3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Les déclencheurs cachés du deuil cyclique.
Tu te réveilles un matin, et il est là. Cette boule dans le ventre, ce poids sur la poitrine. Le chagrin, celui que tu croyais avoir apprivoisé, s’invite sans frapper. Hier, tout allait bien. Tu pensais avoir avancé, accepté, digéré. Et là, une chanson à la radio, une odeur de café dans un bar, ou simplement rien du tout, et tout remonte. Tu te demandes : « Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi si fort ? » Tu n’es pas seul à te poser cette question. Dans mon cabinet à Saintes, je vois régulièrement des personnes qui traversent ces vagues soudaines, des années après une perte. Le deuil n’est pas une ligne droite. C’est un cycle, avec ses marées hautes et ses marées basses. Et certains jours, la tempête se lève sans prévenir. Alors, on va regarder ensemble ce qui se cache derrière ces résurgences, ces déclencheurs invisibles qui ravivent la douleur. Et surtout, on va voir comment tu peux les accueillir sans te laisser submerger.
Tu as peut-être déjà entendu l’image des vagues. Le deuil, ce n’est pas un état qui s’éloigne pour toujours. C’est plutôt comme une marée. Parfois, la mer est calme, presque plate. Tu peux marcher sur la plage sans entendre le bruit de l’eau. Mais d’autres fois, une vague énorme déferle, et tu te retrouves trempé, à bout de souffle. Ces vagues ne viennent pas par hasard. Elles ont des causes, des déclencheurs. Et ces déclencheurs, souvent, sont bien plus subtils qu’un anniversaire ou une date de décès.
Je vais te parler de Lucie, une femme que j’ai accompagnée il y a quelques années. Lucie avait perdu son père trois ans plus tôt. Elle pensait avoir fait le deuil. Elle en parlait sans pleurer, elle avait rangé ses affaires, elle souriait aux souvenirs. Mais un jour, en allant chercher son fils à l’école, elle a croisé un homme qui portait le même parfum que son père. Ce parfum, mélangé à l’odeur de pluie sur le bitume, a tout déclenché. Elle s’est effondrée dans la voiture, incapable de conduire. Pourquoi ce jour-là ? Pourquoi cette odeur ? Parce que le cerveau humain ne fonctionne pas comme un ordinateur. Il n’archive pas les souvenirs dans des dossiers bien rangés. Il les associe à des sensations, des contextes, des émotions. Quand tu sens une odeur, entends une musique, ou touches une texture particulière, ton cerveau réactive tout le réseau neuronal lié à ce moment. C’est ce qu’on appelle en hypnose ericksonienne un « ancrage ». Un stimulus neutre (le parfum) se connecte à une réponse émotionnelle intense (le chagrin). Et tu n’as aucun contrôle conscient là-dessus.
Ces déclencheurs sont partout. Une lumière, une voix, un geste. Tu passes devant un restaurant où vous aviez l’habitude d’aller. Tu entends une chanson que vous écoutiez en boucle. Quelqu’un utilise une expression que la personne disparue employait souvent. Le chagrin revient, non pas parce que tu n’as pas « bien fait » ton deuil, mais parce que ton système nerveux est resté connecté à cette perte. Il n’a pas oublié. Il ne peut pas oublier. Et c’est normal. Le problème, ce n’est pas que le chagrin revienne. Le problème, c’est que tu ne sais pas pourquoi, et que tu te sens démuni, coupable, ou en échec. Mais si tu comprends le mécanisme, tu peux déjà reprendre un peu de contrôle.
« Le deuil n’est pas une maladie à guérir, mais un processus à traverser. Les vagues ne disparaissent pas, mais tu peux apprendre à surfer. »
Tu as sans doute remarqué que le chagrin ne se vit pas uniquement dans ta tête. Il a une réalité physique. Une boule dans la gorge, une oppression thoracique, des mains moites, des jambes qui tremblent. Parfois, tu as mal au dos ou à l’estomac sans raison apparente. Ton corps se souvient. Il garde la trace de l’événement traumatique, même si ta conscience a « rangé » l’histoire.
Quand tu perds quelqu’un, ton système nerveux est mis à rude épreuve. Le choc initial active ton système sympathique (la réponse combat-fuite). Ton cœur s’accélère, tes pupilles se dilatent, tu es en alerte. C’est une réaction de survie. Mais le problème, c’est que cette activation ne se désactive pas toujours complètement. Elle peut rester en veille, comme un ordinateur en mode sommeil. Et le moindre signal qui ressemble de près ou de loin à la perte initiale peut la réveiller en pleine puissance.
C’est ce que j’appelle le « fantôme somatique ». Ton corps a enregistré la perte comme une menace potentielle. Et il y a des jours où il est plus vulnérable. Peut-être que tu as mal dormi, que tu es fatigué, que tu as eu une journée stressante au travail. Ta capacité de régulation émotionnelle est moins efficace. Alors, quand un déclencheur arrive, ton corps réagit avant même que ton cerveau conscient ait le temps de comprendre ce qui se passe. C’est pour ça que tu peux te retrouver en larmes dans un supermarché, sans savoir pourquoi. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est une mémoire corporelle qui s’active.
Un jour, un patient prénommé Marc est venu me voir. Il était footballeur amateur, et depuis la mort de son meilleur ami, il n’arrivait plus à jouer. Pas parce qu’il n’en avait pas envie, mais parce qu’à chaque fois qu’il entrait sur le terrain, il était pris de nausées et de vertiges. Le terrain de foot était un lieu où ils avaient passé des heures ensemble. Son corps avait associé l’herbe, les cris des joueurs, l’odeur de la sueur, à la présence de son ami. Quand celui-ci a disparu, ces lieux sont devenus des pièges émotionnels. Son corps disait « danger », alors qu’il n’y avait aucun danger réel. C’est là que l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) peuvent être très utiles. On ne va pas effacer le souvenir, mais on va permettre à ton système nerveux de se réorganiser, de créer de nouvelles associations. On va apprendre à ton corps que ce lieu, cette odeur, ce son, ne sont plus une menace. Mais ça prend du temps, et ça demande de la douceur.
Tu t’attends à ce que les dates anniversaires soient difficiles. L’anniversaire de la mort, la date de naissance de la personne disparue, Noël, la fête des mères. Tu te prépares, tu sais que ça va être dur. Et souvent, tu arrives à gérer. Mais ce qui est plus vicieux, ce sont les dates que tu n’as pas identifiées. Le jour où vous deviez partir en vacances ensemble. Le jour où vous avez emménagé. Le jour où vous avez eu votre première dispute. Ces dates, ton inconscient les a enregistrées. Et le jour J, sans que tu saches pourquoi, tu es irritable, fatigué, triste. Tu te sens bizarre, et tu ne fais pas le lien.
Notre cerveau a une capacité incroyable à associer des moments temporels à des états émotionnels. C’est ce qu’on appelle en neurosciences le « marqueur somatique ». L’horloge interne, la lumière du jour, la saison, tout cela sert de toile de fond à tes souvenirs. Ton inconscient sait que c’est le mois de mai, et que le mois de mai, il y a trois ans, tu as reçu la nouvelle. Alors ton corps se prépare, il se met en état d’alerte. Et tu vis une journée difficile sans comprendre pourquoi. C’est déstabilisant, parce que tu te sens « idiot » d’être triste sans raison. Mais il y a une raison. Elle est juste enfouie sous la surface.
Je me souviens d’une patiente qui venait me voir tous les mois d’octobre. Elle était déprimée, sans énergie, sans envie. Elle ne comprenait pas. On a exploré ensemble, et on a découvert que sa mère était décédée en octobre, mais pas à une date précise. C’était le mois entier qui était contaminé. Son corps avait mémorisé la saison, la couleur des feuilles, l’odeur de l’automne. Quand on a pris conscience de ça, elle a pu arrêter de se juger. « Ah, c’est pour ça que je vais mal ! » Rien que cette prise de conscience a réduit la pression. Elle a arrêté de se dire qu’elle était faible ou qu’elle n’avançait pas. Elle a compris qu’elle vivait un deuil cyclique, et que certains cycles étaient liés au temps. Et elle a pu mettre en place des rituels pour traverser ces périodes avec plus de douceur.
Tu as peut-être remarqué que le chagrin revient plus fort quand tu es fatigué, stressé, ou malade. Ce n’est pas une coïncidence. Quand ton système nerveux est déjà surchargé, il a moins de ressources pour réguler les émotions. C’est comme un seau qui déborde. Chaque petite goutte de stress, de fatigue, de contrariété, remplit un peu plus le seau. Et au bout d’un moment, la moindre goutte de chagrin fait déborder le tout.
Quand tu es en bonne santé, bien reposé, et que ta vie est relativement calme, tu as une capacité d’absorption émotionnelle plus grande. Tu peux recevoir une mauvaise nouvelle ou un souvenir douloureux sans t’effondrer. Mais si tu es déjà au bord de l’épuisement, que tu as une charge mentale lourde (travail, enfants, finances), ta résilience est réduite. Le deuil n’est pas une émotion séparée du reste de ta vie. Il s’intègre à tout ton état général. C’est pour ça que les gens qui traversent un deuil compliqué tombent plus souvent malades. Le système immunitaire est affaibli par le stress chronique.
Un patient que j’ai suivi, coureur de fond, m’a raconté que ses plus grosses crises de larmes arrivaient toujours après des entraînements très intenses ou des compétitions. Il pensait que c’était bizarre, que le sport devait le libérer, pas le faire pleurer. En réalité, l’effort physique épuise aussi les ressources nerveuses. Après un marathon, ton corps est en état de vulnérabilité. Les défenses sont baissées. Et le chagrin, qui était tenu à distance par l’activité et l’adrénaline, en profite pour remonter. C’est un mécanisme de compensation. Ton corps dit : « OK, maintenant que tu es en sécurité, on peut laisser sortir ce qu’on retenait. »
Si tu te reconnais dans ce schéma, sache que ce n’est pas un signe de régression. C’est un signe que ton système nerveux fait son travail. Il essaie de réguler. Mais il a besoin de soutien. Quand tu sens que tu es fatigué ou stressé, tu peux anticiper que le chagrin risque d’être plus présent. Et au lieu de lutter contre, tu peux prévoir des moments pour l’accueillir. Un temps calme, un carnet, une promenade en silence. Tu ne vas pas le chasser, mais tu vas lui donner un espace sécurisé pour s’exprimer. Et souvent, une fois exprimé, il se calme.
« Le chagrin n’est pas un ennemi à vaincre. C’est un messager qui a besoin d’être entendu, surtout quand tu es fatigué. »
C’est un point que beaucoup de personnes sous-estiment. Tu penses avoir fait le deuil de ton père, de ta mère, de ton conjoint. Et puis tu changes de travail, tu déménages, tu te sépares, ou tu deviens parent. Et soudain, le chagrin revient, plus fort que jamais. Tu te dis : « Mais je croyais que c’était réglé ! » Rien n’est jamais réglé. Le deuil, c’est comme une cicatrice. Elle est refermée, mais elle reste sensible. Quand tu étires la peau autour, elle peut se rouvrir.
Les grandes transitions de vie sont des moments de vulnérabilité intense. Tu perds des repères. Tu dois t’adapter à un nouvel environnement, de nouveaux rôles. Cette adaptation demande de l’énergie, et elle réactive des schémas anciens. Si tu as perdu un parent, devenir parent toi-même peut réveiller la douleur de cette absence. Si tu as perdu un conjoint, un nouveau déménagement peut raviver la solitude. Ce n’est pas un hasard. Ton psychisme essaie de faire le lien entre le passé et le présent. Il cherche à intégrer la perte dans ta nouvelle réalité.
Une patiente, après avoir divorcé, a ressenti un chagrin immense pour sa mère décédée dix ans plus tôt. Elle ne comprenait pas. « Maman n’a rien à voir avec mon divorce ! » En réalité, le divorce avait réactivé un sentiment d’abandon qu’elle avait vécu lors de la mort de sa mère. Les deux événements, bien que différents, partageaient une même tonalité émotionnelle. Son inconscient faisait le rapprochement. Le deuil n’est pas un événement isolé. C’est une blessure qui peut être rouverte par toute situation qui ressemble, de près ou de loin, à la perte initiale.
Si tu vis un changement important dans ta vie, sois indulgent avec toi-même. Attends-toi à ce que le chagrin refasse surface. Ce n’est pas une régression. C’est une réorganisation. Et au lieu de le combattre, tu peux l’accueillir comme un signal que ton système se remet à jour. Tu peux lui dire : « Je te reconnais. Tu fais partie de moi. Je t’écoute, mais je ne te laisse pas prendre le contrôle. »
L’Internal Family Systems (IFS) est une approche que j’utilise souvent dans mon cabinet. Elle part d’une idée simple : ton esprit est composé de plusieurs « parties », comme une famille intérieure. Chaque partie a une fonction, une croyance, une émotion. Il y a la partie qui veut tout contrôler, la partie qui a peur, la partie qui est en colère, et bien sûr, la partie qui porte le chagrin. Dans le deuil, cette partie chagrin est souvent très active. Mais elle n’est pas ton ennemi. Elle a une intention positive : elle veut honorer la perte, te rappeler que l’autre a compté, t’empêcher d’oublier.
Le problème, c’est que d’autres parties de toi peuvent entrer en conflit avec elle. Une partie « raisonnable » te dit : « Arrête de pleurer, ça fait deux ans maintenant, il faut avancer. » Une partie « protectrice » essaie de la réprimer, de la cacher, de la contrôler. Et plus tu luttes contre le chagrin, plus il revient fort. C’est comme un enfant qui veut attirer l’attention. Plus tu l’ignores, plus il crie fort. L’IFS propose une autre voie : au lieu de lutter, tu vas accueillir cette partie chagrin, l’écouter, comprendre ce qu’elle a besoin de dire.
Quand tu te sens submergé par une vague de chagrin, tu peux faire une pause. Au lieu de te laisser emporter, tu peux poser une main sur ton cœur, et demander à cette partie : « Qu’est-ce que tu as besoin que je sache ? Qu’est-ce qui te rend si présente aujourd’hui ? » Parfois, la réponse est simple : « J’ai besoin que tu saches que tu n’as pas oublié. » Ou « J’ai besoin que tu acceptes que tu es triste sans te juger. » En écoutant cette partie, tu lui donnes de l’espace. Et souvent, elle se calme. Elle n’a plus besoin de crier, parce qu’elle se sent entendue.
Un patient que j’accompagnais pour un deuil compliqué avait une partie qu’
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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