3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Les leçons de la préparation mentale applicables à tous.
Tu les vois, ces moments où tout bascule. Un licenciement qui tombe un mardi après-midi. Un enfant qui quitte la maison et laisse un silence étrange. Une retraite qui arrive, non pas comme une libération, mais comme un gouffre vide. Et toi, tu te sens perdu, comme si on avait changé les règles du jeu sans te prévenir.
J’ai vu ça des centaines de fois dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes, cadres, artisans, enseignants, qui traversent ces transitions de vie avec une sensation d’être ballotés, sans prise. Et je vois aussi, en parallèle, les sportifs que j’accompagne en préparation mentale. Des coureurs de fond, des footballeurs amateurs ou semi-professionnels. Eux aussi vivent des transitions : une blessure qui stoppe une saison, une sélection qui ne vient pas, un club qui change d’entraîneur, ou la fin de carrière qui approche.
Mais il y a une différence flagrante. Les sportifs, même quand ils trébuchent, ont tendance à se relever plus vite. Pas parce qu’ils sont plus forts ou plus courageux. Parce qu’ils ont un cadre mental qui leur permet de traverser l’incertitude sans s’effondrer. Et la bonne nouvelle, c’est que ce cadre, tu peux l’apprendre. Tu n’as pas besoin de courir un marathon ou de marquer un penalty. Tu as juste besoin de comprendre comment fonctionne le logiciel mental d’un sportif, et de l’adapter à ta propre vie.
Avant de parler des solutions, il faut qu’on pose un truc simple. Une transition de vie, c’est quoi concrètement ? C’est un passage d’un état stable à un autre état que tu ne connais pas encore. Tu quittes un territoire familier – un job, une relation, un rythme de vie – pour entrer dans une zone floue. Et cette zone floue, ton cerveau la déteste.
Ton cerveau est une machine à prédire. Il passe son temps à anticiper ce qui va arriver pour te protéger. Quand tout est prévisible, il est tranquille. Il sait que le matin tu te lèves, que tu prends ton café, que tu vas au boulot, que tu croises les mêmes têtes. Mais quand tu entres dans une transition, cette machine à prédire devient folle. Elle n’a plus de données fiables. Elle ne sait pas si tu vas trouver un nouveau travail, si tu vas t’adapter à la solitude, si tu vas y arriver financièrement. Alors elle active les alarmes : anxiété, stress, insomnie, irritabilité.
Je reçois souvent des personnes qui me disent : "Je ne me reconnais plus, je pleure pour rien, je n’arrive pas à me concentrer." Et je leur réponds : "C’est normal. Ton cerveau fait exactement ce pour quoi il est programmé : te protéger d’une menace, même si cette menace est juste une inconnue."
Le problème, ce n’est pas toi. Le problème, c’est que tu n’as jamais appris à gérer l’incertitude. Dans notre culture, on valorise le contrôle, la planification, la maîtrise. On te dit : "Fais un plan de carrière", "Prépare ta retraite", "Anticipe". Sauf que la vie ne se plie pas toujours aux plans. Et quand elle te met face à une transition imprévue, tu te retrouves sans outil.
Les sportifs, eux, vivent dans l’incertitude en permanence. Un match, ce n’est jamais garanti. Une course, tu peux avoir un coup de fatigue à 300 mètres de l’arrivée. Une blessure peut tout remettre en question du jour au lendemain. Ils ne peuvent pas tout contrôler. Alors ils ont développé des stratégies pour composer avec ça. Et ces stratégies, tu peux les importer dans ta vie.
"Ce n’est pas l’événement qui te fait souffrir, c’est la relation que tu entretiens avec lui. Et cette relation, tu peux la changer."
Cette phrase, je la répète souvent à mes patients. Elle est au cœur de l’hypnose ericksonienne et de l’IFS (Internal Family Systems) que j’utilise. Mais elle est aussi une vérité de base pour les sportifs. Un joueur de foot qui rate un penalty décisif, il peut en faire une catastrophe personnelle ou un apprentissage. La différence, c’est son cadrage mental.
Quand tu es dans une transition de vie, ton esprit fait des bonds dans le futur. Tu imagines le pire scénario : "Je vais finir seul", "Je ne retrouverai jamais un aussi bon poste", "Je vais perdre ma maison". Tu passes ta vie dans un futur que tu construis toi-même, et qui est souvent bien plus effrayant que la réalité.
Les sportifs connaissent bien ce piège. Un coureur de fond qui pense au kilomètre 30 alors qu’il n’en est qu’au 5, il se vide mentalement. Un footballeur qui imagine déjà l’après-match et la critique des supporters, il perd sa concentration. Alors ils apprennent à se ramener dans l’instant présent. Ils utilisent ce qu’on appelle des "ancrages".
L’ancrage, c’est une technique simple mais puissante. Tu choisis un point d’attention dans le moment présent – ta respiration, le contact de tes pieds sur le sol, un objet que tu vois – et tu y reviens sans cesse. À chaque fois que ton esprit part dans le futur, tu le ramènes doucement à cet ancrage.
Je me souviens d’un patient, appelons-le Marc, la cinquantaine, cadre commercial. Il venait de perdre son poste après vingt ans dans la même entreprise. Il passait ses journées à imaginer la catastrophe : "Je ne retrouverai jamais rien, je suis trop vieux, le marché est bouché." Il était paralysé.
Je lui ai proposé un exercice simple. Chaque fois qu’il sentait la panique monter, il devait poser les deux pieds à plat sur le sol, fermer les yeux, et prendre trois respirations en comptant jusqu’à quatre à l’inspire et six à l’expire. Puis il devait se demander : "Qu’est-ce qui est vrai, maintenant, dans ce moment précis ?" Pas dans une heure, pas demain. Maintenant.
La réponse, c’était : "Je suis assis dans mon salon, il fait jour, mes enfants sont à l’école, je n’ai pas de menace immédiate." Ça ne résolvait pas le problème du travail, mais ça cassait la boucle de panique. Marc a commencé à retrouver un espace mental pour réfléchir, pour chercher des solutions, au lieu d’être submergé par l’angoisse.
Un coureur fait pareil. Quand il sent la douleur monter ou le mental faiblir, il se concentre sur le bruit de ses pas, sur le rythme de sa respiration, sur le paysage qui défile. Il ne pense pas à la ligne d’arrivée qui est encore loin. Il pense au pas qu’il est en train de faire. Et toi, dans ta transition, tu peux faire la même chose. Tu ne peux pas contrôler les trois prochains mois, mais tu peux contrôler ta prochaine respiration.
Il y a une autre chose que les sportifs comprennent intuitivement, et que les autres ont souvent du mal à intégrer : la douleur et l’inconfort font partie du jeu. Tu ne peux pas faire un marathon sans avoir mal. Tu ne peux pas jouer un match sans ressentir de la fatigue, de la frustration, parfois de la peur. Les sportifs ne cherchent pas à éviter ces sensations. Ils apprennent à les accueillir.
Dans l’hypnose ericksonienne, on travaille beaucoup avec l’idée de "permission". Tu arrêtes de lutter contre ce que tu ressens. Tu te dis : "C’est normal d’avoir peur. C’est normal d’être triste. C’est normal de ne pas savoir quoi faire." Et étrangement, quand tu arrêtes de lutter, la sensation s’allège. Ce n’est pas magique. C’est juste que la lutte consomme une énergie folle.
J’ai accompagné un jeune footballeur, Antoine, 22 ans, qui venait de se faire une rupture des ligaments croisés. Pour un sportif, c’est une transition brutale : du statut de joueur actif à celui de blessé, avec des mois de rééducation incertaine. Il était en colère, déprimé, il refusait sa situation. Il passait ses journées à regarder des matchs et à ruminer "pourquoi moi".
On a travaillé avec l’IFS, ce modèle qui considère que nous avons tous des "parts" en nous, des voix intérieures qui portent des émotions et des croyances. La part en colère d’Antoine, on ne l’a pas combattue. On l’a écoutée. Elle disait : "Je veux que ça s’arrête, je veux rejouer, c’est injuste." Au lieu de la rejeter, on lui a dit : "Merci d’être là, tu nous protèges de l’impuissance." Et on a fait de la place à une autre part, plus calme, qui disait : "Je peux accepter d’être blessé, et je vais faire ce qu’il faut pour revenir."
Antoine a arrêté de lutter contre la réalité de sa blessure. Il a accepté l’inconfort. Et à partir de là, il a pu se concentrer sur ce qui était sous son contrôle : la rééducation, la nutrition, le sommeil. Il a traversé sa transition.
Toi, dans ta transition de vie, tu as probablement des parts qui crient, qui pleurent, qui s’énervent. Ne les chasse pas. Accueille-les. Dis-leur : "Je t’entends, je sais que tu as peur, tu as le droit d’être là." Et ensuite, demande-leur ce dont elles ont besoin. Souvent, elles ont juste besoin d’être vues.
Les sportifs ont une relation à l’échec qui est très différente de la nôtre. Un coureur qui ne bat pas son record, un footballeur qui rate une passe décisive, ils ne se disent pas "je suis nul". Ils se disent : "qu’est-ce que je peux apprendre de ça ?" L’échec est une donnée, pas une identité.
Dans les transitions de vie, on fait souvent l’inverse. On transforme un événement en verdict sur notre valeur. "J’ai perdu mon travail donc je suis incompétent." "Mon couple a échoué donc je ne suis pas aimable." C’est une erreur de cadrage. Et c’est une erreur qui te coûte cher, parce qu’elle te bloque.
Je reçois des personnes qui viennent de vivre une séparation ou un licenciement, et qui sont dans une spirale de jugement. Elles passent leur temps à se demander ce qu’elles ont fait de mal, à se reprocher tout. Et elles restent coincées là, dans la rumination, sans avancer.
Un sportif, lui, après un mauvais match, il fait un débriefing. Il regarde les images, il analyse ce qui n’a pas fonctionné, il identifie un point d’amélioration, et il passe à autre chose. Il ne passe pas trois mois à ressasser la même action manquée.
Dans ton quotidien, tu peux faire pareil. Quand tu traverses une transition, prends le temps de poser sur le papier ce qui s’est passé, mais pas pour te juger. Pour comprendre. "Qu’est-ce que j’ai appris sur moi dans cette situation ? Qu’est-ce que je ferais différemment la prochaine fois ? Qu’est-ce que cette transition me révèle sur ce qui compte vraiment pour moi ?"
"L’échec n’est pas une chute, c’est une donnée. Et une donnée, ça se traite, ça ne se juge pas."
Cette approche change tout. Parce qu’au lieu de voir la transition comme une performance que tu dois réussir, tu la vois comme un entraînement. Tu n’es pas en train de passer un examen dont tu ne connais pas le sujet. Tu es en train de développer des muscles que tu n’avais pas avant. Et chaque difficulté est une répétition qui te rend plus fort pour la suite.
Quand tout vacille autour de toi, quand ton cadre de vie s’effondre, il te reste une chose sur laquelle tu peux t’appuyer : la routine. Les sportifs le savent bien. Ils ne laissent pas leur journée au hasard. Ils ont des horaires de sommeil, des séances d’entraînement, des moments de récupération, des habitudes alimentaires. La routine n’est pas une contrainte. C’est un filet de sécurité.
Dans une transition de vie, tu perds souvent tes repères. Tu n’as plus le réveil qui sonne pour le travail, plus les collègues que tu voyais tous les jours, plus le rythme qui structurait ta semaine. Et ce vide, ton cerveau le vit comme une menace. Il a besoin de structure pour se sentir en sécurité.
Je vois des patients qui, après un licenciement ou un départ à la retraite, se laissent aller à des journées sans forme. Ils se lèvent à 11 heures, traînent en pyjama, grignotent toute la journée. Et ils se sentent de plus en plus mal. Ce n’est pas de la paresse. C’est une perte de structure qui alimente l’anxiété.
Un coureur qui se prépare pour une compétition a une routine précise. Il sait que le matin, il boit son café, il s’étire, il fait son échauffement. Il n’attend pas d’avoir envie. Il le fait. Parce que la routine crée un sentiment de contrôle, même dans un environnement incertain.
Alors voici ce que je te propose : crée ta propre routine de transition. Elle peut être toute simple. Lève-toi à la même heure chaque jour, même si tu n’as rien de prévu. Prends une douche, habille-toi comme si tu allais quelque part. Planifie trois choses que tu veux faire dans la journée, même petites : lire un chapitre, faire une promenade de 20 minutes, appeler un ami. Et le soir, un rituel pour fermer la journée : écrire trois choses qui se sont bien passées, ou simplement éteindre les écrans une heure avant de dormir.
Cette routine, elle ne va pas résoudre ta transition. Mais elle va te donner un cadre. Et dans le cadre, tu retrouves un peu d’équilibre. Un sportif ne gagne pas un match juste parce qu’il a une routine. Mais sans routine, il perd pied avant même d’avoir commencé.
Il y a une technique que les sportifs utilisent presque tous, et que les non-sportifs connaissent peu : la visualisation. Un skieur visualise sa descente avant de s’élancer. Un footballeur visualise son penalty avant de le tirer. Un coureur visualise sa foulée et son passage sur la ligne d’arrivée. Et ça marche, parce que le cerveau ne fait pas bien la différence entre une action réellement vécue et une action intensément imaginée.
Dans l’hypnose ericksonienne, on utilise beaucoup cette capacité du cerveau à créer des réalités internes. On ne te demande pas de croire à quelque chose de faux. On te demande d’activer les mêmes circuits neuronaux que si tu vivais la situation, pour préparer ton système à y faire face.
Toi, dans ta transition de vie, tu peux utiliser la visualisation pour te préparer aux moments difficiles. Tu sais que tu vas avoir des jours de doute, des jours où tu voudras tout lâcher. Plutôt que d’attendre que ça arrive et de te laisser submerger, tu peux visualiser ces moments à l’avance.
Ferme les yeux. Imagine-toi dans une situation où tu te sens perdu, où la peur monte. Et maintenant, vois-toi en train de respirer, de poser les pieds au sol, de te rappeler que tu as déjà traversé des choses difficiles. Vois-toi en train de choisir une action simple, comme faire une promenade ou appeler quelqu’un. Donne à cette image des couleurs, des sons, des sensations. Répète-la plusieurs fois.
Ce que tu fais, c’est que tu entraînes ton cerveau à répondre à la détresse de manière adaptée. Quand la situation réelle arrivera, ton cerveau aura déjà un chemin tracé. Il ne paniquera pas. Il empruntera la route que tu lui as construite.
Je
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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