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Les symptômes physiques d'une transition non digérée

Votre corps parle : apprenez à l'écouter.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Votre corps a commencé à vous envoyer des signaux il y a des mois. Des migraines le dimanche soir. Une boule dans la gorge chaque fois que vous pensez à ce projet professionnel. Des douleurs lombaires qui ne passent pas malgré les étirements. Vous avez consulté plusieurs médecins, fait des examens, changé de matelas. Rien n’y fait. Et si ce n’était pas un problème mécanique ? Et si votre corps tentait simplement de digérer ce que votre esprit refuse encore de regarder en face ?

Je vois ce phénomène presque chaque semaine dans mon cabinet à Saintes. Des adultes qui traversent une transition – un divorce, un licenciement, un déménagement, un changement de carrière, un départ des enfants – et qui viennent me voir parce qu’ils souffrent de symptômes physiques qu’aucun bilan médical n’explique. Parfois, ils pensent que c’est le stress. Parfois, ils pensent que c’est l’âge. Mais ce qu’ils ne voient pas encore, c’est que le corps a sa propre sagesse : il dit tout haut ce que la tête n’arrive pas à formuler tout bas.

Une transition non digérée, c’est comme un repas trop lourd que vous auriez avalé sans le mâcher. Le système doit trouver une façon de gérer ce qui ne passe pas. Et quand l’esprit n’y arrive pas, le corps prend le relais.

Pourquoi votre corps encaisse ce que votre tête n’a pas digéré ?

Imaginez que vous venez de quitter une relation de dix ans. Vous avez pris la décision, vous êtes sûr de vous, vous avez même préparé un discours rationnel pour expliquer votre choix à vos proches. Pourtant, depuis trois semaines, vos cervicales sont bloquées et vous avez l’impression d’avoir avalé une balle de tennis. Qu’est-ce qui se passe ?

Le corps et l’esprit ne sont pas deux entités séparées. Ils forment un système unique, ce que les scientifiques appellent l’axe cerveau-corps. Quand vous vivez une transition, votre cerveau traite l’information sur plusieurs niveaux. Il y a le niveau conscient – ce que vous décidez, ce que vous planifiez. Mais il y a aussi le niveau inconscient, celui qui enregistre les émotions, les pertes, les peurs, les colères que vous n’avez pas eu le temps ou le courage d’exprimer.

Le problème, c’est que la plupart d’entre nous fonctionnent en mode survie lors des transitions. On serre les dents. On avance. On coche des cases. On se dit que ça va passer. On oublie que chaque transition implique une forme de deuil : deuil de ce qu’on quitte, deuil de la personne qu’on était avant, deuil des certitudes qui s’effondrent.

Ce deuil, vous ne le faites pas toujours consciemment. Alors votre système nerveux autonome s’en charge à sa façon. Il active le frein d’urgence. Il met le corps en état d’alerte permanent. Et ce stress chronique, cette activation permanente du système sympathique, se traduit par des symptômes bien réels.

Un patient que j’ai suivi l’année dernière, appelons-le Nicolas, avait changé de région pour suivre sa conjointe. Sur le papier, tout allait bien : nouveau travail, belle maison, projet de mariage. Mais Nicolas développait des eczémas sur les mains, des poussées inflammatoires qui ne guérissaient jamais. Son médecin traitant lui avait prescrit des crèmes corticoïdes, sans résultat durable. En séance d’hypnose, nous avons exploré ce que son corps exprimait. La peau, c’est la frontière entre soi et le monde. Nicolas avait quitté son territoire, ses repères, sa tribu. Son corps disait : « Je ne me sens plus chez moi. Ma peau n’arrive plus à me protéger. » Une fois que Nicolas a pu reconnaître cette perte, verbaliser sa tristesse et ses doutes, l’eczéma a commencé à régresser.

Un symptôme physique persistant sans cause organique, c’est souvent un message que votre inconscient vous envoie parce que votre conscient n’a pas encore trouvé les mots.

Les signaux d’alarme que vous ne devriez pas ignorer

Je ne dis pas que tout symptôme physique est nécessairement lié à une transition non digérée. Mais il existe des patterns récurrents, des constellations de symptômes qui reviennent dans mon cabinet et qui sont typiques de quelqu’un qui vit un changement majeur sans avoir fait le travail émotionnel nécessaire.

Le premier signal, c’est la fatigue chronique. Pas la fatigue normale après une semaine de travail, mais cette espèce d’épuisement profond, comme si vos batteries ne se rechargeaient jamais. Vous dormez huit heures, vous vous réveillez lessivé. Ce n’est pas une question de sommeil, c’est une question de charge émotionnelle non traitée. Votre système nerveux reste en alerte même la nuit, et le sommeil ne devient plus réparateur.

Le deuxième signal, ce sont les tensions musculaires localisées. Les mâchoires serrées, les épaules remontées, le plexus solaire noué. Les mâchoires, c’est souvent ce qu’on n’a pas dit. Les épaules, ce qu’on porte sans le lâcher. Le plexus, ce qu’on ressent mais qu’on n’exprime pas. Quand je travaille avec des sportifs, je vois la même chose : un coureur qui a changé d’entraîneur et qui ne se sent pas aligné avec la nouvelle méthode développe des contractures aux ischio-jambiers. Le corps dit « je ne suis plus en confiance ».

Le troisième signal, ce sont les troubles digestifs. L’intestin est notre deuxième cerveau, bourré de neurones et de récepteurs aux hormones du stress. Une transition non digérée, ça se traduit souvent par un ventre qui ne digère plus. Côlon irritable, brûlures d’estomac, nausées, alternance diarrhée-constipation. C’est littéralement votre système qui n’arrive pas à assimiler ce que vous vivez.

Le quatrième signal, ce sont les problèmes de peau : eczéma, psoriasis, urticaire, acné tardive. La peau est l’organe de la frontière, de la limite, de ce qui sépare l’intérieur de l’extérieur. Quand vous traversez une transition qui brouille vos limites – un départ, une arrivée, une perte de statut – la peau peut réagir.

Le cinquième signal, ce sont les douleurs inexpliquées : maux de tête, douleurs articulaires, douleurs dorsales qui changent de place, qui migrent. Ce n’est pas une hernie, ce n’est pas une arthrose, mais ça fait mal. Et plus vous cherchez une cause mécanique, plus ça s’installe.

Je pense à Sylvie, une femme de 52 ans qui consultait pour des douleurs à la hanche droite depuis son départ à la retraite. La radio était normale. L’IRM aussi. En séance, elle m’a dit : « Je ne comprends pas, je devrais être heureuse, je suis libre. » Mais en explorant, nous avons découvert que la hanche droite, c’était celle qui appuyait sur l’accélérateur de sa voiture. Chaque matin, pendant 35 ans, elle avait conduit ses enfants à l’école, puis elle était allée au travail. La retraite, c’était la fin de ce mouvement-là. La fin d’une identité de mère active, de femme qui conduit sa vie. Sa hanche exprimait l’arrêt.

Le piège de la solution médicale seule

Quand un symptôme apparaît, notre premier réflexe est légitime : on consulte. On fait des examens. On cherche une cause organique qu’on pourrait traiter avec un médicament ou une manipulation. Et c’est normal, c’est le bon réflexe. Mais il y a un moment où la médecine conventionnelle atteint ses limites, et c’est là que le piège se referme.

Le piège, c’est de multiplier les examens inutiles. Scanner après scanner, prise de sang après prise de sang, consultation après consultation chez des spécialistes différents. Non seulement cela coûte de l’argent et du temps, mais cela ancre aussi la certitude que le problème est purement physique. Cela vous éloigne de la vraie cause, qui est souvent émotionnelle et relationnelle.

Le deuxième piège, c’est la médication symptomatique. Les anxiolytiques, les somnifères, les antalgiques. Ils masquent le message. Ils font taire le corps. Et le problème, c’est que si vous faites taire le messager, vous n’entendez jamais le message. Le symptôme change de forme, se déplace, s’amplifie. Une patiente que j’ai suivie, Caroline, prenait des IPP (inhibiteurs de la pompe à protons) pour ses brûlures d’estomac depuis cinq ans. Les brûlures avaient disparu, mais elle avait développé des acouphènes. En travaillant sur la transition qu’elle vivait – son fils venait de quitter la maison pour ses études – nous avons compris que les brûlures d’estomac exprimaient une colère rentrée contre son mari qu’elle n’avait jamais verbalisée. Les acouphènes, c’était la suite : « Je n’entends plus ce que je veux entendre, je suis saturée de bruit intérieur. »

Le troisième piège, c’est la psychologisation sauvage. Certains patients se font dire par leur médecin : « C’est dans votre tête, allez voir un psy. » Cette phrase est souvent vécue comme une humiliation, un rejet. Ce n’est pas comme ça qu’on aide quelqu’un. La vérité, c’est que ce n’est pas « dans la tête », c’est dans le corps. Et le corps est aussi réel qu’une fracture. La différence, c’est que le traitement n’est pas un plâtre ou une pilule, c’est une écoute différente de ce que le corps raconte.

Un symptôme physique non expliqué médicalement n’est pas une preuve de simulation. C’est une preuve que votre corps est plus honnête que votre esprit.

Comment l’hypnose ericksonienne et l’IFS aident le corps à lâcher prise

Dans mon cabinet, j’utilise principalement deux approches qui, selon mon expérience, sont extrêmement efficaces pour accompagner les transitions non digérées : l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems).

L’hypnose ericksonienne, c’est une forme d’hypnose douce, permissive, qui ne vous endort pas et ne vous fait pas perdre le contrôle. Elle vous aide à entrer dans un état de conscience modifié, un peu comme la rêverie, où votre inconscient devient plus accessible. Dans cet état, on peut dialoguer avec la partie de vous qui a créé le symptôme. Parce que oui, une partie de vous a créé ce mal de dos, cette fatigue, cette tension. Pas pour vous nuire, mais pour vous protéger ou vous signaler quelque chose.

Je me souviens d’un sportif de haut niveau, un footballeur qui avait été transféré dans un club de Ligue 2. Son corps le lâchait : pubalgie à répétition, ischio-jambiers qui claquaient dès qu’il accélérait. Les kinés, les ostéos, les chirurgiens : tout le monde y était passé. En séance d’hypnose, nous avons invité la partie qui créait les blessures à se manifester. Elle a parlé : « Je l’empêche de jouer parce que jouer ici, c’est trahir mon ancien club, mon ancien entraîneur, mes potes. » Le joueur n’avait jamais verbalisé cette culpabilité. Il était fier d’avoir été transféré, mais une partie de lui restait attachée à son club d’origine. Une fois cette loyauté reconnue, honorée, nous avons pu négocier un nouveau rôle pour cette partie : elle pouvait le protéger autrement que par la blessure.

L’IFS, c’est un modèle qui considère que notre psyché est composée de multiples parties, comme une famille intérieure. Il y a des parties qui protègent, des parties qui réagissent, et un Self central, une essence calme et confiante. Quand une transition est non digérée, c’est souvent parce qu’une partie s’est activée de façon extrême. Par exemple, une partie perfectionniste qui vous pousse à tout contrôler dans votre nouveau job, ou une partie exilée qui porte la tristesse de ce que vous avez perdu.

Avec l’IFS, on ne cherche pas à supprimer ces parties. On les écoute, on les comprend, on les remercie d’avoir protégé la personne, puis on les aide à se détendre. Le corps suit. Les tensions se relâchent. Le symptôme n’a plus besoin d’exister parce que le message a été entendu.

Les questions que personne ne vous pose (et que vous devriez vous poser)

Avant de venir me voir, je propose souvent à mes patients de commencer par un petit travail d’auto-observation. Ce n’est pas un diagnostic, c’est une piste. Voici les questions que je vous invite à explorer si vous traversez une transition et que votre corps réagit.

Première question : Quand mon symptôme est-il apparu exactement ? Pas la date précise, mais le contexte. Que s’est-il passé dans votre vie dans les trois mois précédant l’apparition ? Souvent, les gens me disent « c’est venu comme ça, sans raison ». Mais quand on creuse, on trouve un départ, une annonce, un changement, une perte.

Deuxième question : Que ressentirais-je si ce symptôme disparaissait complètement demain ? Cette question est piégeuse. Beaucoup de gens réalisent que la disparition du symptôme les renverrait à quelque chose de plus difficile à affronter. Si mon eczéma disparaît, je dois reconnaître que je suis seul dans cette nouvelle ville. Si mon mal de dos disparaît, je dois décider si je reste ou si je pars. Le symptôme protège parfois d’une décision trop douloureuse.

Troisième question : Si mon corps pouvait parler, que dirait-il ? Posez votre main sur l’endroit qui fait mal ou qui est tendu. Respirez. Demandez-lui : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » Ne cherchez pas la réponse rationnelle. Laissez venir une image, un mot, une sensation. Parfois, c’est une phrase qui surgit : « Je ne veux pas avancer. » « Je suis fatigué de faire semblant. » « J’ai peur de l’avenir. »

Quatrième question : Qu’est-ce que je n’ai pas pleuré, pas dit, pas exprimé dans cette transition ? Les larmes retenues, les colères avalées, les peurs non partagées : tout cela a une adresse dans le corps. Le corps garde le compte de ce que l’esprit a refoulé.

Cinquième question : Qui étais-je avant cette transition, et qui suis-je en train de devenir ? Cette question touche à l’identité. Une transition non digérée, c’est souvent une identité qui n’a pas encore trouvé sa nouvelle forme. Le corps vit cette indétermination comme une menace.

Un patient, Marc, avait développé des vertiges après son divorce. Il était médecin, rationnel, cartésien. Les vertiges duraient depuis dix-huit mois. Aucune cause vestibulaire. En travaillant sur ces questions, il a réalisé que les vertiges apparaissaient chaque fois qu’il devait prendre une décision concernant ses enfants ou son logement. Son corps disait : « Je perds l’équilibre. Je ne sais plus où est ma place. » Les vertiges ont commencé à s’espacer quand il a accepté que son équilibre n’était plus le même qu’avant, et qu’il devait en construire un nouveau.

Ce que vous pouvez faire maintenant, avant de consulter

Je ne vais pas vous promettre que ces exercices remplaceront un accompagnement professionnel. Mais ils peuvent déjà vous aider à amorcer le dialogue avec votre corps, à le reconnaître comme un allié plutôt qu’un ennemi.

Commencez par la respiration en cohérence cardiaque. C’est simple, gratuit, et cela agit directement sur votre système nerveux autonome. Inspirez 5 secondes, expirez 5 secondes, pendant 5 minutes, 3 fois par jour. Cela ne résoudra pas la transition, mais cela calme le système d’alarme. Vous serez plus disponible pour entendre ce que votre corps a à dire.

Ensuite, prenez un carnet et écrivez une lettre à votre symptôme. Pas une lettre de plainte, mais une lettre de curiosité. « Cher mal de dos, merci d’être là. Depuis combien de temps es-tu présent ? Qu’essaies-tu de me dire ? Que veux-tu que je sache ou que je fasse ? » Écrivez sans censure. Laissez le symptôme répondre. Vous serez

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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