tu peux inventer le tien.
Attention : un rituel de clôture n’est pas un enterrement. Tu n’enterres pas la personne ou l’expérience. Tu honores ce qui a été, et tu marques la fin d’un chapitre. C’est une différence subtile mais importante. Si tu fais un enterrement, tu risques de rester dans la tristesse. Si tu fais un rituel de clôture, tu passes à autre chose.
Quelques idées que j’ai vues fonctionner :
« Un rituel, ce n’est pas une fuite. C’est un pas conscient hors du passé. »
L’important, c’est que ce rituel ait du sens pour toi. Pas besoin de le faire devant les autres si tu n’en as pas envie. Tu peux le faire seul, dans ta chambre, avec une bougie. L’acte compte plus que le public.
Après une perte, l’horizon semble bouché. Tu ne vois pas comment les choses pourraient être mieux. C’est normal : ton cerveau est en mode survie, il ne peut pas projeter à long terme. Mais tu n’as pas besoin d’un horizon lointain. Tu as besoin d’un pas, d’une direction, même vague.
En préparation mentale sportive, je travaille avec des coureurs qui ont vécu une blessure grave. Ils ne savent pas s’ils pourront re-courir un marathon. Mais ils peuvent se fixer un objectif pour demain : marcher 10 minutes. Puis la semaine suivante : 15 minutes. Petit à petit, l’horizon s’éclaircit.
Pour toi, c’est pareil. Tu n’as pas à décider de toute ta vie maintenant. Tu n’as pas à savoir si tu vas retomber amoureux, changer de métier, déménager. Tu as juste à choisir une micro-action qui te rapproche d’un futur possible.
Exemples :
Cette micro-action a deux effets. D’abord, elle redonne un sentiment de contrôle. Ensuite, elle envoie un signal à ton cerveau : « La vie continue. Je suis en mouvement. »
Ne cherche pas la perfection. Un horizon flou, c’est mieux que pas d’horizon du tout.
La dernière étape est souvent la plus subtile. Tu as traversé l’épreuve. Tu as pleuré, tu as trié, tu as dit au revoir. Maintenant, tu es différent. Mais cette différence, tu peux avoir du mal à l’accepter. Tu peux même ressentir de la culpabilité : « Comment puis-je être heureux après ce qui s’est passé ? »
Cette culpabilité vient d’une partie de toi qui reste fidèle à l’ancienne histoire. Comme si être bien, c’était trahir ce qui a été. En IFS, on appelle ça une « partie loyale ». Elle a peur que si tu tournes la page, tu oublies, tu manques de respect, ou tu perdes quelque chose d’important.
Pour avancer, tu dois rassurer cette partie. Tu peux lui dire : « Je n’oublie pas. Je n’efface rien. Ce que j’ai vécu m’a construit. Mais je ne reste pas prisonnier. Je peux être reconnaissant pour ce qui a été, et ouvert à ce qui vient. »
La nouvelle version de toi n’est pas une trahison. C’est une évolution. Tu as des cicatrices, mais elles ne saignent plus. Tu as des souvenirs, mais ils ne te pèsent plus. Tu as appris des choses que tu n’aurais pas apprises autrement.
Un exercice que je propose souvent : écris une lettre à ton « toi du futur », dans 6 mois. Décris ce que tu espères pour lui/elle. Pas des objectifs précis, mais des qualités : « J’espère que tu es plus calme, plus confiant, plus ouvert. » Ensuite, lis cette lettre à voix haute. C’est un engagement envers toi-même.
Je ne vais pas te laisser avec des concepts. Voici trois choses concrètes que tu peux faire dans les prochaines minutes.
Ouvre ton carnet ou une note sur ton téléphone. Écris une phrase qui commence par : « Ce qui est vraiment fini, c’est… » et une autre qui commence par : « Ce qui reste vivant, c’est… » Ne réfléchis pas trop. Laisse venir.
Programme un moment pour ton rituel de clôture. Pas dans un mois. Cette semaine. Choisis un geste simple : brûler une lettre, planter une graine, ranger un objet. Note-le
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Ces indices subtils qui bloquent votre quotidien sans le savoir.
Des outils pratiques à tester dès aujourd’hui chez vous.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.