3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Un rituel simple pour les matins difficiles.
Tu poses le pied par terre, et déjà la résistance est là. Le poids est présent, non pas dans les jambes, mais dans le ventre. Une barre froide. Une absence de désir. Tu regardes le plafond, et tu sais que la journée va être longue. Pas parce que tu as trop de choses à faire. Mais parce que tu n’as envie de rien. Et que cette absence d’envie est en elle-même une présence lourde.
Tu as peut-être déjà essayé de te raisonner. De te dire que ça va passer. De te forcer à faire du sport, à boire un café, à sourire. Parfois ça marche. Souvent, ça ajoute une couche de fatigue supplémentaire, parce que tu luttes contre toi-même. Tu te traites comme un problème à résoudre, et tu es à la fois le problème et le résolveur. C’est épuisant.
Alors voilà ce que je te propose aujourd’hui. Un protocole doux. Pas une solution miracle. Pas une recette pour faire disparaître le vide. Mais une manière de négocier avec lui. De l’accueillir sans te faire engloutir. Un rituel pour les matins où le simple fait d’exister semble une corvée.
Je l’appelle le protocole des trois pas. Il est né de ma pratique à Saintes, dans mon cabinet, où je vois des adultes qui traversent des transitions de vie, des deuils, des burn-out, des périodes où le sens se dérobe. Et aussi de mon travail de préparateur mental avec des sportifs – coureurs et footballeurs – qui vivent eux aussi des matins sans. La différence, c’est qu’eux ont une compétition dans deux heures. Toi, tu as une journée ordinaire. Mais le vide ressenti est le même.
Parlons d’abord du mécanisme. Ce que tu vis, ce n’est pas de la paresse. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est une réponse de ton système nerveux. Le matin, au réveil, ton cortex préfrontal – la partie rationnelle de ton cerveau – n’est pas encore en ligne. Il faut environ 20 à 30 minutes pour qu’il reprenne le contrôle. Pendant ce temps, ce sont les structures sous-corticales, plus anciennes, plus émotionnelles, qui gouvernent. Si tu as traversé une période de stress, de tristesse ou d’épuisement, ces structures-là sont en hypervigilance. Le vide que tu ressens, c’est en fait une protection. Ton système te dit : « Ne bouge pas, ne t’engage pas, reste en sécurité. »
Le problème, c’est que tu interprètes ce message comme une faiblesse. Tu te dis : « Je n’ai pas le courage de me lever. » Alors que ton système te dit : « Je n’ai pas l’énergie de faire face. » C’est une nuance capitale. La faiblesse, c’est un jugement. L’absence d’énergie, c’est une information. Et une information, ça se traite. Ça ne se combat pas.
Dans mon travail avec les sportifs, j’appelle ça le « démarrage à froid ». Un coureur de fond qui doit s’entraîner à 6h du matin en plein hiver ne se demande pas s’il a envie. Il sait qu’il n’a pas envie. Il sait que son corps va protester pendant les dix premières minutes. Il a intégré que la résistance initiale fait partie du processus. Il ne se juge pas. Il lace ses chaussures parce qu’il connaît le protocole. C’est exactement ce que je te propose : un protocole pour les matins sans.
Le vide du matin n’est pas un signe que tu es brisé. C’est un signe que ton système nerveux essaie de te protéger d’un effort qu’il juge trop coûteux. Le premier geste n’est pas de le combattre, mais de le reconnaître.
Voici le rituel. Il est conçu pour être réalisé en moins de cinq minutes, sans sortir du lit, sans exigence de performance. Tu n’as pas besoin d’être motivé. Tu n’as même pas besoin d’être « bien ». Tu as juste besoin de suivre les étapes dans l’ordre. C’est tout.
Premier pas : Le scan de présence (1 minute)
Tu restes allongé. Tu fermes les yeux. Tu ne cherches pas à changer quoi que ce soit. Tu poses simplement ton attention sur trois points de contact entre ton corps et le lit. Les talons, les fessiers, les omoplates. Tu inspires lentement en imaginant que l’air descend jusqu’à ces points. Tu expires en relâchant la tension. Tu répètes trois fois.
Ce geste n’a rien de magique. Il ne va pas faire disparaître le vide. Mais il va déplacer l’attention. Tu passes de la pensée « je n’en peux plus » à la sensation « mes talons touchent le matelas ». C’est un ancrage minimal. Tu sors de la boucle mentale pour entrer dans le corps. Et le corps, lui, n’a pas d’opinion sur la journée. Il est juste là, en contact.
Je travaille beaucoup avec l’IFS (Internal Family Systems) dans mon cabinet. L’une des idées centrales, c’est que les parties de nous qui souffrent ne sont pas des ennemies. Ce sont des parties qui ont pris un rôle de protection, souvent depuis longtemps. Le vide du matin, c’est peut-être une partie de toi qui dit : « Je t’ai déjà vu t’épuiser. Je ne veux pas que tu recommences. » Le scan, c’est une manière de lui dire : « Je t’entends. Je ne vais pas me lever pour me battre. Je vais juste me lever pour poser mes pieds. »
Deuxième pas : Le geste minimal (1 minute)
Tu ouvres les yeux. Tu choisis un geste minuscule. Pas « me lever et prendre une douche ». Non. Quelque chose de tellement petit que tu ne peux pas échouer. Par exemple : bouger ton petit orteil gauche. Ou tourner la tête sur l’oreiller. Ou plier un genou. Un seul geste. Tu le fais intentionnellement, en pleine conscience. Tu observes la sensation. Puis tu fais le geste inverse.
Le piège des matins sans, c’est que tu vois la montagne. Tu te représentes toute la journée, toutes les tâches, toute l’énergie à déployer. Et ton système nerveux dit : trop. Le geste minimal, c’est un hack. Tu ne demandes pas à ton cerveau de décider de se lever. Tu lui demandes juste de bouger un orteil. Et une fois que l’orteil a bougé, le cerveau a déjà validé un mouvement. La résistance a été franchie sur une micro-portion. Parfois, ça suffit pour enclencher le deuxième geste, puis le troisième.
J’ai un patient, je l’appellerai Marc, qui venait me voir pour une dépression réactionnelle après un divorce. Il passait ses matins à regarder le plafond pendant une heure, à se dire qu’il devrait se lever, à ne pas le faire, à se détester. Le protocole du geste minimal, ça a été pour lui de bouger son pouce. Juste le pouce. Puis l’index. Il m’a dit un jour : « C’est ridicule, mais au moins je ne suis plus en guerre contre moi-même. » Exactement. La négociation commence par un tout petit oui.
Troisième pas : L’intention de trois minutes (1 à 3 minutes)
Tu es assis au bord du lit. Tu ne décides pas de ta journée. Tu décides des trois prochaines minutes. Tu formules une intention minuscule. Pas « je vais être productif », mais « je vais boire un verre d’eau dans les trois minutes ». Ou « je vais me lever et ouvrir la fenêtre ». Ou « je vais aller aux toilettes sans regarder mon téléphone ». Une seule chose. Trois minutes.
Ce pas est crucial parce qu’il redonne un sentiment d’agentivité. Le vide te fait sentir passif. L’intention de trois minutes te remet en position de choix. Tu n’as pas à décider de ta vie. Tu as juste à décider de ce que tu fais maintenant. Et maintenant n’est pas si lourd.
Dans l’Intelligence Relationnelle, on parle de la notion de « contrat avec soi-même ». Un contrat trop grand, tu le violes et tu te sens encore plus vide. Un contrat minuscule, tu le tiens, et tu reconstruis une micro-confiance. Les trois minutes, c’est ça. Un contrat que tu es sûr de pouvoir honorer. Même dans le vide.
Je veux être honnête avec toi. Ce protocole ne va pas guérir une dépression. Il ne va pas remplacer un suivi médical ou psychothérapeutique. Si tu ressens un vide persistant, un effondrement de l’énergie, une perte de plaisir qui dure depuis des semaines, il est essentiel de consulter un professionnel de santé – médecin, psychiatre, psychologue. Ce n’est pas une question de volonté. C’est une question de chimie cérébrale, de contexte de vie, d’histoire personnelle.
Ce protocole, c’est un outil pour les jours sans. Pas pour les mois sans. Il t’aide à traverser une vague, pas à assécher l’océan. Mais parfois, traverser la vague est exactement ce dont tu as besoin pour ne pas te noyer en attendant que la marée change.
Il y a aussi une confusion fréquente : croire que si tu appliques le protocole, le vide va disparaître. Non. Le vide peut rester. Tu vas peut-être te lever, boire ton eau, et ressentir toujours le même poids. Ce n’est pas un échec. Le protocole n’a pas pour objectif de te faire sentir bien. Il a pour objectif de te faire agir, même en te sentant mal. C’est une forme de courage discret. Tu ne danses pas sous la pluie. Tu marches sous la pluie, parce que tu as un endroit où aller.
Je vais te partager quelque chose que j’ai appris en travaillant avec des coureurs d’ultra-trail. Il y a des moments, dans une course de 100 kilomètres, où le corps et l’esprit entrent dans ce qu’ils appellent « le tunnel ». Plus de sensation de plaisir, plus de motivation, juste un vide blanc. Les coureurs qui réussissent ne sont pas ceux qui n’entrent jamais dans le tunnel. Ce sont ceux qui savent que le tunnel existe, qui l’acceptent, et qui continuent à poser un pied devant l’autre sans exiger que le tunnel se termine.
Le vide du matin, c’est un tunnel miniature. Si tu arrêtes de lutter, si tu arrêtes de vouloir qu’il disparaisse, tu peux commencer à l’écouter. Que dit-il ? Parfois, il dit : « Tu as besoin de repos. » Parfois : « Tu as besoin de solitude. » Parfois : « Tu ne vis pas en accord avec ce qui compte vraiment pour toi. » Le vide est un messager. Mais il hurle tellement fort que tu n’entends que le bruit de son absence.
Dans une séance d’hypnose ericksonienne, je ne cherche pas à supprimer un symptôme. Je cherche à entrer en dialogue avec lui. Je demande : « Si cette fatigue avait une couleur, laquelle serait-ce ? Si elle avait une forme, que serait-ce ? Si elle pouvait parler, que dirait-elle ? » C’est surprenant, mais souvent, le symptôme a quelque chose à dire. Et une fois qu’il a été entendu, il peut se transformer, ou au moins s’alléger.
Alors pour toi, ce matin, ou demain matin, quand le vide sera là, voici une question à poser : « Si ce vide pouvait me dire une phrase complète, pas un mot, une phrase, laquelle serait-ce ? » Ne cherche pas la réponse tout de suite. Pose la question. Laisse la phrase monter. Elle peut être absurde, triste, surprenante. Ne la juge pas. Note-la mentalement. Parfois, c’est le début d’une conversation que tu évites depuis longtemps.
Le vide n’est pas une absence. C’est une présence qui ne s’est pas encore nommée. Le reconnaître, c’est déjà lui donner un espace pour se dire autrement.
Je ne vais pas te mentir : il y aura des matins où même bouger un orteil te semblera insurmontable. Où le protocole des trois pas te paraîtra une exigence de plus, une performance de plus. Dans ces moments-là, mon conseil est simple : réduis encore.
Pas de scan. Pas de geste. Pas d’intention de trois minutes. Juste une chose : respire. Une inspiration. Une expiration. Et si tu arrives à en faire deux, c’est déjà un triomphe. Parfois, le seul acte de courage possible, c’est de rester en vie jusqu’à la minute suivante. Et c’est suffisant.
J’ai eu une patiente, appelons-la Sophie, qui traversait un burn-out sévère. Elle restait au lit des journées entières. Le protocole, pour elle, ce n’était pas trois pas. C’était un pas : ouvrir les volets. Elle y arrivait un jour sur trois. Les autres jours, elle restait dans le noir. Et elle apprenait à ne pas se détester pour ça. Petit à petit, le pas est devenu possible deux jours sur trois, puis trois. Le chemin n’a pas été linéaire. Il a été fait de reculs et d’avancées minuscules.
Si tu es dans cette phase, où tout est trop, sache ceci : ce n’est pas de ta faute. Tu n’es pas faible. Tu es en train de survivre à quelque chose que ton système nerveux vit comme une menace. Le protocole est là pour les jours où tu as un peu de marge. Pour les jours où il n’y a pas de marge, le protocole, c’est juste continuer à respirer.
Si tu veux que ce protocole devienne une ressource, et pas une corvée de plus, voici trois clés qui reviennent dans ma pratique à Saintes, que ce soit en hypnose, en IFS ou en préparation mentale.
La répétition sans jugement. Les premiers jours, ça peut te sembler artificiel. Tu vas oublier. Tu vas le faire de travers. Tu vas te dire que ça ne marche pas. C’est normal. Un rituel, ça s’installe par la répétition, pas par la perfection. Ne te juge pas si tu sautes un jour. Reprends le lendemain. La régularité est plus importante que l’intensité.
L’adaptation à tes besoins. Le protocole est une trame, pas une loi. Si le scan de présence te stresse, fais-le en regardant le plafond. Si le geste minimal te semble ridicule, choisis un geste qui a du sens pour toi – toucher ton alliance, serrer le poing. Si l’intention de trois minutes est trop longue, réduis à une minute. Le protocole est à ton service, pas l’inverse.
L’association à un déclencheur. Choisis un signal qui déclenchera automatiquement le protocole. Par exemple : dès que tu éteins ton réveil, tu fais le scan. Ou dès que tu poses tes pieds par terre, tu fais le geste minimal. En préparateur mental, on appelle ça un « déclencheur d’action ». Ça court-circuite la prise de décision. Tu ne te demandes pas si tu veux le faire. Tu le fais, parce que le signal est là.
Avec les footballeurs que j’accompagne, on utilise ce genre de déclencheur pour la routine d’avant-match. Ils ne se demandent pas s’ils ont envie de se concentrer. Ils voient le maillot, et le geste s’enclenche. Toi, tu peux faire pareil avec le vide. Tu le vois arriver, et tu enclenches le protocole. Pas de débat. Pas de lutte. Juste un geste.
Tu n’as pas à être fort tous les jours. Tu n’as pas à être motivé. Tu n’as pas à sourire si tu n’en as pas envie. Mais tu as le droit d’avoir un outil pour traverser les matins sans. Un outil qui ne te demande pas de changer qui tu es, mais juste d’être présent à ce qui est.
Le protocole des trois pas ne va pas remplir le vide. Il va te permettre de vivre avec lui, un orteil, une seconde, une intention à la fois. Et peut-être, au fil des jours, tu découvriras que
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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